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Mighty Mo Rodgers

8 avril 2013
Cadillac Jack
Mighty Mo Rodgers © Jazz Hot n°663, printemps 2013
Nouveauté-Indispensable
Cadillac Jack Says "Bring the Fishtail Back", Black Coffee and Cigarettes, Boogie to My Baby, Cadillac Ranch (American Stonehenge), Motor City Blues, See America First, Tell Me Why, The Freddy Fender Song, God Me Why, Hitchhiker's Blues, My Blues, My Car and My Woman, West Coast Blues, Slow Dance With Me, Lights of America
Mighty Mo Rodgers (p, key, voc), Kevin Longden (g), Will MacGregor (b), Burleigh Drummond (dm), reste du personnel détaillé sur le livret
Enregistré à Thousand Oaks (Californie, USA), date non précisée
Durée : 44' 34''
Model Music Group 20415 (www.tindrummusic.com)

Dans ce cinquième album, Mighty Mo Rodgers (qui a sorti son premier disque en leader en 1999, à 57 ans, voir Jazz Hot N°598), poursuit son exploration du rêve américain et de ses valeurs fondatrices qui sont aussi celles du blues (et donc du jazz, par extension...). Cadillac Jack est en effet conçu comme « the 5th cycle » d'une « Blues Odyssey », Mighty Mo Rodgers construisant, à la manière d’un écrivain, une œuvre cohérente centrée sur un phénomène auquel il apporte différents éclairages au fil de sa création : le blues. Ici, il aborde ce qu’il appelle « a magical time » : les années 1959 à 1963, des années de grand enthousiasme, où tout semblait possible – y compris pour les Afro-Américains, en pleine révolution des droits civiques – et où « le blues a donné naissance au rock'n'roll ». Des années que le pianiste, chanteur et philosophe nous invite à traverser à bord d'une Cadillac, lancée sur la Route 66 et où chaque chanson égrainée par l'autoradio est l'occasion de faire étape.
« My Blues, My Car and My Woman » réunit, en synthèse et avec beaucoup d'humour, les thèmes de ce voyage motorisé et nostalgique qui mène de Detroit (« Motor City Blues ») à la Côte Ouest (« West Coast Blues »), en passant par le Texas (« Cadillac Ranch »). Du blues d'abord (of course), il est question. Un principe de vie, l' « american way of life » dans sa dimension spirituelle et non consumériste (« You got to listen to the Blues / Because the blues is true » professe Mighty Mo dans « God in My Car »). De même, la voiture est un formidable instrument d'émancipation et donc porteuse en elle des valeurs démocratiques américaines, liberté individuelle en tête. L'amour, à première vue relégué au troisième plan (le bluesman est plus attaché à sa liberté qu'au bonheur), est pourtant également omniprésent. L'homme seul au volant de sa voiture et de son destin court après l'amour perdu (« Boogie to My Baby ») ou bien retrouve un amour rédempteur (« Black Coffee and Cigarettes »). Si la bande son de ce road movie se veut aussi un hommage au rock'n'roll, elle nous fait constater que ce dernier n’est bien qu’une sous-branche du blues et ne se différencie guère du boogie-woogie (Mighty Mo, sur « Tell Me Why », cite, sans distinction, musiciens de blues, comme B.B. King, et de rock, comme Jerry Lee Lewis). La nuance ne tient que dans la nature de l’interprète, de sa culture d’origine. Le rock’n’ roll, en tant que genre musical à part entière, est né d’un étiquetage commercial, à destination de la jeunesse blanche. Il s’est ainsi détaché du blues, comme la musique improvisée du jazz, et pour les mêmes raisons d’éloignement progressif des musiciens et du public de la source afro-américaine. Bluesman par essence, thuriféraire lucide, Mighty Mo Rodgers continue lui de délivrer son message, étranger aux contingences du marché : « le blues est vrai ».
Jérôme Partage