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JAZZ SHOWS

• Les expositions •

Paul Rabeson František Kupka Les 80 ans de Jazz Hot à la Jazz Station de Bruxelles Les 80 ans de Jazz Hot à la Fond'Action Boris Vian Jazz for Two Trenet: Le Fou chantant  Exposition Vogue  Delaunay's Dilemma Regards de jazz Pascal Kober: Jazz(s), mes amours, mes voyages Guitare et marqueterie voyages We Want Miles Le Siècle du Jazz •



Paul Robeson dans le rôle du Maure de Venise, Othello, ShakespearePaul Robeson

UN HOMME «du tout-MONDE»











Exposition 
au Musée du Quai Branly, Paris (XVe arrondt),
du 
26 juin au 14 octobre 2018, 



Après František Kupka (cf. ci-dessous) et Willy Ronis (éditorial de Jazz Hot n° 684), tous deux amis de Charles Delaunay, Paul Robeson est le troisième artiste en 2018 à faire l’objet d’une exposition à Paris, en lien avec Jazz Hot (même si ce n’est jamais évoqué dans les metteurs en scène de ces expositions) et l’histoire des luttes mondiales du XXe siècle. Comment pourrait-il en être autrement quand le jazz (né des champs de coton et de tabac, de la déportation, de l’éclatement des corps sociaux, de l’esclavage, de la ségrégation, de la violence et du racisme, promus en «modèle» de développement économique) rejoint les arts populaires libres issus de la Grande Révolution des droits de l’homme et du citoyen de 1789 revendiquant la dignité et l’humanisme. Ces artistes ont contribué avec d’autres à modeler la force et la clarté de la pensée de Martin Luther King, non plus seulement sur une question de «couleur» supposée ou de pays, mais sur une question d’équité, de justice, de liberté, de droits civiques, de dignité, se battant chacun avec leurs talents partout où ils étaient utiles dans la lutte fraternelle, et tous avec cette conviction chevillée au corps: les humains sont égaux. «L’artiste doit choisir de se battre pour la liberté ou l’esclavage. J’ai fait mon choix. Je n’avais pas d’alternative» dit Paul Robeson à Londres le 24 juin 1937 dans un concert de soutien aux réfugiés républicains espagnols. Epoque de forte cohérence idéologique.

Paul LeRoy Bustill Robeson est né à Princeton, NJ, le 9 avril 1898. Ce beau (a été pris comme modèle par plusieurs artistes) géant qui parlait plus de vingt langues, a été acteur de théâtre (un des premiers Othello en 1930 à Londres) et de cinéma, athlète dans quatre disciplines, et il reste le chanteur baryton-basse d’un «Old Man River» de légende (https://www.youtube.com/watch?v=eh9WayN7R-s) dans le film Show Boat (de James Whale en 1936, musique Jerome Kern et Oscar Hammerstein II, 113 mn, USA).
Paul Robeson soutenait les luttes de ses frères humains, et écrivait... Il restera toujours aussi révolté et libre de parole, quelles que soient ses affinités, de l’hymne du ghetto juif de Varsovie chanté en URSS en 1949, aux grèves des mineurs d’Ecosse
https://www.youtube.com/watch?v=B0bezsMVU7c, de l’Afrique (colonisée, du Sud en particulier de l’apartheid) à la République Espagnole, des Etats-Unis de Joe Hill (chanson populaire), des grèves d’Oakland ou des lynchages, à la Chine en lutte contre l’envahisseur japonais.
Sans doute parce que son père était né esclave dans une plantation de Caroline-du-Nord qu’il avait fuie à 15 ans, puis après des études, était devenu pasteur presbytérien. Sans doute parce que sa mère, née dans une famille abolitionniste, mourut dans un incendie quand Paul avait 6 ans. La vie se chargea de le faire mûrir vite et de lui donner l’oreille absolue en matière d’humanisme et d’humanité.

Paul Robeson dans Big Fella, 1937

Autant dire qu’il était regardé de travers par les pouvoirs et potentats de la planète compte tenu de sa capacité légitime à fédérer les énergies contre l’arbitraire. Il épouse Essie (Eslanda Cardoso Goode née en 1895 à Washington DC, d’une famille descendant d’Espagnols juifs et d’Afro-Américains de Caroline du Sud ayant exercé des fonctions politiques et publiques dès 1868). Elle est aussi biologiste, anthropologiste et la manager de la carrière d’artiste de son mari, qui partage ses combats et ses voyages de soutien et de mobilisations sociales et politiques; pendant le maccarthysme, ils se verront retirer leurs passeports pendant plusieurs années pour communisme, «chassés» comme Claude McKay (dont il interpréta le personnage de Banjo, dans Big Fella, film britannique de J. Elder Wills en 1937, https://www.youtube.com/watch?v=-FiX0nerKJk), et comme Langston Hughes, qui comptaient parmi les intellectuels afro-américains à avoir "fait le voyage à Moscou" dans les années 1920-1930. Richard Wright fut également obligé de fuir la «chasse aux sorcières» à Paris où il mourra en 1960. Essie mourra en 1965 et Paul Robeson le 23 janvier 1976 dans l’oubli à Philadelphie, après avoir passé du temps à Harlem.

Hélène Sportis

*

Filmographie

- Body and Soul (Oscar Micheaux,1925, 102 mn, USA)
https://www.youtube.com/watch?v=839gxQsYAHA

- Camille (Ralph Barton, 1926, 33 mn, USA, rareté rééditée en DVD avec Charlie Chaplin où Paul Robeson joue le rôle d’Alexandre Dumas Fils, dans une adaptation libre de La Dame aux Camélias)

- Borderline (Kenneth MacPherson,1930, 63 mn, Royaume-Uni/Suisse)

- The Emperor Jones (Dudley Murphy,1933, 80 mn, USA)

- Sanders of the River (Z. et A. Korda, 1935, 98 mn, Royaume-Uni)

- Show Boat (James Whale, 1936,musique Jerome Kern/Oscar Hammerstein II, 113 mn, USA)

- Song of Freedom (J. Elder Wills, 1936, 70 mn, Royaume-Uni)

- Big Fella (J. Elder Wills, 1937, 85 mn, Royaume-Uni)
https://www.youtube.com/watch?v=-FiX0nerKJk

- Les Mines du roi Salomon (King Solomon’s Mines, Robert Stevenson, 1937,77 mn, Royaume-Uni, avec 3 gospels)

- Jericho (Dark Sands,Thornton Freeland, 1937, 75 mn, Royaume-Uni)

- The Proud Valley (Pen Tennyson,1940, 76 mn, Royaume Uni)

- Native Land (Leo Hurwitz et Paul Strand, 1942, 80 mn, Usa)

- Tales of Manhattan (Six Destins, Julien Duvivier, 1942, 127 mn, Usa, rareté par un casting prestigieux)

- Le Chant des Fleuves (Das Lied der Strome, documentaire de Joris Ivens, 1954, 90 mn, République Démocratique Allemande, musique Dmitri Chostakovitch, Lyrics Bertolt Brecht, Semion Kirsanov, Chant: Paul Robeson)

- Paul Robeson: Tribute to an Artist (documentaire Saul J. Turell, 1979, 30mn, USA, narration Sidney Poitier)

Pour compléter la visite

François Bovier, «Paul Robeson et la représentation des Noirs dans le cinéma de l’entre-deux-guerres. Primitivisme et double conscience», Gradhiva [En ligne], 19 | 2014, mis en ligne le 01 mars 2017

Université de Lausanne – École cantonale d’art de Lausanne, francois.bovier@unil.ch © musée du quai Branly

https://journals.openedition.org/gradhiva/2801


Paul Robeson dixit

«Je joue et je parle pour les Noirs comme seul Shakespeare était capable de le faire. Cette pièce porte sur le problème des minorités. Elle concerne un Maure au teint noir (blackamoor) qui recherche l’égalité parmi les Blancs. C’est fait pour moi. […] [C]’est une pièce qui est d’un grand intérêt pour nous, modernes, aujourd’hui, qui sommes confrontés au problème des relations entre différentes races et cultures. Bien sûr, c’est aussi une pièce sur l’amour, la jalousie, la fierté et l’honneur – des émotions communes à tous les hommes.» Paul Robeson, entretien in «PM and Paul Robeson’s Reply», septembre 1943.

Cette exposition fourmille de documents (visuels, films, écrits, informations) regroupés par thématiques, permettant d’aborder une personnalité débordante de vie(s).

© Jazz Hot n° 684, été 2018
Ouvrier crucifié, par KupkaFrantišek Kupka

Kupka, Pionnier de l'art abstrait

Exposition du 21 mars au 30 
juillet 2018, Grand Palais, Paris. www.grandpalais.fr

A l'occasion de l'exposition(21 mars au 30 juillet 2018) au Grand Palais de la rétrospective de l’œuvre de František Kupka (23 septembre 1871, Opočno, Bohème - 24 juin 1957, Puteaux, 92) et de la sortie du documentaire Kupka, Pionnier de l'art abstrait produit en DVD par Zadig Productions à voir sur Arte dès maintenant, Jazz Hot devait saluer un vieux compagnon parmi les peintres. En 1935 (date de la création de Jazz Hot), Kupka fait une série de tableaux justement intitulés «Jazz Hot», et d'autres sur le jazz, le rythme et la musique.

Anarchiste avant tout, happé par Paris et inlassable combattant de la liberté, de l'égalité, de la fraternité, de la libre pensée et de la laïcité, il réalise de magnifiques dessins, notamment de presse, comme «L’Ouvrier crucifié» de 1906: tout y est dit.Anticlérical et antimonarchiste, sa lutte précoce contre les profiteurs et oppresseurs de tout poil le mènent à la civilisation de l'Afro-Amérique, son jazz hot, ses disques, ses rythmes et ses couleurs. Il arrive à Paris et Montmartre précisément en 1896 (il a 25 ans) et Sonia Stern-Terk qiui deviendra Sonia Delaunay (en épousant Robert, les parents de Charles, un des fondateurs et la cheville-ouvrière de Jazz Hot de 1935 à 1939), peintre aussi, sa cadette de 14 ans, née en Ukraine –tous deux de familles modestes– arrivera à Paris, Montparnasse, neuf ans plus tard en 1905, elle a 20 ans.

Le rapport magique de Montmartre et Montparnasse aux peintres-artistes étrangers à cette époque (cf.Paris Années Folles, produit par Program33), les «cercles» de couleurs et des rythmes des deux artistes devaient s'enlacer… Dans sa vie plus qu'intense et volontairement protégée des mondanités et compromis foireux, Kupka aura un ami-mécène-client, Jindřich Waldes, industriel de Bohème qui finira dans les camps nazis, après avoir été dépouillé.

Alors, Kupka, peintre «abstrait»? Ça demande réflexion, sauf à se contenter de la surface des choses… Car Kupka était presque cliniquement proche du réel, mais sa perception était sans doute extralucide pour certains. Il participera d'ailleurs au premier Salon des réalités nouvelles créé entre autres par Sonia Delaunay à l’été 1946 et aux suivants. Pour Kupka, les couleurs avaient une forme, comme pour Claude Debussy ou Billy Strayhorn, les sons avaient des couleurs: ce qui est abstrait pour les observateurs est souvent très concret et réel pour les artistes visionnaires. Jazz Hot et Kupka ne pouvaient pas se séparer; il est enterré au Père-Lachaise, près aussi du Mur des Fédérés, celui des Communards fusillés au printemps 1871, quatre mois avant la naissance de František Kupka, l'anarchiste, non loin du siège actuel de notre revue. Une vie comme un cercle: parfait, cinétique, rythmé et coloré…
Hélène Sportis

© Jazz Hot n°683, printemps 2018

Les 80 ans de Jazz Hot à la Jazz Station de Bruxelles


la Jazz Station de Bruxelles © photo X by couertesy of Jazz Station




Jazz Station, Bruxelles

Saint-Josse-ten-Noode, Bruxelles, Exposition Les 80 ans de Jazz Hot , une histoire franco-belge, du 22 mai au 26 juin 2015,. www.jazzstation.be


Le 21 mai dernier, à Bruxelles, se déroulait le vernissage de l’exposition intitulée « Jazz Hot 80 ans, une histoire franco-belge », à l’occasion de l’anniversaire de notre revue. Réalisée à partir du fonds d’archives dont les conservateurs ne sont autres que nos excellents correspondants Jean-Marie Hacquier et Pierre Hembise, l’exposition propose, au travers de panneaux, avec force livres, revues, photos et même un petit film, un retour sur les 80 ans d’une histoire où la Belgique et ses musiciens, Django Reinhardt le premier, né à Liberchies, mais aussi René Thomas, Toots Thielemans, Bobby Jaspar, Sadi, Jacques Pelzer, et Michel Herr, Philip Catherine encore récemment… plus une mutltitude d’autres musiciens, sont venus enrichir la grande histoire internationale du jazz, celle que raconte Jazz Hot depuis 1935, sans oublier un petit détour par les Belges d’adoption comme Chet Baker ou ceux qui ont apporté sur place leur graine à cet amour du jazz (John Coltrane à Comblain, par exemple) si fertile de l’autre côté des Ardennes.

