Err

pubentetesite-OK.jpg


Jazz Stage (clubs, concerts, festivals)

Jazz Records (les chroniques de l'année en cours)
Jazz Records 
(recherche alphabétique)
Jazz Records (recherche chronologique)
Jazz Records (Hot Five: la sélection de la rédaction)


JAZZ STAGES
• Clubs, Concerts, Festivals •


juil. Jazz' Alp • Rhoda Scott & Thomas Derouineau • Roger Mennillo Jazz Festival juin Jazz à Cours & à Jardins

sept./oct. Jazz à Cours & à Jardins août Octave et Anatole • Dany Doriz & Archysax juin Esaie Cid Duo, Larry Browne Duo: Péniche Le Marcounet mars David Blenkhorn Trio + Harry Allen: Caveau de La Huchette • Le Centenaire de Boris Vian: Deux Magots • jan.Laurent Marode: New Morning • Hayati Kafé & Ahmet Gülbay Quartet: Petit Journal St-Michel • Le Centenaire de Claude Abadie: Jazz à Vian



JAZZ STAGES © Jazz Hot 2021
L'Alpe-du-Grand-Serre, Isère
Jazz' Alp, 29 juillet au 2 août 2021

Dans les montagnes de la Matheysine, on ne renonce pas. Cinq ans déjà qu’avec l’association Courant d’Arts, Gérard Duchamp et ses amis, Daniel, Marie-Noëlle et les autres, ont lancé Jazz’ Alp, le petit festival de la (non moins petite) station de sports d’hiver de L’Alpe-du-Grand-Serre. Qui, comme il se doit, se déroulait traditionnellement début mars, à la fin de la saison de ski.



L’année dernière, la quatrième édition s’était achevée deux jours avant le premier confinement, avec un concert des Doigts de l’Homme, le fameux groupe de jazz manouche fondé au début des années 2000 par le guitariste Olivier Kikteff. Alors, pour 2021, ils y avaient cru, les bénévoles de Jazz’ Alp, bâtissant une programmation artistique qui aurait dû nous réjouir des 5 au 13 mars derniers. C’était sans compter le énième confinement ou le énième couvre-feu qui jetteront tous leurs efforts au tapis. Mais c’était aussi sans compter l’énergie de l’équipe et sa volonté de ne rien lâcher. Résultat: on prend les mêmes (ou presque) et on r’commence. En été cette fois… «Car comment passer deux ans sans festival et sans musique vivante dans nos montagnes?»

Maracuja, L’Alpe-du-Grand-Serre, 29 juillet 2021 © Pascal Kober
Maracuja, L’Alpe-du-Grand-Serre, 29 juillet 2021 © Pascal Kober

Prologue tout en douceur dès la mi-juillet avec les tendres chansons à danser de Camille Lachenal, seule en scène avec sa voix, son nain de jardin et ses petites machines. Une belle découverte! Le jeudi 29 juillet, le quartet Maracuja ouvrait vraiment les festivités, précédé par un autre quartet, Ipso Facto, en première partie. Les compositions lumineuses de la flûtiste Amina Mezaache doivent beaucoup aux riches harmonies du Brésil et à une instrumentation atypique. La contrebasse est ici remplacée par un soubassophone aux lignes mélodiques onctueuses et la batterie par un set de percussions aux sons littéralement inouïs, très sensuels et tactiles, tout de bois et de peaux. Une très jolie couleur d’ensemble et des arrangements chatoyants et remarquablement écrits complètent un tableau qui fleure bon les tropiques non sans rappeler parfois la folie (douce) d’un Hermeto Pascoal. Un enchantement!

Olivier Chabasse (b), L’Alpe-du-Grand-Serre, 30 juillet 2021 © Pascal Kober



Olivier Chabasse (b), L’Alpe-du-Grand-Serre,
30 juillet 2021 © Pascal Kober


La pluie fait des claquettes, sous le barnum, à minuit, le 30 juillet. Sale temps à L’Alpe-du-Grand-Serre. Même en été. Même avec les ritournelles de Claude Nougaro dans l’oreille. Ce soir, en solo intégral, Olivier Chabasse fait un sans faute à tous les niveaux, avec un concert enthousiasmant et une technique totalement maîtrisée. L’homme est d’abord contrebassiste et, pour la petite histoire, joue d’ailleurs d’un instrument fabriqué à deux pas d’ici, au pied du Vercors, par le luthier Christian Laborie. C’est toutefois un autre luthier qui surprendra le public lorsqu’Olivier sortira son Grand Stick, une espèce de piano-guitare à douze cordes, conçu en 1974 par l’Américain Emmett Chapman et qui se joue en «tapping» (une pratique popularisée notamment par Stanley Jordan) avec les deux mains sur le manche, tenu verticalement, l’une assurant la ligne de basse et l’autre la mélodie, les contrechants voire… l’harmonie! Ils sont à peine une centaine en France à s’essayer à cet instrument singulier dont le premier exemplaire avait été acheté par le grand Joe Zawinul lui-même et qui, en jazz, nécessite un sacré sens du swing pour ne pas tomber dans le travers de l’exercice technique pour chien savant. Olivier Chabasse, lui, est toujours dans la musicalité et le sens de la nuance. D’autant plus impressionnant qu’il chante aussi sur ses propres accompagnements, ce qui, foi de bassiste, est en soi très impressionnant! Ses reprises du répertoire de Claude Nougaro sont pures merveilles et je me demande bien pourquoi aucun producteur n’a encore signé avec lui pour enregistrer un album qui se vendrait comme des petits pains à l’issue de chaque concert…

Gérard Duchamp, qui assure la direction artistique d’une bonne partie de Jazz Alp’, joue lui-même de la contrebasse. Un atavisme qui le pousse à programmer des musiciens de la note grave? Toujours est-il que le quintet qui suit est celui d’un autre bassiste, électrique cette fois, qui écume régulièrement les scènes régionales. Ce soir-là, Philippe Soriano compose la majorité de son répertoire, à l’exception d’une reprise de «Nardis» de Miles Davis. Surtout, il est extrêmement bien entouré par des musiciens qui savent la signification (et la mise en pratique!) du mot «groove». Techniquement, ça virevolte avec aisance, expression et virtuosité, tout autant sur des thèmes complexes et des mesures à quinze temps que lors de ce duo d’une rare intensité entre Pascal Billot, au saxophoniste alto, et Philippe Bonnet, tout en finesse à la batterie. Un concert que les musiciens présents dans la salle auront apprécié à sa juste mesure.

Zarhzä, L’Alpe-du-Grand-Serre, 1er août 2021 © Pascal Kober
Zarhzä, L’Alpe-du-Grand-Serre, 1er août 2021 © Pascal Kober

Les deux jours de clôture du festival se feront sous le signe de la fête et de la danse sous le chapiteau. Avec Zarhzä tout d’abord, fine équipe de saltimbanques bien dérangés des tempos, à mi-chemin entre l’orchestre de bal et le Brass Fantasy de Lester Bowie. En dépit des températures toujours fraiches, ces énergumènes-là mettront le feu au public pour finir par chanter a capella parmi les spectateurs. Le lendemain, précédé en première partie par Soleme, un sextet d’excellente facture sur les grands standards du jazz (et notamment un très touchant «Blue in Green»), la petite souris et ses matous affamés feront déferler un blues de derrière les fagots qui ne laissera personne indifférent: sens du spectacle affirmé et relation très chaleureuse avec le public, Little Mouse and the Hungry Cats, jeune formation tout récemment créée, devrait faire un tabac dans les années à venir si les petits cochons (du showbiz) ne les mangent pas.

