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Barry Harris

8 déc. 2021
15 décembre 1929, Detroit, MI - 8 décembre 2021, North Bergen, NJ
© Jazz Hot 2021

Barry Harris © James Gudeman, by courtesy of Concord Jazz
Barry Harris © James Gudeman, by courtesy of Concord Jazz

Barry HARRIS

Une philosophie du jazz
 

«On aimait les bals. Les jeunes aimaient le jazz parce qu'ils aimaient danser. […]
J'ai vu des tas de musiciens dans les bals, comme Bird.
[…] C'est ainsi qu'on apprenait à jouer du jazz.
Cela n'avait rien à voir avec le mode dorien ou mixolydien, toutes ces bêtises dont on parle aujourd'hui!
On apprenait par l'essai et l'erreur, en écoutant des gens comme Charlie Parker, Dizzy Gillespie, voilà comment on apprenait! 
[…]
On réduisait ou on accélérait le tempo, Charlie Parker avait des danseurs.» (Barry Harris,
Jazz Hot n°601, 2003)


Barry, Doyle, Harris, pianiste, compositeur, arrangeur, enseignant, l'une des légendes de la ville de Detroit, où il naît le 15 décembre 1929, est décédé le 8 décembre dernier, à l’hôpital de North Bergen alors qu’il vivait toujours à l'adresse(1) de Pannonica de Koenigswarter (1913-1998) à Weehauken, NJ, allongeant la liste des disparitions du jazz de l'année 2021. Ancré dans la génération du bebop d'après la Seconde Guerre mondiale, dont il est l’un des artistes majeurs, il a côtoyé toutes les générations du jazz depuis 1945.
La communauté du jazz vit depuis deux longues années un cauchemar avec ces disparitions à cadence accélérée d’artistes majeurs qui illuminent l'Histoire du Jazz. Il y a bien entendu une réalité de génération, la générosité du jazz en artistes et le temps qui passe pour expliquer en partie ce nombre traumatisant, mais il y a encore un enfermement inconcevable, aux dernières années de la vie d’une urgence évidente pour de tels artistes, qui a accentué le climat morbide, l’isolement forcé d'artistes âgés qui ne vivent que par et pour la musique de jazz, par les contacts charnels, l’émulation intellectuelle, la vie émotionnelle que le jazz entretient. S'y ajoute l'absence de respect pour la nécessité de mémoire, honorer dignement les anciens qui nous quittent, l'œuvre de ces disparus, une pratique culturelle dans le jazz et chez les êtres humains en général.(2)

Mathieu Perez, Hélène et Yves Sportis
Photos Mathieu Perez, John Abbott by courtesy of Evidence Music,
James Gudeman by courtesy of Concord Jazz, photos extraites de vidéos
A
vec nos remerciements


Ce silence s'est paradoxalement imposé au jazz, à une expression qui est née justement de la volonté de combattre la négation, le silence et l'invisibilité imposés à une communauté humaine ségréguée qui a enfreint toutes les règles, usages et lois parfois, au risque de la vie pour justement vivre, dignement comme des êtres humains. Homme invisible, Pour qui chantes-tu? (Invisible Man), de Ralph Ellison parmi d'autres, nous le raconte comme Barry Harris l'a enseigné à sa façon particulière, pas du tout académique, depuis son enfance et de manière officielle depuis 1982 dans le Jazz Cultural Theatre(3), collectivement, devant des parterres d'élèves, parfois 150 en même temps, pour perpétuer la tradition afro-américaine de son enfance, étendant à plusieurs générations d'artistes par son talent de pédagogue le message du génie du jazz, au-delà du bebop, le message de la communauté afro-américaine, le grand cadeau fait au monde et à l'art: sa philosophie de l'affirmation de l'individualité dans le collectif, et de l'excellence du collectif quand il accorde à l'individu la liberté d’être lui-même, unique, dans le respect, l'authenticité, l'intégrité, la sincérité, l'exigence et la conviction.

Cette «expérience» vécue et transmise avec modestie et ténacité, sans académisme artificiel, jusque dans l'enseignement le plus pointu, par Barry Harris et d'autres messengers, est l’un des très rares accomplissements de la démocratie encore balbutiante au XXe siècle, dans l'art, le coin de liberté que se sont imaginés des êtres humains. Cela fait du jazz la seule expérience d'art populaire fondée à ce jour sur une réalité sociale et historique, sans doute la seule de toute l'histoire de l'humanité, d'hier et de demain, au regard de la dérive totalitaire, de la normalisation du XXIe siècle, de la société de masse instituée, et ce malgré le remarquable travail de résistants, de passeurs dans le jazz, dont Barry Harris est l'archétype et l’un des derniers représentants.

La mission que Barry Harris s'est donnée, dans son enseignement –comme d'autres messengers du jazz, des universalistes dignes du Siècle des Lumières– a été d'essayer de transmettre dans la pratique artistique avec constance, clarté et parfois simplicité, cette philosophie complexe à l’origine de la création, matérialisée dans un siècle de jazz. Barry s'est tourné vers le futur, adressé aux artistes en devenir, de tous les horizons, avec générosité, volonté et un talent original de pédagogue, parce que librement élaboré dans son expérience humaine dès la petite enfance, une habileté qu'il s'est inventée au gré des rencontres, comme le plus souvent dans le jazz: le maître n'est pas un fonctionnaire, un chef, mais un ancien ou un ami, un égal, distingué par ses pairs pour son dévouement à l'art et son excellence, qui transmet son expérience, sa pratique et son savoir, et qui exacerbe l'imagination de ses suiveurs pour leur permettre une approche de cette liberté qui subvertit toutes les barrières à l'expression, extérieures et celles qui résident en chacun de nous. A ce titre, Barry Harris a obtenu une adhésion sincère de beaucoup de jeunes musiciens du monde entier, sa réputation de pédagogue ayant franchi les frontières par le bouche à oreille entre artistes. Il a également constitué un chœur jazz d'une quarantaine de chanteurs, bebop dans l'esprit, une originalité, reconstituant un pan de la tradition afro-américaine (le chant en groupe) dans le jazz moderne. Le chœur a d'ailleurs conclu en musique l'office lors de la cérémonie funèbre à l’Abyssinian Baptist Church le 16 décembre 2021.

Comme souvent, l'institution politique et culturelle a récompensé la dimension «éducative» de Barry Harris, titulaire de nombreuses distinctions(4). C'est une tradition et une nécessité dans ce type de société qui exclut tant par ailleurs, et tant mieux pour ceux qui les reçoivent quand cela leur ouvre les portes d'une consécration de leur œuvre.

L'ouverture de l'interview dans Jazz Hot n°601, 2003

Jazz Hot
a consacré des articles à Barry Harris, et il nous a accordé en 2003 une grande interview (Jazz Hot n°601) qui explique très clairement la philosophie de sa démarche, entre préservation, perpétuation et modernisation permanente d'un art populaire par la liberté et l'imagination sans cesse renouvelée des artistes. A la suite de cette interview se trouve une discographie détaillée en leader et sideman, pour se souvenir de l’œuvre enregistrée de Barry Harris, une partie seulement de son œuvre, mais la plus importante maintenant. Le détail de ces parutions dans Jazz Hot est donné après cet avant-propos. Il vous appartient de vous y reporter, les propos de Barry Harris n’ont nul besoin d'être résumés, recopiés ou réinterprétés, ils sont toujours précis. Nous vous engageons à vous y référer.

Nous laissons aux artistes de jazz, à des acteurs du jazz également, le soin de faire cortège autour de Barry Harris avec leurs mots, leur feeling après cette introduction. Il leur a tant donné, avec tant de générosité, il les a tant aimés, tant stimulés, il a tant honoré le jazz également, que ce cortège de voix, de souvenirs et de sentiments l’aurait certainement ému, car le sage Barry Harris était aussi un modeste malgré la sûreté de ses convictions et sa maîtrise artistique. Ses propos et ses actes sont à rapprocher de ceux d’Art Blakey, Randy Weston, Jimmy Heath, Horace Silver, etc., de grands acteurs de la transmission organisée librement dans le jazz, et il sera intéressant de les confronter car ces porteurs de repères humains et artistiques, tous différents et originaux dans leur approche de la transmission, seraient les seuls remèdes au chaos psychologique et intellectuel, au désastre humain et artistique actuel après plus de cinquante années prémonitoires de désagrégation de la démocratie.

