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Al Vollmer & The Harlem Blues and Jazz Band, devant la maison de Albert Vollmer, Larchmont, NY, 1982 De g. à d., Eddie Durham (tb), Al Casey (g), Albert Vollmer (manager), Bobby Williams (tp, debout),  Charlie Bateman (p), Ronnie Cole (dm), George Kelly (ts), Johnny Williams (b) Photo Frank Flanigar by courtesy of Albert Vollmer
Al Vollmer & The Harlem Blues and Jazz Band, devant la maison de Albert Vollmer, Larchmont, NY, 1982
De g. à d., Eddie Durham (tb), Al Casey (g), Albert Vollmer (manager), debout: Bobby Williams (tp),
Charlie Bateman (p), Ronnie Cole (dm), George Kelly (ts), Johnny Williams (b)
Photo Frank Flanigar by courtesy of Albert Vollmer 

Al VOLLMER

Part 2 - The Harlem Blues and Jazz Band

 
Après un premier volet consacré à sa biographie, deuxième partie de l'interview d'Al Vollmer, le dentiste-activiste du jazz. En 1973 débute ce qui reste la grande aventure de sa vie: le Harlem Blues and Jazz Band. C’est un orchestre qu'il a cofondé avec Clyde Bernhardt (tb, voc), dont les membres ont connu l’âge d’or des big bands commencé dans les années 1920 et 1930, et qui sont liés à Harlem. Ce retour sur la mémoire, commence au début des années 1970, quand l'industrie de la musique mondialisée de grande consommation décide brutalement de détruire les circuits indépendants du jazz (rachat de tous les labels indépendants par de grandes compagnies) et d'imposer une culture de masse uniformisée. Dans un premier temps, les artistes, les amateurs de jazz vont inventer leurs résistances (création de labels, on l'a vu et de circuits parallèles, création de festivals). C'est dans cet esprit de résistance, qui traverse les Etats-Unis et l'Europe, que se situe l'aventure d'Al Vollmer. Il n'est pas certain que la crise actuelle, provoquée par une normalisation de plus grande ampleur, sans précédent, puisse générer dans un jazz déjà très affaibli (ses acteurs, artistes, professionnels et amateurs) par les multiples corruptions de notre temps, un mouvement de résistance comparable.
Comme cette époque le permettait encore, Al en est à la fois le directeur artistique, le manager, le tourneur, le roadie, etc. Il a tout donné à cet orchestre qui a compté nombre de ses héros, à commencer par Al Casey (g) et Eddie Durham (tb). Tout cela, il nous le raconte en détails: les débuts de l’orchestre, les musiciens l’ayant rejoint au fil des années (nous renvoyons les lecteurs à la liste non exhaustive des membres du HBJB à la fin de l’interview), la transmission de leur mémoire, les grandes tournées, mais aussi la mort qui emporte parfois les artistes de jazz en plein concert.
Aujourd’hui, des musiciens plus jeunes composent l’orchestre: Ray Blue (ts), Art Baron (tb), Sharp Radway (p), Essiet Essiet (b), John Cooksey (dm). Jazz Hot les connaît pour la plupart, et tous ont l’excellence artistique pour prolonger et enrichir l’histoire du Harlem Blues and Jazz Band.

Propos recueillis par Mathieu Perez
Photos: Collection Al Vollmer, images extraites de YouTube et Viméo
avec nos remerciements

© Jazz Hot 2021





1972, Clyde Bernhardt, Blues & Jazz From Harlem


Jazz Hot: En 1973, vous avez fondé le groupe Harlem Blues and Jazz Band (HBJB) avec le tromboniste et chanteur Clyde Bernhardt. Comment l'avez-vous rencontré?

Albert Vollmer: Je l’ai rencontré par l’intermédiaire des Friendly 50, une association de musiciens de jazz noirs. Laquelle avait été fondée dans les années 1960 par des musiciens du Kentucky installés à New York. Louis Armstrong en était membre honoraire. Chaque année, en novembre, il y avait une grande soirée. Driggs et moi y étions invités. Le reste de l’année, il y avait des réunions dans divers endroits à Harlem. Chaque musicien apportait son instrument et quelque chose à manger. C’est là que j’ai entendu Clyde. Il était un Friendly 50, tout comme Jonah Jones (tp), Charlie Holmes (as, cl), Johnny Williams (tuba), Bobby Williams (tb), Al Casey (g), Lawrence Lucie (g), Shelton Gary (dm)… Il y a toujours eu un Friendly 50 dans le HBJB. Il y a des années, Fred Staton (ts), membre de l’orchestre, m'a proposé de rejoindre les Friendly 50. Je suis maintenant membre. C’est un honneur. Je ne suis pas musicien, et je suis le second Blanc à avoir été admis, après Steve Zink (b, g). Après notre première rencontre, Clyde est venu à ma jazz party. Il a joué «Give Me Five Minutes More». L’orchestre se composait de Cozy Cole (1909-1981) à la batterie, Gene Mikell à l'alto et Happy Caldwell au ténor (1903-1978).

1973. Clyde Bernhardt & Jay Cole, More Blues & Jazz From Harlem

Le nom Harlem Blues and Jazz Band est le nom du disque que Clyde Bernhardt avait sorti en 1972, Blues & Jazz From Harlem (Saydisc 228).

Clyde a sorti son disque suite à sa rencontre avec Derrick Stewart-Baxter en Angleterre. Alors, quand j'ai sorti le premier album du HBJB, je l'ai appelé «More Blues & Jazz From Harlem».

Quel personnage était Clyde Bernhardt?

Clyde se souvenait de tout! Il était le rêve des discographes! Il pouvait vous dire le jour où il avait rejoint King Oliver, le personnel de l’orchestre, les nouveaux venus, les changements apportés, etc. Incroyable! Il racontait qu'il avait un oncle avec une meilleure mémoire que la sienne. Lorsque nous sommes allés en Angleterre pour l'une des premières tournées du HBJB, Laurie Wright (fondateur du magazine anglais Storyville) avait toutes sortes de questions à lui poser.

Quelle a été sa réaction lorsque vous lui avez proposé de monter un orchestre avec lui?

Clyde était heureux. Il vivait à Newark, NJ. L’orchestre a d'abord été formé avec des musiciens du coin, comme le pianiste Reuben Jay Cole, petit frère de Cozy Cole.

L'idée de cet orchestre était de rendre hommage à Harlem.

New Orleans avait cette mystique. Et on sait l’importance de Kansas City et Chicago. Je voulais tirer un coup de chapeau à Harlem. Les musiciens du HBJB ont vécu ou joué à Harlem. Donc, j'ai pensé qu'il était approprié de nommer ce groupe Harlem Blues and Jazz Band.

Et vous avez engagé des musiciens qui avaient travaillé dans les big bands des années 1920 et 30.

En 1973, il ne se passait pas grand-chose pour eux. Quand j'ai commencé le HBJB, je ne sais pas si George James (as, fl, cl, 1906-1995) jouait beaucoup. Je ne sais même pas si Tommy Benford (dm, 1905-1994) avait des engagements.

Le HBJB n'est pas un tribute band…

Ce n’est pas un tribute band de Benny Goodman, Count Basie ou Glenn Miller. C’est un orchestre qui ne ressemble à aucun autre. 