Première édition estivale très réussie, donc, pour ce festival qui sait jouer la carte de la convivialité, de la bonne humeur et des plaisirs partagés que l’on a trop tendance à oublier aujourd’hui dans d’autres manifestations. Et tiens, puisqu’on parle de plaisirs, si vous vous rendez à Jazz’ Alp l’hiver prochain, je vous conseille le sauté de veau et les olives maisons ainsi que la petite goutte d’alcool de myrte (tout aussi maison) de la patronne (corse…) de l’hôtel des Gentianes tout proche. Miam!


te
xte et photos: Pascal Kober


© Jazz Hot 2021
Kenny Barron, 11 juillet 2021, Saint-Cannat © Félix W. Sportis



Kenny Barron, 11 juillet 2021, Saint-Cannat
© Félix W. Sportis

Saint-Cannat, Bouches-du-Rhône
Roger Mennillo Jazz Festival, 11 juillet 2021

Dans l’espace champêtre du jardin Joseph Richaud qui, au centre de la commune de Saint-Cannat, offre à ses quelques cinq mille habitants un espace ombragé ceint de murs de pierres aux parfums enfantins, s’est, le dimanche 11 juillet, clos la 23e édition du Roger Mennillo Jazz  Festival. Pour cette dernière soirée gratuite en forme de jam session, s’étaient réunis parents et amis, élèves et musiciens de tous âges conduits par le contrebassiste Michel Zenino, pour adresser un hommage sans tristesse, comme un message de vie continuée, au fondateur de la manifestation disparu au début de l’année. La veille, alors que la nuit n’avait pas encore déposé son voile sur l’assistance, Jacky Gérard, le maire du village, avait ouvert les festivités par un message ému et chaleureux à l’endroit de Roger. Après les quelques mots de bienvenue chargés d’émotion adressés au public par Christiane Brégoli, l’autre animatrice de la manifestation, il promit aux quelques 350 personnes présentes de pérenniser et de donner plus d’éclat encore à cette manifestation de jazz qui conférait à sa collectivité, disait-il «un rayonnement bien plus large que la seule région».



En effet, l’ami Kenny Barron était de retour comme le symbole de cette volonté de maintenir l’identité du festival; à croire que les dieux s’y étaient associés, l’endroit connu alors la magie des soirées d’été comme la Provence en a seule le secret.
La formation, composée de Kenny Barron (p), Steve Nelson (vib), Peter Washington (b) et Johnathan Blake (dm), ouvrit le concert par une lecture élégiaque d’une ancienne (1932) et belle mélodie d’Irving Berlin, «How Deep Is the Ocean»(1). Dans une introduction tout en retenue au cours de laquelle, par le traitement des harmonies, il fit progressivement redécouvrir le thème, le pianiste installa le climat de la pièce pour permettre au vibraphoniste dans un phrasé aérien de poursuivre sur quatre chorus, suivis de trois autres tout aussi lyriques du pianiste, puis de deux autres très profonds du contrebassiste, le tout accompagné par le jeu aux balais très discret du batteur. La pièce se termina sur la reprise du thème par l’ensemble, après un très construit 8/8 du batteur. Belle et discrète homélie à l’ami Roger.

En rupture avec le thème précédent, la formation enchaîna sur un autre standard, au contenu guère plus gai (une brouille de l’infidélité), «Don’t Explain» (Arthur Herzog et Billie Holiday, 1944). La composition traitée avec beaucoup d’humour sur un rythme caraïbe (rumba) en tempo moyen, permettait un dialogue piano/vibraphone plein de vivacité et d’à-propos, recréation appréciée par l’assistance.
Avec le troisième thème, Kenny Barron revint à ses amours, Thelonious Monk: une composition de 1952, «Monk’s Dream», dont la facture rythmique fit ressortir la cohérence du groupe et la maîtrise instrumentale de chacun: le pianiste (trois chorus) en vint à l’épure rythmique soutenu par une partie de batterie très Philly Joe Jones, tandis que le vibraphoniste (trois chorus) explorait la partie mélodique du thème, notamment sur le pont. Un moment musical fort du concert qui fut apprécié par les amateurs de jazz et de swing, nombreux dans ce jardin.

Et, en guise de commentaire musicologique à la pièce qu’il venait d’interpréter, Kenny Barron enchaîna sur «Body and Soul», la composition de Johnny Green (1930), dont la version de Coleman Hawkins (1939) constitue une des pièces historiques du jazz. L’introduction du thème, annoncée par un traitement monkien de la structure harmonique, éclaira toute l’histoire du jazz; le pianiste donna musicalement les ressorts rythmiques et harmoniques qui firent que le Bean soit allé chercher Sphère pour l’accompagner dès 1940. Formidable commentaire de texte musical aboutissant à une exposition tout en sobriété du thème par le vibraphone sculpté par le silence. L’ensemble était soutenu par le bassiste et le batteur aux balais en parfait accord avec le ton musical choisi. Chacun des musiciens prit ses soli dans l’esprit proposé par Kenny. Plus de six minutes de grande intensité. Moment rare. L’assistance ne s’y trompa pas qui applaudit longuement.


Sans prendre la peine d’annoncer l’œuvre suivante, Kenny Barron, après une courte introduction de huit mesures, remonta le temps jusqu'à 1928 avec la composition de George Gershwin, «Embraceable You», en tempo medium up. Steve Nelson emboîta le pas joyeux de son leader, le tout accompagné par une remarquable section rythmique sans retenue. Rupture d’ambiance et d’espace: sur deux chrorus, un duo piano/contrebasse vint apporter une note d'intensité et d'intimité. Durant ce mouvement original, qui souligna la superbe clarté du toucher de Kenny et la mise en place exceptionnelle de Peter Washington, le public retint son souffle avant d'exploser en applaudissements: instants magiques que mit en relief l’entrée aussi discrète que bien amenée de Blake aux balais.


  Kenny Barron (p), Peter Washington (b), Steve Nelson (vib), Johnathan Blake (dm), 11 juillet 2021, Saint-Cannat © Félix W. Sportis
Kenny Barron (p), Peter Washington (b), Steve Nelson (vib), 
Johnathan Blake (dm), 11 juillet 2021, Saint-Cannat © Félix W. Sportis

Ensuite, Nelson, Blake et Washington quittèrent l’estrade, laissant Kenny Barron interpréter en solo sa composition écrite en l’honneur du pianiste sud-africain Abdullah Ibrahim, «Song for Abdullah»(2). Le public eut tout loisir d’en admirer la rigueur et la beauté. La pièce, aux accents d'hymne sud-africain dont l'inspirateur s'est fait une spécialité, fut magnifiquement servie par la maîtrise technique du pianiste dont le détaché du jeu très classique n’ôtait rien à la lecture romantique de l’œuvre. Le public de Beaupré, qui avait déjà eu l’occasion de l’entendre, l’applaudit longuement. Le groupe se reconstitua pour donner en final une version somme toute assez classique d’un thème qui eut les faveurs des hard-boppers des années 1950-1960: «Softly as in a Morning Sunrise», une très ancienne chanson (1928) de Romberg et Hammerstein, une version qui fut l'objet d’une  superbe interprétation des quatre musiciens.