N
ous essayons de donner la parole le plus souvent aux artistes qui ont connu ces grands disparus, mais, compte tenu de la fréquence des disparitions, avec mesure et respect de la douleur accumulée par ceux qui témoignent
. Barry Harris se sentait bien parmi les artistes et ceux qui rêvaient de le devenir. Jazz Hot partage leur peine. 

Nous proposons après l’hommage des musiciens, une indispensable vidéographie où l'on retrouve l'être humain, l'artiste-musicien, le messenger: un seul homme, un philosophe qui a construit sa sagesse et sa pratique sur le réel, en indépendant. Barry Harris a en effet imaginé son monde, sa liberté intérieure, à partir de sa ville de naissance, Detroit, un haut-lieu de l'histoire du jazz, avec l'ensemble des artistes qu'il a rencontrés, vivants et décédés, avec toutes les générations, les apprentis, les curieux, les amateurs.(5)

«J’étais très timide et très pauvre. […] Tous les jeunes venaient chez moi parce qu'ils savaient que je m'entraînais beaucoup.
Ma mère était très chouette, elle nous préparait à manger. Il n’y avait pas grand-chose, mais elle nous laissait jouer.
On jammait toute la journée. Beaucoup de gars sont venus chez moi, des gens comme Joe Henderson, Roland Hanna, Paul Chambers…
des gens comme ça qui venaient apprendre et jouer chez moi.» (Barry Harris, Jazz Hot n°601, 2003)

Affiche Barry Harris au Franc-Pinot, en juin 2003 (concert et master-classe), en partenariat avec Jazz Hot


Barry Harris, dans son long parcours a très tôt bénéficié de la solidarité de Pannonica de Koenigswarter, la baronne du jazz comme on l'a surnommée, qui aida avec beaucoup de conviction, de constance et de discrétion les nombreux artistes de jazz qu'elle admirait, dont Charlie Parker et Thelonious Monk que Barry côtoya chez elle, et qui a été l'une de ses influences majeures avec Bud Powell, Charlie Parker et Dizzy Gillespie. Son œuvre depuis la fin des années cinquante s'est immortalisée dans une belle discographie d'une trentaine d'enregistrements en leader et de plus d'une centaine en sideman, parfois déterminant car des sidemen comme Barry Harris sont des coleaders de fait, comme le remarquait Louis Hayes, et ici Reggie Workman.

1960-61. Barry Harris, Preminado, Riverside 354, avec Joe Benjamin et Elvin Jones


Barry Harris, Preminado, Riverside 354
New York, décembre 1960-janvier 1961
avec Joe Benjamin et Elvin Jones


L’œuvre de Barry Harris ne s'arrête pas en effet à ses qualités de messenger, de pédagogue comme le laissent supposer beaucoup des hommages qui lui sont rendus, et le temps invraisemblable qu'il a consacré à dispenser ce message aux jeunes et moins jeunes artistes en devenir. Car Barry Harris est avant tout un grand artiste du jazz, et ce qu'il a organisé dès son enfance dans son esprit pour partager son savoir trouve son origine et sa matière dans ses qualités d'artiste et d'être humain qu'on retrouve magnifiées dans sa musique enregistrée. Barry Harris est l’un des très grands pianistes –encore un– de l'histoire du jazz, un de ceux qui ont poussé l'art du piano jazz vers un absolu: depuis Breakin’ It Up en 1958, At the Jazz Workshop en 1960 et Preminado en 1960-61, jusqu'à ses dernières prestations en concert de 2021, en passant par ses live en concert des années 1970 à Tokyo en particulier –Barry a beaucoup aimé le Japon–, des années 1990 (Live at Maybeck, First Time Ever, In Spain, Confirmation, avec Kenny Barron, Live at DUG), ou en studio, son œuvre enregistrée ou ses concerts traduisent en musique de manière bien plus complexe encore que son enseignement ce que ce grand artiste a donné au jazz et à l'art en général, et tenté de partager: une expression vertigineuse de perfection, de cette éternité classique qui appartient aux génies du jazz, de cette beauté absolue qui sont les enseignements que gardent tous ceux qui ont côtoyé et aimé Barry Harris. Enfant du bebop, il est le principal héritier et continuateur de Bud Powell, avec une intensité tout aussi grandiose, mais aussi de la grande tradition du piano jazz depuis Teddy Wilson, dont il possède l'élégance du style, Art Tatum, Thelonious Monk, sans oublier la tradition de Detroit et des environs avec Hank Jones, Tommy Flanagan et tant d'autres artistes. L'hommage de Rossano Sportiello est très évocateur de ce vertige que peut provoquer la rencontre de la beauté musicale à un tel degré de perfection artistique, même chez un pianiste virtuose et tout aussi généreux, qui en a visiblement retenu l'essentiel pour sa propre philosophie.

Barry Harris, c'est aussi le sourire malicieux de celui qui a tout compris de l'essence du jazz –blues, swing, expression–, des mille et une manières de parvenir à la perfection avec la plus grande liberté et la sagacité de l'orfèvre. Voir les doigts de Barry Harris se contorsionner avec une indépendance absolue pour obtenir les altérations harmoniques les plus originales, et parfois avec la plus grande économie de mouvement sur le clavier, est toujours un sujet d'étonnement, même pour les virtuoses.

On n'enferme pas un tel artiste à l'hiver de sa vie. Sa recherche de liberté, malgré les circonstances des deux années que nous venons de vivre, était l'obstination têtue d'un artiste décidé à ce que son art l'accompagne jusqu’à la tombe. Le 12 novembre 2021, Barry Harris faisait encore une dernière apparition en public; le 20 novembre 2021, il donnait son dernier cours en ligne: créer, partager et transmettre. L’urgence, la création artistique comme la générosité et le besoin de liberté ne sont pas des questions d’âge. Mr. Barry Harris s'est ainsi éteint, à une semaine de ses 92 ans, après un parcours professionnel d'artiste de jazz de 76 ans; mais si on y réfléchit bien en relisant ses mots, le jazz l’a accompagné, pénétré même jusqu'au plus profond de son être, depuis sa naissance dans les rues de Detroit jusqu'à ses derniers instants.



1. L'information provient de l'annuaire local.
2. Il y a eu une cérémonie funèbre le 
16 décembre 2021 à l’Abyssinian Baptist Church, avec une assistance clairsemée, masquée et filtrée, un chœur et de la musique, quelques interventions orales émouvantes et parfois avec quelques sourires:   https://livestream.com/abyssinian/events/10004517/videos/228111486
3. Le Jazz Cultural Theatre, situé au 368 de la 8e Avenue, à Manhattan, New York, NY, entre les 28e et 29e Rue, a été créé en 1982 à l’initiative de Barry Harris, Larry Ridley, Jim Harrison et Frank Fuentes. C’était une salle proposant des concerts de jazz, des jam sessions, accueillant également les master-classes de Barry Harris et parfois des enregistrements. Barry Harris y a lui même enregistré son album For the Moment.
4. 
1989 NEA Jazz Master; 1995 Honorary Jazz Award by the House of Representatives; 1995 Presidential Award, Recognition of Dedication and Commitment to the Pursuance of Artistic Excellence in Jazz Performance and Education; 1995 Doctor of Arts-Honorary Degree by Northwestern University; 1997 Recognition of Excellence in Jazz Music and Education; 1997 Dizzy Gillespie Achievement Award; 1998 Congratulatory Letter as a Jazz Musician and Educator by the U.S. White House; 1998 Lifetime Achievements Award for Contributions to the Music World from the National Association of Negro Musicians; 2000 American Jazz Hall of Fame for Lifetime Achievements & Contributions to the World of Jazz.
5. De nombreux articles et interviews d'artistes de jazz parus dans
Jazz Hot évoquent le rôle central qu'a joué Barry Harris dans l'apprentissage du jazz, en particulier à Detroit, et Mark Stryker, dans son ouvrage Jazz From Detroit, University of Michigan Press, consacre un chapitre à Barry Harris «Professor of Bebop» (p.53-62)


*

BARRY HARRIS & JAZZ HOT

Barry Harris en couverture de Jazz Hot, n° 601-juin 2003
Jazz Hot 2020, Poème de Barry Harris en hommage à McCoy Tyner
 
Jazz Hot n°685, Automne 2018, Barry Harris rend hommage à Randy Weston

• Jazz Hot n°603, Septembre 2003, Barry Harris in Paris, master-classes et concerts au Franc-Pinot, 11-14 juin
 
Jazz Hot n°601, Juin 2003, Barry Harris en couverture de Jazz Hot, in the bebop workshop (interview), discographie détaillée, index chronologique
 