La Belgique a eu également des critiques historiques, qui ont d’ailleurs contribué à Jazz Hot (Robert Goffin, Carlos de Radzitzky, Albert Bettonville), tradition respectée par Jean-Marie Hacquier qui reste fidèle à notre revue –avec une coupure dans les années 1970– depuis la fin des années 1960, ce qui en fait un doyen par la participation si ce n’est par l’âge.

Exposition : Jazz Hot, une histoire franco-belge

Le vernissage de l’exposition a donné lieu à un débat animé sur Jazz Hot bien sûr, mais plus largement sur le jazz, son essence, sa vie, son actualité, son futur, ses artistes, ses marges, débat dont les amateurs ou professionnels du jazz raffolent toujours, tant le jazz reste une passion inépuisable. Robert Jane, Michel Herr, Phil Abraham, Georges Tonla Briquet, animateur de Jazzmozaiek, l’excellente revue de jazz en langue flamande, l'association Sweet & Hot, le grand collectionneur Léon Dirckx (une autre facette belge de la passion pour le jazz), et beaucoup d’autres ont participé avec beaucoup de naturel à cette « causerie » fort agréable avant un apéritif qui fut l’occasion de poursuivre les discussions… sur le jazz.

Jean-Marie Haquier devant la Jazz Station © Yves Sportis


La Jazz Station, dûe à l’initiative d’un édile éclairé, bourgmestre de Saint-Josse-ten-Noode pendant de nombreuses années, batteur de jazz à ses heures et amateur à toute heure, Jean Demannez, administrateur aujourd’hui, est à cet égard la meilleure preuve de cette relation particulière que nos amis belges entretiennent avec la musique de jazz. C’est un splendide lieu dédié au jazz dans toutes ses dimensions, la mémoire (archives) et la transmission (avec des cours) donc mais aussi l’actualité, comme cette exposition, et le jazz live, celui des musiciens avec une belle salle de concert, des associations (les Lundis d’Hortense, Sweet & Hot), et une scène ouverte pour les répétitions de nombreux groupes de jazz.
L’actuel directeur, Pierre Clerckx, est non seulement jeune mais aussi très ouvert et dynamique, et il a des projets plein la tête. Il est secondé par une bonne équipe de jeunes ou toujours jeunes comme Yannick, Kostia, avec Pierre Hembise et Jean-Marie Hacquier aux archives, et d’autres encore… Ça fonctionne dans un bon mood et le feeling est parfait!


Fabien Degryse, Phil Abraham, Sal La Roca, Andrea Arpetti © Yves Sportis


A l’occasion des 20 ans du Jazz Marathon qui se déroulait également ce même week-end à Bruxelles, il a d’ailleurs été possible d’apprécier le 23 mai à la Jazz Station un excellent concert du quartet de Phil Abraham (tb, voc) secondé par les excellents «anciens» Sal La Roca (b) et Fabien Degryse (g) et un nouveau venu, Andrea Arpetti (dm). Un répertoire alliant originaux, humour et standards, de Louis Armstrong à Phil Abraham en passant par Jean de La Fontaine, nous a permis d’apprécier le talent de chanteur, de showman de Phil, bien soutenu par ses excellents compagnons, Fabien Degryse dans la belle tradition de la guitare jazz en Belgique, et Sal La Roca toujours inspiré et précieux : un répertoire qu’on retrouve pour l’essentiel sur le dernier disque de Phil Abraham, Roots and Wings («It Don't Mean a Thing», «Degustation», «Basin Street Blues», «Harlem Nocturne», «Petit à Petit», «Autumn in Forest», «When It's Sleepy Time Down South», pontué en rappel solo par «Le Corbeau et le Renard» à la manière d’un Eric Dolphy qui serait tromboniste et avec humour.



Le Jazz Marathon, a réservé quelques autres bons moments, avec toujours Philip Catherine dans un Sounds en effervescence, à l’instar de son patron, l'indispensable Sergio, avec un public débordant sur la rue; un bon groupe au Music Village, the Sidewinders, reprenait la musique d’Art Blakey et Wayne Shorter; quelques découvertes ont pu être faites au hasard d’un parcours très fourni (200 concerts) comme les Dixie Ramblers à La Tentation où se déroulait un marathon de la danse, maisce Marathon fut parfois très inégal en qualité ou simplement éclectique, avec par exemple l’excellent trio de Tcha Limberger (vln), dans le registre des musiques tziganes au Nais Bar. Un bon moment.

2015, 20 ans de Jazz Marathon © Yves Sportis

Une visite s’impose donc à la Jazz Station, non seulement pour cette exposition, mais aussi pour toutes ses autres dimensions jazziques, pour le lieu et son équipe.

Bruxelles reste une belle ville, en dépit d’une double pression (un comble au pays de la bière) touristique mais aussi de démolition-reconstruction liée à sa qualité de capitale européenne, et qui lui font perdre parfois cette «belgitude» que nous aimons tant dans nos flâneries, ce mélange de poésie, de naturel dans l'atmosphère des rues, d’ancienneté, de pierres grises et de verdure. Mais c’est peut-être notre imagination…


Yves Sportis
© Jazz Hot n°673, automne 2015

Les 80 ans de Jazz Hot à la Fond'Action Boris Vian


L'affiche des 80 ans de Jazz Hot


Exposition Delaunay’s Dilemma




Fond'Action Boris Vian. 6, bis Cité Véron (Paris 18e)
28 mars - 11 avril 2015




Jazz Hot a 80 ans! Un anniversaire forcément remarquable de la plus ancienne revue de jazz dans le monde, marqué par l’organisation d’une exposition consacrée à l'œuvre pour le jazz de son fondateur Charles Delaunay, Delaunay’s Dilemma, accueillie à la Fond’Action Boris Vian par sa directrice Nicole Bertolt. Quoi de mieux en effet, pour rendre hommage à Charles Delaunay, que de se placer sous le bienveillant patronage de Bison Ravi (Boris Vian), son principal disciple en jazz par l'esprit et prestigieux aîné dans l'art de l'écriture?


Placée sous la présidence de deux aînés de l'équipe actuelle de Jazz Hot, le grand photographe David Sinclair (il expose en novembre 2015 au Royal Albert Hall) dont quelques photos témoignaient lors de cette exposition du très grand talent, et de Serge Baudot, l'un des rédacteurs de l'équipe, poète à ses heures, tous deux nés en 1935 avec Jazz Hot, l’exposition replaçait Charles Delaunay, le père de Jazz Hot de 1935 à 1980, dans son époque, lui, le fils des peintres Robert et Sonia Delaunay, dont l’œuvre a été d'organiser la reconnaissance du jazz à l'échelle internationale. Les arts graphiques et la musique, les deux grandes passions de Charles Delaunay, se trouvent ainsi réunies sur les murs de la galerie de la Fond’Action: les fameux « noirs au blanc » réalisés par Charles dans l’obscurité des clubs, des articles parus dans les premières années de Jazz Hot, des correspondances, et surtout l'œuvre organisatrice de Charles Delaunay, l'inventeur de beaucoup des outils qui ont donné au jazz son indépendance: la discographie, le label de jazz, l'organisation de concerts, de festivals, l'éditeur de presse spécialisé…

L'amateur de Jazz Hot a également eu l’occasion de retrouver, ponctuant cette exposition, de belles couvertures qui ont jalonné ces 80 ans et plus particulièrement les 25 dernières années: Duke, Ella, Basie, Von et Chico Freeman, Kenny Barron, John Coltrane, Randy Weston, etc., et bien sûr… Boris Vian!

Le diaporama ci-dessous donne au lecteur un aperçu de cette exposition et de l'ambiance chaleureuse et amicale qui a présidé au vernissage ainsi qu'à la fête de clôture. Nous vous en proposons un compte-rendu ainsi qu'une synthèse des débats qui ont animé les trois tables-rondes organisées durant la quinzaine. Vous trouverez aussi, en fin de page, rassemblées, les dédicaces de près de deux-cent-cinquante musicien(ne)s (et quelques dessinateurs de talent également) qui ont témoigné leur attachement à Jazz Hot à l’occasion de ses 80 ans. Parmi eux, Sonny Rollins, Wynton Marsalis, McCoy Tyner, Benny Golson, Dianne Reeves, Dee Dee Bridgewater, Toots Thielemans, Tchavolo Schmitt ou encore le regretté Phil Woods.


© Jazz Hot n°673, automne 2015




Diaporama réalisé avec les photos d'Ellen Bertet, Georges Herpe, José M. Horna, Patrick Martineau et Adrien Varachaud.
Cécile McLorin-Salvant a envoyé ce beau portrait dédicacé, réalisé par Richard Conde, pour être présente parmi nous…


Vernissage de l'exposition
28 mars 2015

Gérard Naulet, Daniel Chauvet, Michel Pastre © José M. Horna

Le 28 mars
, jour du vernissage, c’est une très belle fête qu’a préparée l'équipe de Jazz Hot. Une réussite qui a été complète grâce à la participation continue, tout au long de la journée et de la soirée (de 14h à minuit) des invités de Jazz Hot, venus nombreux (environ 300) découvrir l’exposition et souffler les 80 bougies. Parmi eux, nous avons eu le grand plaisir de recevoir des jazzmen historiques tels Hal Singer (qui est de 15 ans l’aîné de Jazz Hot…), Claude Bolling, Roger Paraboschi, Jean-Louis Chautemps, Bobby Few, Poumy Arnaud,mais également Mathias Rüegg, Lia Pale, Michel Pastre, Esaie Cid, José Fallot, Laurent Mignard, Mra Oma, Ichiro Onoe , Dan Vernhettes, etc.; des "anciens" deJazz Hot comme André Clergeat et Alain Tercinet; le président du Hot Club de France, François Desbrosses; des professionnels du disque: Daniel Richard, grand disquaire historique et producteur émérite, Arnaud Boubet et Maxime, les indispensables amis de Paris Jazz Corner, le grand disquaire parisien, Jeanne de Mirbeck (sœur de René Urtreger), et bien d'autres acteurs, connus ou moins connus du jazz; enfin des lecteurs et amis de longue date comme Micheline Davis-Boyer (la fille de Daidy Davis-Boyer, la «fiancée de Jazz Hot», voir notre n°600), Clovis Salvador, le neveu d’Henri, le peintre Pierre Clama ou encore Rolande Gourley (l'épouse du grand Jimmy Gourley).


La réussite fut complète aussi grâce aux musiciens venus animer cette jam-anniversaire. Nous saluerons d’abord les deux piliers de ce bœuf marathon de 12 heures: nos rédacteurs-musiciens Gérard Naulet
(p) et Daniel Chauvet (b) qui ont donné le coup d’envoi en duo sur «There Will Never Be Another You», notamment suivi de belles variations sur «Take the 'A' Train» et évidemment de quelques notes cubaines percussives, chères à l’ami Gérard.