Après un rappel, le quartet donna une version assez courte de la pièce de Thelonious Monk, «Green Chimneys» (1966), écrite en référence à une institution qui avait accueilli sa fille, Barbara, pièce que Kenny avait déjà interprétée dans une version plus longue, en 2015 à Beaupré, le Kenny Barron Trio comprenant alors Kiyoshi Kitagawa (b) et Johnathan Blake (dm). C'est un thème familier de Kenny Barron qui servit de titre à un excellent album paru chez Criss Cross Jazz (enregistré en 1983 et 1987).


Dans cette soirée d’exception, il fut permis de retrouver l’esprit d’une ville, Philadelphie, transcendée par le talent de son leader soutenu par Johnathan Blake, le benjamin de la formation né lui aussi à Philadelphie en 1976, dans une famille de musiciens. Egalement admirateur d’Elvin Jones, ce batteur tonique et plein de finesse, au son si particulier, s’avéra être ici, par son drive, un digne successeur de Philly Joe Jones. Né à Los Angeles en 1964, Peter Washington, est un brillant contrebassiste, formé à l’école de Harold Land, des Jazz Messengers et de Tommy Flanagan; sa mise en place est irréprochable. Quant à Steve Nelson, un natif d’une des Capitales du jazz, Pittsburgh (1954), ses acquis auprès des plus exigeants (Mulgrew Miller, Jackie McLean…) firent merveille. Sa sonorité, combinant le feeling blues à la Milt Jackson et la virtuosité lumineuse de Lionel Hampton, a ravi le public. La musicalité de ses interventions trouva à s’exprimer dans ce répertoire très mélodique.


Il n’est point besoin de présenter Kenny Barron. Comme les grands crus, il se bonifie, si cela est encore possible car c'est un maître du clavier depuis des années. Notre région, où il s’est produit à de nombreuses reprises, l’avait justement récompensé de la Médaille d’Or du Conseil Général des Bouches-du-Rhône en 2002 lors du Festival de Jazz de Salon-de-Provence, pour l’ensemble de son œuvre déjà considérable. Après un superbe concert en piano solo au Mas de Fauchon en 2019 dont chacun se souvenait en l’absence de Roger Mennillo déjà empêché par la maladie qui l'a emporté, c’était la 7e fois qu’il se produisait à Saint-Cannat en ce 11 juillet 2021. Toujours aussi
 profond, brillant musicien et compositeur, Kenny Barron est tout simplement un grand concertiste comme on le dirait de grands interprètes classiques, Gould, Richter ou Janis. A la sortie, le public était rayonnant, chacun s’accordant à reconnaître qu’il avait assisté à une soirée musicale exceptionnelle.

texte et photos: Félix W. Sportis


© Jazz Hot 2021

1. Cette chanson écrite en 1932, en pleine Grande Dépression, dans laquelle le songwriter se pose dans des questions existentielles auxquelles il ne sait répondre que par l’amour, apporta la célébrité à Irving Berlin.
2. Né Dollar Brand en 1934 au Cap, Afrique du Sud, Abdullah Ibrahim, un pianiste de talent et ami de Kenny Barron, se produisit, en compagnie de la chanteuse Bea Benjamin, pour la première fois en Europe au Festival de Jazz d’Antibes en 1963.
Rhoda Scott & Thomas Derouineau
Varages (Var), 16 juillet 2021

Varages, jolie commune de 1200 âmes, perchée sur un rocher à la lisière du parc naturel du Verdon, organisait, en partenariat avec Jazz Hot, une grande soirée de jazz le 16 juillet 2021, pour la première fois de son histoire. Près de 500 spectateurs (un record d’affluence!), venus en voisins mais parfois aussi au delà des limites du département, se sont pressés pour écouter Rhoda Scott dont la popularité auprès du grand public ne s’est pas démentie. L’organiste, arrivée au village dans la matinée, avait été invitée à visiter la faïencerie et le moulin à huile –les deux mamelles de l’artisanat varageois–, ainsi que l’orgue de l’église Notre-Dame-de-Nazareth dont la restauration fait l’objet d’une souscription.

Thomas Derouineau (dm) et Rhoda Scott (org), Varages, 16 juillet 2021 © Jérôme Partage
Thomas Derouineau (dm) et Rhoda Scott (org), Varages, 16 juillet 2021 © Jérôme Partage

Et le soir, c’est en duo avec le batteur Thomas Derouineau que Rhoda Scott a présenté quelques titres de son dernier album (Movin’ Blues, Sunset Records), parmi lesquels, «Blue Law» et «Caravan» (avec un bon solo de Thomas Derouineau). La formule en duo permettant à «the Barefoot Lady» d’enchaîner les morceaux au fil de son inspiration, elle a embarqué sans peine l’audience pour un voyage aux sources de son apprentissage musical, celui de l’église afro-américaine, notamment évoquée par une version d’une grande densité de «Come Sunday» et par le gospel «I’m Looking for a Miracle». Pour conclure, Rhoda Scott a déployé son énergie communicative sur un «In the Mood» (l'hymne de la Libération) qui a soulevé l’enthousiasme général. On se souviendra de cette belle soirée de l’été 2021, une salvatrice respiration, sans contrôles ni contraintes, entre deux serrages de verrous, sanitaire mais pas que… De ce côté aussi, «we're looking for a miracle» pour la Libération!

te
xte et photo: Jérôme Partage


© Jazz Hot 2021
Lyon, Rhône
Jazz à Cours & à Jardins, 5 et 13 juin 2021

Pour sa dixième édition, ce goûtu festival de la capitale des Gaules a repris ses aises printanières après avoir été contraint, l’an passé, à un report automnal. Et c’est tant mieux car Jazz à Cours & à Jardins, joue ainsi le rôle d’un fort agréable moment apéritif en ouverture des nombreuses manifestations de l’été.  



En vérité, tout a déjà commencé lors de l’International Jazz Day du vendredi 30 avril par un prélude animé par le patron du festival lui-même, le multi-instrumentiste François Dumont d’Ayot qui, à cette occasion, a décidé de maintenir, contre vents et marées, trois concerts de sa propre formation, un quartet, dans des résidences pour personnes âgées ou «empêchées» (comme on dit dans la novlangue). Je n’y étais toutefois pas, tout comme j’ai hélas raté, en ouverture du festival, le vendredi 4 juin, les deux concerts de Julia Kallman sur les répertoires de Georges Brassens et de Boris Vian.

Le lendemain, c’est dans le jardin de l’Institut Cervantes qu’il convenait de prendre le frais en début d’après-midi. Faut-il le rappeler? La particularité de ce festival, c’est de proposer des concerts (à entrée libre!) dans des lieux habituellement fermés au public. L’intitulé du festival joue sur cette double lecture: la promesse d’une découverte de sites un tantinet secrets et une scène insolite où les artistes se répartissent (comme on dit dans leur jargon) entre cour (à droite pour nous, public, regardant le plateau) et jardin (à gauche, donc). Cette configuration bucolique est très séduisante, comme en témoigne ce premier concert de l’Austral Duo, en surplomb des toitures lyonnaises de la presqu’île. Yves-Marie Bellot et Angelina Pelluet sont encore étudiants au département des musiques nouvelles du conservatoire de Lyon mais leurs compositions originales vont littéralement enchanter le public avec un vrai sens de la mélodie et une jolie voix qui porte des chansons d’amour sans lien direct avec le jazz mais fort élégamment troussées.