Jazz Hot n°498, Mars 1993, Archie Shepp vu par Barry Harris
 
Jazz Hot n°441, Mai 1987, Barry Harris: Le gardien de la flamme
 
Jazz Hot n°397, Janvier 1983, Barry Harris: L’élève puis le maître




Complément discographique de la discographie en leader détaillée parue dans JAZZ HOT n°601, juin 2003:
CD 2002. Barry Harris, Live in New York, Reservoir 173
CD 2004. Barry Harris, Live From New York, Vol.1, Lineage 102
CD 2009. Barry Harris, Live in Rennes, Plus Loin Music 4526

2002. Barry Harris, Live in New York, Reservoir 1732004. Barry Harris Live from New York, Vol. 1, Lineage 1022009. Barry Harris, Live in Rennes, Plus Loin Music 4526

















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23 avril 2018, Barry Harris Workshop, Paris © Mathieu Perez
23 avril 2018, Barry Harris Workshop, Paris © Mathieu Perez

Barry HARRIS

Bebop Professor
L’hommage des musiciens et des acteurs du jazz


C’est l'autre partie de la contribution de 
Jazz Hot de permettre ce type d’hommage, à défaut d’un défilé dans les rues précédant une réunion intime et naturelle où tous, sans ségrégation, sans masque et sans contrôle policier, pourraient se souvenir du grand homme, partager ce qu'il a donné à chacun et finiraient la journée, enrichis encore par Barry Harris, dans une nuit de jazz, de musique à nulle autre pareille. Barry Harris témoignait de l'importance de la vie dans le jazz, du jazz au cœur de la vie à Detroit, dans son enfance, sa jeunesse, dans des réunions informelles, des jams improvisées jusque dans les moments de tristesse. Comme à New Orleans et dans l'ensemble de la tradition afro-américaine, la mort est un prolongement de la vie, un moment de célébration indispensable à la continuation de la vie.



Todd BARKAN (producteur) 
Fondateur du Keystone Korner de San Francisco et du Keystone Korner de Baltimore, cf. Jazz Hot n°671
Barry Harris, a great teacher who taught our hearts how to listen.

Barry Harris, un grand enseignant qui a appris à nos cœurs comment écouter.

Barry Harris, First Time Ever, Evidence/Alpha Jazz 22192-2, avec George Mraz et Leroy Williams, produit par Todd Barkan et Satoshi Hirano

Barry Harris, First Time Ever, Evidence/Alpha Jazz 22192-2, avec George Mraz
et Leroy Williams, produit par Todd Barkan et Satoshi Hirano

Ran BLAKE (p)
Barry Harris is the authentic master of bebop. There is never a false note, no displays of dishonest, over the top virtuosity.

Barry Harris est le maître authentique du bebop. Il n'y a jamais de fausse note, ni d'étalage ni de virtuosité clinquante.


Cecil BRIDGEWATER (tp, flh)
Barry was a tireless performer, teacher, and arranger, among other things. 
He was teaching while still in Detroit to some of the most important musicians of our time - Lonnie Hillyer, Charles McPherson, etc. When I got to New York, one of the earliest recorded dates I was on was McPherson’s Today’s Man, which included Barry Harris. I was natural nervous because I didn't want to mess up. Richard Williams and I were the trumpet players. Richard took a solo on some tune and the next solo was mine. It was on "Giant Steps". In the rehearsal I scuffled thru the first time. Barry came to me and said, "Play it like this". I did and my solo made so much sense. Years later, I asked him what he had told me. He answered in his nonchalant way, "I wish I could remember."
At a tribute to Jimmy Heath, he was "holding court" with Slide Hampton, Jimmy and a few others on how to get from one chord to another. It was fascinating to me how he held all these guys attention for a long time. 
Whenever we met, he always asked where my brother, Ron, was. Ron had studied with him at his workshops, and they became close. 
Barry will be missed but taught so many that his legacy will live on.

Barry était un musicien, un pédagogue et un arrangeur infatigables, entre autres. Alors qu'il était encore à Detroit, il enseignait à certains des musiciens les plus importants de notre époque - Lonnie Hillyer, Charles McPherson, etc. Quand je suis arrivé à New York, l'un des premiers disques auxquels j'ai participé était Today's Man de McPherson, avec notamment Barry Harris. Naturellement, j’étais nerveux parce que je ne voulais pas tout gâcher. Richard Williams et moi étions les trompettistes. Richard a pris un solo sur un thème et le solo suivant était le mien. C'était sur «Giant Steps». Lors de la répétition, je me suis débattu une première fois. Barry est venu me voir et m'a dit: «Joue comme ça.» Ce que j'ai fait, et mon solo a pris tout son sens. Des années plus tard, je lui ai demandé ce qu'il m'avait dit. Il m'a répondu avec nonchalance: «J'aimerais pouvoir m'en souvenir.»
Lors d'un hommage à Jimmy Heath, il «tenait audience» devant Slide Hampton, Jimmy et quelques autres sur la façon de passer d'un accord à un autre. C'était fascinant pour moi de voir comment il retenait l'attention de tous ces gars pendant longtemps.
Chaque fois que nous nous rencontrions, il demandait toujours des nouvelles de mon frère Ron. Ron avait étudié avec lui dans ses workshops, et ils sont devenus proches.
Barry nous manquera, mais il a tellement enseigné que son héritage vivra. 


George CABLES (p)
Barry Harris has left this earthly existence, but he has not left us empty handed, empty minded, or empty eared. Barry Harris was an institution. He was an important part of the bebop school and was faithful to that concept for life. I can remember seeing him when I would go to see Thelonious Monk at the Five Spot with Monk, the Baroness, and the Bentley. I remember, at a later date, listening to him every day on Lee Morgan’s The Sidewinder, and in many other settings around New York. I had the honor of sitting and speaking with him. But I think he is best remembered, very fondly and respectfully, by most of us who are here today as a great educator. He shared his knowledge, experience, and opinions freely and lovingly. He was an amazing teacher. He was able to get his students do and understand things in a very short period of time - like right away! He’s left a huge legacy. He will definitely be missed.

Barry Harris a quitté cette existence terrestre, mais il ne nous a pas laissés les mains vides, l'esprit vide ni les oreilles vides. Barry Harris était une institution. Il était une partie importante de l'école bebop et est resté fidèle à ce concept pour la vie. Je me souviens l'avoir vu quand j'allais voir Thelonious Monk au Five Spot avec Monk, la Baronne et la Bentley. Je me souviens, à une date ultérieure, de l'avoir écouté tous les jours sur The Sidewinder de Lee Morgan, et dans de nombreuses autres situations autour de New York. J'ai eu l'honneur de m'asseoir et de parler avec lui. Mais je pense que la plupart d'entre nous qui sommes ici aujourd'hui se souviendront le mieux de lui, avec beaucoup d'affection et de respect, en tant que pédagogue formidable. Il partageait ses connaissances, son expérience et ses opinions librement et avec amour. C'était un professeur extraordinaire. Il pouvait faire faire et faire comprendre les choses à ses élèves en très peu de temps - presqu'instantanément! Il nous a légué un héritage considérable. Il nous manquera vraiment.


Ron CARTER (b)
I've known Barry Harris for many years, have enjoyed listening to him play for many years, have played with him many times.... and will really, really miss him.

Je connais Barry Harris depuis de nombreuses années, j'ai aimé l'écouter jouer pendant de nombreuses années, j'ai joué avec lui plusieurs fois... et il va vraiment, vraiment me manquer.


Cyrus CHESTNUT (p)
extraits d'une interview, Jazz Hot 2021
I had just arrived in New York, I was working with Jon Hendricks at the time. Clifford Barbaro told me about the Jazz Cultural Theatre. He took me there. All the musicians were hanging out there! When I walked in, there was Junior Cook and C-Sharp sitting to the side. Barry was playing. There was such energy! The Jazz Cultural Theatre was our school.

Je venais d’arriver à New York, je travaillais à l’époque avec Jon Hendricks. Clifford Barbaro m'a parlé du Jazz Cultural Theatre. Il m'y a emmené. Tous les musiciens traînaient là-bas! Quand je suis entré, il y avait Junior Cook et C-Sharp assis sur le côté. Barry jouait. Il y avait une telle énergie! Le Jazz Cultural Theatre a été notre école. 