Nos soutiers du swing ont ensuite été rejoints par Michel Pastre (ts) et son gros son dans la tradition sur «Satin Doll». Puis c’est un baryton, Philippe Desachy, pour quelques morceaux, dont «Song for My Father». Une autre rythmique a pris le relais, composée de David Herridge (p) et Jean-Claude Bénéteau (b), accompagnant un quartet de cuivres: "notre" Michel Laplace (tp), Esaïe Cid (as) et toujours Philippe Desachy et Michel Pastre sur «Perdido».

Un jeu de chaises musicales a ensuite réinstallé Gérard Naulet au piano, avec Claudius Dupont (b) et David Georgelet (dm), flanqués du même trio de sax pour un «C Jam Blues» très enlevé. Après quoi Yves Nahon a pris les baguettes et Jean-Yves Dubanton sa guitare pour accompagner la première chanteuse de la journée, la Suédoise Ellen Birath qui a livré un «On the Sunny Side of the Street» plein de charme, dans son dialogue avec Michel Pastre. Puis, c’est une autre Suédoise qui a pris place, Isabella Lundgren (voc), totalement inconnue en France mais que Jazz Hot avait remarqué lors de l’édition 2013 du festival d’Ystad, une des découvertes pour beaucoup, avec Lia Pale, de cet anniversaire. Le groupe, rejoint par Jean-Claude Laudat (acc), puis Gilles Le Taxin (b) a ainsi terminé l’après-midi, avant que ne débarque, pour un premier «échauffement», Bonney Fields (tp) en quartet avec Gérard Naulet, Daniel Chauvet et Yves Nahon sur «Well You Need It».

Mathias Rüegg et Lia Pale © José M. Horna

A 18h, la musique s’est interrompue pour quelques prises de parole de circonstance du directeur de notre revue, qui ont permis de présenter l’exposition, de remercier les différents partenaires (la Fond’Action Boris Vian, le Caveau de La Huchette, Paris Jazz Corner, Déjà production, Spirit of Jazz, Copytoo, La Manufacture d'Histoires Deux-Ponts, Jona Dunstheimer et son équipe pour la sonorisation, la Jazz Station de Bruxelles, le Toucy Jazz Festival) et d'avoir une pensée pour Cabu, l'un de nos anciens également, tragiquement assassiné début janvier 2015, dont des proches étaient présents. Nicole Bertolt a rappelé son long engagement auprès de la famille Vian et d’Ursula, la seconde épouse de Boris, à l’origine de l’ouverture de la galerie. Honneur fut fait ensuite aux deux parrains de cet anniversaire: "notre" photographe David Sinclair (auquel une partie de l’exposition est consacrée avec de splendides photos), représenté par son fils Malcolm venu spécialement d'outre-Manche, et notre rédacteur Serge Baudot, poète à ses heures, qui a évoqué son «entrée en jazz», Jacques Prévert (le voisin de terrasse de Boris Vian sur le toit du Moulin Rouge) et l'aîné Vian dans une de ses fameuses revues de presse.

Puis la musique a repris ses droits, avec un duo viennois qui a ouvert le bal, composé de la belle et talentueuse Lia Pale (voc) et de Mathias Rüegg (p), le créateur du Vienna Art Orchestra, grand arrangeur et pianiste savant. Les deux artistes, venus spécialement d’Autriche pour cet anniversaire, avaient préparé un beau programme tiré du dernier album de la chanteuse, My Poet’s Love.

Après quoi Lenny Popkin (ts) a inauguré la jam-session vespérale, accompagné de Carol Tristano (dm), Dominique Lemerle (b) et du jeune et doué Dexter Goldberg (p). Boney Fields et son complice Breno Brown (ts) ont alors surgi sur scène, imposant de vigoureux solos sur «Night in Tunisia».

Ricky Ford, Simon Boyer et Agathe Iracéma © Pascal Kober

De retour à la jam, Isabella Lundgren s’est trouvée un interlocuteur de choix avec "notre" Adrien Varachaud (ss), tandis que Michel Pastre reprenait ensuite du service en sa compagnie et celle de Lenny Popkin. Michel Pastre a également constitué un trio avec Daniel Chauvet et Philippe Milanta (p) pour un «Just You, Just Me» savoureux.

Moment intense de la soirée, la venue de Ricky Ford (ts), entouré de Kirk Lightsey (p), Jack Gregg (b) et Simon Shuffle Boyer (dm). Un all-stars qui n’a pas effrayé la sémillante Agathe Iracema (voc) qui s’est exprimée sur «On the Sunny Side of the Street» (again). Elle a ensuite formé un joli duo avec Isabella Lundgren sur «Everyday I Have the Blues», en présence de Larry Browne (tp, voc), animateur omniprésent de la soirée. Agathe a même complété la rythmique à la batterie pour accompagner Isabella sur la suite du morceau.

Après quoi, Laurent Epstein (p) et Dominique Lemerle ont procuré un soutien élégant à Christelle Pereira (voc). Tandis que l’infatigable Gérard Naulet nous offrait un solo de piano afro-cubain! La fin de soirée a fait la part belle aux trompettes, avec une évocation tonitruante de New Orleans servie par Larry Browne et Jona Dunstheimer (qui avait également assuré la sonorisation de l'événement avec les attentifs Jérémy et Jonathan).

Enfin, la grande Joan Minor (voc) clôtura cette belle journée par un magnifique «Summertime» avec un contre-chant très subtil d'Esaie Cid (as) qui a illuminé toute la soirée de ses belles ponctuations lyriques, et de l'inusable Gérard Naulet, capable de s'adapter à tous les contextes.

C’est donc des étoiles plein les yeux et des notes bleues plein le cœur que sont repartis tous les participants de cette belle communion autour d'une revue vénérable, toujours capable de réunir, 80 ans après, toutes les familles et générations de musiciens, d'amateurs de jazz, cette grande musique du partage.

Première table-ronde: Le disque et la mémoire du jazz
29 mars 2015

Le lendemain de la fête inaugurale, le 29 avril, se tenait la première des trois tables rondes qui devaient ponctuer les deux semaines de l’exposition, intitulée: «Le disque et la mémoire du jazz», animée par Yves Sportis et Mathieu Perez. Les deux intervenants principaux de cette rencontre étaient Daniel Richard, ancien disquaire et ancien producteur (il a notamment dirigé Universal Jazz) et Arnaud Boubet, disquaire et fondateur de Paris Jazz Corner.

Daniel Richard et Arnaud Boubet © Ellen Bertet

Tout d’abord, Daniel Richard a fait part de son expérience de producteur, en particulier en matière de réédition, à son sens plus satisfaisant que la production de nouveautés, le système des majors companies nivelant par le bas les projets artistiques. A l’inverse, l’exploitation d’enregistrements historiques lui permettait une plus grande liberté, bien que le souci du marketing restât dominant (avec succès: la collection Jazz in Paris s’est écoulée dans le monde à hauteur de 3 millions de CDs). Bien entendu, les majors exploitent le patrimoine dans une perspective de rentabilité et non de conservation ou de transmission. Et Daniel Richard de regretter que les maisons de disques n’aient pas le souci d’archiver les documents liés aux séances d’enregistrement, ce qui constitue une perte de la mémoire. Il a par ailleurs raconté que lorsqu’il a commencé à travailler sur des rééditions, dans les années 70, l’histoire du jazz n’intéressait pas. Les majors éditaient des compilations «grand public» et il était difficile, pour l’amateur de jazz, de disposer de rééditions intégrales, d’albums entiers.

Daniel Richard a également vécu la disparition des disquaires indépendants avec l’arrivée de la FNAC et de ses prix bas. Le disque devint alors un «produit culturel» destiné à des consommateurs suivant les prescriptions «dans l’air du temps» de la presse. Disquaire indépendant à l’époque, Daniel Richard est parvenu à maintenir son activité, fort de sa relation de confiance avec ses clients et parce qu’il proposait des importations introuvables dans les FNAC.

Autre souvenir, la création, au début des années 90, de la notion juridique de «domaine public» qui ouvrait la voie à la libre réédition des enregistrements phonographiques de plus de cinquante ans (alors que parallèlement le support compact disc était en plein essor). Saisissant l’opportunité, Daniel Richard avait alors rencontré Noël Hervé, Christian Bonnet (qui ont créé la collection Masters of Jazz, appréciable en particulier pour la qualité de ses livrets), Gilles Pétard (qui a réalisé, de façon très réactive, le travail de réédition le plus important avec Classics, mais avec des livrets plus succins) ainsi que Claude Carrière. Le fonds constitué par Gilles Pétard fait toujours autorité. Il a été construit avec des collections particulières et a rencontré un grand succès auprès des amateurs de jazz partout dans le monde. Daniel Richard estime que ce travail de réédition intégrale ne se fait plus aujourd’hui (en dehors de celui réalisé par Patrick Frémeaux) en raison de l’écroulement des ventes de CDs et du rallongement à soixante-dix ans des droits d’auteur. Et alors que les collections patrimoniales sont disponibles sur les plateformes de streaming, celles-ci ne fournissent – à ce jour – aucune information discographique (alors que la technologie existe) et rémunèrent fort mal les auteurs de ces collections.

Arnaud Boubet est alors intervenu pour faire part de sa crainte de voir la mémoire du jazz d’aujourd’hui et de demain disparaître avec l’abandon du support physique. On a également souligné que la boutique du disquaire est un lieu privilégié pour les échanges entre amateurs de jazz et donc pour la transmission du savoir. Daniel Richard a évoqué l’idée de créer à Paris un centre de documentation dédié au jazz, qui serait justement un lieu de rencontre et de transmission. L’autre enjeu serait conservation des collections privées, car les collectionneurs vieillissent et n’ont pas nécessairement d’héritiers intéressés par le jazz. D’où un risque d’éparpillement des collections. Daniel Richard évoquant ainsi son propre cas, avec une collection qui comprend non seulement des disques mais aussi plusieurs tonnes de documentation papier: revues, catalogues, discographies, photos, etc. Contrairement à des exemples américains, l’université française n’entend pas entreprendre de travail de numérisation des archives des collectionneurs. Arnaud Boubet a cependant opposé qu’une sauvegarde numérique, accessible en ligne, ne pouvait être suffisante et qu’il fallait également préserver les objets et supports physiques, insistant sur la nécessaire vocation muséale d’un centre de documentation sur le jazz. Le risque d'enfermement des collections a également été évoqué à travers l’exemple du fonds Delaunay à la BNF. Arnaud Boubet a enfin indiqué qu’un centre de ressources serait un outil très utile pour les porteurs de projets de réédition.

Daniel Richard, Jean-Marie Hacquier, Arnaud Boubet © Ellen Bertet

Yves Sportis a proposé que soit entreprise une démarche concrète et collective, réunissant les principaux représentants du jazz en France, en vue de la création d’une fondation. Mathieu Perez a ensuite exposé l’exemple de la Maison du Jazz de Liège (voir Jazz Hotn°666). Notre correspondant belge, Jean-Marie Hacquier, fin connaisseur de la question de la mémoire du jazz en Belgique (il a participé à la création de la Jazz Station à Bruxelles), a alors rejoint la table. Le problème de la dispersion des collections privées se pose également dans le Plat Pays (et se traite de façon indépendante en Wallonie et en Flandres). Jean-Marie Hacquier évoquant des situations différentes, celle de Léon Dierckx (Jazz Hot n°636), à la tête d’une collection de 200 000 disques et celle de Robert Pernet dont le collection est conservée au Musée des instruments de musique de Bruxelles mais n’est pas accessible au public.

De l’ensemble du débat passionné qui a animé les intervenants invités comme les membres de l’assistance, il est ressorti la nécessité – et même l’urgence – de poser les bases d’une fondation dédiée à la conservation de la mémoire du jazz en France, disposant, à Paris, de moyens pour recueillir des collections privées et en organiser l’archivage et la diffusion afin d’éviter la captation du savoir ou l'éparpillement de la mémoire. Un tel projet nécessitant des fonds importants, en investissement (aménagement du lieu, etc.) mais aussi en fonctionnement (pour en assurer la pérennité) seule une association-fondation influente (car représentative des acteurs du jazz en France) serait en capacité de convaincre des financeurs privés et publics.

