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Mike Longo

22 mars 2020
19 mars 1937, Cincinnati, OH - 22 mars 2020, New York, NY
© Jazz Hot 2020

2011-Mike Longo, To My Surprise





Mike Longo est l’un des premiers musiciens de jazz américains emporté par le Covid-19. Depuis la seconde quinzaine de mars, il frappe en effet de plein fouet les Etats-Unis, dont les dirigeants, comme en France et ailleurs, tant par négligence que par cynisme, ont exposé leurs populations et plus cruellement encore les personnes fragiles, à commencer par les plus âgées et celles à la santé déjà atteinte, comme c'était le cas de Mike Longo. Le pianiste de 83 ans est mort le 22 mars 2020, alors qu'il venait de rentrer à l'Hôpital Mount Sinaï de New York. Avec sa disparition, c'est toute la communauté du jazz new-yorkais qui est touchée et qui perd l'un des siens, considéré comme un véritable passeur de mémoire. Connu comme étant l'un des pianistes de Dizzy Gillespie de 1966 à 1993, les qualités humaines de ce disciple d'Oscar Peterson étaient aussi importantes que son talent de musicien.

Le pianiste Mike LeDonne évoque «une personne qui faisait non seulement partie de l'histoire de cette musique mais aussi du tissu de la communauté du jazz ici à New York. Non seulement il était un grand musicien et auteur de livres pédagogiques, mais son enseignement reste à mes yeux l'essentiel de son héritage. Tous ses étudiants ont vraiment aimé sa personnalité attachante et profondément humaine. Il était tellement cool et réfléchi sur tout ce qu'il disait. Perdre des gens comme lui est toujours triste car ils sont rares de nos jours. Mes pensées vont à sa famille et ses amis proches comme Ray Mosca et Paul West qui ont joué dans son trio pendant des années». «Il était un musicien accompli et un pédagogue dévoué» se souvient le contrebassiste Paul West avec lequel il avait joué depuis 1968 au sein de la formation de Dizzy Gillespie. En février dernier, ils étaient ensemble sur la scène du Mezzrow, dont le propriétaire et pianiste, Spike Wilner, salue «un musicien qui jouait toujours avec swing un bop authentique malgré ses problèmes de santé».

 

 

Né en 1937 à Cincinnati, dans l'Ohio, Michael Josef Longo est issu d'une famille de musiciens. Son père jouait de la contrebasse et sa mère du piano et de l'orgue à l'église. Il y avait toujours des disques autour de lui, surtout ceux de Count Basie et de Fats Waller. C'est d’ailleurs lors d'un concert de Basie que le jeune Mike Longo se met à s’intéresser au piano et surtout au style boogie-woogie du jeune Sugar Chile Robinson qui assure la première partie. Ses parents l'inscrivent plus tard au Conservatoire de Cincinnati. Peu de temps après, sa famille s'installe à Fort Lauderdale, FL, et Mike Longo, qui gagne un concours à 12 ans, participe à divers groupes locaux et débute dans l'orchestre de son père, qui engage parfois Cannonball Adderley. Mike Longo a, par la suite, l’occasion de jouer avec Cannonball Adderley en Floride, et il l’accompagne même à l’église (une transgression des barrières ségrégationnistes exceptionnelle pour l’époque). Cannonball l’engage lorsqu’il se produit au Porky's, club de la région de Miami, en 1955-56, alors que le jeune Mike est encore étudiant. Par ailleurs, il continue son éducation musicale à l'Université Western Kentucky jusqu'à l'obtention de sa licence.

 

