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Mighty Mo Rodgers, 2017 © Davide Gostoli, Collection Mighty Mo Rodgers by courtesy
Mighty Mo Rodgers, 2017 © Davide Gostoli, Collection Mighty Mo Rodgers by courtesy


Mighty Mo RODGERS

 
Lorsqu’un art est exercé par un philosophe, dans sa musique, ses poèmes de preacher, sa réflexion sans détours, que ses expressions sont toutes reliées en une épaisseur de vie fondée par une expérience communautaire particulière dans un «nouveau» monde, pour le pire (le contrat social est remplacé par le leurre de la liberté, dans des conquêtes et crises financières à répétition en particulier à partir de la perte de la main d’œuvre gratuite après la Civil War(1) avec toujours la croyance dans un avenir meilleur par la liberté), le bluesman Mighty Mo Rodgers nous offre ici un état des lieux avec sa perception sur 80 ans pour saisir la complexité des vies prises dans des enjeux planétaires de pouvoir, revitalisant un dialogue démocratique siphonné par les états d’urgence qui s’enchainent.
La parole dense de Mighty Mo Rodgers alimente utilement le débat contradictoire qui n’a plus voix de cité dans un monde cartélisé par les concurrences –à la vie à la mort et même déguisées en démocratie libérale, faisant passer les sociétés à travers des crises de plus en plus rapprochées, comme à travers des cerceaux de feux, dressant les humains aux parcours d’obstacles de plus en plus kafkaïens, où tous ceux qui cherchent des sentiers civilisés redeviennent des ennemis ciblés, où tout discours alternatif n’est plus possible car trop dangereux pour des pouvoirs malades de prédations et rivalités tous azimuts, nous précipitant collectivement dans la pensée unique et réduite, décrite par Orwell comme découlant des suppressions, simplifications et dévoiements de mots-concepts créant une novlangue qui efface la mémoire et les idées pour cultiver les doxas en cours.
Ce sont pourtant les idées révolutionnaires de séparation et partage du pouvoir qui ont fait la lumière à partir de 1789, une lumière qui a éclairé loin et ailleurs, comme l’insurrection des esclaves de Saint-Domingue qui se transforme en République d’Haïti en 1804, mais impliquant une indigne «indemnisation» des propriétaires esclavagistes pour obtenir l’indépendance, la liberté, une «dette» infâmante pour la France qui sera remboursée jusqu’en 1952, et devenue honteuse depuis l’abolition de l’esclavage (1848 en France), équivalant à 17 milliards d'euros d’aujourd’hui, qui avait été imposée par Louis-Philippe, le Gargantua libéral(2) mais pour une liberté réservée aux seuls possédants/dominants!
Les idées qui ont permis la maturation de la population française du XVe siècle jusqu’à la Révolution trouveront aussi leur chemin naturel en Afro-Amérique luttant pour la justice, donc l’égalité, particulièrement pendant la Harlem Renaissance au début du XXe siècle, de la fraternité à la nécessité de s’instruire et de se cultiver pour se libérer en acquérant des droits civiques et économiques (cf. «March on Washington for Jobs and Freedom», 28 août 1963, Dr. Martin Luther King, Jr.).
Qui n’a jamais fait le rapprochement entre «La Ballade des pendus» de François Villon (1462) et «Strange Fruit» (Abel Meeropol aka Lewis Allan, écrit en 1937) chanté en 1939 par Billie Holiday dans le silence imposé par Barney Josephson dans son Café Society très politisé de Greenwich Village alors que les fascismes sévissaient?
Certes, l’élargissement, la transmission et le partage des savoirs, la connaissance des autres, la mémoire et le patrimoine populaires sont antinomiques avec la concurrence et la division, les pressoirs du pouvoir pour tirer les marrons du travail au moyen du taylorisme financier.
Mighty Mo Rodgers parle aussi de l’appartement-témoin américain réservé aux happy few: l’idéal originel fondateur de la «liberté» a instantanément été capté, aussi dans ce nouveau monde déjà retourné aux recettes barbares, un idéal travesti et remplacé par l’illusion collective d’une société de consommation «à chacun selon ses moyens» qui a fait suite au «séparé mais égal», remplaçant habilement au fil du temps, la liberté d’être de tous par celle d’avoir selon son poids en argent, un tour de passe-passe coupant court à toute discussion sur la réalité des injustices, la croyance dans le dollar étant devenu le «maître-étalon» planétaire.
«Dans ce pays, depuis dangereusement longtemps, il y a eu deux niveaux d'expérience. L'un, pour le dire cruellement, peut être résumé dans les images de Gary Cooper et Doris Day, deux des appels les plus grotesques à l'innocence que le monde a jamais vus. Et l'autre, souterraine, indispensable et niée, se résume, disons, au ton et au visage de Ray Charles. Il n'y a jamais eu de véritable confrontation entre ces deux niveaux d'expérience»(3) synthétisait James Baldwin (1924, Harlem – 1987, Saint-Paul-de-Vence), un des héros de Mighty Mo avec Nina Simone.
Nous avions rencontré Mighty Mo Rodgers en 2003 (Jazz Hot n°598) et en 2018 (Jazz Hot n°684), mais après l’arrêt –dû à la faillite sanitaire, une de plus des arts, de la culture, dont le blues-jazz, en 2020-2022, après les mouvements suite à l’assassinat de George Floyd (25 mai 2020), après le chamboulement de nos modes de vie entre décès massifs dans l’anonymat indigne, les guerres alimentées par la vente d’armes, l’inflation générée par les pénuries décidées, nous voulions redonner la parole à Mighty Mo Rodgers pour qu’il nous fasse part de son ressenti toujours sensible sur la situation en 2022 au travers de ses projets et de son amour du blues. Les trois interviews de Mighty Mo Rodgers mettent en perspective l’homme, l’artiste, la mémoire, le patrimoine des anciens, et le philosophe creuse toujours plus son sillon pour comprendre l’essence de la corruption du monde, parfois plus insidieuse et générale qu’on ne voudrait l’admettre.
Encore un doute sur la sensibilité et la lucidité de Mighty Mo? Il avait sorti un titre début 2019, «Stop the Virus» (cf. vidéos). On attend avec impatience la prochaine réflexion de Mighty Mo Rodgers sur la présidence en cours de Joe Biden… 