Deuxième table-ronde: Boris Vian et Jazz Hot
4 avril 2015

La deuxième rencontre que proposaitJazz Hot, le 4 avril, était consacrée à l’une des grandes figures de son histoire, Boris Vian, hôte d'une certaine manière de cette exposition, qui collabora à la revue de 1945 à sa mort en 1959, et entretint donc une relation de grande fidélité à la revue de son ami Charles Delaunay. Yves Sportis, qui menait les débats, a tout d’abord rappelé que le jazz a été structurant dans la personnalité de Boris Vian qui traitait du sujet avec grand sérieux, sous des dehors humoristiques et avec, de temps à autre, une mauvaise foi certaine mais qui entrait en cohérence avec sa compréhension très fine de cette musique. Boris Vian s’est de fait posé en disciple de Charles Delaunay dans sa façon d’embrasser le jazz dans sa globalité, des origines à ses formes modernes; les deux hommes pensant le jazz comme un art en mouvement, (se différenciant ainsi de la vision très «ethniciste» d’Hugues Panassié ou de celle implacablement progressiste d’André Hodeir) et partageant une vision internationale du jazz ainsi qu’un goût de l’Amérique. La relation Vian-Delaunay étant tout en réserve et admiration réciproque. En outre, la fameuse revue de presse de Boris Vian, qui a tant amusé les amateurs de jazz, constituait un travail tout à fait sérieux, confié par Delaunay qui lui transmettait les revues à commenter (les revues étrangères se trouvaient très difficilement en France). L’exercice était en outre une synthèse originale entre les activités de journaliste, de critique et d’écrivain. En ce sens, Boris Vian a été un pilier de Jazz Hot et a écrit une des pages les plus notables de son histoire. Ce qu’il considérait comme une «petite collaboration» fut en fait fondamental pour notre revue et pour la critique en général, notamment par l'indépendance de ton qu'elle imprima.

Nicole Bertold, Alain Tercinet et Jean-Louis Chautemps © Jérôme Partage

Ancien me
mbre de la rédaction de Jazz Hot, Alain Tercinet était invité à évoquer la mémoire de Bison Ravi aux côtés de la directrice de la Fond’Action Boris Vian, Nicole Bertold. Une longue collaboration autour de Boris Vian les réunit, notamment sur la collection de disques de l’écrivain conservée dans son appartement de la Cité Véron, trois étages plus haut (et qui se visite sur rendez-vous). Alain Tercinet a d’abord évoqué sa difficulté à définir les rapports entre Boris Vian et Charles Delaunay: car s’il a bien connu le second il se confiait peu. Alain Tercinet est entré à Jazz Hot comme maquettiste, à la fin des années soixante, jusqu’à ce que Delaunay lui tende un jour un disque en lui demandant: «Est-ce que vous voulez faire une critique?» (car personne ne tutoyait Delaunay, en dehors de Boris Vian). Alain Tercinet a insisté sur le «culot» qu’a manifesté Delaunay en confiant une chronique régulière à Vian, cette revue de presse qui était aussi un courrier des lecteurs (et qui a donné lieu à de mémorables enguelades avec certains lecteurs et aussi à un dialogue à distance avec le «pape» Hugues Panassié, gentiment titillé mais respecté). Citant Vian lui-même, Alain Tercinet a rappelé le caractère subjectif assumé des revues de presse.

Il est ensuite revenu sur l’opposition Vian-Panassié qui, selon lui, relève d’avantage d’une opposition de personnalités (Vian n’ayant pas apprécié que Panassié tente d’évincer Delaunay après la guerre) plutôt que d’une opposition stylistique. Ce qui n’empêchait pas Boris Vian d’exprimer son estime pour le «pape» Hugues qu’il brocardait. Et Alain Tercinet de rapporter un savoureux souvenir de concert à Lyon: celui du quintet de Dizzy Gillespie. Les «panasséistes» présents (ils avaient acheté leurs places), qui étaient venus avec des sifflets, se faisaient ceinturer par les membres du Hot Club de Lyon, tapis dans les travées pour leur confisquer les sifflets. Un concert qui s’était achevé avec une plaisanterie très Gillespienne, qui s’était présenté ainsi: «A la trompette, Louis Armstrong!», suscitant les hurlements des panasséistes et les rires!

Présent dans la salle lors de ce concert, Jean-Louis Chautemps, a raconté qu’il voyait régulièrement Boris Vian au Club Saint-Germain (dans les années 1948-49), mais que son statut de «vedette» intimidait le jeune musicien qu’il était (il jouait à l’époque de la trompette). Nicole Bertold a expliqué que c’est Jacques Canetti qui a amené Boris Vian à la production de disques, Charles Delaunay étant étranger à cette affaire. En effet, séduit par la personnalité de Boris Vian et sa grande connaissance du jazz, Jacques Canetti lui a proposé d’être son collaborateur au sein de Philips (Boris Vian terminera directeur artistique de cette maison de disques). Alors que se posait la question de savoir pourquoi Boris Vian ne s’était pas rendu aux Etats-Unis (la question est également évoquée dans «Boris Vian. Le Voyage en Amérique», Jazz Hot n°671), on s’est demandé si, fort d’une conscience anti-raciste très avancée pour son époque, il n’aurait pas préféré se contenter d’une Amérique rêvée que de se confronter à sa réalité ségrégationniste. Ce à quoi Nicole Bertold a répondu que son cœur malade lui interdisait tout voyage en avion mais que si, au sortir de l’Ecole Centrale, il n’avait pas souhaité suivre ses camarades partis sur le Nouveau Monde (il était déjà chargé de famille), depuis sa relation avec Ursula, il fantasmait sur cette possibilité d’aller à New York.

Un des panneaux synthétise l'œuvre de Charles Delaunay, ses écrits dans la veine suréaliste, ses biographies de Django Reinhardt, la création des labels Swing en 1937 et Vogue en 1947, ses discographies dont la première fut pubiée en 1936, et l'ouvrage d'Hugues Panassié, le Jazz Hot qui ouvrit la voie à cette aventure de presse, la revue Jazz Hot qui fête ses 80 ans en 2015.…

Autre question, celle de la relation entre Boris Vian et Django Reinhardt. S’il n’existe pas de témoignage direct de cette relation, Jean-Louis Chautemps a rappelé que le siège historique de Jazz Hot (le 14, rue Chaptal) était un lieu de passage et de rencontres entre musiciens, notamment en raison de sa proximité avec les bureaux de la Sacem. Il est d’ailleurs probable que c’est lors de l’inauguration du siège de la revue, en 1939, que Duke Ellington et Django Reinhardt se sont rencontrés pour la première fois, et les Vian sont présents sur les photos prises dans l'escalier du club. De même, les frontières stylistiques entre musiciens étaient alors plus minces et il est vraisemblable que Vian considérait Django comme appartenant pleinement au monde du jazz (même si Chautemps a rappelé que pendant la guerre, Django était une véritable vedette de variétés). Dans l’assistance, Anne Legrand, biographe de Boris Vian et qui a répertorié le fonds Delaunay à la BNF, a indiqué qu’entre 1943 et 1944 Django venait rue Chaptal, également fréquentée par Boris Vian, et que tout ce petit monde a forcément sympathisé. Django et Boris étaient d’ailleurs avec Delaunay à l’arrivée des premiers disques de bebop. Enfin, pour se convaincre de la réalité de leur amitié, on peut tout simplement relire dans Jazz Hot (n°78) ce que Boris Vian disait de Django au lendemain de sa disparition, en prélude à sa revue de presse: «Je ne peux commencer cette revue de presse sans déplorer, comme tous les amateurs de jazz, et comme tous ceux qui le connaissaient encore plus, la mort de ce bon Django. (…) Django était un si chic type, si peu prétentieux, si bon copain et si excellent musicien de surcroît (…). Django, vieux frère, adieu, nous ne sommes pas près de t’oublier.»

D’autres thèmes ou questions restent encore à explorer pour éclairer la relation de Boris Vian et Jazz Hot. Mais déjà heureux d’avoir partagé nombre de chouettes anecdotes, les participants ont conclu la discussion par un verre levé à la mémoire de l'aîné.

Troisième table-ronde: Le récit des musiciens & jam de clôture
11 avril 2015

La troisième et dernière table ronde, consacrée au «récit des musiciens» s’inscrivait dans le prolongement de la première, où il était question de la mémoire du jazz. Une parole libre était donc donnée aux musiciens présents, à commencer par «l’invité d’honneur» de cette journée, Chico Freeman, venu spécialement de Suisse pour l’anniversaire de Jazz Hot. L’après-midi a donc débuté sous forme d’une interview en public du saxophoniste, par Yves Sportis, qui a raconté comment il était venu au jazz en voyant son père (Von Freeman) s’exercer à une époque (le début des années cinquante) où Chicago avait une scène plus riche que celle de New York (selon le mot de Chico: Chicago c’était «le Sud dans le Nord» en raison du mouvement de populations afro-américaines venues du Sud vers Chicago et non vers New York, apportant notamment la culture du blues). Là où il vivait, les gamins, en été, venaient sur le porche de la maison écouter son père répéter avec les autres musiciens. Pour autant, Chico a raconté que ce n’est pas grâce à la pédagogie de son père qu’il a pu explorer le jazz (il ne possédait que cinq disques!) mais grâce au père d’un copain d’école qui était collectionneur. Il n’empêche que c’est l’un des cinq disques que possédait son père qui lui a donné envie de devenir musicien: Kind of Blue de Miles Davis. Avec beaucoup d’humour, Chico a parlé de ses débuts à Chicago, de sa scène jazz et blues. Un moment particulièrement drôle fut lorsque Chico évoqua son arrivée à New York (il jouait alors avec Elvin Jones), sans le sou, et où un autre grand batteur l’a pris sous son aile, un certain… John Betsch. Disant cela, Chico n’avait pas remarqué que John Betsch était assis juste derrière lui! Ce furent donc des retrouvailles improvisées.

John Betsch, Hal Singer et Chico Freeman © Patrick Martineau

Puis
, c’est un autre fils de jazzman, qui prit la parole, Sean Gourley (digne hériter de Jimmy). Contrairement à Chico, Sean, de mère française, est né et à grandi à Paris. Il est entré au conservatoire à 6 ans et n’a pas eu l’apprentissage de la rue et des copains d’école dont parlait Chico. Mais son père lui faisait écouter des guitaristes de jazz, notamment George Benson. Dès qu’il a pu, Sean a abandonné le conservatoire et s’est mis à jouer du rock dans des caves avec un autre fils de musicien, Philippe Urtreger (ce qui a provoqué des conflits entre père et fils). Plus tard, Sean est venu au jazz où il a fini par trouver l’énergie qu’il recherchait dans le rock.

Autre témoignage, celui de Luigi Grasso, originaire d’une petite ville près de Naples, où il n’y avait pas de scène jazz. La découverte du jazz, à travers les disques de ses parents, lui permettait de s’exprimer plus librement au saxophone, qu’il étudiait depuis l’âge de 5 ans.

Après l’évocation de ces expériences, Jean-Louis Chautemps a poussé un cri du cœur, appelant à parler de l’avenir! Ce à quoi Jacques Schneck a répondu qu’au-delà des évolutions stylistiques, ce sont ses qualités de musique populaire, favorisant les rencontres, que le jazz doit conserver. La communication avec le public, l’émotion étant plus importantes que la recherche savante. Mais les musiciens se trouvent encouragés par leur culture et par la presse spécialisée vers l’expérimentation.