Comment choisissiez-vous les musiciens?

S'ils pouvaient jouer le blues, c'est tout ce que j'avais besoin de savoir! En fait, je me suis concentré sur les musiciens dont j'avais collectionné les disques en Suède. Al Casey (g) a été important pour moi parce que j'avais des disques de Fats Waller. Je connaissais le nom d'Eddie Durham parce que j'avais des disques de Jimmie Lunceford et Basie. Et j’avais vu tous ces gars au Jimmy Ryan’s quand je suis arrivé aux Etats-Unis.

Qui étaient les premiers membres du HBJB?

Tommy Benford (dm), George James (as), Franc Williams (tp, 1910-1983), Clyde Bernhardt (tb), Jimmy Evans puis Reuben Jay Cole (p), Johnny Williams (b) et Barbara Dreiwitz (tu), toujours en vie. Elle et moi sommes les seuls survivants du premier orchestre.(1)

Clyde vous a-t-il conseillé d’embaucher des musiciens en particulier?

Il a recommandé Reuben Jay Cole et la chanteuse Miss Rhapsody, de son vrai nom Viola Wells.

Clyde Bernhardt (voc, tb), Copenhague 1976  © photo Gorm Valentin by courtesy of Albert Vollmer


Clyde Bernhardt (voc, tb), Copenhague 1976
© photo Gorm Valentin by courtesy of Albert Vollmer



Dans son autobiographie, I Remember: Eighty Years of Black Entertainment, Big Bands, and the Blues (University of Pennsylvania Press, 1986), Clyde Bernhardt explique que c’était vraiment vous qui étiez en charge de tout; lui ne voulait que jouer.


Et je n’étais pas intéressé par le business! L’idée était de les faire connaître à nouveau. Ils étaient dans leurs années de retraite, et pouvaient encore jouer. Je ne voulais pas qu’ils soient oubliés.



Dans ce même livre, Clyde Bernhardt raconte l'histoire de Princess White (1881-1976). Cette chanteuse qu’il avait connue à ses débuts. Il s’était toujours demandé ce qu’elle était devenue, et il l’a retrouvée par hasard à l'église.

Oui, Clyde l'a rencontrée dans son église. Il l'a amenée chez moi; elle a chanté un peu. Elle était formidable! Une fois, je lui ai demandé si elle avait déjà enregistré dans sa vie. Elle a acquiescé, mais elle ne savait pas où ni quand ni avec quel orchestre. On n'a jamais pu retrouver le disque en question. A 94 ans, Princess White était en pleine forme; elle était belle. Elle a fait quelques concerts avec le HBJB. Elle avait gardé sa voix parce qu'elle chantait à la New England Baptist Church. Elle était très heureuse de chanter à nouveau avec un orchestre et devant un public. 

Elle a chanté jusqu’à la fin…

Un jour, nous avons fait un concert au Emelin Theatre, à Mamaroneck, NY. A un moment, elle a dit qu’elle allait s’asseoir, parce qu’elle se sentait un peu fatiguée, mais qu’elle reviendrait chanter plus tard. Puis, elle s'est effondrée dans les coulisses. Un bon ami à moi était dans le public, un obstétricien qui était aussi un amateur de jazz. Il a pris son pouls. Puis, il a levé les yeux vers moi et m'a dit qu’elle était morte. 

Comment décririez-vous Princess White?

Elle était remarquable. Elle collait ses coudes contre elle, comme un oiseau, quand elle voulait que l’orchestre la soutienne. (Rires) Elle savait ce qu’elle valait. Elle aurait pu rivaliser avec Bessie Smith ou Clara Smith ou n'importe laquelle des chanteuses de l'époque. Et elle était belle! Clyde a dit qu'autrefois, il suffisait qu’elle remonte sa robe et montrer ses chevilles pour que le public se déchaîne! (Rires) Je ne sais pas si c'est dans le livre de Clyde, mais il avait l'habitude de raconter qu'il lui avait remis un télégramme. Au début des années 1920, Clyde a été le premier Noir livreur de télégrammes à Badin, en Caroline du Nord. Princess White jouait au Brooks Dreamland Theatre. Il lui a remis un télégramme. Elle lui a donné un dollar de pourboire. Un dollar, c’était une fortune à l'époque! Clyde n'a jamais oublié cela. Quand il l’a revue, il lui a rappelé cette histoire.


Al Casey et Philippe Milanta, au Petit Journal St-Michel, Paris, 1999, lors de la tournée avec Bubba Brooks organisée  par Michel Pastre, image extraite du film The Last of the First (2004) réalisé par Anja Baron et Al Wollmer sur Vimeo (cf. vidéographie)
Al Casey et Philippe Milanta, au Petit Journal St-Michel, Paris, 1999, lors de la tournée avec Bubba Brooks organisée
par Michel Pastre, image extraite du film The Last of the First (2004) réalisé par Anja Baron et Al Wollmer sur Vimeo (cf. vidéographie)


Avez-vous sorti d'autres musiciens de la retraite pour rejoindre le HBJB?

Plus ou moins. Un jour, mon ami Peter Carr, qui m’a beaucoup aidé dans les tournées du HBJB, est venu à New York, et nous sommes allés visiter Al Casey (g). Il avait pris sa retraite. Ce jour-là, Peter a pris une jolie photo de lui, qui a fait la couverture de Jazz Journal, en Angleterre. Je venais alors de décrocher un engagement régulier au restaurant The Ginger Man, sur 64th Street, en face du Lincoln Center. Le HBJB a joué les week-ends pendant toute l'année 1980. L’orchestre était installé dans l'arrière-salle du restaurant. C'était un endroit assez fréquenté. Après un certain temps, on a commencé à attirer beaucoup de monde, on jouait deux concerts dans la soirée pour deux publics différents. J'ai pu proposer à Casey de rejoindre l’orchestre avec un engagement régulier à Manhattan, près de chez lui. Il est sorti de sa retraite. D’autres jouaient ici et là. Eddie Durham jouait toujours. Mais personne ne leur a donné autant de travail que moi. Lorsque vous avez l’habitude de vous produire devant un public, c’est difficile quand ça s’arrête. Donc, j’ai ravivé tout ça.

De qui étiez-vous le plus proche?

Mon épouse Dot et moi sommes devenus très proches de la famille Casey. Il avait une épouse merveilleuse, Althea. Je suis toujours en contact avec leur fils, Al Casey, Jr. Voici un exemple des liens que nous avions avec eux. Dot a dit un jour à Althea: «J’aurais aimé vous avoir pour mère.» Ce à quoi Althea a répondu sans hésitation: «Je suis ta mère.»