2014-Mike Longo Trio, Celebrates Oscar Peterson Live




Il travaille ensuite avec le saxophoniste Hal McIntyre, puis avec le guitariste de Nashville Hank Garland, avant de s'installer à New York en 1960. Il obtient rapidement un emploi au Midtown Metropole Cafe où il se retrouve auprès de légendes vivantes telles que Red Allen et Coleman Hawkins. C'est à cette époque qu'il assiste aux concerts du JATP où il entend son nouveau mentor, Oscar Peterson. En 1961, il intègre l'Advanced School of Contemporary Music qu'Oscar Peterson met en place à Toronto. Il confie en 2001: «
C'était l'expérience la plus intense de ma vie, musicalement parlant. A ce moment-là, j'avais déjà obtenu mon diplôme de bachelor en musique, mais il n'y avait pas de programmes de jazz, donc c'était du piano entièrement classique. A l'école de Peterson, j'ai découvert que je jouais mal de l'instrument toutes ces années. J'ai dû pratiquer treize heures par jour pour changer toute mon approche du piano. En termes de technique, de toucher, je jouais avec des poignets verrouillés et trop de technique de bras. La principale chose que j'ai obtenue de Peterson était de savoir comment jouer du piano et comment être un pianiste de jazz –textures, voicings, toucher, tempo et sonorité sur l'instrument. C'était un environnement créatif incroyable car l'école était composée d'environ vingt personnes de tous âges qui étaient vraiment motivées pour faire de la musique. C'était 24 heures par jour d'un intense concentré artistique. J'ai eu quatre ou cinq leçons par semaine avec Peterson, pendant six mois, et il m'a donné la clef de son studio pour que je puisse pratiquer sur son piano.» (cité dans All About Jazz). De retour à New York en 1962, il devient un accompagnateur recherché par les vocalistes (Nancy Wilson, Gloria Lynne, Joe Williams) et il est embauché, en 1965, au club Embers Wes, pour accompagner 
Roy Eldridge (tp) avec son trio, qui comprend Paul Chambers à la contrebasse. C’est d’ailleurs le contrebassiste qui conseille à Dizzy Gillepie de venir voir jouer le pianiste que Dizzy avait déjà remarqué avec Red Allen au Metrople. Ainsi débute la longue collaboration entre Mike Longo et Dizzy Gillespie qui lui confie officiellement, à partir de 1966, la direction musicale de son quintet puis de son big band au sein duquel il partage notamment la scène avec James Moody. On peut l'entendre sur Sweet Low, Sweet Cadillac (1967, Impulse!). En 1980, Mike Longo composera une suite en hommage à Diz, A World of Gillespie, qui est d'abord jouée à New York par le Henry Street Settlement Symphony Orchestra puis par le Detroit Symphony Orchestra avec Dizzy Gillespie en soliste principal.

 

1971-Mike Longo, Matrix (LP recto)1971-Mike Longo, Matrix (LP verso)


La carrière de leader de Mike Longo traverse différents courants, mainstream, bop, funk et latin jazz où l'on retrouve d'excellents sidemen, dont les trompettistes Randy Brecker, Virgil Jones, Jimmy Owens et Jon Faddis, les trombonistes Curtis Fuller et Slide Hampton, les saxophonistes Joe Farrell, Junior Cook , Frank Wess, James Moody, Bob Mintzer, David Sanchez, les bassistes Sam Jones, Santi Debriano, Ron Carter,  Bob Cranshaw ou les batteurs Mickey Rocker, Lewis Nash. Il signe un contrat dès 1970 avec Meanstream Records puis fonde son propre label en 1979, CAP (Consolidated Artists Productions). De 1970 à 1972, il prendra également des cours de composition avec le pianiste Hal Overton connu pour son travail d'arrangeur et de compositeur classique aussi bien que jazz (il avait notamment collaboré avec Thelonious Monk, cf. The Jazz Loft Story, Jazz Hot n° 651). A la tête de son fidèle trio –formé de Paul West et Ray Mosca– ou de son big band le New York State of the Art Jazz Ensemble qu'il fonde en 1998, il donnait des concerts tous les mardis soirs, depuis 2004, à l'auditorium John Birks Gillespie du New York City Baha'i Center à Greenwich Village, car il était comme Dizzy Gillespie adepte de la religion Baha'i qui promeut l'unité de l'humanité.

 

L'autre facette de sa personnalité était son engagement dans la transmission par l'enseignement. Il intègre ainsi le Sarah Lawrence College et publie divers ouvrages dont Systematic Harmonic Substitution (1976) et How to Sight Head Jazz and Other Syncopated Type Rhythms (1983), sans oublier la série de DVD The Rhytmic Native of Jazz (www.jazzbeat.com). Il a été intronisé en 2002 au Wall of Fame de la Western Kentucky University et s'apprêtait à enregistrer un nouvel album le mois prochain. Il avait récemment encouragé ses élèves à continuer de pratiquer et était apparu pour la dernière fois au New York City Baha'i le 10 mars.

David Bouzaclou


MIKE LONGO et JAZZ HOTn°261-1970


SELECTION DISCOGRAPHIQUE

Leader

LP  1966. A Jazz Portrait of Funny Girl, Clamike Records 1000

CD 1971. Matrix, Meanstream Records 334/Solid Japan 45229

CD 1972. The Awakening, Meanstream Records 357/Solid Japan 45273  

CD 1974. Funkia, LRC 9081

CD 1974. 900 Shares of the Blues, LRC 9081

LP  1976. Talk With the Spirits, Pablo 2310-769

CD 1978. New York '78, CAP 915

LP  1981. Solo, CAP 100-A

CD 1990. The Earth Is But One Country, CAP 900

CD 1995. I Miss You John, CAP 912

CD 1997. Dawn of a New Day, CAP 927

CD 1999. Explosion, CAP 945 (avec le New York State of  the Art Jazz Ensemble)