Propos recueillis par Hélène Sportis
Photos Alexandra Delcour, Maurice Gainen Studios, Davide Gostoli,
Collection Mighty Mo Rodgers by courtesy
avec nos remerciements


Mighty Mo Rodgers, 2021 © Alexandra Delcour, Collection Mighty Mo Rodgers by courtesy




Mighty Mo Rodgers, 2021  © Alexandra Delcour,
Collection Mighty Mo Rodgers by courtesy




Jazz Hot: Qu’est-ce-qui a changé en Amérique?

Mighty Mo Rodgers: Beaucoup de choses ont changé en Amérique. Surtout depuis la présidence-fiasco du Président Trump (2017-2021, cf n°684 précité). Trump a polarisé l’Amérique. Il a des légions d’adeptes qui le vénèrent comme le nouveau messie. Et depuis son déni d’avoir perdu l'élection présidentielle, c'est pire. Soit vous êtes avec lui, soit contre lui, il n'y a pas de juste milieu. Je crois que ça va empirer, surtout depuis le raid du FBI sur sa résidence en Floride. Trump avait des dossiers confidentiels et secrets qu'il avait pris illégalement en quittant la Maison Blanche
(4). Psychologiquement, l'état de l'Amérique ressemble presque à une guerre en pays du Tiers-monde. Le 6 janvier 2021, ses partisans ont envahi le bâtiment du Capitole, ce fut le jour le plus sombre pour l'Amérique, en direct, à la télévision nationale. J'en ai été témoin en France et ça m'a fait pleurer. C'était comme une tentative de coup d'Etat dont on était témoin dans un pays du Tiers-monde, mais c'étaient les Etats-Unis, le «côté obscur» de l'Amérique. Où va-t-on à partir de là? En tant qu'artiste, je ne peux pas faire grand-chose. Mais comme Bob Dylan l'a dit à propos de l'art, «Le but le plus élevé de l'art est de vous inspirer». Le blues est plus qu'un simple divertissement, et pour moi, il existe une Blues Muse.  

Comment voyez-vous l’intensification d’internet depuis le covid, le futur du jazz/blues dans le contexte actuel, et la blessure laissée par le nombre important de décès d’artistes depuis trois ans?