Le HBJB était comme une famille. Cela aussi, Clyde Bernhardt l’écrit…

Oui, c'était plus une famille qu'un business. Je n’ai jamais cherché à faire de l’argent sur le dos des musiciens. Ce qui m’intéressait, c’était qu’ils gagnent un peu d’argent. Peut-être que j'aurais pu faire plus… La paie n’était pas mirobolante. Ils auraient dû être payés beaucoup plus. Mais nous n'étions ni Duke Ellington ni Tony Bennett. Parfois, des gigs étaient annulés le jour-même. Et je devais appeler les musiciens pour leur annoncer la nouvelle et leur dire que personne ne serait payé…

The Harlem Blues and Jazz Band, O’Neal’s Restaurant, NYC, 1982; Au premier plan, de g. à d.: George Kelly (as),  Al Casey (g), Eddie Durham (tb), Bobby Williams (tp); Au second plan, de g. à d.: Gene Rodgers (p),  John Peck Morrison (b), Shelton Gary (dm) © photo Frank Flanigar by courtesy of Albert Vollmer
The Harlem Blues and Jazz Band, O’Neal’s Restaurant, NYC, 1982Au premier plan, de g. à d.: George Kelly (as),
Al Casey (g), Eddie Durham (tb), Bobby Williams (tp); 
Au second plan, de g. à d.: Gene Rodgers (p),
John Peck Morrison (b), Shelton Gary (dm) 
© photo Frank Flanigar by courtesy of Albert Vollmer

Pourriez-vous dire quelques mots sur Al Casey?

Al était un homme très intelligent et doux. Musicalement, il était incroyablement doué. Parfois, quand nous répétions sans vraiment savoir ce que nous allions jouer pour un concert, Casey était le dernier à prendre la parole. Il savait toujours ce qu’il fallait jouer. La musique n’avait aucun secret pour lui. Pour les autres, pareil. Ils savaient ce qu'ils faisaient. Une fois, George James (as) a joué quelque chose. C’était si beau que je lui ai demandé de le rejouer. Il l'a fait, note pour note.

…et sur Eddie Durham?

Quand j'ai entendu Eddie pour la première fois au West End Bar, qui était un endroit en face de Columbia University, entre Broadway et 114th Street, j'ai pensé qu'il pourrait peut-être rejoindre l’orchestre au poste de guitariste, car je n'avais pas de guitariste avant Casey. Mais Eddie n’en jouait pas vraiment. Puis, l'opportunité s'est présentée, Clyde Bernhardt est parti pour travailler avec Barry Martyn (dm). Eddie est resté les onze dernières années de sa vie. Sa fille, Marsha Topsy Durham, m'a confié qu'on avait proposé à son père à plusieurs reprises de rejoindre un tribute band de Basie mais qu’il avait refusé. Il voulait rester avec le HBJB.
J'aimais l'étendue de ses connaissances. Une fois, nous sommes arrivés tôt dans une petite ville du sud de la Suède pour un concert à l'auditorium. Il a traversé la scène en frappant des mains. Il a dit: «Autrefois, les batteurs faisaient ça pour connaître l'acoustique de l'endroit, puis ils accordaient leur batterie». C’est ce genre de choses qu'il racontait. Il disait aussi: «Je suis un fana’ de la musique. Quand vous savez ça de moi, vous me comprenez mieux».
Je viens d'écrire un gros chapitre pour le second volume du livre de Marsha Topsy Durham sur son père. Le premier volume s’intitule «Swingin 'the Blues, the Virtuosity of Eddie Durham» (Swingin' the Blues, Durham Publishing, 2021). J'ai essayé de raconter cette histoire en détail. Je veux rendre justice à l’œuvre d’Eddie et à sa mémoire.

Quels musiciens sont restés le plus longtemps dans le HBJB?

Le bassiste Johnny Williams est resté 24 ans. Al Casey, 18. Johnny Blowers (dm), 20. Eddie Durham, 11. Quand vous avez les mêmes gars, vous développez une certaine cohésion. Chacun avait son numéro. Eddie Durham, par exemple, jouait «Blue Moon» ou «Danny Boy». Quand Bobby Williams (tp) était dans le groupe, Eddie et lui jouaient beaucoup avec des sourdines. Quand ils faisaient «Georgia on My Mind», ils échangeaient leurs sourdines à piston. Johnny Blowers rouspétait si un musicien ne jouait pas sa partie. (Rires) Même si c'était un nouveau dans le groupe. C'étaient tous des personnalités! Par exemple, les deux premiers saxophonistes étaient George James et Charlie Holmes. Au moment du deuxième disque du HBJB, j'avais George et Charlie. Ils jouaient parfois ensemble, parfois séparément. Chacun avait son propre son. Tous les musiciens de l’orchestre étaient des gens très bien. Une fois, j'ai eu un tromboniste qui buvait un peu trop. Johnny Letman (tp) m'a demandé pourquoi je l'avais engagé. Alors, j’en ai embauché un autre. Cette situation était très rare.

The Harlem Blues and Jazz Band, NYC, 1986-87, de g. à d.: Al Casey (g), Charlie Bateman (p), Jimmy Buxton (tb), Johnny Williams (b),  Bobby Williams (tp), Belton Evans (dm), Haywood Henry (bar), Laurel Watson (voc) © photo Frank Flanigar by courtesy of Albert Vollmer
The Harlem Blues and Jazz Band, NYC, 1986-87, de g. à d.: Al Casey (g), Charlie Bateman (p), Jimmy Buxton (tb), Johnny Williams (b), 
Bobby Williams (tp), Belton Evans (dm), Haywood Henry (bar), Laurel Watson (voc) © photo Frank Flanigar by courtesy of Albert Vollmer

Qui écrivait les arrangements?

Bobby Williams (tp). Parfois, je participais aussi; je disais quelque chose comme: «Pouvez-vous faire un break ici?» Je demandais toujours diplomatiquement. Je faisais des suggestions. Ils étaient si décontractés. Avec eux, rien n’était compliqué.

Les membres du groupe vous recommandaient-ils d'autres musiciens?

Non! Je leur demandais: «A votre avis, quel batteur devrais-je engager?» Ils répondaient toujours: «C’est vous qui décidez.» (Rires) Ils n'ont jamais voulu s'impliquer dans le choix des musiciens. (Rires)

Clyde Bernhardt raconte aussi ces moments où les musiciens parlent du bon vieux temps.

Ah, oui! Clyde était comme une encyclopédie. Il se souvenait de tout. Le plus souvent, je posais des questions aux musiciens sur eux-mêmes quand je leur passais des disques.

Doc Cheatham a enregistré avec le HBJB (en 1973)…

Doc était adorable. Je lui ai demandé s'il le ferait, et il l'a fait. Il était sans doute l'un des meilleurs trompettistes à New York à l'époque. Mais Doc n'a jamais rejoint le groupe. Il était un invité. Une fois, le HBJB jouait au Festival de Breda, en Hollande. Le concert fini, les festivaliers allaient chercher de la nourriture avant d’assister aux jam sessions. J’étais avec Doc. Je lui ai demandé si ça lui dirait de faire un bœuf avec nous. Il a répondu: «Bien sûr! Je suis en quelque sorte un membre honoraire de l’orchestre de toutes façons.» (Rires)

Quels étaient les musiciens les plus créatifs du HBJB?

Eddie Durham et Roger Ram Ramirez (p). J'ai eu beaucoup de chance d'attirer autant de musiciens. (cf. la liste à la fin de l’interview) Il est presque plus facile de dire quel musicien n’a pas joué avec le groupe. Bobby Williams (b) aussi était un homme merveilleux, il aimait tellement la musique. Il a apporté des arrangements et a même composé quelques thèmes. Il avait un réel intérêt pour le groupe.