David Herridge a expliqué qu’à la fin des années soixante, la scène londonienne s’était fermée au jazz traditionnel ne favorisant que l’avant-garde, lequel a cherché à s’imposer de façon agressive. Il a par ailleurs regretté le cloisonnement entre les styles, rapportant une conversation qu’il avait eu avec Georges Arvanitas à propos des écoles très compartimentées: Bill Evans, boogie woogie, etc.

Katy Roberts à répondu à cela que la situation présente avait au moins l’avantage de faire plus de place aux femmes dans le jazz. Dans les années soixante-dix, à Berklee, elle était la seule fille de sa classe, alors qu’aujourd’hui, en tant qu’enseignante, elle remarque que les groupes d’élèves sont mixtes. Le problème essentiel qui se pose donc, comme l’a souligné Jacques Schneck, est celui du public. Car si le milieu du jazz est très vivant –peut-être comme il ne l’a jamais été–, on constate une crise de communication avec le public.

Yves Sportis a rappelé que le jazz a une dimension à la fois populaire (qui aux Etats-Unis s’inscrivait dans le quotidien) et artistique (l’exigence esthétique des grands musiciens: Armstrong, Ellington, etc.). En effet, les musiciens américains sont venus à Paris pour faire reconnaître le jazz comme un art (comme les peintres ou les écrivains avant eux). Sans cette démarche de leur part, le jazz en France se serait limité à une musique d’ entertainment. L’exigence artistique des musiciens existe toujours mais le public a déserté. Il est donc nécessaire que l’ensemble du milieu du jazz se mobilise pour redynamiser une culture populaire jazz, avec une exigence artistique, ce qui passe notamment par le rétablissement des liens avec les racines américaines.

A la suite de quoi, Mra Oma, a regretté, avec vigueur, qu’il soit difficile pour les musiciens américains de jouer à Paris, la scène européenne étant, dans son ensemble, cloisonnée entre jazz français, jazz espagnol, jazz allemand, etc. Ceci alors que les musiciens américains qui ont amené le jazz en Europe l’on fait avec beaucoup de générosité. Chico Freeman a souligné que si l’on ne peut prévoir l’avenir du jazz, l’enfermement dans des catégories n’est pas d’hier. Il a cité Charlie Parker:«Les musiciens ne contrôlent pas le business. Ils contrôlent toujours la musique», Chico estimant que ce n’est plus vrai, que les musiciens ne contrôlent plus la musique. Or, ce qui compte, à son sens, c’est que les musiciens continuent de faire de la musique et que les gens viennent les voir. Mais l’arrivée d’internet, qui est une sorte de Far-West, pose de nouveaux problèmes.

Hal Singer, dont l’arrivée majestueuse dans la réunion dont il était visiblement le «king», a été un petit événement, s’est souvenu que dans sa jeunesse il n’avait pas conscience de la dimension business de la musique. Et il en était de même des musiciens des big bands d’Ellington, de Basie ou de Lunceford. C’était à d’autres que revenait l’argent. Il a par ailleurs expliqué qu’autrefois, on reconnaissait immédiatement chaque musicien à son son. Et qu’aujourd’hui, même s’il se réjouit de la qualité des formations données aux musiciens et de leur niveau technique, ils sonnent tous de la même façon. Et si auparavant les musiciens jouaient avant tout pour entrer en communication avec le public, ils paraissent aujourd’hui chercher tout d’abord à se valoriser auprès des autres musiciens.

La conclusion à ces échanges, parfois enflammés, a été très élégamment donnée, après près de quatre heures d'échanges par le même Hal Singer: «où est le bar?» (en français).

Larry Browne, Paddy Sherlock, Sylvia Howard, Katy Roberts et Sean Gourley © Adrien Varachaud

Les musiciens ont alors repris leurs instruments pour une jam-session en forme de fête de clôture de l’exposition. Ce sont ainsi Sean Gourley (g, voc), Larry Browne (tp, voc) et Brahim Haiouani (b) qui ont ouvert le ban, vite rejoints par Katy Roberts (p). L’occasion pour le guitariste et le trompettiste de donner aussi de la voix, notamment sur «It Had to Be You». Puis, David Herridge (p) s’est mêlé à l’orchestre, ainsi que John Betsch (une réunion pour le moins surprenante mais qui a formidablement fonctionné!). La jam a vu ensuite s’imposer les chanteurs avec l’arrivée de Paddy Sherlock (sans son trombone) qui s’est lancé sur un blues, soutenu par Sean Gourley, Larry Browne, Katy Roberts, Brahim Haiouani (qui n’a d’ailleurs pratiquement pas lâché la contrebasse de la soirée) et John Betsch: une équipe inédite! Un blues qui s’est poursuivi à deux voix en compagnie de Sylvia Howard. L’intervention de Malaïka Lacy (voc) sur «Somwhere Over the Rainbow», dont la puissante expression gospel a conquis l’assistance, et littéralement sidéré l’ami Paddy. Autre duo savoureux, celui entre Farris Smith Jr. (b, voc, une découverte!) et Chico Freeman (as). Joan Minor (voc) est venue tradivement donner la preuve d'une belle expression. Enfin, au crépuscule de la fête, Gérard Naulet (p), visiblement remis du marathon du vernissage, s’est lancé dans un duo très swing avec Brahim.


Entre ces tables rondes, les visites, tous les après-midis de cette quinzaine, sont venues confirmer que le jazz possède encore de solides racines dans notre pays, mais plus largement en Europe. Il y a eu beaucoup de curiosité pour Jazz Hot, Charles Delaunay qui reste un monument inconnu du jazz en France, plus qu'à l'étranger, malgré une vie consacrée au jazz, et une œuvre indispensable au développement du jazz sur le plan international.

Ces quinze jours d’exposition, de tables-rondes et de fêtes ont donc constitué une belle réussite à l'aune de ces 80 ans qui ont fait l'histoire du jazz en France, parfois avec des bouts de ficelle mais toujours avec des idées originales et une conviction enracinée dans l'amour du jazz.

Au-delà delà de notre équipe du jour qui contribue bénévolement à cette transmission, Jazz Hot et Charles Delaunay ont contribué essentiellement à la reconnaissance artistique du jazz à l'échelle internationale dès les années 1930, avec mais avant d'autres en France et dans le monde entier, en développant les outils organisationnels nécessaires à l'indépendance du jazz, outils qu'aujourd'hui et depuis le début des années soixante des affairistes, prétendant parfois aimer le jazz, des institutions et des ministres, se prétendant de gauche, des animateurs socio-culturels fonctionnarisés ont tendance à détruire avec une énergie digne de ceux qui font sauter les temples à Palmyre. Le sang en moins.

Cette exposition et ces débats ont permis des échanges intéressants, des rencontres, des découvertes, des retrouvailles (comme la visite de l’ami Daoud-David Williams de passage à Paris), en somme un certain état d’esprit, un rapport au jazz qui fait que nous sommes Jazz Hot.

Un grand merci pour cette quinzaine mémorable aux nombreux visiteurs, près d'un millier, amis lecteurs, musiciens, amateurs de jazz, qui nous ont fait le plaisir de participer à ces moments exceptionnels, aux amis de Jazz Hot qui sont venus prêter main forte à l'équipe pour tout organiser, Brigitte, Claudine, Olga, Gérard, Patrick, Marion, Alain, Kamel, Jona Dunstheimer et son équipe (sonorisation).

A bientôt pour les 90 ans, et pour le centenaire, ça ne dépend que de vous… (www.jazzhot.net)

Compte rendu collectif de l'équipe Jazz Hot,
réalisé et mis en scène par David Da Silva (camera 1), Georges Herpe (caméra 2), Jérôme Partage (stylo)

80 ans en 300 dédicaces... (cliquer pour agrandir)



Jazz for Two, une exposition des photographies de José Horna
Café Satistegi de Getxo, Espagne




L'exposition «Jazz for Two» est un ensemble de regards mutuels, de dialogues explicites ou tacites, de contrastes ou de complicités qui se produisent sur scène. En essayant de mettre l'accent sur la connexion entre les musiciens, sujet principal des 22 photographies qui composent l'exposition, on veut fixer cet instant qui va au-delà de la simple addition de personnages et donne forme à un «jazz pour deux» où les «deux» sont, aussi, pour le jazz. Comme dans l'ancienne chanson de Youmans et Caesar, devenue l'un des standards les plus connus du jazz:
” Just tea for two

and two for tea

Just me for you

and you for me… alone ”






When an exhibition of photographs of Jazz is prepared, the selection criteria can easily drift towards extreme images which the great technical advances of today's digital photography allow us. Thanks to these advances, we are managing to capture ,even in minimal lighting conditions, close-ups previously unheard-of, every detail and extremely high definition textures. The problem with this , at least in my opinion, may reside in the fact that this great leap forward might place us too close to the scene, to the point of blurring and losing the context of Jazz.






I think, besides the eternal debate about what is established Jazz and what is not, we can all agree that Jazz is an experience in which diverse individuals give form and content to something new, as a practically inseparable collective. To dissect it down to its bare minimums would be to almost destroy it. Similarly, photographing it exclusively through a keyhole would break the bonds of the collective that has emerged. To avoid this, sometimes it may be necessary not to forget to widen the frame, broaden the perspective and context so the main subject of the photo is ,in other words, these very same connections.



I have kept all of this in mind while considering and presenting "Jazz for Two". As a set of mutual glances, inferred and explicit dialogues, contrasts and complicity that occur in the scene. Trying to stress the relationship between the performers, in that instant that goes beyond the mere sum of characters and gives form to a "Jazz for two" in which the "two" is also for Jazz. As in the old song by Youmans and Caesar, which has become one of the most classic jazz standards:

” Just tea for two
and two for tea
Just me for you
and you for me ...alone ”

Translation Kevin Connolly


L'exposition est visualisable dans le détail sur le site Flickr: www.flickr.com/photos/jose_horna/sets/72157644753859929/





U
n livre-catalogue de l'exposition ajoute 13 photos supplémentaires sur le même sujet.
On peut le trouver: www.blurb.es/b/5383322-jazz-for-two






Site de Jose Horna: www.jazzografias.com

Contact: josehorna2@gmail.com

Détail des photographies exposées:

- Jim Tomlinson - Stacey Kent / Getxo Jazz 2013
- Chico Pinheiro - Nnenna Freelon / Concierto Homenaje a Pío Lindegaard 2013
- Danilo Pérez - Wayne Shorter / Getxo Jazz 2012
- China Moses - Raphaël Lemmonier / Getxo Jazz 2012
- Lorenz Kellhuber - Tobias Meinhart / Getxo Jazz 2009
- Dianne Reeves - Bobby McFerrin / Jazzaldia San Sebastián 2008
- Dave Douglas - Marcus Rojas / Jazzaldia San Sebastián 2009
- Hank Jones - Joe Lovano / Jazzaldia San Sebastián 2009
- Agustí Fernández - Peter Evans / Jazzaldia San Sebastián 2011
- Reginald Veal - Cassandra Wilson / Jazzaldia San Sebastián 2011
- Mulgrew Miller - Eric Reed / Jazzaldia San Sebastián 2012
- Wynton Marsalis - Paco de Lucía / Vitoria Jazz 2006
- Fabrizio Bosso - Stefano Di Battista / Vitoria Jazz 2009
- Dee Dee Bridgewater - James Carter / Vitoria Jazz 2009
- Pat Metheny - Charlie Haden / Vitoria Jazz 2009
- Bojan Z - Michel Portal / Vitoria Jazz 2011
- Stefano Bollani - Jesper Bodilsen / Vitoria Jazz 2012
- Linda Oh - Joey Baron / Vitoria Jazz 2012
- Joshua Redman - Reid Anderson / Vitoria Jazz 2012
- Tom Harrell - Wayne Scoffery / Vitoria Jazz 2013
- Eric Revis - Branford Marsalis / Vitoria Jazz 2013
- Frank Woeste - Ibrahim Maalouf / Vitoria Jazz 2013

 

© Jazz Hot n° 668, été 2014




Trenet: Le Fou chantant. De Narbonne à Paris
Galerie des Bibliothèques, Paris (4e), jusqu'au 27 juin 2013

A l’occasion du centenaire de la naissance de Charles Trenet, n’attendez pas de la Cité de la Musique une grande exposition rétrospective en l’honneur du poète, comme ce fut le cas pour Serge Gainsbourg (2008), Miles Davis (2009), Georges Brassens (2011) ou Django Reinhardt (2012), ni d’aucun autre hommage des grandes institutions culturelles françaises. Il n’y en aura pas. Rien pour célébrer le chanteur compositeur qui manifestement ne contribua ni à la chanson française, encore moins à l’introduction du jazz en France. Lamentable!