La musique par ordinateurs augmentera. Nous vivons dans le monde informatique d’internet. La science-fiction parle de ce futur depuis des années, internet a définitivement largement répandu la musique, mais en même temps, l'artiste est sous-estimé financièrement. Les musiciens gagnent peu d'argent avec leurs compositions et ils ont dû assigner Spotify en justice pour récupérer des droits d’auteurs supérieurs. Avec l'avènement du streaming etc., les ventes de disques ont chuté rapidement. En vérité, la plupart des artistes de blues vendent la majeure partie de leurs disques lors des performances live. Nous avons déjà observé le retour de bâton de l’ordinateur sur l'art, et ça ne fera qu'empirer. Qu'est-ce que l'art?: «Le grand art jusqu'à présent a toujours puisé sa fécondité dans le mythe». C'est ce que souligne Jung(5), je suis d'accord avec cette idée. Pour moi, le plus grand art est né du blues et de ses mythes. Il a été exploité et mal étiqueté mais il est toujours fécond parce qu'il est né de l'amour. Et non, le blues n'est pas la musique du diable. L'amour ne peut être que fécond: sans blues, un miracle existentiel, il n'y aurait pas de rhythm & blues, pas de rock & roll, ou de musique soul, et ce que la plupart des gens ignore, pas de hip hop. Le blues est né pour nous donner à nous, le peuple du blues, la rigueur (sanity). Le jazz/blues continuera d’exister. Le jazz d'autant plus qu’il est allé dans les quartiers chics, il est devenu sophistiqué et bourgeois, je veux dire par là qu'il est enseigné. Vous pouvez maintenant étudier le jazz dans les universités. Ce n'est pas le cas du blues. Du moins pas formellement en tant que programme distinct d'études. En vérité, le jazz et le blues devraient être sponsorisés comme la musique classique dans les villes importantes pour montrer au monde leur culture, c’est le cas à New York au Lincoln Center où le jazz est financièrement soutenu. Le blues est né de l'esclavage et d’autres sombres réalités (dark things). Le jazz, à une époque, a été méprisé parce qu'il est né de l'étincelle du blues, les gens oublient ou ne savent pas tout cela. Le blues est né sur un bateau négrier et le jazz dans un bordel. Jelly Roll (Row) Morton et Louie Armstrong ont tous les deux joué dans des bordels. Billie Holiday, la plus grande chanteuse de jazz, avait sa voix ancrée dans un blues existentiel. Ecoutez «Strange Fruit». Mais il y aura toujours du blues.  

Quels ont été vos projets depuis 2018?
 


J'ai travaillé sur de nombreux projets musicaux. Malheureusement, le virus m'a empêché, comme d’autres nombreux artistes, d'avancer. Mais maintenant que les activités ont repris, je vais sortir de nouvelles compositions dans trois disques au cours des deux prochaines années. Le premier disque à sortir s'appelle Memphis Callin': Soul Music & The American Dream (cf.vidéos), ensuite je sortirai My Romance With France, puis X Soul Stench Soul Blues sera ma troisième sortie.


Que souhaitez-vous ajouter à vos précédentes interviews concernant le racisme, notamment depuis l’assassinat de George Floyd?