Jay McShann a aussi joué avec l’orchestre…

C'était un très bon ami de Clyde, car Clyde avait joué dans son groupe avec Charlie Parker. Il avait joué avec King Oliver dans les années 30 et 40, puis avec Jay McShann et Charlie Parker. Clyde était un condensé de l’histoire du jazz. Donc, Jay McShann se produisait à New York. J'ai eu un engagement avec le HBJB, Princess White et Miss Rhapsody au Emelin Theatre, à Mamaroneck, NY. Je ne pense pas que c’était le fameux concert où Princess White est morte... Ce qui s’est passé, c’est que le pianiste Dill Jones s'est perdu en route. J'ai vu Jay McShann assis dans le public, qui était venu voir Clyde. Je lui ai demandé s'il accepterait de jouer le premier set. Il a accepté tout de suite. C'était merveilleux! C’est la seule fois qu’il a joué avec le groupe. Mais il apparaît dans le film documentaire The Last of the First (cf. vidéograhie). Nous étions allés chez lui à Kansas City.

D’excellents pianistes ont joué avec le HBJB!

Une fois, j'ai engagé Harold Mabern pour plusieurs concerts. Il m'a dit: «Peut-être que je suis trop moderne pour le groupe?» J'ai dit: «Oh, non, vous pouvez vraiment jouer!» (Rires) J'ai aussi engagé Richard Wyands. A un moment, presque tout le monde a joué dans le groupe.

Le premier disque de HBJB est sur le label 400 W 150 que vous avez créé. A quoi correspondait cette adresse?

C'était l’adresse de Charlie Holmes, à Harlem. 400 West 150th Street, au coin d'Edgecombe Avenue. Un très beau quartier. En fait, c'est à Sugar Hill. Charlie vivait en haut de l’immeuble. Il avait avec une belle vue sur le Bronx.

Dans son livre, Clyde Bernhardt, très superstitieux, écrit que, pour vous porter chance, il vous a suggéré d'appeler le label Barron plutôt que 400 W 150, et de choisir une pochette de disque verte, sa couleur porte-bonheur.

En fait, j'avais décidé de rendre hommage aussi à Clyde. J'ai changé le nom du label en Barron. Le nom complet de Clyde était Clyde Edric Barron Bernhardt. Oui, le vert était sa couleur porte-bonheur. Le premier disque sur 400 W 150 était bleu. Le suivant, sur Barron, était vert. Le premier disque en CD était vert.

Al Vollmer, manager et roadie du HBJB, Liège, Belgique, 1977 © photo X by courtesy of Albert Vollmer
Al Vollmer, manager et roadie du HBJB, Liège, Belgique, 1977 © photo X by courtesy of Albert Vollmer

Comment avez-vous réussi à amener le HBJB en Europe en 1976?

Ce qui s'est passé, c'est que le directeur de l'orchestre de jazz suédois Kustbandet, Gösta Hägglöf (1934-2009), était un cinglé de Louis Armstrong. Il était venu à New York pour voir la maison d'Armstrong, dans le Queens, qui venait d’être restaurée. Il m'a mis en contact avec le promoteur suédois Bo Bosse Stenhammar. Nous avons débuté une collaboration de plus de trente ans. Nous n'avons jamais eu de contrat écrit. C'était une poignée de main au-dessus de l'Atlantique. Le groupe est allé très fréquemment en Suède.
Donc, en 1976, nous sommes partis pour la Suède et le Danemark. Dans mon cabinet d'orthodontiste, j'avais des intervalles de trois semaines entre deux consultations. J'étais donc très occupé avant de partir et à mon retour. Nous étions sept orthodontistes répartis dans le comté de l’Etat de New York. En cas d’urgence, les patients pouvaient voir quelqu’un.
Je prenais deux semaines de congé et voyageais avec le groupe. Je conduisais le bus, servais de roadie, portais les valises, angoissais toujours quant à savoir s'il y aurait ou non des barres fixées au toit... J'avais 40 ans. Les membres avaient la soixantaine. J'ai beaucoup d'énergie et peux faire beaucoup pour les autres. J'étais aussi le maître de cérémonie, j'annonçais les musiciens, les présentais, et pouvais faire cela en anglais, en suédois et en allemand. Mais maintenant que j'y repense, je me rends compte que personne d'autre n’emmenait ces musiciens en Europe et ne leur accordait autant d’attention.(2)

Harlem Blues and Jazz Band: de g. à d., Dill Jones (p), Barbara Dreiwitz (tuba), George James (as), Franc Williams (tp),  Miss Rhapsody (voc), Clyde Bernhardt (tb), Copenhague, Danemark, 1976 © photo Gorm Valentin by courtesy of Albert Vollmer
Harlem Blues and Jazz Band: de g. à d., Dill Jones (p), Barbara Dreiwitz (tuba), George James (as), Franc Williams (tp),
Miss Rhapsody (voc), Clyde Bernhardt (tb), Copenhague, Danemark, 1976 © photo Gorm Valentin by courtesy of Albert Vollmer


Avez-vous un souvenir en particulier de tournées avec le groupe?

Nous avons été le premier groupe américain à franchir le rideau de fer en 1980, où nous avons joué lors de la 10e édition du Dixieland Festival à Dresde.(3)

Le HBJB venait chaque année en Europe?

Dans les années 1980, presque chaque année. Pendant deux semaines, parfois trois. Parfois, le HBJB décrochait un engagement à Zurich au restaurant Limmatquai. Là, les musiciens jouaient pendant trois semaines. Ils logeaient dans un hôtel à distance de marche. A l'époque, mon ami Peter Carr était commandant en second des opérations au sol à l'aéroport international de Birmingham, en Angleterre. Il voyageait gratuitement sur n'importe quelle compagnie aérienne. Lors de ces engagements de trois semaines à Zurich, je mettais le groupe dans l'avion à l'aéroport JFK, à New York. Peter se rendait gratuitement à Zurich, retrouvait les musiciens, s'assurait qu'ils étaient bien installés, repartait à Birmingham puis revenait à la fin de la semaine pour s'assurer qu'ils avaient été payés. Puis, il repartait et revenait la semaine suivante, et ainsi de suite. C'était très utile de l'avoir parce que je ne pouvais pas partir plus de trois semaines.

Harlem Blues and Jazz-Band, de-g. à d.: Tommy Benford (dm), George James (as), Franc Williams (tp), Bill Davison (tp),  Dill Jones (p), Clyde Bernhardt (tb), Copenhague, Danemark, 1976 © Gorm Valentin by courtesy of Albert Vollmer
Harlem Blues and Jazz-Band, de-g. à d.: Tommy Benford (dm), George James (as), Franc Williams (tp), Bill Davison (tp),
Dill Jones (p), Clyde Bernhardt (tb), Copenhague, Danemark, 1976 © Gorm Valentin by courtesy of Albert Vollmer


Comment avez-vous rencontré Peter Carr?

Peter écrivait un livre sur Jimmy Archey (tb) (Jimmy Archey: The Little Giant of the Trombone, New Orleans: Jazzology Press) et correspondait avec sa veuve Kay. C'était une femme merveilleuse qui prenait soin des femmes plus âgées dans le Connecticut. Elle vivait à Amityville, sur Long Island. C’est là que beaucoup de Noirs pouvaient acheter des maisons. Henry Goodwin (tp) y vivait. Jimmy Archey et lui étaient de très bons amis. Kay Archey m'a montré quelques-unes des lettres de Peter, qui étaient très gentilles. Il avait l’air d’être un gars sympa’. J'ai pensé que je pouvais l'aider. Ma maison est en quelque sorte au milieu entre Amityville et la ville du Connecticut où travaillait Mme Archey. Peter pouvait loger chez moi. Alors, je lui ai écrit que j'étais prêt à l'aider dans ses recherches, d’autant plus que j'avais connu Jimmy Archey. Nous l'avions engagé avec le Connecticut Traditional Jazz Club.