Heureusement que l’on peut compter sur Paris Bibliothèques, association à but non lucratif sous contrat avec la Mairie de Paris, qui eut l’excellente idée de coproduire, avec Narbonne, une exposition rétrospective, qui sera présentée dans la ville natale de Trenet du 20 juillet au 20 octobre 2013.

Le parcours, chronologique, nous invite à découvrir de très belles photos de famille, d’amis, de proches et du poète, et une pléiade de documents, manuscrits, lettres, affiches. Ici ou là, des écrans pour écouter des entretiens et des écouteurs pour se laisser surprendre de la beauté des paroles et des mélodies du fou chantant. L’espace est grand, les documents généreux. Une dizaine de planches signées Cabu retrace le parcours de son héros à partir d’anecdotes savoureuses toujours traitées avec élégance, humour et finesse, et donne un dernier coup de chapeau au chanteur chapeauté.

Pourtant, si la promenade et la flânerie au gré des archives et des petits textes de présentation, -parfois simplistes- sont plaisantes, l’exposition n’en reste qu’à la surface de l’histoire. Trop descriptive, elle manque de précision, de nuances, et fait reposer sur les quelques archives audiovisuelles les explications attendues. Aucun texte critique, même court, n’explique la contribution de Trenet à la chanson française, encore moins au jazz en France ou situe sa place dans le siècle au milieu des autres créateurs. Pas de témoignages de celles et ceux qui l’ont connu, pas de mémoire orale. L’amateur sort de l’exposition non pas déçu mais sans avoir rien appris de plus que ce qu’il savait, maintenant qu’il est allégé de six euros; le curieux, quant à lui, espérons qu’il aura envie de partir à la recherche de titres moins connus. A celui-là, comme aux curieux, amateurs et passionnés, on recommande chaudement l’écoute de l’œuvre intégrale de Trenet en 11 CDs couvrant la période 1933-1955, éditée chez Frémeaux et Associés, sous la direction de Daniel Nevers, pour un dépaysement total.

 

 

 

 

Mathieu Perez
© Jazz Hot n° 663, printemps 2013




Exposition Vogue

BNF, Paris,
du 18 septembre au 13 novembre 2011

Du 18 septembre au 13 novembre, à la BNF, une exposition était consacrée à la maison de disques Vogue. Cette large fresque murale (agrémentée de bornes d’écoutes et d’une borne audiovisuelle) a retracé l’histoire de la maison de disques fondée en 1947 par Léon Cabat, Charles Delaunay et Albert Ferreri et qui fut initialement consacrée au jazz (Sidney Bechet, Dizzy Gillespie…). Le logo lui-même fut dessiné par l’artiste et mère du fondateur de Jazz Hot, Sonia Delaunay. Pourtant, Vogue devait se diversifier (et Delaunay devait s’en retirer au début des années cinquante) au point d’inclure dans son catalogue Johnny Hallyday, Jacques Dutronc, Petula Clark, Martin Circus, de l’ethnomusicologie, des pièces de théâtres, du rap… L’exposition souligne la prise en charge de tous les aspects du disque (enregistrement, fabrication, distribution) par le label. Mais ce «cocorico» un peu vain eut égard à la pérennité des maisons de disques indépendantes américaines (par rapport à Vogue qui ne parvint pas à s’adapter au format du compact disc) ne pose guère de question sur le contenu artistique, préférant insister sur la réussite commerciale. En particulier, le fondement jazz de Vogue n’a pas reçu le sens esthétique, historique et culturel qui aurait dû être le sens de cette exposition – laquelle retrace finalement (mais involontairement) ce que le jazz a été en France: une vogue (sans jeu de mot), un hobby pour certains hommes d’affaires plus pressés de faire de l’argent avec les paillettes du show-biz que de se servir de leur pouvoir pour promouvoir véritablement le jazz, dont ils n’ont guère fait profiter le grand public. Comme si le jazz était une sorte de mauvais objet que l’on pouvait évacuer une fois qu’il avait servi sa fonction. Il était à cet égard logique que les yé-yé remplacent le jazz. De fait, la variété a remplacé le jazz, ce qui est peut-être d’autant plus dramatique que la France avait disposé très tôt d’outils d’appréciation et d’analyse – grâce à la plus vieille revue de jazz au monde, Jazz Hot, grâce à Charles Delaunay, à Boris Vian et beaucoup d’autres – qui avaient diffusé le jazz avec bonheur et clairvoyance. Cette exposition aveugle au sens de l’histoire ne fait que confirmer ce qui s’est perdu.

Heureusement, au moment où sortent les œuvres de Boris Vian dans la collection de la Pléiade (superbe travail de l’universitaire Marc Lapprand, du libraire François Roulmann et de notre collaboratrice Christelle Gonzalo), la BNF propose également une exposition consacrée à notre glorieux confrère Boris Vian (18 octobre 2011-15 janvier 2012) qui est d’une autre trempe. La conception scientifique ayant été confiée à la fine connaisseuse de Vian qu’est Nicole Bertolt (qui dirige la Fondation Boris Vian), le résultat a été à la hauteur. Manuscrits, peintures, photographies, vidéos, documents d’époque: la variété des documents est parfaitement mise en cohérence. Tous les aspects de Boris Vian sont abordés, le Vian journaliste, critique, trompettiste, producteur, traducteur, écrivain… De toute manière, l’interpénétration chez lui du jazz et de la littérature rendait cette approche nécessaire. L’exposition permet vraiment de plonger dans une époque particulière où le jazz a pu être vécu avec engagement, où le jazz fut à la fois la matière et la philosophie d’un écrivain totalement original. Ecrivain-musicien, il a su toucher notre inconscient collectif, le répertoire de ses chansons, repris par Reggiani ou Higelin, faisant désormais partie de nos références autant littéraires que musicales.

Le superbe catalogue de l’exposition (Gallimard/BNF) constitue en soi une somme biographique et visuelle de qualité. On y trouve ses dessins, ses carnets, ses esquisses, des extraits de Jazz Hot où il tenait la revue de presse, les couvertures des ouvrages qu’il avait traduits (Raymond Chandler, Peter Cheney, l’écrivain de Chicago Nelson Algren) ou même l’article de Points de Vue où Vian se défend de l’accusation d’assassinat par procuration (suite au meurtre d’Anne-Marie Masson, son assassin ayant laissé un exemplaire de J’irai cracher sur vos tombes…), les pochettes de Jazz pour tous, (la collection qu’il animait chez Philips), une photo du cor à gidouille… Y figurent aussi des textes intéressants de François Roulmann, Anne Mary, Christelle Gonzalo, Nicole Bertolt et Alain Tercinet. Cet ouvrage permet de prolonger l’exposition et d’emporter une part de la vie vianesque, rendu plus sensible par la présence de sa graphie.

Bison Ravi en ressort dans toute sa singularité mais l’exposition révèle aussi ce que chacun devine depuis longtemps – à quel point il reste proche de nous et appartient en profondeur à notre patrimoine culturel.

 

 

 

Jean Szlamowicz
© Jazz Hot n° 658, hiver 2011

A l’occasion du centenaire de Charles Delaunay (1911-2011)
le Festival Jazz à Foix, la Bibliothèque de Foix et Jazz Hot présentent


DELAUNAY’S DILEMMA
CHARLES DELAUNAY: LA PEINTURE, LE JAZZ ET JAZZ HOT


Expo Delaunay à Foix 1

Charles Delaunay, le fils des célèbres peintres Sonia et Robert Delaunay, aurait pu, par tradition familiale, prétendre à une carrière artistique dans les arts graphiques qu’il pratiqua dès son plus jeune âge et sa vie durant aux côtés de Sonia.
Sa rencontre avec le jazz naissant, à l’adolescence, fut l’occasion d’un tournant précoce vers une destinée qui n’en fut pas moins fertile puisque Charles Delaunay fut à l’origine de la première revue spécialisée dans le jazz – la plus ancienne encore en activité – Jazz Hot (1935), qu’il fut le créateur de la discographie, l’outil méthodologique essentiel de l’élaboration d’un art qui prit son essor grâce à l’enregistrement, et qu’il bâtit dans la foulée le premier label spécialisé dans le jazz – Swing – quelques années avant les grands labels spécialisés américains (Blue Note, Norgran, Columbia Jazz…). Il préfigura encore les festivals de jazz (Festival International de Jazz de Paris, 1949, Salons du Jazz), et fut très tôt l’agent de musiciens comme Coleman Hawkins, Django Reinhardt… Il fut l’organisateur des concerts historiques du Big Band de Dizzy Gillespie en 1948 qui installèrent définitivement le bebop en France.
Expo Delaunay à Foix 2

Le dilemme entre ces deux vocations, l’expression graphique et le jazz, illustré musicalement par la composition amicale du pianiste John Lewis (MJQ) «Delaunay’s Dilemma», trouva cependant une résolution partielle dans les dessins en blanc sur fond noir –«les noirs au blanc»– que réalisa Charles Delaunay tout au long de son parcours, dans les clubs, pendant les sessions d’enregistrements, et dans les conceptions d’affiches, de programmes et de publicités qu’il conçut dans le cadre de ses activités jazziques.
Cette exposition, fondée sur la collection privée de la revue Jazz Hot, présente un retour sur l’ensemble des activités de Charles Delaunay fondatrices de l’univers du jazz en France dont des portraits de musiciens et d’orchestres sérigraphiés, des programmes, des affiches, des revues, des photographies, des ouvrages, des documents liés à sa passion.

Pour illustrer ces premiers temps du jazz, l’entre-deux-guerres, la guerre et l’immédiat après-guerre, l’actuel directeur de la revue Jazz Hot –le berceau de la critique de jazz en France et dans le monde avec les Charles Delaunay, Robert Goffin, Hugues Panassié, Stanley Dance, Helen Oakley, John Hammond, Boris Vian, Leonard Feather, Ira Gitler, et des dizaines d’autres– Yves Sportis donc, vous propose de le retrouver pour évoquer dans le cadre d’une discussion informelle de ces premiers moments du jazz, si déterminants pour ce que le jazz est devenu dans le monde et en France, y compris dans ces festivals comme Jazz à Foix qui éclairent nos étés d’une culture d’une exceptionnelle qualité.

© Jazz Hot 2011. Archives Jazz Hot. Droits réservés.
Cette exposition a été réalisée par Ellen Bertet, Yves Sportis et l’équipe de Jazz Hot, avec le concours de Michèle Ginoulhiac, Eric Baudeigne (Jazz à Foix) et de Maryline Lambert (Bibliothèque municipale de Foix) qui accueillent cette exposition pour sa première publique.
Les textes, légendes et commentaires, sont pour l’essentiel des citations de Charles Delaunay, extraites de la revue Jazz Hot, de ses ouvrages (présentés dans cette exposition) et en particulier de son autobiographie Delaunay’s Dilemma, Editions W, 1985.


Expo Delaunay à Foix 3

© Jazz Hot n° 656, été 2011




Regards de Jazz

Espace Villeneuve-Bargemon-Quai du Port, 13002 Marseille

Christian Ducasse, Martine Montégrandi et Serge Mercier et exposent à Marseille du 1er juillet au 15 août.

Une chronique du jazz qui se déroule entre 1978 / Big Band de Vincent Séno, Jacques Ménichetti et «Au Secours", jusqu'en 2010 avec le formidable Ahmad Compaoré. De grandes figures seront présentes dans ce court panorama de 30 photographies: Miles Davis, Dizzy Gillespie, Ella Fitzgerald, ... Chico Freeman, George Adams, Betty Carter, Sun Ra, Marion Brown & Mal Waldron, Barre Phillips ...