Le racisme est malheureusement encore très vivace en Amérique, en vérité, il n'a jamais disparu. Trump avec sa rhétorique galvanisante a fondamentalement dynamisé le racisme. Nous n'aurions jamais su la mort de George Floyd sans la technologie, intéressant! C’est incroyable, car il y a près de trente ans (ndlr: le 3 mars 1991 à Los Angeles), la technologie avait déjà permis de voir le visage du racisme parce qu’une caméra vidéo avait filmé la police battant un homme noir, Rodney King. Puis l’acquittement de la police a provoqué des émeutes dans tout Los Angeles
(6). Tout ça à cause des flics racistes. Qu'est ce qui a changé? Tout et rien!, c’est là le problème. L'Amérique est le plus grand pays hétérogène du monde. Hétérogène signifie composé de groupes ethniques différents ou distincts. En réalité, l'Amérique est une expérience existentielle en démocratie. La démocratie est déjà une affaire épineuse dans un pays globalement homogène sur le plan ethnique, ce qui est le cas de la plupart des pays du monde. L'Amérique qui venait d’élire le premier président noir, éloquent, intelligent, compatissant, a ensuite élu un homme diviseur, narcissique, mégalomane: comment était-ce possible? Eh bien, pour paraphraser le film Star Wars, nous étions passés «du côté obscur de la force».
Nous avons tous nos préjugés et nos préférences, je pense ici d'une manière bouddhiste. La vie est toujours une concurrence, une course: les grands leaders savent ça, et il font donc plutôt appel à notre côté bon samaritain. Mais maintenant, l'Amérique est au bord d’un grand précipice, en face d’un grand péril de guerre, de guerre civile. En tant qu'artiste, je ne peux parler qu'à travers mon art et je continuerai à la faire. J'ai une chanson que je prépare qui s'appelle «Blues 4 America» ​​qui aborde tout cela, la date de sortie est prévue pour l’automne 2023. Malheureusement, beaucoup de jeunes Noirs américains ne connaissent pas leur histoire ni les grands activistes qui se sont battus dans le passé... Dr. King, Medgar Evers, Malcolm X ou James Baldwin. Je les mets dans ma musique: Dr. King est mentionné dans mon prochain album, Memphis Callin', ils vivent tous en moi et dynamisent ma musique. Une bonne lutte ne se termine que lorsque vous êtes mort et que le flambeau est passé. Il n'y a qu'une seule façon de résoudre le racisme, c'est de ne voir qu'UNE SEULE RACE: la race humaine (cf. poème ci-dessous). Il y a du racisme partout dans le monde, pas seulement en Amérique. En vérité, le racisme de couleur est l'un des derniers types de racismes arrivés dans l’histoire. Les anciens Grecs et Romains ne pensaient pas de cette façon, ils pratiquaient l'esclavage, asservissant leurs ennemis capturés, mais cet esclavage n'était pas basé sur la couleur. On peut remercier les Anglais qui ont codifié le racisme de couleur, inventé par eux puis adopté par d'autres pays européens comme raison d'asservir les Africains noirs.
Mais revenons à votre question initiale sur la façon de résoudre le racisme. Nous devons d'abord voir la division intérieure qui est en chacun de nous. Nous portons tous une sorte d’ «isme». Racisme, sexisme, âgisme, religionisme, nationalisme, etc. La division première est intérieure, et c'est par là que la guérison doit commencer. La communauté afro-américaine, comme la plupart des communautés, est divisée en classes sociales. Selon moi, le classisme est la division la plus forte. Il y a des Afro-Américains aujourd'hui qui sont milliardaires, surtout dans le secteur musical. Ils se voient d'abord comme des milliardaires et non comme des Noirs milliardaires, les Blancs de même. De ce fait, si vous êtes milliardaire, vous pouvez rejoindre leur caste exclusive quelle que soit votre couleur. En Amérique, l'argent est roi, et c'est pourquoi aujourd'hui, l'Amérique est une ploutocratie, les riches contrôlent l'Amérique. La justice? C’est basiquement et uniquement si vous avez de l'argent, ou que vous êtes connecté à quelqu'un qui en a, ou fait partie d'un réseau de privilégiés. Pour les travailleurs pauvres, et quelles que soient leurs couleurs, il n'y a pas beaucoup de justice. Les syndicats étaient le moyen d'échapper à la pauvreté et des pauvres ont pu passer dans la classe moyenne, mais l’ascenseur social est presque à l’arrêt aujourd’hui, car des entreprises comme Amazon et Starbucks combattent durement les syndicats et les droits sociaux de leurs employés. Je pense qu'il y aura une lutte pour les droits des travailleurs dans un proche avenir. A une certaine époque, l'armée était l'organisation la plus égalitaire pour les minorités, mais dans les industries et la finance, il existe toujours à ce jour un plafond de verre pour les postes de direction. Il faut vraiment être brillant pour y accéder si vous êtes noir.


Mighty Mo Rodgers au travail, Maurice Gainen Studios, Hollywood, CA, 2019 © Maurice Gainen Studios, Collection Mighty Mo Rodgers by courtesy
Mighty Mo Rodgers au travail, Maurice Gainen Studios, Hollywood, CA, 2019
© Maurice Gainen Studios, Collection Mighty Mo Rodgers by courtesy

Que pensez-vous de la présidence de Barak Obama?