Sylvain Kassap (cl) et Hélène Labarrière (b), Lyon, 5 juin 2021 © Pascal Kober
Sylvain Kassap (cl) et Hélène Labarrière (b), Lyon, 5 juin 2021 © Pascal Kober

Changement de décor en fin d’après-midi avec la très martiale cour de la résidence du gouverneur militaire de la ville. En plein cœur de la cité, à deux pas du parc de la Tête d’Or, ces quelques centaines de mètres carrés de vieilles pierres n’ont pas dû souvent accueillir des harmonies aussi déjantées que celles du duo entre Sylvain Kassap (aux clarinettes) et Hélène Labarrière (à la contrebasse). Et quel son(ptueux!), cette contrebasse, pourtant démontable en deux parties! Alors, déjantées certes (pour des militaires) les harmonies, mais curieusement, ça chante et ça chante même bien, y compris pour qui ne serait pas sensible à l’univers du free jazz dans lequel ont longuement évolué ces deux musiciens au fil de leurs carrières. Un bel hommage sera d’ailleurs rendu au contrebassiste Jean-Jacques Avenel qui a longtemps joué avec Steve Lacy. Enorme travail sur le grain du son, complicité évidente dans les échanges (un regard suffit parfois pour passer d’un registre à un autre), on perçoit là une belle histoire d’amitié qui se poursuit tout aussi fortement avec l’intégration de François Dumont d’Ayot et d’Attilio Terlizzi, son batteur, pour achever magnifiquement le concert.

La clôture du festival, le 13 juin, se déroulait, quant à elle, en deux lieux fort différents: le jazz club Mademoiselle Simone, dans la cour d’un hôtel situé non loin de la gare de Perrache et le gigantesque parc de… l’archevêché! Conclusion (mais on s’en doutait…): les archevêques sont mieux lotis que les amateurs de jazz! Le quintet de Maxime Thomy impressionne. Des gamins (à peine dix-huit ans pour certains) avec de forts niveaux de technique instrumentale (notamment le guitariste, Léo Geller, et le batteur, Julien Ducruet), mais pas seulement. Elèves du département jazz du conservatoire de Lyon, ils déroulent un répertoire bâti en grande partie sur des compositions plutôt bien vues mais aussi sur des standards comme la… septième symphonie de Beethoven, intelligemment transfigurée en jazz. Le second groupe de cette première partie de journée est le Sud Ardèche Jazz Workshop, un collectif créé en 1993 qui se produit avec une instrumentation atypique (deux violoncelles, guitare, basse, batterie et quatre «soufflants»), en intérieur, dans une décoration de club de jazz qui fait des clins d’œil au célèbre Preservation Hall de La Nouvelle Orléans.


Peter A. Schmid (s), Lyon, 13 juin 2021 © Pascal Kober



Peter A. Schmid (s), Lyon,
13 juin 2021 © Pascal Kober




Dans le parc de l’archevêché, panorama somptueux sur la ville de Lyon et jusqu’au Mont Blanc pour le concert du Suisse Peter A. Schmid. L’homme joue notamment du tubax, une sorte de saxophone contrebasse en ut (soit une octave plus bas que le baryton !), inventé tout récemment (en 1993) et qui compte pas moins de cinq mètres de tuyaux ! La formation réunionnaise qui suit (Fangar Zanatany) relève davantage du maloya, musique emblématique de cette île de l’Océan Indien, mais elle fait danser petits et grands dans cet immense îlot de verdure où sont réunis pas loin de cinq cents spectateurs.


François Dumont d’Ayot assurera lui-même la fin de son festival en proposant son propre quartet auquel s’adjoint Peter A. Schmid. Démarrage en fanfare avec un thème très swinguant interprété à l’orgue Hammond, suivi des «Cyclamens», une composition de Steve Lacy («car c’est Lacy qui l’amène»…) et d’une nouvelle reprise du «Chant des canuts», écrit par Aristide Bruant en 1894 pour célébrer les révoltes ouvrières de 1831 et 1834 et repris en forme de complainte par Yves Montand.
Charles Trenet, lui, chantait tout autre chose il y a fort longtemps: «C’est un jardin extraordinaire / Il y a des oiseaux qui tiennent un buffet / Ils vendent du grain, des petits morceaux de gruyère ». Jazz à cours & à Jardins n’aura pas fait la révolution, mais un festival où des bénévoles vendent, pour presque rien, des quiches lorraines au comté et aux lardons, mitonnées à la maison, ne peut pas déplaire. Y compris à un Messin d’origine, pourtant sourcilleux sur la présence de fromages du… Jura dans la quiche! Longue vie et rendez-vous au printemps 2022 pour la onzième édition.

te
xte et photos: Pascal Kober


© Jazz Hot 2021

JAZZ STAGES © Jazz Hot 2020
François Dumont-d'Ayot © Pascal Kober



François Dumont-d'Ayot © Pascal Kober


Lyon, Rhône
Jazz à Cours & à Jardins, 6 septembre et 10 octobre 2020

Je n’ai pu assister qu’à deux journées de l’édition 2020 de Jazz à Cours & à Jardins mais quel enchantement de retrouver les plaisirs vrais des concerts en direct après un été sans festival et tant d’ersatz diffusés de longs mois durant et jusqu’à la nausée sur les réseaux dits sociaux! La première (le dimanche 6 septembre) se déroulait dans un site charmant: le cercle des boulistes (lyonnais, évidemment !) du Point-du-Jour. Ce lieu tout à fait improbable, situé sur les hauteurs de Lyon, forme un cadre idéal pour de petites formes intimistes qui ont tout de même rassemblé pas loin de trois cents personnes. Au menu, petites gâteries culinaires mitonnées par les adhérents du club (nous ne sommes pas par hasard dans la capitale de la gastronomie!) et trois concerts. La première partie est assurée par Al Maktaba, un ensemble oud-guitare-violoncelle-voix-percussions-danse, fort agréable à l’écoute mais dont le lien avec le jazz est pour le moins ténu, d’autant que les musiciens ne contextualisent guère les thèmes qu’ils interprètent. Apparemment des classiques du répertoire oriental mais s’agit-il là de poèmes amoureux, de berceuses pour les enfants, de chants de révolte ou de résistance? Nous n’en saurons rien.
Attilio Terlizzi, batteur attitré de François Dumont-d’Ayot, saxophoniste et fondateur du festival, prendra le relais au djembe, aux congas et au chant pour une carte blanche. Envolées aux percussions harmoniques (vibraphone), citation fugace du «Spain» de Chick Corea, batterie jouée aux mailloches pour un duo avec Fred Balsarin, son compère sorcier des sons électroniques, l’ensemble est joué tout à l’énergie. Et quelle énergie! François Dumont-d’Ayot le rejoindra sur la fin du set comme pour annoncer le concert de clôture de la journée.
Une clôture en majesté puisque le saxophoniste invite une rythmique jazz de rêve réunissant le batteur John Betsch (swing assuré!) et la contrebassiste Leila Soldevilla (groove imparable et son magnifique!) pour accompagner le flûtiste Michel Edelin. François Dumont-d’Ayot s’en donne à cœur joie au fil de nombreux chorus dont certains très déjantés qui ne sont pas sans lien avec l’expressivité d’un Steve Lacy. Michel Edelin lance un petit clin d’œil à la photographie avec un thème («Prévert Is Now») en hommage à Robert Doisneau et à son fameux portrait du poète posant dans le O de l’enseigne du magasin Mérode.