Les indispensables Henri Florens, André Jaume, Michel Zenino, ... et bien d'autres talents à découvrir lors de cette exposition.

 

Espace Villeneuve-Bargemon - Quai du Port, 13002 Marseille.

Du mercredi au dimanche de 12 h à 19 h.

Renseignements: 04 91 14 58 80

 

 


© Jazz Hot n° 651, printemps 2010

Pascal Kober: Jazz(s), mes amours, mes voyages
La Frise, Grenoble (38)

Toots Thielemans © Pascal KoberTexte, photo, journalisme, musique... et toutes ces sortes de choses qui se jouent du temps et gardent trace de la vie. Je les voudrais amateurs. Du latin «qui aime»: le texte sur un carnet de voyage; la photo «de famille»; et le journalisme comme une écoute candide des murmures de la planète. La musique, enfin, en respiration et en parfait dilettante. Le photographe ne connait pas ce formidable retour du public juste après l'énoncé final d'un thème. Plaisir du musicien en direct. Or, au fond, au-delà des diverses formes d'expression, il s'agit bien d'abord de plaisirs.

 

De Miles à Toots, de Betty Carter à Aziza Mustafa Zadeh, des steppes russes aux cieux caraïbes, de tournées en festivals, trente ans déjà que je parcours les territoires du jazz. Vingt ans déjà que Jazz Hot, plus ancienne revue de jazz du monde (créée en 1935!) publie mes breakfast interviews, mes chroniques de disques, mes grands reportages et mes photos de musiciens.

 

Exposition à La Frise, 150, cours Berriat, 38000 Grenoble (04 76 96 58 22)

du vendredi 11 juin au samedi 11 septembre 2010 (fermeture en août)

www.pascalkober.com

 

 

Pascal Kober
© Jazz Hot n° 651, printemps 2010

Marqueterie et guitare
Paris Jazz Corner, Paris 10e

Chez parisjazzcorner.com situé 8 rue de Nancy à Paris, Arnaud Boubet et Fandala Andriamanantena avaient organisé une exposition de pochettes de LPs mythiques reproduites en marqueterie de beaux bois malgaches par Geoff Bale : impressionnant de résonance avec les originaux et attirant par l'expression pour les pochettes reprenant les visages de nos artistes de jazz préférés. Après s'être régalé les yeux, nous avons eu aussi un concert de guitare solo, en la personne de Gene Bertoncini, délicieux personnage issu de cette savoureuse communauté italo-américaine qui a aussi donné au jazz quelques-uns de ses fleurons. Gene Bertoncini est un amoureux des mélodies («Lush Life»…) qui effleure ses notes avec retenue. Autant dire un samedi après-midi plein de douce chaleur dans ce décembre qui faisait mentir les adeptes de la théorie du réchauffement climatique.

 

Hélène Sportis
© Jazz Hot n° 650, hiver 2009



We Want Miles
Miles Davis: Le Jazz face à sa légende

Cité de la Musique, Paris,
du 16 octobre 2019 au 17 janvier 2010

Dix-huit ans après sa mort cette exposition est la plus importante consacrée au trompettiste Miles Davis. We Want Miles est la demande formulée par les spectateurs anglophones avant le début d'un concert. C'est une belle déclaration d'amour à un musicien attendu avec impatience Et si tel pouvait être le cri des amateurs de jazz en 1980, après cinq ans de silence, ce n'est pas par hasard que Columbia baptisa ainsi le premier disque publié après cette longue retraite.

Organisée sur deux niveaux, cette exposition utilise toutes les ressources du multimédia pour rendre compte de la vie de Miles Davis: photos, films, vidéo, enregistrements, instruments, objets divers concourent à tenter de cerner le personnage énigmatique qui fut non sans raison surnommé «le prince des ténèbres». We Want Miless'adresse tout d'abord au grand public qui au mieux connait Kind of Blue et plus probablement la période funk où il connut le plus grand succès populaire. C'est sans doute la raison qui explique pourquoi le spécialiste ne découvre pas grand-chose de nouveau dans la première partie de l'exposition où sont présentés dans un ordre parfaitement chronologique sa famille avec la photo de son père lors de la remise de son diplôme de chirurgie dentaire, sa première épouse, tous document importants qu'il fallait faire quelque effort pour les découvrir: Vincent Bessières, commissaire de l'exposition, a bénéficié de la collaboration des ayant droit de Miles Davis pour présenter certains documents. La 52e rue voisine ainsi avec la première venue en France en 1949, où sur la même affiche voisinent Sidney Bechet et Charlie Parker et la relation de Miles avec Juliette Gréco dans le Saint Germain des Près de l'après-guerre. Les premières musiques (écoutées au casque) donnent le point de départ d'un musicien alors raisin aigre. Mais pas un mot sur cette querelle très franco-française où la dureté des arguments d'un Boris Vian contrastait avec la pathétique défense du «vrai jazz» d'Hugues Panassié: les musiciens américains ne se sont pas posé de problème et ont continué de jouer dans leur propre style.

En passant aux années 50 qui culminent bien sûr avec Kind of Blue, on peut regretter le manque de documentation sur cette première traversée du désert, avec des retours vers Saint Louis pour désintoxication, jusqu'à la formation du premier quintet particulièrement illustrée par un saxo ténor utilisé par John Coltrane et prêté pour l'exposition par son fils Ravi Coltrane. De nombreux documents (contrats, partitions de la collaboration avec Gil Evans largement documentée) complètent cette période avec un grand panneau consacré au matraquage et à l'arrestation de Miles Davis devant le Birdland, une semaine après la sortie de Kind of Blue. Si Miles a passé peu de temps en prison, son absence a causé la disparition du sextet avec Cannonball Adderley et une profonde rupture s'est produite entre le trompettiste et son pays natal qui expliquent son attitude fort différente aux USA et en Europe.

Il est indispensable de s'arrêter pour regarder le DVD qui illustre le second quintet, certainement la formation qui a fait le plus pour la renommée de Miles Davis. Enregistré en 1967 en Allemagne, il marque l'apogée de l'art du trompettiste et le moment où il ne peut aller plus loin dans sa recherche et l'étape suivante, au deuxième niveau de l'exposition s'ouvre sur un tableau synoptique des différents musiciens avec lesquels Miles Davis a joué et la taille des noms donne une indication sur l'importance et sur la durée de leur collaboration. Ainsi Benny Carter l'un des premiers employeurs de Miles est écrit en petits caractères (leur travail commun fut très éphémère) alors que Kenny Garrett et John Coltrane sont en gros caractères pour la durée et l'importance de leur présence dans le groupe. Après cette transition commence la période dite électrique avec une grande masse de documents certains très connus, d'autres beaucoup moins: c'est là que le spécialiste découvrira le plus de documents inconnus car la masse est tellement grande qu'il est beaucoup plus facile d'en découvrir de nouveaux. En effet, même si elles sont très connues, les peintures de Miles Davis sont rarement exposées. Sa garde-robe qui prend une importance grandissante dans l'image qu'il veut donner à cette époque, devient un élément essentiel de son personnage. Car Miles dès lors se construit une légende qui culmine avec l'interview où il déclare qu'il est devenu souteneur pour se payer ses doses de drogue. Fantasme ou réalité, Miles construit avec application son image de Prince des Ténèbres. Lorsqu'en 1975 il s'arrête de jouer (pour de graves problèmes de santé), cette période est heureusement présentée par un long couloir noir où émerge un seul document: un contrat pour un concert au Japon qui n'a jamais eu lieu. Et l'exposition se clôt sur la dernière période avec les instruments de Miles: un Fender Rhodes dont il jouait en tournant le dos au public (lui a-t-on assez reproché !), et une des trompette de couleur avec son nom écrit dessus.

A la sortie de l'exposition on connait certes un peu mieux le trompettiste qui a le plus modelé son siècle, mais de même que le Rosebud de Kane reste inexpliqué, le Citizen Miles garde tout son mystère. Les réponses se trouvent naturellement dans sa musique, des tout premiers enregistrements avec Charlie Parker, jusqu'au dernier concert de Nice en 1991 qui est à ce jour le seul officiellement publié (dans le coffret de ses enregistrements à Montreux. Il existe un enregistrement privé du dernier concert connu à l'Hollywood Bowl le 25 août 1991). Il semble que les visiteurs l'aient compris: les ventes de disques de Miles Davis ont augmenté chez les disquaires spécialisés.

 

Guy Reynard
© Jazz Hot n° 649, automne 2009



Le Siècle du Jazz
Art, cinéma, musique et photographie de Picasso à Basquiat

Musée du quai Branly, Paris, du 17 mars au 28 juin 2009

Quand la machinerie des musées français se met en route sur un sujet, il y a beaucoup de chances pour que le résultat en soit spectaculaire, en regard des moyens mis à la disposition des institutions en France. Pour le jazz, il y avait d’autant plus d’attente qu’il n’avait jamais véritablement franchi le seuil de l’officialisation et d’un tel musée. C’est le premier mérite de Daniel Soutif, critique de Jazz Magazine, à l’origine de cette première exceptionnelle, et il en était le commissaire attendu dans la mesure de son implication dans le circuit institutionnel des musées depuis de nombreuses années (Centre Georges-Pompidou). L’exposition a été rendue possible grâce à la collaboration du Centre de la culture contemporaine de Barcelone en Espagne et du Musée d’art moderne et contemporain de Trento et Rovereto en Italie.

Il est nécessaire de revenir sur l’objet de cette exposition pour éviter tout contresens dans sa compréhension: il s’agissait bien d’exposer les relations entre le jazz et d’autres expressions artistiques qui ont tourné autour de lui pendant un siècle assez justement baptisé «du jazz», mais pour dire que c’est dans ce siècle que le jazz est né et a vécu, plus qu’il en fut l’art de référence. Le cinéma bien sûr mériterait aussi cette position éminente et bien d’autres expressions artistiques ont continué leur vie.

L’intérêt de cette exposition est bien dans un premier temps de consacrer le statut artistique du jazz, ce qui n’est acquis que depuis peu tant le jazz, propriété des amateurs éclairés, conserva longtemps sa capacité à s’affranchir des institutions et d’une reconnaissance qui ont l’inévitable contrepartie d’académiser et de normaliser l’expression (politique des subventions). Cette attirance-répulsion pour la reconnaissance est encore à l’œuvre dans l’esprit de nombreux musiciens qui tiennent à leur «autonomie» créative, que ce soit un sentiment vrai traduit par le vécu et l’expression ou une simple attitude de mode.

Cette exposition n’était pas, en principe –son sous-titre– une énième histoire du jazz, bien que l’angle chronologique choisi ait tendance à induire en erreur le promeneur néophyte et curieux ou l’amateur naturel du jazz, ébloui par la riche matière de cette grande première.

La chronologie est parfois un piège, surtout quand elle est sous-tendue par une philosophie «progressiste» en matière d’art, travers (fondateur pour la personnalité de Jazz Magazine) qui pollue d’ailleurs toutes les expressions artistiques avec ces catégories très XXe siècle de «modernité», de «création» et d’«avant-garde» décrétées ou de mode si nuisibles à la vie et la perception de l’art, par nature (si c’en est) intemporel et éternellement nouveau et créateur, même quand il s’agit d’œuvres anciennes, ou d’expressions réactivant des racines.