L'élection de Barak Obama a donné de l'espoir aux personnes de couleur, c’était un miracle impossible par rapport à ce qu’était essentiellement la création de l'Amérique: rien ne pouvait se produire. Obama a réussi à faire passer de bonnes choses au cours de ses deux premières années, dont la législation sur les soins de santé, mais aux élections de mi-mandat, son parti -le parti démocrate- a perdu. Par la suite, il n’a pas pu faire adopter des projets de loi progressistes. En dernière analyse, tant que les Blancs pauvres voteront contre leur propre intérêt, cela ne changera pas grand-chose. Les ploutocrates possèdent tous les réseaux médiatiques, ils contrôlent donc le message: c'est tristement ironique. Les États les plus pauvres d'Amérique à savoir le Mississippi, l'Alabama, le Tennessee et le Kentucky sont majoritairement blancs et votent constamment contre leur propre intérêt, pour Trump et le parti républicain. La politique en Amérique est devenue une religion grâce au message des super riches: «Nous vous sauverons!». J’ai enfin compris maintenant pourquoi les pauvres vénèrent tant les ploutocrates: il y a quelques années, j'ai lu le livre The Theory of the Leisure Class (ndlr: 1899) de Thorstein Veblen. Il a souligné, et je suis d'accord avec lui, que les pauvres ne voulaient pas se débarrasser des riches comme le présupposait Marx, les pauvres voulaient les imiter: nous nous ressemblons plus que nous différons les uns des autres, le blues en est la preuve selon moi, car le blues ne fonctionne pas si vous faites ce que vous aimez et que vous aimez ce que vous faites!(7) C'est profondément vrai parce que le processus du blues n’a pu se faire que par nos ancêtres esclaves morts et oubliés, ceux-là mêmes qui ont traversé l’Atlantique et qui criaient: «Souviens-toi de moi!»; c’est ce que je fais, me souvenir d’eux, avec mon blues.


Notes:


1. La perte progressive de la main d’œuvre afro-américaine gratuite de l'esclavage est à mettre en parallèle avec la captation de territoires depuis l’origine des colonies britannico-néerlandaises jusqu’à aujourd’hui pour essayer d’équilibrer les comptes publics pris dans le tonneau des Danaïdes de la corruption (cf. la copieuse filmographie américaine sur ces sujets):

Caricature de Louis Dalrymple, titrée «l’Ecole commence»: une image parlante, éditée le 25 janvier 1899





Puck était une revue hebdomadaire de mars 1871 à septembre 1918, et qui fut supprimée après avoir été vendue à W. Randolph Hearst, un magnat de la presse américaine, un futur pro-nazi qui œuvrera contre la République espagnole. Citizen Kane d'Orson Welles campe son personnage, au coeur du rapport de domination et de la volonté de puissance, au début de la 2e Guerre Mondiale, sur un scénario d'Herman J. Mankiewicz, frère de Joseph L. Mankiewicz, un cinéma alors très politisé qui sera épuré par le maccarthysme grâce à la HUAC, une commission d’enquête de la Chambre des Représentants sur les activités anti-américaines créée dès 1938, désactivée le temps de l’alliance avec l’Urss pour arriver à bout d’Hitler, et réactivée rapidement après guerre.





Caricature de Louis Dalrymple, titrée «l’Ecole commence»: une image parlante, éditée le 25 janvier 1899, cf. détails et autres très beaux dessins de presse dans le lien: https://visualizingcultures.mit.edu/civilization_and_barbarism/cb_essay03.html


2. https://essentiels.bnf.fr/fr/image/3b79307d-6285-40ee-beac-c6e16f95a694-louis-philippe-gargantua

Louis-Philippe en Gargantua: cette caricature d’Honoré Daumier de 1831 lui vaudra six mois de prison.




Louis-Philippe en Gargantua: cette caricature

d’Honoré Daumier de 1831 lui vaudra six mois de prison.