Michel Edelin © Pascal Kober  Leila Soldevilla © Pascal Kober
A gauche: Michel Edelin, à droite: Leila Soldevilla © Pascal Kober

Le samedi 10 octobre, Jazz à Cours & à Jardins clôturait son édition avec une pensée pour les malvoyants. Le second concert (auquel je n’ai hélas pas pu assister) proposait même une création musico-ludo-sensorielle imaginée par François Dumont-d’Ayot. Le premier se déroulait quant à lui au siège de l’association Valentin-Haüy qui porte le nom du fondateur, dès le XVIIIe siècle, d’écoles destinées aux aveugles. Le saxophoniste arrive avec pas moins de huit saxes différents! Il faut dire que François Dumont-d’Ayot est très attentif à son propre son et que cette boulimie instrumentale relève presque de l’esprit de collection pour quelqu’un qui s’intéresse aussi aux multiples déclinaisons de l’invention d’Adolphe Sax: Conn’O’Sax en fa (dix exemplaires fabriqués!), soprano blanc, baryton rouge, flûte en si bémol, alto droit, soprano courbé, etc. Attilio, son batteur, s’en amuse: «Plus François amène de saxes et plus j’enlève des fûts sur ma batterie!» Autre singularité côté rythmique: Pascal Bonnet, joue de la basse acoustique fretless, un instrument très peu pratiqué, à mi-chemin entre la contrebasse d’un Charles Mingus et la basse électrique d’un Jaco Pastorius. Somptueuse sonorité. Le répertoire quant à lui, était annoncé autour des standards. Il n’en fut rien ou presque. Nombreuses compositions, souvent sur des mesures asymétriques, de François Dumont-d’Ayot, dont l’une, «Mini Mona» dédiée à la fois à l’auteur de la Joconde et à… Leonardo Vinci!, compositeur baroque napolitain aujourd’hui méconnu. Le saxophoniste saura toutefois glisser un standard d’un autre genre, interprété ici dans une version très groovy à six temps : «Le Chant des canuts», écrit par Aristide Bruant en 1894 pour célébrer les luttes des ouvriers tisserands du quartier de la Croix-Rousse au XIXe siècle. Bel hommage du musicien lyonnais, comme pour rappeler fort opportunément en ces temps pétueux, que la révolte pourrait bien gronder à nouveau…
texte et photos: Pascal Kober

© Jazz Hot 2020

Dany Doriz & Archysax
Festival de Jazz de Lunel In (Hérault), 13 août 2020

Voilà une performance internationale qui s’est tenue à Lunel dans l’Hérault grâce aux jazz spirits, sorte d’esprit libre, informel, collectif et indestructible, à travers le temps et l’espace: un festival live, en vrai donc, avec des musiciens remontés comme s’ils n’avaient plus joué depuis le 14 mars dernier en raison d’un confinement moyenâgeux, et leur public démasqués assis ou masqués en circulation, mais en osmose et en fête dans les arènes; car les aficionados avaient bien conscience que le plat interdit risquait de ne pas repasser de si tôt, compte tenu du suicide économique collectif quasi planétaire actuel, à défaut de soins basiques d’une société développée contre un virus. L’ambiance était donc au rendez-vous malgré la situation. Les producteurs de ce festival, le Labory Jazz Club (Production), né en 2005 en hommage à Guy Labory (2 avril 1937 Nîmes-11 octobre 2004, voir Jazz Hot Supplément 616), un autre passionné combattif à qui le jazz a tout donné et qui le lui a rendu toute sa vie sans jamais rien lâcher, ont maintenu (partiellement) leur 17e édition, les 12 et 13 août derniers, en entrée libre et gratuite grâce aussi à la Ville de Lunel. Rien que cette prouesse patiente d’équilibrisme administratif et logistique pour arriver à aboutir le projet mérite l’admiration.

De gauche à droite: Didier Dorise (dm), Dany Doriz (vib), Jeff Hoffman (g), Geoffrey Secco, Philippe Chagne, Pascal Thouvenin, Matthieu Vernhes, Olivier Defaÿs © Chaîne YouTube de Dany Doriz
De gauche à droite: Didier Dorise (dm), Dany Doriz (vib), Jeff Hoffman (g), Geoffrey Secco,
Philippe Chagne, Pascal Thouvenin, Matthieu Vernhes, Olivier Defaÿs © Chaîne YouTube de Dany Doriz

Dany Doriz a intelligemment profité de cette exceptionnelle fenêtre de liberté pour présenter sa nouvelle formation en nonet, avec l’Archysax de Pascal Thouvenin (aussi arrangeur), composée des quatre autres saxophonistes Geoffrey Secco/Philippe Chagne/Matthieu Vernhes/Olivier Defaÿs, et de Jeff Hoffman (g,voc), Philippe Petit (org), Didier Dorise (dm), Dany Doriz (vib, lead). Beau succès pour le patron du Caveau de La Huchette toujours fermé comme d’autres lieux de musique, danse, spectacles y compris à Broadway confiné au moins jusqu’en janvier 2021! N’hésitez pas à goûter un peu de cette soirée très spéciale, presque d’un autre temps, pleine d’élan et de swing sur deux vidéos: l’une, en présentation successive des morceaux joués sur la chaîne YouTube de Dany Doriz (https://www.youtube.com/watch?v=WQpQLYFD6Zk&feature=youtu.be), l’autre, pour «In the Mood» de Glenn Miller, le tube de la Libération (un hasard de choix pour les facétieux), sur la chaîne YouTube du Labory Jazz Club (https://www.youtube.com/watch?v=H3xCMVh_hyw).
Hélène Sportis
Photo: Chaîne Youtube de Dany Doriz

© Jazz Hot 2020

Jean-Baptiste Franc (p), Fabricio Nicolas-Garcia (b), Gabrielle Sandman (voc), Esaie Cid (cl), Café Martin, 14 août 2020 © Jérôme Partage


Jean-Baptiste Franc (p), Fabricio Nicolas-Garcia (b),
Gabrielle Sandman (voc), Esaie Cid (cl),
Café Martin, 14 août 2020 © Jérôme Partage