Le HBJB était-il aussi apprécié aux Etats-Unis qu’en Europe? 

Dans les années 1980, le tourneur américain Robert Gewald nous a trouvé des concerts à travers les Etats-Unis. Il est maintenant à la retraite. Nous avons joué partout, en Californie, dans le Wisconsin, le Minnesota, en Floride… Grâce à lui, nous avons eu des engagements bien payés et bien organisés. Gewald était un acteur majeur. C’est lui qui faisait venir le Ballet du Bolchoï de Russie. Avec lui, nous avons atteint le niveau que j’espérais. Mais je n'ai jamais réussi à faire en sorte que le groupe soit aussi populaire que le Preservation Hall Band, ce qui a été une déception. Les musiciens d’Harlem étaient aussi bons que les Néo-Orléanais. Mais New Orleans avait cette mystique.

Quels étaient les engagements réguliers à New York?

Par chance, j'ai obtenu The Ginger Man en 1980. A l'époque, Barney Josephson, fondateur de Café Society, à New York, venait de redécouvrir Alberta Hunter(4). Elle remplissait un petit club appelé The Cookery dans l’East Village. Un certain Bill Schumacher, en charge du divertissement au Ginger Man, cherchait une autre Alberta Hunter. Il est venu me trouver. A l’époque, nous avions Miss Rhapsody. Cela a duré un an, nous avions du succès.
L’autre engagement régulier était plus tard, dans les années 1990, au Louisiana, dans le quartier universitaire NYU. Donc, beaucoup d'étudiants venaient nous voir. Nous avions le créneau du samedi soir. C’était plein à chaque fois. On voit à quoi cela ressemblait dans le film The Last of the First. Nous avons perdu le gig parce que Nike a racheté l’immeuble et n’a pas voulu garder le restaurant. Nous y sommes restés sept ans, de 1992 à 1998.
Dans ces années-là, il y avait aussi la Saint Peter’s Church. Le révérend John Gensel(5), un amateur de jazz, avait décidé que ce serait une église servant la communauté du jazz. Ensuite, Dale Lind l'a remplacé. Lui aussi aimait le jazz. Il avait eu son propre club de jazz à un moment donné. Pendant 30 ans, le HBJB a joué chaque mois de novembre au «All Nite Soul», qui débutait à 17h un vendredi ou samedi et se terminait à 5 heures le lendemain matin. Les orchestres se succédaient, jouant chacun deux ou trois morceaux. Puis, tout s’est arrêté…


The Harlem Blues and Jazz Band, au Ginger Man Restaurant, NYC, 1981: assis de g. à d., George James (as),  Bobby Williams (tp), Al Casey (g); debout de g. à d., Eddie Durham (tb), Johnny Williams (bar),  Tommy Benford (dm), Gene Rogers (p) © photo Albert Vollmer by courtesy
The Harlem Blues and Jazz Band, au Ginger Man Restaurant, NYC, 1981: assis de g. à d., George James (as), 
Bobby Williams (tp), Al Casey (g); debout de g. à d., Eddie Durham (tb), Johnny Williams (bar), 
Tommy Benford (dm), Gene Rogers (p) © photo Albert Vollmer by courtesy

Les musiciens ont dû adorer le gig au Louisiana?

Ah, oui! Les étudiants aussi, parce que les musiciens avaient l’âge de leurs grands-parents. La chanteuse Laurel Watson avait beaucoup de succès. Elle avait un petit groupe de fans chez les étudiantes. Laurel était une femme très indépendante. 

Quand on regarde le film The Last of the First, on sent que Laurel Watson a occupé une place importante dans le HBJB.

Parfois, quand une chanteuse chante avec un orchestre, le swing descend d’un cran. Avec Laurel, le swing montait d’un cran!

Et comment cela se passait avec Miss Rhapsody?

Elle était excellente! Elle était sans doute la meilleure chanteuse noire pour cet orchestre à l’époque. Elle avait le même âge que les musiciens et venait du même milieu qu’eux. Mais aucune chanteuse n’était aussi captivante que Laurel Watson!

Quelle chanteuse est restée le plus longtemps dans le HBJB? 

Laurel. Ruth Brisbane est restée longtemps. Ruth était puissante. Elle vient de l'église noire.


De g. à d.: Ruth Brisbane (voc), Michael-Max Fleming (b), Al Vollmer indiquant l’âge de Fred Staton (ts),  Jackie Williams (dm), Fred Staton (ts), John Miller (p) Macao, Chine, 2010 © photo X by courtesy of Albert Vollmer
De g. à d.: Ruth Brisbane (voc), Michael-Max Fleming (b), Al Vollmer indiquant l’âge de Fred Staton (ts), 
Jackie Williams (dm), Fred Staton (ts), John Miller (p) Macao, Chine, 2010 © photo X by courtesy of Albert Vollmer

Vous avez également engagé Maxine Sullivan.

J'avais un patient dont la mère était dans les arts. Elle organisait des événements et des concerts de jazz à Mamaroneck, NY. Une fois, elle m’a demandé si Maxine Sullivan pouvait chanter avec le HBJB. C'était l’occasion de l’engager. Rien de tel que de proposer du travail aux musiciens pour apprendre à les connaître. Maxine a chanté plusieurs concerts avec nous. Elle dirigeait aussi The House That Jazz Built, une association qu’elle avait fondée pour venir en aide aux musiciens dans le Bronx, et pour donner des cours de musique aux jeunes. Maxine avait été mariée à Cliff Jackson (p) que j’avais entendu jouer. 

Qu'en est-il d'Adelaide Hall?

Nous étions en Angleterre lors de notre deuxième tournée européenne, en 1977. Nous avons joué au Pizza Express, à Londres. Le personnel était Franc Williams (tp), Clyde Bernhardt (tb, voc), George James (as), Tommy Benford (dm), Dill Jones (p) et Johnny Williams (b). A l'époque, Adelaide Hall vivait en Angleterre. Elle est venue nous voir et s'est assise à ma table pendant un moment. Elle m’a dit qu'elle chanterait bien avec le groupe. J’étais ravi! Elle m'a demandé ce que j'aimerais qu’elle chante. J'ai suggéré «Diga Diga Doo». Elle a répondu: «C'est un peu démodé.» Et elle a chanté quelques chansons, j'ai oublié quoi. Elle était merveilleuse, très belle, vêtue comme une princesse.
Plus tard, je me suis retrouvé au 555 Edgecombe Avenue, à Harlem, le célèbre immeuble où avaient vécu Duke Ellington, Johnny Hodges, Andy Kirk. Le penthouse appartenait à Snub Mosley (tb), qui avait inventé le saxophone slide. Je l'ai très bien connu. Il organisait une fête, Adelaide Hall était présente. Jimmy Crawford, le batteur de Jimmie Luncerford, aussi. J'ai rencontré Adelaide Hall pour la deuxième fois et Jimmy Crawford pour la première fois. Quand Jimmy Crawford est mort, on m'a donné sa batterie. J'ai donné la caisse claire à Shelton Gary (dm). Le reste, je l'ai offert à The House That Jazz Built.