Richard CLEMENTS (p)
First, I'd like to say what an honor to have been a traveling companion to Barry over the past 12 years. He was the "United Nations." His workshops would attract people from everywhere. 22 countries would be represented at his Rome workshops. Everyone intensively hanging on every word coming from Barry. He was equally comfortable talking to politicians or the guy selling newspapers on the street corner. One time during a major American family holiday he sent me to the supermarket to buy three big turkeys to give to unfortunate families. He was one of the most unselfish persons I've met. People who stuck their hands out, Barry always put something in them. He would teach 80-year-olds and 4-year-olds equally. His big concerts were something to behold. A 16-piece big band, string section, adult chorus and children chorus and special soloist. With Barry's arrangements, these concerts were explosions of joy, love, happiness, most beautiful music ever. A master with master technique, a mastery of harmony, who would share all his musical discoveries. A colossal giant among men.

Tout d'abord, je voudrais dire quel honneur d'avoir été un compagnon de voyage de Barry au cours des 12 dernières années. Il était les «Nations Unies». Ses workshops attiraient des gens de partout. Vingt-deux pays étaient représentés à ses workshops de Rome. Tout le monde s'accrochait intensément à chaque mot venant de Barry. Il était tout aussi à l'aise pour parler aux politiciens ou au vendeur de journaux du coin de la rue. Une fois, lors d'une grande fête familiale aux États-Unis, il m'a envoyé au supermarché acheter trois grosses dindes à donner à des familles dans le besoin. Il était l'une des personnes les plus altruistes que j'ai rencontrées. A ceux qui tendaient la main, Barry donnait toujours quelque chose. Il enseignait aux personnes de 80 ans et aux enfants de 4 ans de manière égale. Ses grands concerts étaient impressionnants. Un orchestre de 16 musiciens, une section de cordes, un chœur d'adultes et un autre d'enfants, un soliste invité. Avec les arrangements de Barry, ces concerts étaient des explosions de joie, d'amour, de bonheur, la plus belle musique de tous les temps. Il était un maître avec une technique supérieure, doué d’une maîtrise de l'harmonie, qui partageait toutes ses découvertes musicales. Un géant parmi les hommes. 


Laurent COURTHALIAC (p)
J’ai fait la connaissance de Barry Harris lors de l’une de ses masterclasses à La Haye, en 2002. Ce fut un véritable choc, un vertige. Passionné par le langage de Bud Powell et Thelonious Monk, mon accès à leur musique passait par la retranscription des disques qu’ils avaient gravés.
Barry enseignait la grammaire et la syntaxe de ce langage hermétique. Il transmettait avec amour, force et érudition ce dont j’étais en quête. Je pouvais enfin plonger la tête sous l’eau au-delà de l’iceberg émergé que sont ces merveilleux témoignages discographiques.
C’est de ce vertige dont je parle. Barry était vertigineux. Il m’a appris ce que je sais, et tellement plus encore. Il fut ma révolution. Aujourd’hui, j’écoute les mêmes disques que dans ma jeunesse, et je ne le remercierai jamais assez, entre autres, d’y entendre ce que j’y entend.

I met Barry Harris during one of his workshops in The Hague in 2002. It was a real shock, an exhilarating moment. Passionate about the language of Bud Powell and Thelonious Monk, my access to their music was through the transcription of their records.
Barry taught the grammar and syntax of this hermetic language. He passed on with love, strength, and scholarship what I was looking for. I was finally able to plunge my head under water beyond the emerged iceberg of these wonderful recordings.
It’s this exhilaration that I’m talking about. Barry was exhilarating. He taught me what I know, and so much more. He was my revolution. Today, I listen to the same records as in my youth, and I cannot thank him enough, among other things, to hear what I hear on them.


23 avril 2018, Barry Harris Workshop, Paris © Mathieu Perez
23 avril 2018, Barry Harris Workshop, Paris © Mathieu Perez


Lou DONALDSON (as)
The world will miss a great musician and teacher of Bebop for 40 years. He was a good personal
friend of mine. He was crazy about horses and whenever I wanted to spend time with him, I would find him at Belmont Racetrack any day! We always had a great time together. People may not know that he also directed a Jazz Choir – about a 43-piece ensemble – which was an extremely unique endeavor because no other choirs sang jazz! I will truly miss him. 

Ce grand musicien et professeur de bebop pendant 40 ans va manquer au monde. C'était un ami intime. Il était fou de chevaux, et chaque fois que je voulais passer du temps avec lui, j’étais sûr de le trouver à l’hippodrome de Belmont, n'importe quel jour! on passait toujours un bon moment ensemble. Les gens ne savent peut-être pas qu'il a également dirigé un chœur de jazz –environ 43 chanteurs– ce qui était exceptionnel parce qu'aucun autre chœur ne chantait du jazz! Il va vraiment me manquer.


Benny GOLSON (ts)
Barry was the only pianist I ever heard play like Charlie Parker. And it seemed as though he never ever ran out of what to say when he played… or talked. He was a living encyclopedia. We will miss him for years to come.

Barry était le seul pianiste que j'aie jamais entendu jouer comme Charlie Parker. Et il semblait qu'il ne manquait jamais de quoi dire quand il jouait… ou parlait. C'était une encyclopédie vivante. Il nous manquera pour les années à venir.


Louis HAYES (dm)
Barry Harris, an indigenous Detroiter was a superb musician and a wonderful teacher. He dedicated his life to sharing the art form known as Jazz to all who wanted to understand and learn. Barry was pure. When he came to New York in 1960, he was unfazed by the big city, New York did not change Barry, rather he changed New York. He was never a part of traditional educational institutions, instead he developed a tremendous following over the decades of dedicated disciples who eagerly appreciated him and his music. I was honored to be a part of the trip which included Barry, Sam Jones, and myself, recorded live at the Jazz Workshop in San Francisco, 1960. It remains a pinnacle of representation of this classic art form. Barry was my friend while I was growing up in Detroit, he will remain my friend forever. I’ll miss him dearly.

Barry Harris, un natif de Detroit, était un musicien magnifique et un pédagogue merveilleux. Il a consacré sa vie à partager la forme d'art connue sous le nom de jazz avec tous ceux qui voulaient le comprendre et l’apprendre. Barry était pur. Quand il est venu à New York en 1960, il n'a pas été déconcerté par la grande ville. New York n'a pas changé Barry. C’est plutôt lui qui changé New York. Il n'a jamais fait partie des établissements d'enseignement traditionnels. Au lieu de cela, il a développé au cours des décennies un nombre considérable de disciples dévoués qui l’appréciaient vivement, lui et sa musique. C’était un honneur pour moi de faire partie de l’aventure qui comprenait Barry, Sam Jones et moi-même, et qui a été enregistrée en direct au Jazz Workshop à San Francisco, en 1960. Ça reste un sommet d’interprétation de cette forme d'art classique. Barry était mon ami durant mon adolescence à Detroit, il le restera pour toujours. Il va beaucoup me manquer.

Barry Harris at the Jazz Workshop, San Francisco, 15-16 mai 1960, Riverside 326, avec Sam Jones et Louis Hayes

Barry Harris at the Jazz Workshop, San Francisco, 15-16 mai 1960, Riverside 326
Barry Harris, Sam Jones et Louis Hayes


Ahmad JAMAL (p)
Barry Harris was one of the most gifted pianists, composers, ensemble performers that THE CREATOR gave us. His legacy will always be cherished.

Barry Harris était l'un des pianistes, compositeurs et musiciens d’orchestre les plus doués que LE CREATEUR nous a donnés. Son héritage sera toujours chéri.


Sheila JORDAN (voc)
There are so many stories regarding me and Barry. We were teenagers growing up in Detroit. He was like my spiritual brother. We remained good friends until his death. It was very difficult in Detroit for me growing up. I loved the music, and all my friends were of color. Detroit was very, very prejudice and I was always getting taken down to the police station to be questioned because of my friendship with my friends of color. I had no prejudice, and my friends could be any color. I was not and have never been into that bullshit.
While in high school the principal of the school called me into her office and said, "You dress so nice. Why do you hang out with colored girls?" I replied, "Colored? You mean purple, green, pink, lilac, orange, red, blue?" She just looked at me and said, "Get out!". I left and knew in my heart she got the message.