Octave et Anatole
Café Martin, Paris, 14 août 2020

Le Café Martin, place Martin Nadeau, en bordure du Père-Lachaise, est connu des habitués du quartier pour sa vaste et agréable terrasse ainsi que pour son excellente cuisine. Le 14 août, ce sympathique établissement accueillait, pour la première fois, un concert de jazz. En ces temps funestes pour les clubs et les musiciens, une nouvelle adresse pour le jazz, à l’air libre, est un peu de terrain regagné par l’art sur l’hystérie organisée. C’est le collectif «Octave et Anatole» qui a ainsi animé la terrasse, ce jour-là composé de Gabrielle Sandman (voc), Esaie Cid (as, cl), Jean-Baptiste Franc (p) et Fabricio Nicolas-Garcia (b). Dotée d’un joli timbre, Gabrielle Sandman a donné à entendre une série de grands standards dont elle a livré une interprétation sans artifice inutile: «Exactly Like You», «Taking a Chance on Love», «Ain’t Misbehavin’», «Lover, Come Back to Me» ou encore «Blue Moon». Ces titres ont été évidemment l’occasion de profiter aussi des qualités musicales de ses partenaires. Altiste d’une grande délicatesse, Esaie Cid (Jazz Hot n°674) a été l’artisan d’un dialogue tout aussi savoureux à la clarinette («Love Me or Leave Me») -instrument sur lequel on entend de plus en plus fréquemment le Barcelonais qui tend à jouer middle jazz autant que bebop- tandis que le jeu de Jean-Baptiste Franc (dont a apprécié les solos, notamment sur «You’re Driving Me Crazy»), très marqué par l'influence des grands maîtres du stride, offrait, en complicité avec l'habile Fabricio Nicolas-Garcia, un soutien rythmique débordant de swing.
Jérôme Partage
Texte et photos

© Jazz Hot 2020

Esaie Cid Duo & Larry Browne Duo
Péniche Le Marcounet, Paris, 7 et 9 juin 2020


Après trois mois d'enfermement administratif sans clubs ni concerts ni festivals, si ce n'est quelques ersatz par écrans interposés (l'intelligence artificielle promise pour demain), la réouverture à Paris des terrasses, depuis le 2 juin, a provisoirement rendu la possibilité de consommer le jazz tel que le recommandait Jean-Paul Sartre: sur place (on préfère les bananes)! Lieu fort apprécié à la belle saison pour sa vaste terrasse en bord de Seine, la péniche Le Marcounet a donc sonné le rassemblement des musiciens, des danseurs et des amateurs de la Capitale, les clubs n’ayant pas encore pu reprendre leur activité et les festivals ayant déjà renoncé pour l'année 2020. Ainsi, les concerts donnés, en début de soirée, par les duos Esaie Cid (as)/Clément Trimouille (g), le dimanche 7 juin, et Larry Browne (tp, voc)/Jean-Philippe Bordier (g), le mardi 9 juin, ont été l’occasion de joyeuses retrouvailles et la petite scène a paru bien étroite pour accueillir les nombreux musiciens avides de renouer avec les sensations charnelles du live.  

Le 7, le duo formé par Esaie Cid (Jazz Hot n°674) et Clément Trimouille a reçu d’emblée un premier invité, Pierre Richeux, qui a fait office de contrebassiste titulaire. C’est donc en trio que s’est déroulé le premier set, les musiciens enchaînant les titres au feeling: «Angelica», «Two Sleepy People», «Main Steam», «Cat Meets Chick» ou encore «Get Happy», enrobés dans des échanges subtils où la tradition s'exprime avec dynamisme. Au deuxième set, le trio s’est transformé en quartet avec Martin Cazals à la caisse claire. Puis, Dominique Lemerle (b, voir notre récente interview) est venu ajouter de la profondeur au swing raffiné d’Esaie Cid (belles versions de «How High the Moon», «Stryke Up the Band» et «I’ll Be Seeing You») tandis que Nicolas Rousserie était à la guitare et qu’un second altiste, Thomas Gomez, donnait la réplique au leader! Enfin, le troisième set a vu se succéder Lucas Montagnier et François Homps à la guitare, Josselyn Prud'Hom à la contrebasse, Elisabeth Keledjian et Thomas Racine à la caisse claire, pour se terminer en sextet avec le renfort remarqué de Noé Codjia (tp).

Noé Codja (tp), Thomas Gomez (as), Elisabeth Keledjian (dm) (g) Esaie Cid (as), Pierre Richeux (b), Clément Trimouille (g), Le Marcounet, 7 juin 2020 © Jérôme Partage
Noé Codja (tp), Thomas Gomez (as), Elisabeth Keledjian (dm) (g) Esaie Cid (as),
Pierre Richeux (b), Clément Trimouille (g), Le Marcounet, 7 juin 2020 © Jérôme Partage

Le 9, le duo réunissant Larry Browne et Jean-Philippe Bordier a accordé une large place à la chanson française («Chez moi», «La Belle vie», «C’est si bon», au premier set), les interprétations pleines d’énergie et d’humour du trompettiste et chanteur américain étant tempérées par le jeu du guitariste, imprégné d’une douce langueur brésilienne. Ces légers accents bossa ont encore joliment habillé «La Vie en rose», au deuxième set, avant que Larry n’offre une belle évocation de Lee Morgan sur «Blue Gardenia» et une toute aussi réjouissante d’Horace Silver sur «Strollin’». Le duo a ensuite été rejoint par un guitariste (Slim) et une chanteuse (Kristina Ray) sur «You’d Be so Nice to Come Home to», puis une trompettiste (Brigitte), avant que le concert ne se transforme en véritable scène ouverte, au troisième set, avec l’intervention d’une autre vocaliste (Mélissa sur «Two Sleepy People» et «Ain’t Misbehavin’») et un final réunissant deux guitares (Lucas Micheneaud et Sylvain Debrez, habituellement contrebassiste), un trombone (Clément Garnault), un sax (Armando), un chanteur (intéressant mais non identifié) et une troisième chanteuse (Donna Lorraine)!
 

Lucas, Jean-Philippe Bordier (g), Melissa (voc), Larry Browne (tp, voc), Le Marcounet, 9 juin 2020 © Jérôme Partage
Lucas Michenaud, Jean-Philippe Bordier (g), Mélissa (voc), Larry Browne (tp, voc),
Le Marcounet, 9 juin 2020 © Jérôme Partage

Le Marcounet, ressusciteur d’une vie jazzique parisienne en déconfiture plus qu'en déconfinement, dans ce monde d'après, qui l'eût dit? Bravo pour son énergie à toute l'équipe de la péniche, devenue la guinguette de sympathiques fins d'après-midi et soirées, véritables respirations à l'air libre, favorisées par un bel accueil, dans la triste mascarade concoctée par Ubu et ses sbires. Aux amateurs de jazz de se presser dans ce qu'il reste de lieux indépendants et vivants tels que celui-ci, de lieux de survie collective devrait-on dire…
Jérôme Partage
Texte et photos

© Jazz Hot 2020

David Blenkhorn (g) et Harry Allen (ts), Caveau de La Huchette, 11 mars 2020 © Alexandra Green

David Blenkhorn (g) et Harry Allen (ts),
Caveau de La Huchette, 11 mars 2020 © Alexandra Green



