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Benny Carter

18 avril 2010
Symphony in Riffs
Publié en 1989
Durée : 58’
Rhapsody Films (www.rhapsodyfilms.com)

Burt Lancaster est le narrateur de luxe de ce splendide portrait de Benny Carter, une légende du jazz, musicien multi-instrumentiste, le plus souvent connu comme arrangeur, leader de big band et saxophoniste alto ; mais il chante et joue aussi excellement de la clarinette, du ténor, du piano et de la trompette, son instrument favori comme il l’indique dans l’interview qui sert de fil conducteur à cet excellent DVD, brillamment illustré de documents : photos, films, concerts, coupures de presse, témoignages.
Ella Fitzgerald, André Previn, Leonard Feather, Quincy Jones et bien d’autres disent tout le bien qu’ils pensent de ce musicien très distingué qui reconnaît d’emblée trois admirations : Louis Armstrong, Duke Ellington et Johnny Hodges.
On le retrouve ici parlant de sa longue vie (1907-2003) riche des rencontres les plus extraordinaires, recevant de multiples récompenses, dont les plus récentes des mains d’un Bill Cllinton dont les yeux disent clairement qu’il est à ce moment plus saxophoniste que président.
Le portrait n’est ni chronologique, ni thématique, simplement une sorte de tranche de vie qui l’amène dans un club (accompagné par le regretté James Williams), dans des salles de concert à travers le monde, ou dans des lieux symboliques de l’histoire qu’il évoque dans l’interview, l’Apollo avec Ralph Cooper où il retrouve sa jeunesse à la mémoire des belles danseuses de revue, le Savoy Ballroom, les clubs, une évocation aussi de New York, d’Harlem avec images.
On revit quelque peu son voyage des années 30 en Europe, la France avec l’épisode du « kidnapping » de sa fille, la Grande-Bretagne. Toutes les évocations sont illustrées de films ou photos d’époque.
On part en train à travers les Etats-Unis voyage qui l’amène sur la Côte Ouest à Hollywood au début des années 40, où il s’installe et devient un arrangeur, compositeur très demandé, paraissant parfois à l’écran, composant avec une facilité exceptionnelle (on le voit at home au travail au piano), réussissant indéniablement puisqu’il conduit princièrement une Rolls Royce pour aller à son boulot.
On participe avec lui à la longue marche pour la reconnaissance des droits de la population afro-américaine.
On refait avec lui les tournées internationales, le JATP, au Japon surtout, on participe à des sessions d’enregistrements au studio RCA de NYC avec les Eddie Lockjaw Davis, Jimmy Heath entre beaucoup d’autres musiciens savants, a des remises de récompenses attribuées par toutes sortes d’instances culturelles, de la musique, du cinéma, des arts.
On évoque sa carrière d’enseignant, car Benny Carter est devenu Docteur de nombre d’universités et écoles américaines où il se plaît à faire des conférences (Harvard, Princeton, Rutgers…), à former des jeunes musiciens (Stanley Jordan, Harry Allen…).
On part en croisière sur le France rebaptisé Norway avec ses vieux amis, les Clark Terry, Buddy Tate, Illinois Jacquet, Flip Phillips, Red Holloway qui l’ont baptisé le « King », une élection par ses pairs qui en dit long. On le voit évoquer des souvenirs, avec une mémoire phénoménale sur le pont du navire avec Dizzy Gillespie, et toutes ces tranches de vie sont rythmées par son discours musical sinueux et délicatement voluptueux à l’alto, ses douces compositions qui sont autant de standards, le tout marqué du sceau de la distinction, de l’élégance où l’on reconnaît l’importance du modèle ellingtonien avec plus de discrétion car il reste un modeste dans l’âme en référence à ses modèles. Sa vie familiale semble d’ailleurs à l’aune de cet ordonnancement parfait. On peut en savoir plus en consultant son site www.bennycarter.com. Ce musicien dont on vient de fêter le siècle (Jazz Hot n° 644), doté d’une discographie exceptionnelle et inépuisable, reste pour la plupart des amateurs un monument à découvrir.
Yves Sportis