Il y a tellement d'histoires concernant Barry et moi. Nous étions tous deux adolescents à Detroit. Il était comme mon frère spirituel. Nous sommes restés bons amis jusqu'à sa mort. Grandir à Detroit a été très difficile pour moi. J'adorais cette musique et tous mes amis étaient de couleur. Detroit était très, très raciste, et j'étais toujours emmenée au poste de police pour être interrogée à cause de mon amitié avec mes amis de couleur. Je n'avais aucun préjugé raciste. Mes amis pouvaient être de n'importe quelle couleur. Je n'étais pas et n'ai jamais été dans ces conneries.
Pendant que j'étais au lycée, la directrice de l'école m'a appelée dans son bureau et m'a dit: «Tu t'habilles si bien. Pourquoi traînes-tu avec des filles de couleur?» J'ai répondu: «De couleur? Vous voulez dire de couleur violette, verte, rose, lilas, orange, rouge, bleue?» Elle m'a regardée fixement et m'a dit: «Sortez!». Je suis partie et savais dans mon cœur qu'elle avait compris le message.

23 avril 2018, Barry Harris Workshop, Paris © Mathieu Perez
23 avril 2018, Barry Harris Workshop, Paris © Mathieu Perez


Kirk LIGHTSEY (p)
Barry and I were always best friends. He was eight years older than me but that never seem to matter. He was very kind, very humorous, and had a great personality. I was first studying with Mrs. Matthews who sent me to Johnson Flanagan, Tommy’s brother. He taught me for a little while. Then, when he had to go on the road, he sent me to Gladys Wade Dillard, who was Tommy’s teacher as well as Barry’s, and many other good pianists in Detroit, such as Alice Coltrane and Ruth Watts who was a great black classical pianist then.
Later, Barry began teaching jazz at his house. I and some of the musicians around Detroit would go there every day until his wife put us out! It was filled with people. Sometimes, he would call me to replace him at his gigs. But that was quite a while after. He and Kenny Burrell had started this Tuesday night session. It usually consisted of three or four bands. The first band would be with professionals, the second and third with younger players. Barry was always in charge. He was such a great force for the pianists and the musicians in Detroit.
Barry was a great teacher. During his classes, he would ask you to play something. Then, he would show you how to do it better, how to change it, what you could have done, what you should have done, etc. It was quite interesting to be around him because he always had something to teach you. He was such a great mind. He taught me how to voice chords, how to accompany, how to play with other instruments. 
Bud Powell was always his main focus. I liked Bud, even though I preferred Tommy Flanagan, who was playing freer. Barry would teach me the mindset of Bud, why he used certain chords in certain places. But he was after more than Bud had. Until the end, he was still in this mindset, although he had expanded indeed. 
The last time I saw Barry perform live was in 2019 at the Jazz in the Park festival, in Peekskill, NY. I hadn’t seen him in a few years. He was quite frail. We talked for a good while about old times. He was playing after the band I was playing with. He was there with his band and his choir. It was very touching. 
Barry was always at the top of the line. One time, I had just come out of the army. He was playing with Charlie Parker at the Graystone Ballroom, in Detroit. He had brought in Charles McPherson and me for free. We were waiting inside to see Charlie Parker walk in. When Bird walked in, he came up to us and said, "I bet you boys play music." We said shyly, "Yes, Mr. Parker. Can we carry your horn?" That night, Barry was playing with him. That's where he belonged, on a stage with Charlie Parker.

Barry et moi avons toujours été les meilleurs amis. Il avait huit ans de plus que moi, mais cela ne semblait jamais avoir d'importance. Il était très gentil, avait beaucoup d’humour et de personnalité. J'étudiais d'abord avec Mme Matthews qui m'a envoyé chez Johnson Flanagan, le frère de Tommy. Il m'a donné des cours pendant un petit moment. Puis, quand il a dû partir en tournée, il m'a envoyé chez Gladys Wade Dillard, qui était le professeur de Tommy ainsi que de Barry, et de nombreux autres bons pianistes à Detroit, comme Alice Coltrane et Ruth Watts, une excellente pianiste classique noire.
Plus tard, Barry a commencé à enseigner le jazz chez lui. Moi et certains des musiciens de Detroit y allions tous les jours jusqu'à ce que sa femme nous fasse sortir! C'était plein de monde. Parfois, il m'appelait pour le remplacer à ses gigs. Mais c'était un bon bout de temps après. Lui et Kenny Burrell avaient lancé une session les mardis soir. En général, il y avait trois ou quatre groupes. Le premier était composé de professionnels, le deuxième et le troisième de jeunes musiciens. Barry était toujours aux commandes. Il a joué un rôle considérable pour les pianistes et les musiciens de Detroit.
Barry était un excellent pédagogue. Pendant ses cours, il vous demandait de jouer quelque chose. Ensuite, il vous montrait comment mieux l’exécuter, comment le changer, ce que vous auriez pu faire, ce que vous auriez dû faire, etc. C'était très intéressant d'être autour de lui car il avait toujours quelque chose à vous apprendre. C'était un si grand esprit. Il m'a appris les voicings d’accords, et à accompagner et jouer avec d'autres instruments.
Bud Powell a toujours été son point de mire. J'aimais bien Bud, même si je préférais Tommy Flanagan qui jouait plus libre. Barry m'apprenait l'état d'esprit de Bud, pourquoi il utilisait certains accords à certains endroits. Mais il allait au-delà de ce que Bud avait déjà. Jusqu'à la fin, il était toujours dans cet état d'esprit, même s’il n’a cessé de se développer.
La dernière fois que j'ai vu Barry en concert, c'était en 2019 au festival Jazz in the Park, à Peekskill, NY. Je ne l'avais pas vu depuis quelques années. Il était assez frêle. Nous avons parlé un moment du bon vieux temps. Il jouait après le groupe avec lequel je jouais. Il était là avec son groupe et sa chorale. C'était très touchant.
Barry a toujours été au sommet. Une fois, je venais de sortir de l'armée. Il jouait avec Charlie Parker au Graystone Ballroom, à Detroit. Il nous avait fait entrer gratuitement, Charles McPherson et moi. Nous attendions à l'intérieur de voir Charlie Parker passer la porte. Quand Bird est arrivé, il s'est approché de nous et a dit: «Je parie que vous jouez de la musique.» Nous avons répondu timidement: «Oui, M. Parker. Pouvons-nous porter votre saxophone?» Ce soir-là, Barry jouait avec lui. C'est là qu’était sa place, sur une scène avec Charlie Parker.


Bennie MAUPIN (fl, ss, ts, bcl)
Bennie Maupin évoque également 
Barry Harris dans sa récente interview, Jazz Hot 2021 
Barry Harris is and always will be the most important mentor in my life. We met in Detroit when I was a young high school student. I’m still processing the many things that he patiently shared with me. May he rest in peace. 

Barry Harris est et sera toujours le mentor le plus important de ma vie. Nous nous sommes rencontrés à Detroit quand j'étais un jeune lycéen. Je suis toujours en train de digérer tout ce qu'il a patiemment partagé avec moi. Qu'il repose en paix.


Charles McPHERSON (ts)
communiqué du 8 décembre 2021
Just found out this morning that Barry Harris passed on. Words can't express all that I feel at this moment. As my very first jazz teacher, Barry has been my mentor and musical inspiration since I was 15. He also served as a great educator to many other influential musicians. From Barry, I learned not only about music, but about a multitude of subjects and concepts beyond music and jazz. He stressed the importance of being well-rounded as a person, and to be knowledgeable about the world and many disciplines: literature, art, music beyond jazz, philosophy, and so on. because that translates into becoming a better player, musician, and improvisor. This was one of the greatest lessons he bestowed upon me. He was an excellent teacher of jazz improvisation. He was steadfast in his convictions regarding important concepts of music and improv. He NEVER sold out - never played a note thinking about how much money he would earn - he was pure music. His generosity was enormous, and he helped people on their own musical journey; this was deeply important to him. The love of teaching and passing on his knowledge kept him alive these past few years. I owe Barry so much - words can't make the case. The way to honor Barry is to be totally true and honest with your art. He will be very much missed by myself and many others. God Bless You, Barry. You fought the good fight. If there is a heaven, I know you're in it.