David Blenkhorn Trio + Harry Allen

Caveau de La Huchette, Paris, 11 mars 2020


Aujourd’hui, les portes sont fermées et Paris désert… Nous dédions ce compte-rendu du 11 mars à la démocratie –vitale pour l’esprit, le corps et l’âme–, la seule vraie patrie du jazz du fait même de ses racines. Ce soir-là, nous sommes encore allés swinguer à La Huchette avec le trio de l’Australien David Blenkhorn (g, voc) –comprenant le Suédois Viktor Nyberg (b) et le Danois Andreas Svendsen (dm)– qui accueillait un invité «de luxe», Mr. Harry Allen, originaire de Washington DC. Tous faisant fi de savoir comment et quand ils rentreraient chez eux à l’approche des mauvaises nouvelles d'un prochain confinement étouffant, devant un public d’irréductibles peu nombreux mais privilégiant encore le virus du jazz à tout autre, le set démarre et, pour nous déplomber de l’atmosphère extérieure, commence à nous insuffler de l’énergie, de la chaleur humaine, bientôt un souvenir lointain. Tenant d’une belle tradition du ténor qui va de Ben Webster à Al Cohn, en passant par Stan Getz et Paul Gonsalves, Harry Allen enchaîne les introductions, les chorus, magnifiant, avec une apparente volubilité tranquille mais dans un groove envoutant, quelques très beaux thèmes du répertoire: «On a Slow Boat to China», «Tangerine», «If I Had You», «In a Mellow Tone», «Comes Love», «Embraceable You» ou «Corcovado», en totale complicité avec l’excellent David Blenkhorn aux harmonies colorées, aux notes en diphtongues entre blues et Django, attentif à tous les riffs, à ourler de contre-chants les solos de son invité et de ses autres  partenaires de scène. Il faut également signaler le soutien sans faille de la jeune rythmique scandinave également à l’aise dans ses chorus. La soirée s’est joyeusement achevée par un bœuf au goût spécial de dernière liberté, avec en tout trois batteurs, deux bassistes (Alex Gilson), trois sax (Jeanne Michard, Esaie Cid...), un pianiste (Jean-Baptiste Franc), un trompettiste (Björn Ingelstam) et une chanteuse (Megg Farrell), tous venus «partager» l’ambiance hot: soit plus de monde sur scène que dans la salle! Le dernier thème «Lover, Come Back to Me» a permis aux derniers cats de savourer et prolonger l’instant. Oui, «le jazz c’est comme les bananes, ça se consomme sur place», disait Jean-Paul Sartre en 1947, et à cette époque, la liberté de l'instant, le goût des bananes ou l’énergie libre du jazz, c’était revivre. 
«En attendant Godot», le Caveau de La Huchette a dû éteindre la lumière et le son depuis le samedi 14 mars au soir, sans doute pour sa plus longue période d’interruption depuis 1946. Les musiciens aujourd’hui «confinent» et se filment chez eux, à un, à deux mais séparés au moins d’un mètre règlementaire, avec la solution hydro-alcoolique sur le piano: «le charme discret de la sécurité médicale». Peut-être un jour ferons-nous le compte de tous ceux qui seront morts du virus de la solitude, de la maladie de l’abandon, du manque de soins pour les autres maladies, du manque de feu sacré ou d’énergie vitale, et aussi le décompte de tout ce que nous aurons englouti de nous-mêmes, en nous laissant enfermer, plutôt que de combattre 
en collectif les virus «de tous poils», avec un réel travail préalable d’anticipation et de soutien des soignants, des anciens et des plus fragiles, avec les remèdes qui guérissent plutôt qu'avec les discours qui culpabilisent ceux qui n’ont qu’une responsabilité limitée (la délégation de pouvoir électorale) dans la régression sociale des services publics et sanitaires organisée par les politiques et le monde économique depuis tant d'années.
Pour cela, il faudra plutôt «des chefs d’orchestre qui ont la partition dans la tête, que la tête dans la partition» (Arturo Toscanini, 1867 Parme-1957 New York NY).

Hélène Sportis et Jérôme Partage
Photo: Alexandra Green

© Jazz Hot 2020
10 mars 2020Jazz Hot n°237-1967Jazz Hot n° Spécial 2000

Le Centenaire de Boris Vian

Hier soir, aux Deux Magots, un des lieux piliers du Saint-Germain jazzo-existentiel d’après-guerre, étaient fêtés les 100 ans de la naissance de Boris (10 mars 1920), un des fidèles de Jazz Hot, avant même son adhésion officielle au Hot Club en 1937, car le Lycée Condorcet de sa rentrée en 1936, est à 600 mètres du 83 rue d’Amsterdam où le Hot Club, créé en 1932, organise les concerts de jazz «Hot » dès 1935 (mars 1935, parution de Jazz Hot), l’année où Boris est malade, surtout d’enfermement maternel, et trompe l’ennui en lisant et en rêvant de trompette d’occasion à Ville d’Avray, son très jeune violoniste «à domicile», Yehudi Menuhin, vient de repartir. Par la suite, ce sera un compagnonnage de grande proximité, Boris ne s’éloignant jamais à plus d’un kilomètre des adresses de Jazz Hot, qui symbolise sa conquête d’une certaine liberté, et la dernière adresse de Boris, Cité Véron, n’est plus qu’à 500 mètres de la Rue Chaptal. Une histoire d’amour avec le jazz et Jazz Hot où l’espace se réduit avec la maladie, comme dans son prémonitoire et complet Ecume des jours écrit en 1946. Jusqu’à son décès le 23 juin 1959, Boris ne cessera de combattre les faux-semblants de convenances, allant jusqu’à pester d’abord contre la pièce au théâtre, puis jusqu’à son dernier souffle, contre le film (de Michel Gast sorti le 26 juin 1959!) tiré de sonpolar anti-ségrégation J’irai cracher sur vos tombes écrit dans une sorte de fulgurance claire et paru dans la foulée, toujours en 1946: là aussi, tout y est, la tension, l'inéluctable. Une exposition est en cours  Aux Deux Magots jusqu’au 23 mars reprenant les différentes facettes de l’expression de Boris Vian, entre profondeur des tourments humains et amusements pour tromper la mort, et comme disait son voisin de terrasse nichée derrière les ailes du Moulin Rouge, l’illustre poète Jacques Prévert, «Soyons heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple », un courage forcené pour dépasser les horreurs de l'histoire. Hier soir, l’assistance était nombreuse et joyeuse, peut-être un peu loin du jazz et donc de ce besoin de libération vitalement ancré chez Boris, mais s’amuser non loin de Boris, c'est déjà une façon de mûrir, et qui sait, aussi vers un jazz libérateur qui à Paris, en France, n’a trouvé de sens réel dans la population que dans des temps suffisamment troublés, comme à la suite des deux guerres mondiales. Pour connaître toutes les activités autour de ce Centenaire: https://centenaireborisvian.com et le site officiel: https://www.borisvian.org/qui-est-il.html

Hélène Sportis
© Jazz Hot 2020
Laurent Marode Nonet
New Morning, Paris, 29 janvier 2020


Le 29 janvier, au New Morning, l’excellent Laurent Marode (p) assurait le concert de sortie de son nouvel album, Starting Soon (Black & Blue), le second avec son nonet, après This Way Please (2016, Black & Blue). La plupart des musiciens présents sur le premier disque sont toujours de l’aventure et étaient aussi sur scène (à l’exception de Franck Basile, remplacé au baryton ce soir par Jean-Philippe Scali): Fabien Mary (tp), Jerry Edwards (tb), David Sauzay (ts, fl), Pablo Arias (as), Nicholas Thomas (vib), Fabien Marcoz (b) et Mourad Benhammou (dm), soit la fine fleur du bop parisien. On connaît les qualités de chef d’orchestre et d’arrangeur de Laurent Marode qui donne à son nonet l’ampleur étincelante d’un big band, aidé en cela par des solistes dotés d’une belle énergie, respectueux d’une tradition bien assimilée.