CD 2000. Aftermath, CAP 956 (avec le New York State of  the Art Jazz Ensemble)

CD 2000. Still Swingin', CAP 959

CD 2002. Live Detroit International Jazz Festival, CAP 971

CD 2004. Oasis, CAP 982 (avec le New York State of  the Art Jazz Ensemble)

CD 2005. Float Like a Butterfly, CAP 1006

CD 2009. Sting Like a Bee, CAP 1018

CD 2011. To My Surprise, CAP 1030

CD 2012. A Celebration of Diz and Miles, CAP 1033

CD 2013. Live From New York, CAP 1041 (avec le New York State of  the Art Jazz Ensemble)

CD 2014. Step on It, CAP 1046

CD 2014. Mike Longo Trio, Celebrates Oscar Peterson Live, CAP 1048

CD 2017. Only Time Will Tell, CAP 1054


1967-Dizzy Gillespie, Swing Low Sweet Cadillac1972-Mike Longo, The Awakening1995-Mike Longo, I Miss You John2002-Mike Longo Trio, Live Detroit International Jazz Festival

Sideman
CD 1967. Dizzy Gillespie, Swing Low Sweet Cadillac, Impulse! 11782

CD 1968. Dizzy Reece, Nirvana, The Zen of Jazz Trumpet, Jazz Vision Records,

CD 1968. Dizzy Gillespie, In Milan, 1968, Hobby & Work Italiana Editrice 005

CD 1968. Dizzy Gillspie and His Big Band, Live, Blu Jazz 01

LP  1968. The Dizzy Gillespie Big Band, November 1968, Beppo Records 509

CD 1969. The Dizzy Gillespie Reunion Big Band, 20th and 30th Anniversary, MPS Records 0211554

CD 1969. Roy Eldridge, Dizzy Gillsepie, Buck Clayton Quintet, The Trumpeters: Live in June 1969 at the New Orleans Jazz Festival, Scotti Bros 72392 75246-2

CD 1970. Dizzy Gillespie, Portrait of Jenny, Breathless 52008

CD 1970. Dizzy Gillespie, The Real Thing. Featuring James Moody, Breathless 52004

CD 1970. Dizzy Gillespie Quintet, Live, Blu Jazz 031

LP  1971. Dizzy Gillespie, The Great Modern Jazz Trumpet, Musidisc 222

LP  1972. James Moody, Heritage Hum, Perception Records 22

CD 1972. Astrud Gilberto, Now, P-Vine Records 8026

CD 1973. Dizzy Gillespie, Live at Singer Concert Hall 1973, The Lost Recordings, Fondamenta Records 1704028

CD 1973. Dizzy Gillespie, Live at Ronnie Scott's Volume 1-2-3-4, CAP 1042

CD 1975. Lee Konitz, Chicago 'N' All That Jazz, Groove Merchant/Solid Japan 45924

CD 1977. Jazzberry Patch, JBP Records, P-Vine Records 22228

LP  1983. John Richmond Quartet, Round Once, Consolidated Artists Productions 101

LP  1985. Nabil Totah, Double Bass, Consolidated Artists Productions 520736

CD 1993. Adam Rafferty and the Mike Longo Trio, First Impressions, CAP 905

CD 1997. Judy Rafat, Con Alma. A Tribute to Dizzy Gillespie, Timeless Records 448

CD 2007. Fabian Zone Trio, The Masters Return!, CAP 1010


VIDEOS


1968. Dizzy Gillespie Reunion Band, «Ding a Ling
»
Dizzy Gillespie (tp), James Moody (ts), Mike Longo (p), Paul West (b), Candy Finch (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=WHf_96wp32k

1988. Concert en l'honneur de Dizzy Gillespie,
«Con Alma»
Dizzy Gillespie, John Faddis (tp), Slide Hampton (tb), James Moody (ts), Mike Longo (p), Paul West (b), Charli Persip (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=nIAjkIkoNpE

2004. Mike Longo Funk Band,
«Like a Thief in the Night», NYC Baha'i Center
https://www.youtube.com/watch?v=ImWUTFI_uyE

2010. Mike Longo & New York State of the Art Jazz Ensemble, «Limehouse Blues», New York Baha'i Center,
https://www.youtube.com/watch?time_continue=3&v=8gLCzOWaoi0&feature=emb_logo

2019. Mike Longo Trio,
«A Night in Tunisia», Maureen's Jazz Cellar, Nyack, NY
Mike Longo (p), Paul West (b), Steve Johns
https://www.youtube.com/watch?v=xjw4X4EAG14

2010-2018. Mike Longo, DVD The Rhythmic N
ature of Jazz

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