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Winter in Paris

24 fév. 2013
Paris en clubs, février 2013
Guillermo Klein Quartet-Duc des Lombards, Paris, 5 février 2013
De retour à Paris où il avait joué avec Aaron Goldberg Quintet en juillet dernier, le pianiste argentin Guillermo Klein joue accompagné de son quartet, avec Aaron Goldberg (p), Miguel Zenon (sax) et Chris Cheek (sax). Puisant ses titres dans son dernier album, Bienestan, une contrée imaginaire dont chaque morceau de l’album en préciserait la topographie, Klein, au piano Rhodes, débute avec « Human Feel », qui vogue au bord du minimalisme de Steve Reich. Puis le concert décolle avec « Airport Fugue » et « Globos » avant de se maintenir en apesanteur avec la ballade « Anita ». Plein de lyrisme tout en cultivant un sens aiguisé de la sophistication, Guillermo Klein approfondit cet espace où il s’ancre au carrefour de la musique sérielle, du jazz et de son patrimoine musical personnel, tango, musique cubaine. Deux duos, de pianos d’abord, puis de saxophones, joués successivement, livrent la pertinence et la qualité sonore de Guillermo Klein-Aaron Goldberg et de Miguel Zenon-Chris Cheek. L’espace se referme avec « Burrito », un morceau plus lyrique, comme pour nous préparer à un atterrissage en douceur.

Kenny Werner Trio- Duc des Lombards, Paris, 6 février 2013
Le temps d’un soir, Kenny Werner (p) était de passage au Duc des Lombards avec Johannes Weidenmueller (cb) et Hans Van Oosterhout (dm). Dans l’intimité d’un concert donné en milieu de semaine, les amateurs étaient sous l’emprise de la grâce du pianiste américain. A l’image de sa composition « Balloons » esquissant le parcours d’un ballon d’hélium dans la rue, le concert prend la forme d’une trajectoire, tout en nuances et flottements, sublimée par le sens de l’expression et de l’articulation aigues de Kenny Werner, Johannes Weidenmueller et Hans Van Oosterhout. Si Hans Van Oosterhout est un batteur d’exception, le set prit une tout autre direction quand Kenny Werner et John Betsch se retrouvèrent, tels deux amis séparés de longue date. De cette rencontre, une autre dynamique s’amorça, ajoutant des strates supplémentaires à ce set somptueux. La musique de Kenny Werner résonne avec celle de ses prédécesseurs, notamment Monk et son « ‘Round about Midnight » et Dave Brubeck et son « In Your Own Sweet Way », dont il redessine les contours.

Curtis Fuller Sextet-Sunset-Sunside, Paris, 10 février 2013
Le club était plein à craquer pour Curtis Fuller, le tromboniste au son chaud, si rare en concert. Accompagné de musiciens nerveux, Josh Bruneau (tp), Ralph Reichert (ts), Rob Bargad (p), Milan Nikolic (b) et Joris Dudli (dm), Curtis Fuller et son sextet délivrent une session puissante et riche en nuances. Au vu des titres et des mélodies qui défilent, le concert s’apparente à une bande originale de la vie du leader, passant de « Arabia » à « It’s easy to remember », sans jamais oublier de remercier, entre deux morceaux, Art Blakey, Benny Golson, John Coltrane et surtout le public. Les musiciens, à l’image de l’exceptionnel batteur Joris Dudli, que l’on a pu entendre l’automne dernier avec Harold Mabern (p), savent porter les compositions du tromboniste et les standards qu’il affectionne avec créativité et une infinie précision.

Nicole Willis & The Soul Investigators-New Morning, Paris, 12 février 2013
Il aura fallu attendre huit ans après leur premier et excellent album, Keep Reachin’ Up, pour que Nicole Willis & The Soul Investigators récidivent. Rares en concert, c’est au cours d’une tournée européenne que la chanteuse américaine et le groupe finlandais de soul sont venus présenter Tortured Soul, leur nouvel album. Si Keep Reachin’ Up brillait par son ambiance très soul, ses mélodies impeccables et ses arrangements hybrides apportant de la nouveauté au genre, Tortured Soul en est une petite et décevante extension. Le groupe semble déjà peiner à se renouveler pour ne plus jouer qu’une soul très formatée à la Sharon Jones, mais en moins solide. Les musiciens n’ont aucune créativité et la performance de Nicole Willis est décevante. Si les morceaux « Feeling Free » et « If This Ain't Love » emportent toujours l’adhésion du grand public, venu pour les entendre en live, le concert, comme ce nouvel album, s’apparente à un exercice de style. C’est bien dommage…

Leon Ware-New Morning, Paris, 14 février 2013
Il s’est écoulé presque quatre ans depuis que Leon Ware est monté sur une scène parisienne. Comment mieux fêter ce retour sinon le jour de la Saint-Valentin et l’avant-veille du 73e anniversaire de l’un des compositeurs, interprètes et producteurs les plus prolifiques de la Motown et du R&B. Pour cette petite tournée à travers l’Europe, Leon Ware s’est entouré d’une équipe très solide avec Incognito, le groupe britannique pionnier de l’acid jazz, ici en comité réduit avec Jean-Paul ‘Bluey’ Maunick (g), Vanessa Haynes (vocals), Francis Hylton (b), Dan ‘JD73’ Goldman (claviers) et Matt Cooper (dm). Devant un public conquis d’avance, Leon Ware joue ses compositions devenues classiques, « Rockin You Eternally », « Why I Came To California », « Musical Massage », avec le respect et la générosité d’un vrai pro. Les membres d’Incognito jouent avec finesse et subtilité sans jamais faire tanguer le concert du côté de l’acid jazz, toujours pour mieux servir la soul et l’esprit de la musique de Leon Ware. Les duos entre Vanessa Haynes, à la voix très puissante, et Leon Ware, plus sensuelle et chaude, apportent de la fraîcheur et une nouvelle prise sur ces morceaux cultes, notamment sur « Inside My Love ». Si le plaisir éprouvé par Incognito d’accompagner leur héros est palpable, le groupe lui réserve une surprise et un hommage avec « Thank You Early Bird », morceau composé pour Gloria Lynn en 1976, l’année même de la sortie d’un autre album entré dans l’histoire et dont Leon Ware signa tous les titres, I want you de Marvin Gaye. La soirée se poursuit avec « I Wanna Be Where You Are », composé pour Jackson 5, et se termine avec les trois morceaux légendaires « After the Dance », « I Want You », « Come Live With Me Angel ». Un solo au piano, un rappel, puis deux. Le public comme les musiciens n’arrivèrent pas à quitter la scène.
Mathieu Perez