Laurel Watson et David Bubba Brooks, image extraite du film The Last of the First, real. Anja Baron et Al Vollmer, 2004
Laurel Watson et David Bubba Brooks, image extraite du film The Last of the First (2004),
realisé par Anja Baron et Al Vollmer extraite Vimeo (cf. vidéographie)

Compte tenu de l’âge des musiciens dans le HBJB, la mort et la maladie sont toujours omniprésentes.

Oui, perdre un musicien, c’est toujours déchirant. J'ai eu une trentaine de morts, mais c’est inévitable. Il faut l'accepter…

Affiche du film documentaire The Last of the First Réal. Anja Baron et Al Vollmer, 2004

Affiche du film documentaire The Last of the First
Réal. Anja Baron et Al Vollmer, 2004

Dans le film documentaire The Last of the First (2004), on vous voit annoncer la mort de Laurel Watson au groupe et les musiciens bouleversés par cette nouvelle.

Oh, oui! Laurel n'avait pas de famille. Après sa mort, j'ai dû vider son appartement. Il y avait un de ces désordres. Pendant un moment, on n’a pas eu de chanteuse. Je cherchais des chanteuses issues de l'Eglise noire. Et j'ai rencontré Ruth Brisbane qui avait chanté à l'Eglise de Brooklyn.

Le blues a toujours été le cœur du groupe.

Bien sûr! Si j'entendais quelqu'un capable de jouer du blues, j'essayais de le faire entrer dans le groupe. (Rires) Si je cherchais un clarinettiste, je ne voulais pas qu’il sonne comme Benny Goodman mais comme Johnny Dodds. (Rires) J'aurais adoré avoir Russell Procope, mais c’était inenvisageable. Il gagnait trop d'argent avec Ellington. Une fois, à l’époque où Clyde Bernhardt était dans le groupe et chantait le blues, la femme de George James est venue me dire: «Al, ne jouez pas trop de blues. Nous essayons de nous en éloigner.» Lorsque vous vivez dans une culture qui dévalorise la culture noire, les Noirs décident que leur musique ne vaut rien.

Au cours des dernières années, vous avez fait appel à de jeunes musiciens pour prendre la relève. Qui avez-vous recruté?

Shelton Gary (1943-2009) était un protégé de Jo Jones. Il m’avait répété ce que Jo Jones lui avait dit: «Ne joue jamais quand tu es en colère. Ton jeu s’en ressentirait.» Shelton était plus jeune, mais il cadrait bien avec le groupe. Même chose avec Ronnie Cole. C'était un batteur incroyablement bon. Il pouvait vraiment soutenir un orchestre. Son père, Rupert Cole (as, cl), avait joué avec Louis Armstrong. Une fois, il m’a présenté son père. J’étais heureux de faire sa connaissance. Michael-Max Fleming a été le contrebassiste de Mary Lou Williams pendant deux ans. Malheureusement, elle ne le mentionne pas dans son autobiographie, Morning Glory. Le premier concert de Michael-Max à New York, c’était avec Lee Blair, le joueur de banjo gaucher qui avait enregistré avec Jelly Roll Morton. Il a également travaillé avec Sammy Davis.

Vous avez également engagé Joey Morant.

Ah, oui! C’est toute une histoire! Dans les années 1990, nous avons été engagés pour un concert donné sur une terrasse d’un immeuble, près de Times Square. Soudain, un jeune homme arrive, me pousse presque pour rejoindre les musiciens et se met à jouer de la trompette. (Rires) Il jouait incroyable! Nous n’avions pas de trompettiste à l’époque. C’était saxophone, guitare, piano, contrebasse, batterie et peut-être un chanteur. Je me souviens avoir regardé Al Casey, qui m’a regardé à son tour comme s’il me disait: «Ne laisse pas ce type repartir!» Tout à coup, le type part. Nous voyons qu’il monte dans une limousine blanche. C'était Joey Morant! (Rires) J'ai réalisé à quel point il était un trompettiste formidable. Puis, il a rejoint le groupe. (Rires) Une fois que nous l'avons eu, il a donné une autre saveur au groupe. Il était un trompettiste dynamique, connaissait tout le gospel, et admirait Louis Armstrong. Nous avons joué «Strutting With Some Barbecue» grâce à lui.

Quelles autres couleurs les musiciens ont-ils apporté au HBJB?

Avec Clyde, l’orchestre sonnait d'une certaine manière. Avec Eddie Durham, nous étions plus à l'ère du swing. Puis, il y a eu Haywood Henry (ss, as, ts, bar, cl). Jusque-là, nous n’avions pas de baryton. Il jouait aussi de la clarinette. Avant lui, nous n’avions pas de clarinette. Avec Eddie Chamblee, nous avions un ténor très groovy à la place de George James à l'alto. Après cela, j'ai toujours gardé un sax ténor.

Joey Morant (flh) et Kenny Lee (tp), soirée annuelle des Friendly 50, Alhambra Ballroom, Harlem, 2019 © Albert Vollmer by courtesy
Joey Morant (flh) et Kenny Lee (tp), soirée annuelle des Friendly 50,
Alhambra Ballroom, Harlem, 2019 © Albert Vollmer by courtesy

Qui est l’aîné de l’orchestre maintenant?

Il n'y a plus personne de l’époque que j’ai essayé de raviver.

Qui sont les membres du groupe aujourd’hui?

Au trombone, il y a Art Baron. A 23 ans, il accompagnait Cootie Williams dans la section des cuivres de l’orchestre de Duke Ellington. Il est le seul véritable lien avec la période que j'ai voulu raviver. Au ténor, Ray Blue. Ray a un merveilleux pianiste du nom de Sharp Radway. Je fais aussi appel à Danny Mixon. A la contrebasse, Belden Bullock ou Essiet Okon Essiet. A la batterie, John Cooksey ou Alvester Garnett, car Jackie Williams a décidé de ne plus jouer. Il a joué avec Teddy Wilson, Earl Hines, etc. 

Comment voyez-vous l'avenir du HBJB?

J’ai fait ça pendant si longtemps. J'ai peut-être besoin d'un peu de repos. Nous avons fait tout cela par nous-mêmes. C’était beaucoup de travail. Je m’occupais des tournées, de toute l’organisation, mais aussi de conduire les musiciens aux gigs et les ramener après, etc. Tout cela, en dirigeant un cabinet dentaire très fréquenté, en entretenant deux maisons, etc. Sans oublier la vie de famille. 




Dot Vollmer et Hayes Alvis (b),
première Jazz Party chez les Vollmer, Larchmont, NY, 1970 © Albert Vollmer by courtesy


Votre femme Dot était-elle amatrice de jazz?

Pas vraiment, mais elle a appris à apprécier cette musique et elle aimait les musiciens. Elle aimait la musique classique. Elle jouait du piano, Chopin en particulier. Je l'ai soutenue et elle m'a soutenu. Elle mérite des éloges! Il y a beaucoup d'épouses qui ont même empêché les musiciens de jouer. Dès notre rencontre, elle m’accompagnait dans des clubs de jazz. Sa mère me laissait faire ça parce que je ne buvais pas. Puis, nous prenions le dernier train depuis la gare Grand Central.