3. «In this country, for a dangerously long time, there have been two levels of experience. One, to put it cruelly, can be summed up in the images of Gary Cooper and Doris Day, two of the most grotesque appeals to innocence the world has ever seen. And the other, subterranean, indispensable, and denied, can be summed up, let us say, in the tone and in the face of Ray Charles. There has never been any genuine confrontation between these two levels of experience.» James Baldwin


4. Depuis l’interview, le nouveau président des Etats-Unis, Joe Biden, est pris à son tour dans une affaire de documents confidentiels sortis de la Maison Blanche et mis à son domicile:
https://www.lefigaro.fr/international/ce-que-l-on-sait-de-l-affaire-des-documents-confidentiels-de-joe-biden-20230113


5. Carl Gustav Jung (1875-1961, Suisse, père pasteur protestant) est un psychiatre, psychanalyste, philosophe, écrivain-journaliste, critique d’art entre autres activités, lié un temps à Sigmund Freud, Albert Einstein, Edith Rockefeller, ayant eu pour patients des écrivains tels qu’Hermann Hess, James Joyce, Scott Fitzgerald, et passionné par les Indiens d’Amérique, l’Afrique, la Chine, l’Inde, attiré par l’alchimie, l’irrationnel, les mystères, les oracles, les rites chamaniques, toutes les croyances et religions, la physique ou l’astrologie. A partir de 1932, il laissera utiliser sa notoriété par le pouvoir nazi qui le nomme président de l’Institut Matthias Göring (Société générale allemande de médecine psychothérapeutique, sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur du Reich) en 1936, tout en devenant aussi membre honoraire de la Royal Society of Medicine (Londres) en 1939, avant de s’exfiltrer de ce mauvais pas en 1940 en devenant agent des services secrets des Alliés à Londres qui le tiendront toujours dans leurs fichiers pour «nazi».
L’analyse jungienne, du fait de son ouverture aux phénomènes irrationnels, a attiré de nombreux artistes: Federico Fellini, Vittorio de Seta, Luciano Emmer (cinéastes italiens) étaient proches d’Ernst Bernhard (1896, Berlin-1965, Rome) analyste ayant travaillé avec C.G. Jung en 1935, féru d’astrologie, de théosophie ayant fui Berlin en 1936 car estampillé «juif» par les nazis. Refoulé du Royaume Uni (officiellement pour pratiques occultes), apatride réfugié à Rome, interné en Calabre (1940-1941) et sauvé de l’extermination, le temps des lois raciales, ce psychanalyste jungien restera à Rome jusqu’à son décès, conservant volontairement son statut d’apatride.
Il y a dans ce courant de pensée et de pratiques alternatives, un impératif besoin d’ailleurs, même en dehors du réel ou du rationnel, un besoin de liberté, d’évasion, de trouver une voie individuelle, de sauver son «âme» (son psychisme), de trouver son salut malgré la «situation» (mot de Pier Paolo Pasolini qualifiant la réalité du chaos politique organisé qui bénéficie à une élite en détruisant le reste/les autres).

6. Sur les révoltes de Los Angeles, édito: Le blues des anges, Jazz Hot n°490, juin 1992

7. Claude McKay (1889-1948), écrivain afro-américain a cette même perception: «La majorité d'entre nous ne fait que du sentiment au sujet des souffrances d'autrui. Mais c'est seulement quand une véritable expérience nous tord les tripes que nous comprenons vraiment», Un sacré bout de chemin, 1937.



SITE de MIGHTY MO RODGERS : http://mightymorodgers.com



MIGHTY MO RODGERS
& JAZZ HOT:

Jazz Hot n°598, 2003
Jazz Hot n°684, 2018

et des chroniques de disques.

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Poème de Mighty Mo Rodgers: The Illusion of Racism

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Discographie :

Voir Jazz Hot n°684, 2018




Quelques vidéos de Mighty Mo Rodgers depuis 2018:


Chaîne YouTube de Mighty Mo Rodgers
https://www.youtube.com/@MrBlues1942/videos


2019. Mighty Mo Rodgers, «Stop the Virus», 15 avril (avec le texte des paroles)
https://www.youtube.com/watch?v=tAXZfoKJXOQ

2021. Mighty Mo Rodgers, Luca Giordano (g,voc),  Abramo Riti  (org), Walter Monini (b), Eric Cisbani (dm), Montecchio Maggiore, Italie, 11 septembre
https://www.youtube.com/watch?v=JWNSbOT02_A

2022. Mighty Mo Rodgers, prochaine sortie de l’album Memphis Callin': Soul Music & The American Dream, guests: Steve Cropper/Donald  Duck Dunn (g) et Willie Hall (dm), 25 janvier
https://www.youtube.com/watch?v=dhRMidIBpmA
http://www.lucagiordanoband.com/mighty-mo-rodgers-sweet-soul-music-new-record


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