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Tuxedo Big Band

3 fév. 2013
Lunceford Still Alive !
Tuxedo Big Band © Jazz Hot n°662, hiver 2012-13
Nouveauté-Indispensable
All out for Swing, Fine and Dandy, A Gliss in the Dark, Saint Louis Blues, Plum Puddin', Blue Mood, Can't We Be Friends, Hooray, Don't Blame Me, Oh Lady Be Good, Moo-See-Ka, Limehouse Blues, Platonic, Design for Jivin', Pistol Packin' Mama
Nicolas Gardel, Mathieu Haage, Jérôme Etcheberry, Jacky Berecochea (tp), Olivier Lachurie, Cyril Dubilé, Sébastien Arruti (tb), Paul Chéron (lead, as, cl), Stéphane Lourties (as), François Penot, (cl, ts), Stéphane Barbier (ts), Pierre-André Cuxac (bs), Henri Chéron (g), Didier Datcharry (p), Pierre-Luc Puig (b), Guillaume Nouaux (dm)
Enregistré les 20, 21et 22 avril 2011, Bayonne (64)
Durée : 53'15''
Jazz aux Remparts 64021 (www.jazzauxremparts.com)

Plus de vingt ans après un premier essai, le Tuxedo Big Band propose dans cet album, Lunceford Still Alive !, enregistré à la Scène Nationale du Théâtre Municipal de Bayonne, une seconde série de quinze pièces de Jimmie Lunceford. En 1994, le label Jazztrade du regretté Olivier Brard avait publié Rhythm Is Our Business (Swingland 19 et Jazztrade 8028), dont l'essentiel des faces empruntait au répertoire connu de la première époque de cette fameuse grande formation. Paul Chéron récidive donc avec un personnel du Tuxedo qui a beaucoup changé depuis : mis à part Paul et Henri Chéron, tous sont nouveaux et ils sont jeunes.
Par ailleurs, comme le souligne fort justement Dominique Burucoa dans le très complet livret d'accompagnement qui retrace l'épopée du célèbre grand orchestre, cet album reprend des compositions plus tardives, essentiellement d'après 1940. Ce choix est justifié par le fait, d'une part, de ne pas vouloir se répéter, d'autre part, d'avoir à sa disposition un matériel quantitativement et qualitativement exceptionnel. Paul Chéron a, en effet, entrepris un énorme travail musicologique ; il ne s'est pas contenté de relever les albums publiés. Il a véritablement fait œuvre de chercheur en explorant et en exploitant le fantastique Fonds Frank Driggs de la Smithsonian Institution de Washington, qui a ainsi récupéré, pour le Lunceford Orchestra, les archives propres d'Edwin Félix Wilcox, son fidèle pianiste depuis 1930. De trois cents partitions consultées il a retenu une centaine, dont certaines n'ont parfois jamais été jouées. Un peu à la façon de Francesco Lotoro pour celles écrites en camps de concentration et trouvées incomplètes, il a procédé à la reconstruction/restauration de certaines qui l'exigeaient pour en donner une interprétation respectant l'esprit de leur auteur. Le livret est sur ce point exemplaire qui mentionne celles des pièces qui ont été retravaillées. Ce sont ainsi de véritables découvertes qui éclairent ainsi la complexité dans l'élaboration des œuvres collectives que sont celles d'Ellington, de Basie, d'Henderson et de quelques autres.
Le programme de cet album emprunte six standards, les autres pièces étant du répertoire luncefordien propre. L'essentiel des arrangements sont, comme il se doit, d'Eddie Wilcox. S'y ajoutent deux de Billy Moore, deux de Tadd Dameron, deux de Bud Estes (dont nous connaissons également deux orchestration pour Charlie Barnet « There I Go » et « I Look at You »), un de Lonnie Wilfong, un d'Eddie Durham, un de Bill Doggett et un de Peters.

L'ensemble est en tout point remarquable. A souligner le travail soigné des voicing qui, par l'homogénéité de l'orchestre, donne un superbe relief aux ensembles. Les chœurs sont très dans l'esprit de ce temps. Quant aux solistes, ils méritent tous une mention. Je retiendrai parmi eux, la personnalité de plus en plus affirmée de Jérôme Etcheberry (tp), la découverte de Nicolas Gardel (tp), les confirmations de Stéphane Barbier (ts), de François Penot (ts) et de Paul Chéron (« Moo-See-Ka »). Mais cet orchestre doit énormément à son batteur, Guillaume Nouaux, qui, comme dit plus haut à propos de Jimmie Crawford, est essentiel dans l'univers de Jimmie Lunceford : ça swingue et c'est léger. Bravo !
Jazz aux Remparts et son directeur artistique, Dominique Burucoa une fois encore, comblent les amateurs de musique de culture et de civilisation en publiant un petit bijou musical avec cet album, Lunceford Still Alive ! Il sort des sentiers battus de l'actuelle production phonographique jazzique en offrant la possibilité aux musiciens d'explorer un répertoire malheureusement trop peu mis en valeur. Le travail de Paul Chéron pour Lunceford mérite, comme ceux de Michel Pastre pour Basie et de Laurent Mignard pour Ellington, remerciements et encouragements. Du travail, au plan du jazz, comparable à celui de musicologues classiques comme Ralph Kirkpatrick pour la musique de Bach.
Lunceford Still Alive ! La culture est aussi joyeuse.
Félix W. Sportis