Commençons donc par le contenu (exposé chronologiquement dans l’espace en une sorte de colimaçon) : Une revue de presse où Jazz Hot est assez présent jusqu’aux années 60 (le fonds Charles Delaunay de la Grande Bibliothèque), avec des articles d’auteurs célèbres (celui d’Ansermet dans la Revue romande de 1919, de Boris Vian parfois sous des pseudos non éclairés), des affiches, des ouvrages sur le jazz (Goffin, Panassié, mais pas la discographie de Delaunay de 1937 à première vue. Charles Delaunay aurait mérité une place à part car son positionnement (fils de Sonia et Robert, artiste lui-même), est au centre du thème de l’exposition. Il y a également des pochettes de disque en très grand nombre (exposées et en diaporamas), une des inventions-contributions graphiques les plus importantes du jazz – avec peut-être une sous-estimation des textes de pochettes qui ont appris le jazz à des millions d’amateurs – des dessins, des peintures, quelques films ou extraits, anciens (Fats Waller, Bojangles, Fred Astaire… toujours passionnants) ou modernes dont certains n’ont rien à voir avec l’objet de l’exposition, des sculptures, des objets, enfin une inflation de documents exceptionnels parfois dont les amateurs de jazz sont d’autant plus friands qu’ils en ont été longtemps privés et, pour l’occasion, quelques œuvres, dessins, objets, ouvrages de la Harlem Renaissance, étaient là. Ce souci quantitatif même dans la qualité est un peu la faiblesse des amateurs de jazz (D. Soutif en est un), souvent collectionneurs, et de notre époque consommatrice (la conception des musées y sacrifie son intelligence). Beaucoup de documents sont très émouvants mais il faut pour cela avoir déjà un background jazzique.

Plus la quantité des documents est grande, plus il est nécessaire de construire l’exposition en s’appuyant sur des commentaires complexes et précis les articulant entre eux, créant ces liens indispensables à la cohérence d’une histoire, en fonction du projet initial, mieux qu’une seule chronologie muette. Or ici, tout en respectant l’ordre chronologique qui n’était pas le fond, l’exposition ne donne pas assez d’éclairages civilisationnels sur les Etats-Unis qui expliquent ce tourbillon artistique qui entoura le jazz; par exemple sur le pourquoi Harlem et ce mouvement de 1900 à 1935, sur le pourquoi des standards, sur les relations «interraciales» et internationales qui rendirent possible cette émulation d‘expressions variées, sur ses traductions en Europe avec en particulier le cas emblématique de Charles Delaunay, critique propagandiste du jazz à la croisée des arts par ses parents, ses relations, son ouverture et son talent. Oui, on sait que telle toile date de telle époque, comme telle revue ou tel disque, mais si on peut espérer que les férus de jazz articulent les éléments entre eux, que font les autres? On peut se dire que cette exposition est réservée aux spécialistes mais dans ce cas pourquoi faire payer les autres? La saturation, visuelle ici est une sorte d’encouragement à une surconsommation indigeste pour les non-initiés.

L’autre travers d’une chronologie trop isolée comme facteur explicatif dans cette exposition est de donner au visiteur l’impression que les musiciens de jazz sont nés un jour et morts le lendemain; qu’une expression nouvelle rend obsolète, comme on le dit en informatique ou en matière commerciale, les expressions préexistantes, voire qu’elles disparaissent, et avec elles toutes les autres formes d’art qui s’en inspirent. C’est la philosophie de nos confrères de Jazz Magazine liée à l’idée de rupture (Free Jazz et Black Power), mais est-ce pour autant une réalité de terrain? Non bien sûr; l’expression dans le jazz est un continuum, multiforme, et ses formes vivent ensemble en parallèle, en se croisant ou se mêlant parfois pour construire la surface, la matière, la profondeur, l’épaisseur, la transversalité, la richesse, l’avenir du jazz, éventuellement; si on ne les tue pas, comme parfois en France pour des raisons de pouvoir, de mode ou de coteries. En jazz comme en art, la mémoire est même un indispensable moteur de l’authenticité et de la création.

Si, par exemple, Django Reinhardt a ouvert la grande voie du jazz dans les années trente en France, des artistes musiciens comme peintres, sculpteurs, graphistes, cinéastes, etc., se revendiquent toujours de cette inspiration en 2009 pour continuer à créer, sans faire nécessairement de «l’abstraction créative» rendue obligatoire par notre temps. La peinture de Clama, le cinéma de Woody Allen, de Clint Eastwood, les pochettes de disque en général, sont autant d’expressions inspirées du jazz sous toutes ses formes. Dans cette exposition, la période moderne est consacrée à l’abstraction, à l’improvisation totale voire à la vacuité (une histoire de guitare traînée au sol par un camion pour produire des sons aléatoires, une expo de dessus de pianos…). C’est faire peu de cas des milliers de créateurs musiciens en vie et autres artistes qui prolongent des formes de jazz enracinées; loin de pratiques qui ne sont pas artistiques parce qu’elles disent l’être et qu’elles sont officialisées par les institutions.

Au demeurant, cela autorisa sur place quelques discussions intéressantes avec de jeunes visiteurs où il fut possible pour nous d’apporter des commentaires absents, de rétablir des perspectives, voire de redresser quelques préjugés renforcés par ce parallélisme automatique de la chronologie et de la forme qui est, en matière d’art, un barbarisme.

Il y a eu dans cet amoncellement de beaux documents quelques erreurs de légende, parfois cocasses, mais là-dessus soyons indulgents et réalistes : la masse réunie (des milliers de documents venant de musées, bibliothèques, collectionneurs) est une performance, une grande réussite et le nombre d’erreurs est très faible, la présentation soignée. La faiblesse des commentaires est plus regrettable.

Enfin, je ne peux pas terminer sans dire un mot sur le choix du lieu de cette exposition parce qu’il a à voir avec l’objet de cette exposition : d’abord pourquoi pas au Musée d’Art moderne de Paris – né en 1937 justement avec cette vocation d’exposer l’explosion artistique du début du siècle – où c’était tout indiqué, voire à Beaubourg ou Daniel Soutif a ses habitudes? Le choix du Musée des Arts premiers pour ne plus dire primitifs, bien que ce soit encore plus impropre, est en fait une des autres erreurs majeures qu’il était possible de faire (ou d’éviter) après cette «chronologie de la forme» caricaturale dont nous avons parlé.

En dehors de l’horreur absolue en matière architecturale, environnementale et sur le plan visuel qu’est ce musée, était-ce pour rappeler au néophyte des origines africaines premières pour le jazz? Cela va très bien dans le discours de mode écolo-bobo-tiers-mondiste du moment, mais cela ne constitue pas une justification. Que le jazz soit une expression d’essence afro-américaine, c’est-à-dire née dans la communauté américaine d’origine africaine, d’accord. Nos confrères de Jazz Magazine et Jazzman l’oublient trop souvent, comme nos institutions ou structures culturelles. Mais cela signifie en clair que cette expression s’est développée aux Etats-Unis, au XXe siècle (D. Soutif l’écrit très justement dans son introduction d’un beau catalogue), dans une société en plein développement et mouvement, d’immigration et de migrations massives, mêlant toutes les influences et les populations : celle bien sûr de la mémoire de cette population (la place de la transmission orale, l’approche du rythme, le rôle de la musique dans le quotidien) mais aussi celle de la musique populaire et savante occidentale. Le jazz naît dans le contexte de toutes les modernités (la ville, l’industrie, la vie nocturne…) et se développe quasi exclusivement dans les sociétés démocratiques occidentales en pleine effervescence artistique et politique. Les musiciens de jazz afro-américains sont les premiers à revendiquer un savoir (et la possibilité d’y accéder) qu’un tiers-mondisme naïf leur refuse encore ici sous prétexte de spontanéité, d’improvisation, de tradition orale, de spiritualité, bref d’art «premier».

Le jazz est une synthèse américaine du XXe siècle, pas un folklore né pur d’influences mais une élaboration artistique née d’un maelström culturel. Il ne s’est pas développé en Afrique, ni en Amérique centrale ou du Sud où a pourtant été déportée la très grande partie des Africains au cours des trois siècles précédents, mais bien aux Etats-Unis au XXe siècle, et par ricochet en Europe, à la «faveur» notamment de deux guerres où les Libérateurs ont emmené dans leurs bagages les conditions du rayonnement du jazz en Europe (une photo de Jim Europe et des V-discs présents dans l’exposition nous le rappelaient).

Les musées étrangers qui participent à cette exposition sont dans leur rôle (Art moderne et contemporain), pas le musée du quai Branly. Si c’était une opportunité (une salle disponible ou un responsable dynamique) plus qu’un choix, il eut été mieux de le dire car l’association Art premier et jazz est une erreur autant sur le plan musicologique que sur le plan de l’histoire des civilisations. Des spectacles Jazz Africa figurant sur la même brochure que l’exposition, disponibles au quai Branly, nous confortent sur l’idée de cette confusion très mode et de ce renvoi du jazz à une négritude senghorienne qui est hors sujet. Le jazz, art occidental, emprunte à l’Afrique au même titre que la musique classique, la peinture, la sculpture, la danse d’occident l’ont fait, en intégrant une source d’inspiration pour la façonner selon des fantasmes occidentaux et une personnalité civilisationnelle américaine (la Harlem Renaissance, le style jungle de Duke Ellington autant que les revues). Cette confusion du jazz, du monde afro-américain avec l’Afrique, outre son caractère au fond raciste même si l’intention n’est pas celle-là, nous rappelle un vieux débat qui anima les années 50-60 entre les auteurs afro-américains (Chester Himes, Richard Wright et même plus tôt dans le temps Claude McKay), attachés à leur américanité, et les tiers-mondistes ou auteurs du monde colonisé qui pensaient l’art et la littérature à l’aune de la «négritude». Ce débat est encore vivant, même aux Etats-Unis dans l’opposition entre les tenants de l’américanité du jazz (position de Wynton Marsalis entre autres) et ceux de la négritude du jazz (l’AACM de Chicago) qui réfute d’ailleurs le terme de jazz, sans réfuter les artistes de jazz.

Ce concept de négritude prend de l’ampleur dans ce XXIesiècle communautariste et raciste, amplifié par les médias, accentué par la perte de repères, de mémoire de ce que furent l’atmosphère de la naissance et la vocation universelle du jazz (les artistes sont tournés vers le public sans distinction d’origine). A l’intérieur de ce que nous appelons le jazz au sens large aujourd’hui, ce débat est essentiel. Le retour identitaire pour ne pas dire parfois «racial» (cf. l’ouvrage de George Lewis sur l’histoire de l’AACM, Jazz Hot n° 646), avec aussi ces accaparements nationaux (jazz français, espagnol…), mythique et mystique (jazz africain) ou religieux (jazz klezmer, etc.), nie le statut d’art universel que des gens comme Ansermet et Delaunay ont distingué très tôt chez ses inventeurs (Bechet, Armstrong, Ellington, Django…). Le jazz peut avoir des accents, du Mississippi, de Louisiane, de Chicago, de Californie et du Texas ou d’Italie et tzigane, mais comme tous les arts affirmés, il est une langue que les créateurs ne doivent jamais oublier sous peine de sortir de l‘histoire.

Ce Siècle du jazz, même si ce n’était pas son objet, pose ces questions par le choix du lieu d’exposition et paradoxalement la quasi-totalité des documents consacre le caractère universel de cet art et renvoie à cet ancrage américain. Une plus grande place faite aux documents d’autres pays où le jazz vit depuis les années 1920-30, d’Italie et d’Espagne, en particulier puisque des musées étaient partenaires, anglais ou scandinaves, belges ou allemands, américains, japonais depuis 1945, confirmerait mieux que de longs discours cet aspect civilisationnel du jazz.

Sur le plan documentaire, la danse et la photographie mériteraient un développement particulier, tant le jazz a créé de symbioses avec elles.

Cela dit, c’était une première, et à ce titre l’exposition mérite d’abord beaucoup de compliments, notamment pour cette capacité à réunir des documents rares et parce que le commissaire, Daniel Soutif, était vraiment le porteur de l’exposition et non un simple consultant. En dehors de ce qui fait débat en art et pour le jazz – c’est aussi la vocation et le mérite de cette exposition –, il a évité les naïvetés, les erreurs grossières habituelles quand les institutions évoquent le jazz. C’est un pas qualitatif et symbolique…

 

Yves Sportis
© Jazz Hot n° 648, 2009