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Jazz in London

22 avril 2013
Janvier-Février 2013
© Jazz Hot n°663, printemps 2013
J'ai eu deux petits accidents à Noël et le jour de l'an qui m'ont limité au mois de janvier à ne me rendre qu'au Ronnie Scott's. Cela n’était pas très gênant compte tenu du premier concert de l'année qui avait le son et la qualité de jeu de l'avenir du jazz : le National Youth Jazz Orchestra a déployé ses talents dans un club complet. Il y a d'excellents musiciens dans ce groupe, garçons et filles, qui se feront un nom et resteront dans le monde du jazz. Une semaine plus tard, retour à Ronnie's pour voir la belle Carleen Anderson qui chante avec aisance du jazz et de la soul, sans compter un travail au piano qui ajoute au plaisir. Cette 'goddaughter' de James Brown a donné une autre performance qui l'aurait rendu fier. Larry Goldings à l’orgue Hammond, Peter Bernstein à la guitare et Bill Stewart à la batterie, et vous savez que vous êtes devant un groupe de très bonne qualité. La salle, complète, était ravie. Quelques jours plus tard, un autre groupe d'excellence mené par l'un de mes joueurs de saxophone alto préférés, Vincent Herring, avec Eric Alexander (ts), Harold Mabern (p) (un vrai plaisir de le voir pour la première fois), Joris Dudli (dm) et Milan Nikolic (b). Deux jours après, le pianiste brésilien de légende Eurmir Deodato jouait accompagné d'un big band de première classe, composé essentiellement de musiciens britanniques. Le désir du public de se lever et danser dans ce club plein à craquer était palpable. Une semaine plus tard, le bar était rempli de batteurs, tous curieux de voir Manu Katché, le célèbre musicien franco-ivoirien. Débutant avec des morceaux de son dernier album chez ECM, il était entouré de Tore Brunborg (sax), Jim Hart (p) et Luca Aquino (tp). Une soirée passionnante! La magie brésilienne a redoublé avec une autre légende sud-américaine: Milton Nascimento, accompagné de son quintet, et notamment de Widor Santiago (sax, fl). Et toujours cette envie de danser. Non loin de là, à la Pizza Express, l'excellent saxophoniste Walter Smith III jouait avec un bon groupe, dont Matthew Stevens (g) faisait partie. Ce soir-là, Michel Legrand et son trio jouaient chez Ronnie's. Son sourire charmant et sa musique illuminèrent la salle.
Cedar WaltonLe mois de février a débuté au Vortex, dans le nord de Londres, avec un groupe des plus intéressants, dont je n'avais jamais vu ou photographié les musiciens. Ces moments sont toujours une belle découverte pour moi. Le ICP Orchestra, avec Misha Mengelberg (p), Tobias Delius (ts), Ab Baars (cl), Thomas Heberer (tp), Wolter Wierbos (tb), Tristan Honsinger (vc), que je ne connaissais pas, et les quelques visages familiers de Hans Bennink (d), Mary Oliver (vl) et Michael Moore (cl). Voilà une belle soirée où l'ombre d'Ellington et de Monk planaient. Du jazz, de la soul et du funk chez Ronnie's, c'est donc que Lonnie Liston Smith et son "Cosmic Echoes”, avec Scott Ambush (b), Lee Pearson (dm) et Samir Moulay (g), sont de passage à Londres. Au même moment au magnifique Wigmore Hall, une salle consacrée à la musique de chambre en temps normal, quatre très bons musiciens donnaient leur conception de la musique de chambre jazz. Guillermo Klein et Aaron Goldberg, sur deux pianos, Chris Cheek et Miguel Zenon changeant de saxophones, passant du baryton au tenor, à l'alto, au soprano et à la flûte, ont offert une soirée très plaisante. Le Purcell Room a accueilli la jeune étoile montante du piano Vijay Iyer et son trio, Marcus Gilmore (dm) et Stephan Crump (b). Il est aussi fascinant à voir qu'à entendre. Une fois commencé, il semble rentré en lui-même. J'espère qu'il prend autant de plaisir que le public. Ruby Turner, chanteur de RnB et de soul né à la Jamaïque, est parvenu à faire taper des mains et des pieds le public de Ronnie Scott's avant de filer vers le Barbican pour une soirée délicieuse avec le maître Ahmad Jamal, toujours à la hauteur et d'une grande classe. De nouvelles percussions latines vibraient chez Ronnie Scott's avec Machito Jr, invité par le Dizzy Gillespie Afro Cuban Experience, mené par John Lee (b) qui collabora notamment avec Dizzy Gillespie, Max Roach et McCoy Tyner, pour citer des musiciens fameux. Quelques jours plus tard, le merveilleux Cedar Walton a donné vie au piano de chez Ronnie Scott’s avec son excellent quartet composé de David Williams à la basse (le voir danser en même temps qu'il joue est super!), Willie Jones III (dm) et Piero Odorici (ts). Cedar, un être si charmant et sans prétention, a donné une très grande joie au club complet. Ces derniers temps chez Ronnie Scott's, tous les concerts jouent à guichet fermé. Si vous comptez vous y rendre, réservez en avance ! Cela se vérifia quand le grand batteur Billy Cobham, qui a fondé avec John McLaughlin, le Mahavishnu Orchestra, fut engagé pour toute une semaine. Son sextet actuel comprend le guitariste français Jean-Marie Ecay et Junior Gill, un virtuose du steelpan. Très bon niveau. Le saxophoniste alto au UK Award Soweto Kinch a démontré ses talents prodigieux chez Ronnie's et, croyez-moi, du talent, il en a. Son trio était composé de Shaney Forbes (dm) et Nick Jurd (b). Ronnie's s’est tourné à nouveau vers le latin jazz et bougeait cette fois au rythme de la légende cubaine Arturo Sandoval. Ses valises doivent être bien pleines et bien lourdes avec ses six Billboard Awards, ses six Grammy et son Emmy. Aucune place de libre dans ce concert impeccable. Ce mois très excitant s'est terminé au club 606 et par le plaisir de voir et photographier pour la première fois le flûtiste Eddie Parker, accompagné de Steve Watts (g) et Kit Downes (p). Ce ne pouvait être une meilleure façon de finir ma journée et le mois.
David Sinclair (texte et photos)

Photo : Cedar Walton au Ronnie Scott's, 12 février 2013