Je viens d'apprendre ce matin que Barry Harris est décédé. Les mots ne peuvent exprimer tout ce que je ressens en ce moment. En tant que tout premier professeur de jazz, Barry a été mon mentor et mon inspiration musicale depuis l'âge de 15 ans. Il a également été un excellent pédagogue pour de nombreux autres musiciens influents. De Barry, j'ai appris non seulement sur la musique, mais sur une multitude de sujets et de concepts au-delà de la musique et du jazz. Il soulignait l'importance d'être bien équilibré en tant que personne, et de connaître le monde et de nombreuses disciplines: littérature, art, musique au-delà du jazz, philosophie, etc., parce que cela fait de vous un meilleur musicien et improvisateur. Ce fut l'une des plus grandes leçons qu'il m'ait données. Il était un excellent professeur d'improvisation jazz. Il était inébranlable dans ses convictions concernant les concepts importants de la musique et de l'improvisation. Il n'a JAMAIS été un vendu - n'a jamais joué une note en pensant à combien d'argent il gagnerait - il était de la pure musique. Sa générosité était énorme. Il aidait les gens dans leur propre cheminement musical. C’était très important pour lui. L'amour d'enseigner et de transmettre son savoir l'a fait vivre ces dernières années. Je dois tellement à Barry - les mots ne peuvent l’expliquer. La façon d'honorer Barry est d'être totalement vrai et honnête avec son art. Il me manquera beaucoup, à moi et à beaucoup d'autres. Que Dieu te bénisse, Barry. Tu as mené le bon combat. S'il y a un paradis, je sais que tu y es.

Barry Harris/Tokyo: 1976, Xanadu 177, Tokyo, 1, 12 et14, avril 1967 avec Charles McPherson, Jimmy Raney, Sam Jones, Leroy Williams

Barry Harris/Tokyo: 1976, Xanadu 177, Tokyo, 1, 12 et14, avril 1967
avec Charles McPherson, Jimmy Raney, Sam Jones, Leroy Williams


Johnny O’NEAL (p)
Extraits d'une interview, Jazz Hot n°679-2017
The first time I met Barry, I must have been 14 years old. I went to see him at his home in Detroit. I was still playing gospel. He was amazed. The second time I saw him he was playing with Blue Mitchell and Harold Land. He remembered the kid playing gospel! I played for him, and he told me how much progress I had made. He told me that if I came to New York, to call him, that he would have a nice surprise for me. (…) As soon as I arrived in New York, I called him. He arranged to meet me in Central Park. He kept telling me he had a nice surprise for me, but he never said what it was! (…) Barry took me to see Monk at Baroness Pannonica’s house, in New Jersey. (…) Monk and I hung out together all day. He played for me. He was a real gentleman. He was like a father. I played for him. He told me that I had a magical touch on the piano, and that I had to keep playing. The relationship between us was very strong. We also share the same day of birth. I will always be grateful to Barry for introducing me to Monk.

La première fois que j’ai rencontré Barry, je devais avoir 14 ans. Je suis allé le voir chez lui à Detroit. Je jouais encore du gospel. Il était épaté. La deuxième fois que je l’ai vu, il jouait avec Blue Mitchell et Harold Land. Il se souvenait du gosse qui jouait du gospel! J’ai joué pour lui, et il m’a dit combien j’avais fait de progrès. Il m’a dit que si je venais à New York, que je l’appelle, qu’il aurait une belle surprise pour moi. (…) Sitôt arrivé à New York, je l’ai appelé. Il m’a donné rendez-vous vers Central Park. Il me répétait qu’il avait une belle surprise pour moi, mais il ne disait jamais ce que c’était! (…) Barry m’a amené voir Monk chez la baronne Pannonica, dans le New Jersey. (…) Monk et moi avons traîné ensemble toute la journée. Il a joué pour moi. C’était un vrai gentleman. C’était comme un père. J’ai joué pour lui. Il m’a dit que j’avais un toucher magique au piano, et que je devais continuer de jouer. Le rapport entre nous était très fort. Nous partageons aussi le même jour de naissance. Je serais toujours reconnaissant envers Barry pour m’avoir présenté à Monk. 


Jimmy OWENS (tp, flh)
The last performance together was the «National Endowment for the Arts Jazz Masters» on 12 November 2021 at Flushing Town Hall, in New York's Queens. We had Barry Harris, Donald Harrison, Sheila Jordan, Kenny Barron, Kenny Davis, Billy Hart, and myself Jimmy Owens. 
I put the idea of this concert together with these artists in a tribute to Thelonious Monk and Horace Silver. 
The concert was a great event with artists aged 93, 91, 80, 78, 77, 61, 60. Barry started the concert, but didn't do what I had asked him to do. He then brought on a guest pianist Michael Weiss to play the first full group number. Barry was treating this as if it was his own concert. We talked on the break and the second half was much better. Barry and Sheila had a wonderful scat singing song that ended the concert. My funny thought was I asked Barry to play for Sheila to sing the song «Peace», and I told him it was a beautiful Horace Silver song. He made me laugh when he said, «I know no Horace Silver songs.» 
Barry was a wonderful human being, a great educator and pianist that could play and explain anything. I will miss his giving of knowledge that I was always taking what he said and passing it on.

Notre dernier concert était le «National Endowment for the Arts Jazz Masters», le 12 novembre 2021 à Flushing Town Hall, dans le Queens, à New York. Nous avions Barry Harris, Donald Harrison, Sheila Jordan, Kenny Barron, Kenny Davis, Billy Hart et moi-même, Jimmy Owens.
Avec ces artistes, j’ai conçu ce concert comme un hommage à Thelonious Monk et Horace Silver.
Le concert était un grand événement avec des artistes âgés de 93, 91, 80, 78, 77, 61, 60 ans. Barry a commencé le concert, mais n'a pas fait ce que je lui avais demandé. Il a ensuite invité le pianiste Michael Weiss pour jouer le premier set. Barry traitait cela comme s'il s'agissait de son propre concert. Nous avons parlé à la pause et le second set était bien meilleur. Barry et Sheila ont chanté une merveilleuse chanson en scat pour conclure le concert. J’ai demandé à Barry de jouer le thème «Peace» avec Sheila, et lui ai dit que c'était une belle chanson d'Horace Silver. Il m'a fait rire quand il a dit: «Je ne connais pas les chansons d'Horace Silver.»
Barry était un homme merveilleux, un pédagogue et pianiste magnifiques, qui pouvait tout jouer et tout expliquer. La générosité avec laquelle il partageait son savoir, que j’absorbais toujours et le transmettais à mon tour, me manquera.



Barry Harris © John Abbott by courtesy of Evidence Music
Barry Harris © John Abbott by courtesy of Evidence Music


Sonny ROLLINS (ts)
Everywhere I went, I met Barry Harris's students –and Barry taught them as only he could the innards of jazz and of music in general. Barry will be sorely missed.

Partout où je suis passé, j'ai rencontré des élèves de Barry Harris –et Barry leur a enseigné, comme lui seul savait le faire, le jazz et la musique en général vus de l’intérieur. Barry nous manquera beaucoup.


David SAUZAY (ts)
J’ai eu la chance de connaître Barry Harris, qui m’a offert sa sympathie. Dix années magiques… Les master-classes de Barry étaient un pur bonheur mais aussi un terrible challenge. Il fallait accepter son propre niveau et être prêt à repartir sur la bonne voie.
Il m’a fallu de nombreuses années pour prendre le chemin de Rome vers ces master-classes, que je croyais réservées uniquement à une élite de musiciens.
J’ai vite remarqué que la terre entière venait assister à ses cours! Des gens de tous les horizons, de niveaux très différents, vivant en parfaite harmonie.
Les cours commençaient à 10h le matin jusqu’à 20h le soir. On en ressortait enflammés, heureux, comme si cela avait été le plus beau jour de notre vie! Et ensuite, jam session jusqu’à très tard dans la nuit. Une semaine de master-classe durant laquelle on apprenait à apprendre. Non seulement au niveau musical mais aussi au niveau humain. Barry avait ce don de nous fédérer. Les autres musiciens n’étaient plus des rivaux mais des camarades attentionnés et ouverts au partage des savoirs.
Nous avions tous un immense respect pour le maitre et sa musique. Ses cours hors normes nous ouvraient les oreilles et l’esprit. La moindre phrase jouée au piano par Barry était d’une beauté mélodique exquise. Il avait cette rare intelligence pédagogique, adaptée aussi bien aux musiciens très avancés (certains venaient au workshop depuis plus de 20 ans) qu’à ceux de niveau intermédiaire.
Barry Harris a changé ma vie, musicalement et humainement. Il m'a connecté à une communauté de personnes qui cherchent la beauté et le bonheur.