Le Nonet de Laurent Marode avec Isabelle Seleskovitch, New Morning, 29 janvier 2020 © Jérôme Partage
Le Nonet de Laurent Marode avec Isabelle Seleskovitch, New Morning, 29 janvier 2020 © Jérôme Partage

De quoi donner de l’éclat aux bonnes compositions du leader qui constituent l’essentiel du répertoire, du chaloupé «Today Is Nat’s Day» (en hommage à Nat Adderley) au très dynamique «David’s Rush Hour», en passant par un blues d’Yves Brouqui, «Brook’s Idea» et quelques standards comme «Little Chris» d’Harold Land que la flûte de David Sauzay habille d’une belle couleur dans l'esprit de l'époque. Maniant avec habileté l’art de la synthèse, Laurent Marode nous transporte ainsi dans un monde musical à la croisée des chemins, quelque part entre Art Blakey et Charles Mingus, voire Lalo Schifrin. Un joli intermède a marqué le second set avec l’intervention d’Isabelle Seleskovitch (voc, voir notre chronique), invitée sur deux morceaux: «Get Out of Town» (Cole Porter) et une version en français du «Sophisticated Lady» de Duke Ellington, simplement en duo avec le pianiste. Une belle soirée.

Jérôme Partage
Texte et photo

© Jazz Hot 2020
Hayati Kafé avec Ahmet Gülbay et Olivier Defaÿs, Petit Journal St-Michel, 24 janvier 2020 © Jérôme Partage


Hayati Kafé avec Ahmet Gülbay et Olivier Defaÿs,

Petit Journal St-Michel, 24 janvier 2020 © Jérôme Partage


Hayati Kafé & Ahmet Gülbay Quartet

Petit Journal St-Michel, Paris, 24 janvier 2020


L’été dernier, nous avions découvert, au festival d’Ystad, le chanteur d’origine turque, Hayati Kafé, installé en Suède depuis les années 1960 où il a connu le succès dans les variétés. Il était de passage le 24 janvier au Petit-Journal St-Michel, club-restaurant repris depuis novembre 2018 par un amoureux du lieu et du jazz, Mehmet Terkivatan, qui partage les mêmes racines, où il était accompagné par le quartet de son compatriote Ahmet Gülbay (p): Olivier Defaÿs (ts), Laurent Souques (b), Alain Chaudron (dm). Devant un public restreint (pour cause de conflit des retraites), mais réuni autour des musiciens avec une proximité chaleureuse, le crooner d’Istanbul a servi deux sympathiques sets sous le signe du Great America Songbook. On retiendra de cette soirée des échanges savoureux voix-sax («Triste» de Jobim), un solo de saxophone chanté par Hayati Kafé sur «Teach Me Tonight» de Gene de Paul, les revigorantes interventions d’Olivier Defaÿs, particulièrement en verve et en swing sur «Too Close for Comfort», de Jerry Bock et George David Weiss, et les facétieuses improvisations d’Ahmet Gülbay, citant entre deux mesures Thelonious Monk, Claude Bolling ou Michel Legrand. Un concert avec la spontanéité d’une jam-session, qui s’est conclu avec l’arrivée d’Eric Breton (ts) et «La Belle Vie» de Sacha Distel interprétée en français par Hayati Kafé. La tradition jazz de la Turquie a retrouvé le temps de cette soirée une joie qu’on croyait oubliée.

Jérôme Partage
Texte et photo

© Jazz Hot 2020
Claude Abadie toujours à l'écoute de son orchestre, Ville-d'Avray, 19 janvier 2020 © Jérôme Partage

Claude Abadie toujours à l'écoute de son orchestre,
Ville-d'Avray, 19 janvier 2020 © Jérôme Partage


Joyeux Centenaire Mr Abadie Suite
Ville-d'Avray, Hauts-de-Seine

Jazz à Vian, 19 janvier 2020


C’est un triple anniversaire que célébrait cette année le Festival Jazz à Vian de Ville-d’Avray: les 100 ans de Claude Abadie (né le 16 janvier 1920, cf. Jazz Hot n°661), les 10 ans de du festival (dont la programmation est assurée par le pianiste Serge Forté), et les 100 ans de Boris Vian (né dans cette jolie ville, le 10 mars 1920), la même année peu après Claude. Revenons donc au plus extraordinaire en ce dimanche après-midi: un musicien, chef d’orchestre et arrangeur offre à son public, à l’occasion de ses 100 ans, un concert complet dans la joie de partager ce qu’il a appris du jazz: le sens du collectif et le souci du détail. Claude Abadie a épaté l’assistance pendant une heure de concert, largement consacrée au répertoire de Thelonious Monk, donnant le tempo, fermant les morceaux, dirigeant, souriant, distribuant et prenant des chorus. Avec autant de précision que d’humour, l’ancien élève de l’Ecole Polytechnique a intelligemment présenté et introduit chaque morceau, tant pour des explications de structures ou difficultés musicales, que de choix spécifiques d’arrangements, ou pour des éclairages historiques et biographiques concernant les compositeurs et les morceaux. On a ainsi pu entendre, avec des arrangements complexes aux harmonies fidèlement monkiennes, rappelant parfois aussi Duke Ellington, «Blue Monk», «'Round Midnight» avec la mise en exergue du second pont écrit par Cootie Williams, «Epistrophy», «Pannonica», mais aussi un original de Claude Abadie, inspiré par Gerry Mulligan, «In Coda Venenum», un titre de Paul Vernon (ts, longtemps membre du tentet), «Viv’ment l’15 novembre!», en référence au beaujolais nouveau lors de leurs répétitions, ou encore un thème de George Gershwin, «A Foggy Day», joliment exposé au baryton. Le concert devait se finir sur «Alvin G» (une composition de Phil Woods dédiée à Al Cohn) mais Claude Abadie nous a même offert un rappel et pris à cette toute fin, un solo: bluffant! Cet évènement jazzique restera dans les mémoires comme celui donné par le plus jeune centenaire de la scène jazz, à l’enthousiasme intact, d’une incroyable sérénité et gentillesse.
Une vraie leçon de vitalité et de jazz avec ce que cette musique comporte de patrimoine à relayer par l’écoute, l’oral, la perception, l’échange dans l’instant. Alors, comme on dit dans les bons concerts de jazz: One More Time!, Happy Birthday Mr. Abadie! et merci…


Le Claude Abadie Tentet, Ville-d'Avray, 19 janvier 2020 © Alexandra Green
Le Claude Abadie Tentet, Ville-d'Avray, 19 janvier 2020 © Alexandra Green

Le Tentet de Claude Abadie est constitué de: Claude Abadie (cl, dir, arr), Jean-François Higounet (tp, flh), Fernand Polier (tp), Jean-Marc Farinone (tb), Yves Autret (as), Bernard Bosset (ts), Jean-Philippe Winter (bar), Luc Triquet (p), Jean-Louis Bisson (b), Albert Glowinski (dm)

Hélène Sportis et Jérôme Partage
Photos: Alexandra Green et Jérôme Partage

© Jazz Hot 2020