Votre fille Lisa aimait-elle le jazz?

Lisa aimait Pink Floyd, Blondie, Led Zeppelin, les Rolling Stones, etc. Elle respectait mon intérêt pour le jazz. Une fois, je lui obtenu l’autographe de Mick Jagger. En 1985, le HBJB jouait pour Ahmet Ertegun, cofondateur d'Atlantic Records, pour son 25e anniversaire de mariage au Village Gate. Il m'avait demandé d'augmenter le groupe. Donc, j'avais engagé Eddie Barefield et Buddy Tate au ténor. Quel orchestre! Le lendemain, j'ai dit à ma fille que j’avais croisé Mick Jagger à la fête. Il portait un smoking avec des chaussettes bleu clair. (Rires) Elle m'a dit que j'aurais dû demander son autographe. A cette époque, le HBJB jouait dans un spectacle appelé «Jitterbug Jazz at the Village Gate», avec Mama Lu Parks et ses danseurs. Mick Jagger voulait faire un numéro pour MTV avec les danseurs. Je suis arrivé à la fin de la répétition. Juste au moment où Mick Jagger était sur le point de partir, je l’ai abordé et j'ai dit que j'étais la fête d’Ertegun. Il m'a signé un autographe pour ma fille. (Rires)

Dernier-concert du HBJB avant le covid, de g. à d.: Sharp Radway (p), Ray-Blue-(ts), Essiet Okon Essiet (b),  Art Baron (tb), John Cooksey (dm), New Rochelle Public Library, NY, 23 février 2020 © Albert Vollmer by courtesy
Dernier-concert du HBJB avant le covid, de g. à d.: Sharp Radway (p), Ray Blue (ts), Essiet Okon Essiet (b),
Art Baron (tb), John Cooksey (dm), New Rochelle Public Library, NY, 23 février 2020 © Albert Vollmer by courtesy


Quand aura lieu votre prochaine jazz party?

Le 25 avril. Nous fêterons trois anniversaires. Celui de Gina Reder, qui animait les Monday Jam Sessions à la Jazz Foundation of America, née le 16 avril. Celui de la chanteuse Shailah Edmonds, née le 17. Et le mien, le 23. J’aurai 92 ans. Le groupe se composera de Ray Blue, Loren Schonberg (ts), Sharp Radway (key), Essiet Okon Essiet (b) et John Cooksey (dm).

Bonne Jazz Birthday Party de la part de Jazz Hot !!!


1. Le HBJB sur le premier enregistrement de 1973, More Blues & Jazz From Harlemproduit par Al Vollmer, comprend en outre sur certains thèmes Adolphus Doc Cheatham (crt), Charlie Holmes (as), Gene Mikell (ts), Happy Caldwell (ts), Cozy Cole (dm).

2. Idée fausse et maladroite d'Al Vollmer. Beaucoup d'amateurs de par le monde et particulièrement en Europe et aux Etats-Unis ont donné et donnent encore de leur temps, de leur argent et de leur amour pour le jazz, pour partager cette musique et faire que ces musiciens soient particulièrement bien traités: des amateurs, dans le cadre d'associations très nombreuses dont les hot clubs sont les plus anciens –et bien avant l'époque des festivals subventionnés–, comme des professionnels dont les plus célèbres sont George Wein et Norman Granz, et il y en eut également beaucoup d'autres, parfois spécialisés dans le blues ou dans un courant du jazz.

3. Autre idée fausse d'Al Vollmer. Le jazz devint même un des vecteurs diplomatiques officiels des Etats-Unis au-delà du rideau de fer à partir de 1956. Dizzy Gillespie, l'un des premiers, et Thad Jones/Mel Lewis (avec Dee Dee Bridgewater) en 1972, organisé par Max Gordon. La Pologne a régulièrement invité des musiciens de jazz venant d'Occident.

4. Barney Josephson (1902-1988), un aîné d'Al Vollmer dans l'organisation, n'avait pas à redécouvrir qui que ce soit, il connaissait très bien le jazz, ayant ouvert le Café Society dès 1938, avec Billie Holiday et une volonté affirmée d'intégration: «I wanted a club where blacks and whites worked together behind the footlights and sat together out front... here wasn't, so far as I know, a place like it in New York or in the whole country.» (Je voulais un club où les noirs et les blancs travaillaient ensemble derrière les feux de la rampe et s'asseyaient ensemble devant ... il n'y avait pas, à ma connaissance, un endroit comme celui-ci à New York ou dans tout le pays.) Billie Holiday a chanté pour l’ouverture du Café Society en 1938 et pendant neuf mois. Barney Josephson avait imposé que l'interprétation de «Strange Fruit» se déroule en fin de set, sans rappel, sans aucun service, la pièce dans l'obscurité avec un projecteur sur le visage de Billie Holiday. Outre Billie Holiday, les artistes fétiches de Barney étaient Mary Lou Williams, Helen Humes, Alberta Hunter, Big Joe Turner pour les voix et Teddy Wilson, Ellis Larkins, pour les pianistes. Après un arrêt en 1950, il avait redémarré une activité à la fin des années 1960.

5. Le Révérend John Garcia Gensel (Juan Garcia Valez, 1917-1998), est un inconditionnel du jazz depuis 1932 et à cause de Duke Ellington qu'il vénérait. En 1965, il avait été nommé «Ministre de la communauté du jazz», et les parties musicales de son activité («Les vêpres du jazz») qu'il organisa devaient permettre aux artistes musiciens de venir à l'Eglise St. Peter sur Lexington Avenue. Il organisait également, une fois par an, les «All Nite Soul», une jam session à St. Peter. Il a été également un acteur de la lutte pour les Droits civiques.

SITE: www.harlembluesjazzband.com


*

THE HARLEM BLUES AND JAZZ BAND 

Since 1973

Concert sur le toit d’un immeuble situé entre 5th Avenue et 109th Street, NYC, 2012, de g. à d., Bill Wurtzel (g),  Joey Morant (tp), Zeke Mullins (p), Michael-Max Fleming (b), Fred Staton (ts) © photo X by courtesy of Albert Vollmer
Concert sur le toit d’un immeuble situé entre 5th Avenue et 109th Street, NYC, 2012, de g. à d., Bill Wurtzel (g), 
Joey Morant (tp), Zeke Mullins (p), Michael-Max Fleming (b), Fred Staton (ts) © photo X by courtesy of Albert Vollmer 


Les anciens membres de l’orchestre et les musiciens ayant travaillé souvent avec le HBJB sont signalés par un astérisque. Les autres sont des guests (invités).