I was fortunate to know Barry Harris, who offered me his sympathy. 10 magical years… Barry's masterclasses were pure joy but also a terrible challenge. You had to accept your own level and be ready to start again on the right track.
It took me many years to make my way to Rome for these masterclasses, which I thought were reserved only for an elite of musicians.
I quickly noticed that the whole world came to attend his classes! People from different backgrounds, of very different levels, living in perfect harmony.
Classes started at 10 a.m. until 8 p.m. We came out excited, happy, as if it had been the happiest day of our lives! And then there was a jam session until very late at night. A week of masterclass during which we learned to learn. Not only on a musical level but also a human level. Barry had this gift of uniting us. The other musicians were no longer rivals but caring comrades, open to sharing their knowledge.
We all had tremendous respect for the master and his music. His extraordinary classes opened our ears and our minds. Every single phrase Barry played on the piano was exquisitely melodic and beautiful. He had this rare instructional intelligence, suitable for both very advanced musicians (some had been coming to the workshop for more than 20 years) and those of intermediate level.
Barry Harris changed my life, musically and on a more human level. He connected me with a community of people who seek beauty and happiness.


23 avril 2018, Barry Harris Workshop, Paris © Mathieu Perez
23 avril 2018, Barry Harris Workshop, Paris © Mathieu Perez


Wayne SHORTER (ts)
I’ve known Barry Harris from being on the scene with him, mainly from the early jam session times. He was one of the stick-to-it modern jazz, bebop cats who never gave up and didn’t sell out. Barry always stuck to the line of pianists that he came through along with Bud Powell. Barry was known to have been a good teacher. He has a legacy of his own. It’s going to be counted in the hall of great artists who contributed a lot to this country, which needs it. 

Je connais Barry Harris pour être sur la scène jazz avec lui, principalement depuis les premiers temps des jam sessions. Il était l'un des férus de jazz moderne, de bebop, qui ne l’ont jamais abandonné ni ne l’ont trahi. Barry est toujours resté fidèle à la lignée des pianistes dont il est issu avec Bud Powell. Barry était connu pour avoir été un bon pédagogue. Il a un héritage qui lui est propre. Cela comptera dans la salle d’honneur des grands artistes qui ont beaucoup contribué à ce pays, qui en a besoin.


Philippe SOIRAT (dm)
Ma rencontre avec M. Barry Harris fut brève mais intense.
En 2008, j’ai été convié à faire un concert avec lui lors du festival Jazz à l'Ouest, à Rennes, en compagnie du contrebassiste Mathias Allamane.
Je l’avais évidemment beaucoup écouté dans nombre d’enregistrements historiques. Kirk Lightsey avait partagé ses souvenirs de lui à Detroit, et plusieurs de mes amis musiciens suivaient ses célèbres masterclasses. Mais je ne l’avais jamais rencontré et le concert était enregistré pour un disque.
Le concert s’est passé le plus simplement du monde. A 80 ans, il était passé maître dans l’art d’embarquer son auditoire (et nous avec) dans la visite de son monde musical si riche et élégant. Ce fut un vrai régal de pouvoir jouer sans plan préétabli et d’improviser le programme et les arrangements. C’est une sensation fantastique de produire une musique à la fois si sophistiquée et si libre.
M. Barry Harris occupe une place centrale parmi les grands de l’histoire du jazz et c’est un privilège d’avoir accompagné, pour un soir, son phrasé si unique.
On ne peut que le remercier d’avoir poli son langage aussi longtemps et aussi assidument et d’avoir transmis par sa musique et son enseignement sa passion pour le jazz qu’il aimait. 

My encounter with Mr. Barry Harris was brief but exciting.
In 2008, I was invited to do a concert with him at the Jazz à l'Ouest Festival, in Rennes, with bassist Mathias Allamane.
I had of course listened to several of his historical recordings. Kirk Lightsey had shared his memories of him in Detroit, and several of my musician friends attended his famous masterclasses. But I had never met him, and the concert was recorded for a record.
The concert went smoothly. At 80, he had mastered the art of taking his audience (and us with) on a tour of his rich and elegant musical world. It was a real treat to be able to play with no plan and to improvise the program and the arrangements. It’s a fantastic feeling to present music that is both so sophisticated and so free.
Mr. Barry Harris occupies a central place among the greats in the history of jazz and it is a privilege to have accompanied, for one evening, his unique phrasing.
We can only thank him for refining his language for so long and so diligently, and for passing on his passion for jazz, which he loved through his music and teaching.


Rossano SPORTIELLO (p)
The first time I met Barry Harris was in the spring of 2000, in Verona, Italy, where he came to do a 4-day workshop. 
That was also the one and only time I got "high” on music. I experienced the effects of an overdose of music. Barry would start teaching at 9:30 am and kept going until 6:30 pm with maybe a 2-hour break for lunch. After 6:30 pm we’d have dinner and then the jam session would start until 5 or 6 in the morning. Barry himself would stay up to listen to the students jamming until 2 or 3 am. Sometimes he would get up and play. And everyone had fun, learned, and dreamed.
During those 4 days I never went to sleep. Music mixed with adrenaline kept flowing in my veins. I remember in the early mornings after the jam sessions ended, I would sit outside for a couple of hours waiting for breakfast to be ready at the B&B where I had my room, and I would be sitting there and listening to the birds singing. Suddenly those birds seemed to be singing the most beautiful, swinging bebop lines, one after the other and with intricate counterpoints. I could not believe it. As I said, I was "high” on music. That was the most beautiful hallucination of my life!
Barry Harris always spread out a contagious enthusiasm, joyous integrity, and the unique blessing of charging with beauty everything he played. I’ve never seen anything like that before. Now that he’s gone, it’s up to us, thousands of students, disciples, and music lovers around the world, to enjoy all the music he left us and live and play according to his teachings. That’s how immortality works. 

La première fois que j'ai rencontré Barry Harris, c'était au printemps 2000, à Vérone, en Italie, où il est venu faire un workshop de quatre jours.
C'est aussi la seule et unique fois où j’ai «plané» sous l’emprise de la musique. J'ai ressenti les effets d'une overdose de musique. Barry enseignait de 9h30 à 18h30, avec peut-être une pause de deux heures pour le déjeuner. Après 18h30, nous dînions, puis la jam session se poursuivait jusqu'à 5 ou 6h du matin. Barry lui-même restait debout pour écouter les étudiants jouer jusqu'à 2 ou 3h du matin. Parfois, il se levait et jouait. Tout le monde s’amusait, apprenait et rêvait.
Je n’ai pas dormi pendant quatre jours. La musique mêlée d'adrénaline coulait dans mes veines. Je me souviens que tôt le matin, après la fin des jam sessions, je m'asseyais dehors pendant quelques heures en attendant que le petit-déjeuner soit prêt au B&B où j'avais ma chambre, et j'étais assis là, j'écoutais les oiseaux chanter. Soudain, ces oiseaux semblaient chanter les plus belles lignes de bebop, les unes après les autres et avec des contrepoints complexes. Je n'arrivais pas à y croire. Comme je l'ai dit, je «planais» sous l’emprise de la musique. Cela a été la plus belle hallucination de ma vie!
Barry Harris répandait toujours un enthousiasme contagieux, une intégrité joyeuse et la bénédiction de charger de beauté tout ce qu'il interprétait. Je n'ai jamais rien vu de tel auparavant. Maintenant qu'il est parti, c'est à nous, milliers d'étudiants, disciples et mélomanes du monde entier, d'apprécier toute la musique qu'il nous a laissée, de vivre et de jouer selon ses enseignements. C'est ainsi que fonctionne l'immortalité.


Reggie WORKMAN (b)
A large percentage of our world and I is experiencing remorse and offering condolences because Barry Harris has made his transition.
Barry Harris, a Super Pianist from the Detroit region stood out among his peers for as far back as I can remember. Detroit has been always known for many talented musicians of every type of music therefore I was always inspired to learn as much as possible about Detroit musicians.
By 1961 I met Barry in NYC, where we both established residence. Along with Billy Higgins, we were asked by the Riverside Records producers to support new young vibraphonist David Pike as he put together his first recording. It was Barry who was instrumental in bringing that recording to the highest level. From that time through today his name was always associated with educating, producing and performing, creating and doing everything to raise the level of New York’s artistic community. I am blessed to be associated with such a deeply committed and super talented icon as Barry Harris. There has never been a more uniquely brilliant and giving personality in the world of music. He will be sorely missed but never forgotten.

