Err

PUB-VannesHaut2022.jpg
Actualités
Rechercher   << Retour

Brew Moore

20 déc. 2013
Quartet & Quintet Sessions 1955-1958
© Jazz Hot n°665, automne 2013

Réédition-Indispensable
15 titres

Titres et personnel communiqués sur le livret

Enregistré en août 1955, le 15 janvier 1956, le 5 novembre 1957 et en janvier 1958, San Francisco, Los Angeles
Durée : 1h 15' 35''

Fresh Sounds Records 705 (www.freshsoundrecords.com)


Cigarette coincée sous le bocal, joues gonflées, sax ténor à l’oblique… Manque plus que le pork pie hat pour que la ressemblance au beau modèle soit quasi totale ! Quelles qu’en soient les raisons, Frère Brew n’avait pas besoin de ces artifices pour nous dire à quel point il était un homme du Président, le vrai, l’unique : sa « majesté » Prez himself. Suffisait simplement qu’il souffle deux notes dans le tuyau d’Adolf. C’est d’ailleurs ce que ce fils d’Indianola (Mississippi) né en 1924 a parfaitement fait toute sa vie de musicien durant, jusqu’au dernier souffle danois en 73. Cette inestimable réédition des sessions en quartet et en quintet enregistrées entre 55 et 58 est là pour le prouver.
Au tournant de ce XXe siècle triomphant, Brew Moore, apprécié des amateurs de jazz est très busy. Homme d’une seule passion, il est aussi l’homme d’une seule devise : « Je vais là où il y a du travail » se plait-il à dire alors. Et si le travail, ne manque pas à l’époque, ce sont les enregistrements, témoignage habituel d’une intense activité, qui sont rares. Ces quinze petites plages n’en sont donc que plus précieuses non seulement parce que l’amateur curieux n’a pas grand chose à se mettre sous l’oreille concernant l’époque considérée, mais parce qu’elles obligent à écouter avec attention un jeu, un phrasé, passé bêtement inaperçu ou jugé hâtivement passe-partout. Repoussant les clichés qui viennent naturellement sous les doigts, il se montre inventif en permanence plus préoccupé par une subtile paraphrase que par la science pure des accords. Discours cohérent, logique – filon intarissable ! – il s’impose dans les ballades comme dans les tempi rapides. « Them there Eyes » atteste de cette fraicheur d’une conversation musicale menée avec maestria. Sideman un temps chez le vibraphoniste Cal Tjader, c’est cependant en compagnie d’un de ses pairs, le ténor peu connu et atypique Harold Wylie installé lui aussi à San Francisco, vacataire chez Woody Herman, carrière en dents de scie à la clef, que Brew Moore se montre plus convaincant, plus mordant, comme si la présence d’un tiers l’obligeait à montrer ses griffes. Les cinq plages gravées en compagnie de trois John rythmiciens très cookers : John Marabuto au piano, John Mosher à la basse et John Markham à la batterie sont à retenir en priorité.
A écouter en boucle le solo sur ce « Dues blues » qui clôt l’album. Un modèle du genre.

Jean-Jacques Taïb