Une grande partie de notre monde et moi éprouvons des regrets et offrons nos condoléances, car Barry Harris est parti.
Barry Harris, un super pianiste de la région de Detroit s'est démarqué parmi ses pairs d'aussi loin que je me souvienne. Detroit a toujours été connu pour ses nombreux musiciens talentueux de tous les types de musique, j'ai donc toujours été inspiré pour en apprendre le plus possible sur les musiciens de Detroit.
En 1961, j'ai rencontré Barry à New York, où nous avions tous deux élu domicile. Avec Billy Higgins, les producteurs de Riverside Records nous ont demandé de soutenir le nouveau jeune vibraphoniste David Pike alors qu'il réalisait son premier disque. C'est Barry qui a contribué à élever ce disque au plus haut niveau. Depuis cette époque jusqu'à aujourd'hui, son nom a toujours été associé à l'éducation, à la production et à la représentation, à la création et à tout faire pour élever le niveau de la communauté artistique de New York. Je suis béni d'avoir été associé à une icône aussi profondément engagée et talentueuse que Barry Harris. Il n'y a jamais eu de personnalité plus brillante et plus généreuse dans le monde de la musique. Il nous manquera beaucoup mais ne sera jamais oublié.


Cadillac and Mack, The Detroit Four, East World 98005, Detroit, 21 août 1978 Barry Harris, Charles Greenlee, Vishnu Wood, Roy Brooks

Cadillac and Mack, The Detroit Four, East World 98005, Detroit, 21 août 1978
Barry Harris, Charles Greenlee, Vishnu Wood, Roy Brooks

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VIDEOGRAPHIE


Barry Harris: The Spirit of Bebop, Image extraite du documentaire réal. par Edgar B. Howard, 1999:  https://vimeo.com/140339646/4f5f79a972
Barry Harris: The Spirit of Bebop, Image extraite du documentaire réal. par Edgar B. Howard, 1999 
https://vimeo.com/140339646/4f5f79a972
 


Chaînes YouTube de Barry Harris

Les cours de Barry Harris:
1989-1998, Conservatoire Royal de La Haye, Pays Bas, filmés par le pianiste Frans Elsen
1955. Barry Harris, album Donald Byrd (tp)-Byrd Jazz/First Flight, Bernard McKinney (euph), Yusef Lateef (ts), Alvin Jackson (b), Frank Gant/Grans/Grant (dm), "Parisian Thoroughfare", "Dancing in the Dark", labels Transition LP5/Delmark, live au New World Stage Theatre, Detroit, MI, 23 août

1956. Barry Harris, album The Magnificent Thad Jones (tp), Billy Mitchell (ts), Percy Heath (b), Max Roach (dm), Blue Note, Van Gelder Studio, Hackensack, NY, 14 juillet

1956. Barry Harris, album Donald Byrd/Art Farmer (tp) 2 Trumpets, Jackie McLean (as), Doug Watkins (b), Art Taylor (dm), Prestige All Stars, Van Gelder Studio, Hackensack, NJ, 3 août

1958. Barry Harris, album Sonny Stitt (as,ts) Quartet, Bill Austin (b), Frank Gant/Grans/Grant (dm), Chicago, IL, labels Argo-Cadet

1958. Barry Harris, premier album en leader, Barry Harris Trio, Breakin' It Up, William Austin (b), Frank Gant/Grans/Grant (dm), labels Argo/Cadet, Chicago, IL, 31 juillet

1958. Barry Harris, album The Other Side of Benny Golson (ts), Curtis Fuller (tb), Jymie Merritt (b), Philly Joe Jones (dm), Riverside Contemporary, Nola's Penthouse Sound Studios, New York City, 12 novembre

1960. Album Barry Harris at the Jazz Workshop, Sam Jones (b), Louis Hayes (dm), Riverside, San Francisco, CA, 15-16 mai

1960. Barry Harris, Cannonball Adderley (as), Nat Adderley (cnt,tp), Sam Jones (b), Louis Hayes (dm), Newport Jazz Festival, 30 juin

1963. Barry Harris, album Lee Morgan (tp) The Sidewinder, Joe Henderson (ts)
Bob Cranshaw (b), Billy Higgins (dm), Blue Note, Van Gelder Studio, Englewood Cliffs, NJ, 21 décembre

1964. Barry Harris, album Kenny Dorham (tp), Julian Euell (b), Al Tootie Heath (dm) Jazz At P.S. 175, label Harlem Youth Unlimited (Haryou), New York, 21 août

1964. Barry Harris, album Charles McPherson (as) Bebop Revisited!, Carmell Jones (tp), Nelson Boyd (b), Al Tootie Heath (dm), Prestige, Van Gelder Studio, Englewood Cliffs, NJ, 20 novembre

1965. Barry Harris, album Dexter Gordon (ts) Clubhouse, Freddie Hubbard (tp), Bob Cranshaw (b), Billy Higgins (dm), Blues Note, Van Gelder Studio, Englewood Cliffs, NJ, 27 mai

1965. Barry Harris, album Coleman Hawkins (ts) Wrapped Tight, Bill Berry/Snooky Young (tp), Urbie Green (tb), Buddy Catlett (b), Eddie Locke (dm), Impulse!, Van Gelder Studio, Englewood Cliffs, NJ, 22 février et 1er mars

1968. Barry Harris, album Illinois Jacquet (ts) Bottoms Up, Ben Tucker (b), Alan Dawson (dm), Prestige, New York 26 mars

1968. Barry Harris, album Eddie Jefferson (voc) Body and Soul, James Moody (ts,fl), Dave Burns (tp), Steve Davis (b), Bill English (dm), Prestige, New York, 27 septembre

1972. Barry Harris, album Vicissitudes, George Duvivier (b), Leroy Williams (dm), label MPS, New York

1978. Barry Harris, album Billy Mitchell (ts) The Colossus of Detroit, Sam Jones (b), Walter Bolden (dm), Xanadu, New York, 18 avril

1984. Barry Harris, Passing It On, documentaire de David Chan/Kenneth Freundlich, prod. Weatherbird Films/The Carpenter Center for the Visual Arts, Harvard University, avec Clifford Jordan (ts), Pepper Adams (bar), Hal Dodson/Art Davis (b),  Leroy Williams (dm)

1987. Barry Harris, Niels-Henning Ørsted Pedersen (b), Art Taylor (dm), Théâtre de Boulogne-Billancourt, (audio) 23 mai

1988. Barry Harris en duo avec Tommy Flanagan dans le film Thelonious Monk: Straight, No Chaser de Charlotte Zwerin (Prod. Clint Eastwood)
Le film a été en partie tourné dans la maison de Weekauken, NJ (celle de Pannonica où Barry Harris a vécu)

1999. Documentaire Barry Harris: The Spirit of Bebop, réal. Edgar B. Howard, prod. Elizabeth Eynon, Checkerboard Films

2000. Barry Harris, album The Last Time I Saw Paris, George Mraz (b), Leroy Williams (dm), New York, 2 juin

2007. Eddie Locke, Leroy Williams, Dave Glasser, Charles Davis, Benny Powell, Frank Wess, Earl May... parlent de Barry Harris, Giants of Jazz tribute concert, South Orange, NJ, prod. Brian Grady/JazzLegacyFilms

2007. Barry Harris, au Vanguard, New York, 17 juillet

2010. Barry Harris Trio (21/07/2010), Live at the Village Vanguard, Live broadcast recordings from the legendary New York jazz club,WBGO/ National Public Radio/NPR Music, USA

2013. Les causeries chantées de Barry Harris

2013. Barry Harris Jazz Lincoln Center's jazz academy, avec Eli Yamin/Richard Emery, 11 septembre

2016. Barry Harris, l'éternel jazz messenger

2017. Barry Harris, Luca Pisani (b), Oreste Soldano (dm), Felt Jazz Club, Rome, 8 septembre

2017. Barry Harris parle de Coleman Hawkins, Artists of Jazz/Robert Wagner/Joan Babchak, décembre

2018. Barry Harris, Vahagn Hayrapetyan (p), Nikolay Zatolochniy (b), Egor Krukovskikh (dm), Live at Esse Jazz Club, Moscou, Russie, 23-24 novembre

2019. Barry Harris fête ses 90 ans, jam en son honneur au 75 Club (situé dans le sud de Manhattan et fermé en 2020.(regarder la vidéo à partir de 1h 22' 00''), avec entre autres Sheila Jordan (voc), Pasquale Grasso (g), Richard Clements (p), Murray Wall (b), Taro Okamoto (dm), 16 décembre

2019. l'Art de Barry Harris

2020. Rossano Sportiello joue au cours de Barry Harris..., New York, 4 février



Barry Harris a poursuivi ses cours par internet 
jusqu'au 20 novembre 2021


Paris Jazz workshop, 2018 © Mathieu Perez







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