VOC: Clyde Bernhardt*, Ruth Brisbane*, Gwen Cleveland, Sharon Fisher, Adelaide Hall, Nora Lee King*, Vinny Knight, Norman Mapp*, Joey Morant*, Cecil Morgan, Miss Rhapsody* (Viola Wells), Annette St. John*, Maxine Sullivan*, Madame Pat Tandy, Laurel Watson*, Princess White*, Edith Wilson

TP: Al Bryant, Barry Bryson, Jack Butler, Bill Dillard*, Leon Eason, Johnny Letman*, Joey Morant*, Jimmy Owens, Ed Polcer*, Sweet Willie Singleton*, Irvin Stokes, Johnny Van Breedam, Joe Wilder, Fred Smith*, Bobby Williams*, Franc Williams*

TB: Art Baron*, Clyde Bernhardt*, Eddie Bert, James Buxton*, Dick Dreiwitz, Eddie Durham*, Herb Gardner, Arthur Hamilton, J. C. Higginbotham, Shorty Horton, Rick King, George Matthews, Bobby Pring*, Ole Fessor Lindgreen (DK), Clarence Candy Ross*, Bill Spilka, Alonzo Stewart, Lajos Van Peteghem (BEL), Ronald Wilkins*, Roy Williams (GB), Kiane Zawadi (Bernard McKinney)

SAX: Harold Ashby, Eddie Barefield (ts), Ray Blue* (ts), David Bubba Brooks* (ts), Scoville Toby Browne (as), Albert Happy Caldwell (ts), Eddie Chamblee* (ts), Bill Easley (ts), Earl Edwards (ts, cl), Percy France (ts), Charles Frazier (as, ts), Haywood Henry* (ss, as, ts, bar, cl), Charlie Holmes* (as), George James* (as), Howard Johnson (as), David Lee Jones* (as), George Kelly*, Wyn Lodwick (cl) (GB), Calvin Lynch* (ts), Max Lucas (ts), Eugene Mikell (ts), Michel Pastre (ts), Hack Rightor (ts), Fred Staton* (ts), Carol Sudhalter (ts), Buddy Tate (ts), Lonnie Youngblood Thomas (ts), Benny Waters (as, ts), C. I. Williams* (as) 

G: Al Casey*, Lawrence Lucie*, Peter Meyer, Justin Poindexter, Bill Wurtzel*

CELLO: Yo-Yo Ma

VLN: Sal Dentici

P: Charles Bateman*, Sammy Benskin*, Horace Brown*, George Caldwell, Reuben Jay Cole*, Champion Jack Dupree, Jimmy Evans*, Chuck Folds, Herman Foster, Conrad Frederick, Stan Greig* (GB), Bertha Hope*, Claude Hopkins, Dill Jones*, Emme Kemp, Brooks Kerr, Earl Knight, Les Kurtz, Harold Mabern, Lloyd Mayers*, Jay McShann, John Miller*, Danny Mixon*, Reynold Zeke Mullins*, Stash O’Loughlin, Kelly Owens*, Dwight Sharp Radway, Roger Ram Ramirez*, Charles Red Richards*, Gene Rodgers*, Loren Schoenberg (ts, p), Edwin Swanston*, Bross Townsend*, Richard Wyands

B: Lisle Atkinson, Belden Bullock*, Jimmy Butts, Leon Dorsey*, Essiet Okon Essiet*, Al Hall*, Michael-Max Fleming*, Buck Jones, Alex Layne*, Jimmy Lewis, Marcus McLaurine, Carline Ray, Ivan Rolle*, Ted Mohawk Sturgis, Johnny Williams*, Vishnu Wood

DM: Harold Austin, Tommy Benford*, Johnny Blowers*, Herman Bradley, Percy Brice, Cozy Cole, Ronnie Cole, John Cooksey*, Michael Dawson, Belton Evans*, Shelton Gary*, Oliver Jackson, Khalil Mhrdi, Pete Morgan, Bernard Pretty Purdie, Jackie Williams


*

THE HARLEM BLUES AND JAZZ BAND & JAZZ HOT

Clyde Bernhardt:
n°278-1971
Doc Cheatham: n°41-1950, n°359-1979
Eddie Durham: n°26-1938, n°34-1949
J.C. Higginbotham: n°18-1947
Charlie Holmes: n°26-1938, n°13-1936
Bertha Hope: n°673-2015
Danny Mixon: n°331-1976
Joey Morant: n°614-2004
King Oliver: n°24-1938
Jimmy Owens: n°671-2015
Ed Polcer: n°626-2005
Roger Ram Ramirez: n°18-1937
Maxine Sullivan: n°31-1939

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VIDEOGRAPHIE

Al Vollmer, image extraite du YouTube du Film The Last of the First, d’Albert Vollmer et Anja Baron, 2004
Al Vollmer, image extraite du YouTube de l’interview par Monk Rowe le 6 août 2017 à Hartford, NY 
Fillius Jazz Archive, Hamilton College, Clinton, NY


1980. Bobby Williams (tp), Eddie Durham (tb), George James (as), Charles Frazier (ts), Ram Ramirez (p), Johnny Williams (b), Tommy Benford (dm), Dresden Dixieland Festival, République Démocratique d’Allemagne, mai

1985. Bobby Williams (tp), Heywood Henry (cl, sax), Al Casey (g), Stan Greig (p), Johnny Williams (b), Belton Evans (dm), Yverdon, Suisse, 20 juin

1985. Bobby Williams (tp), Jim Shepherd (tb), Haywood Henry (ts), Al Casey (g), Stan Greig (p), Johnny Williams (b), Belton Evans (dm), Duisbourg, République Fédérale d’Allemagne, juillet

1986. Bobby Williams (tp), Michael Gray (tb), Al Casey (g), Stan Greig (p), Johnny Williams (b), Johnny Blowers (dm), Hambourg, République Fédérale d’Allemagne, NDR3, 16 mai
https://youtu.be/g6gKFnb4Cqk

1986. HBJB avec la Compagnie Mama Lu Parks (The Savoy Lindy Hoppers), Eddie Durham (tb), Laurel Watson (voc), Jack Hammer (mc), Jitterbug Jazz, Village Gate (Greenwich Village), New York, NY

1987. Bobby Williams (tp), Jimmy Buxton (tb), George Kelly (ts), Lawrence Lucie (g), Sammy Benskin (p), Johnny Williams (b), Johnny Blowers (dm), Laurel Watson (voc), Al Vollmer présente les musiciens du HBJB, Jazz à Vienne, France, 8 juillet

1990. Johnny Letman (tp), George Kelly (ts), C.I. Williams (as), Al Casey (g), Sammy Benskin (p), Johnny Williams (b), Johnny Blowers (dm), Jazz Ascona, Suisse, ZDF

1990. Fred Smith (tp,flh), Candy Ross (tb), C.I. Williams (as), Al Casey (g), Sammy Benskin (p), Johnny Williams (b) Johnny Blowers (dm), Laurel Watson (voc), Leverkusen, Allemagne

1991. Erskine Hawkins (tp), Johnny Letman (tp), Candy Ross (tb), George Kelly (ts, as), Lawrence Lucie (g), Richard Wyands (p), Johnny Williams (b), Johnny Blowers (dm), Laurel Watson (voc), Harlem, Hank O’Neal’s studio/Broadway, NYC, et Rudy Van Gelder’s studio-Englewood, NJ, 15-17 juillet, Memories of Harlem 1992, Erwin Leiser Producteur

2004. Film The Last of the First, d’Albert Vollmer et Anja Baron, sortie le 2 mai, Kenja Media Productions, USA

2013. Concert au Kulturcentrum Ronneby Konsthall, Ronneby, Suède
Willie Singleton (tp), Art Baron (tb), Gunhild Carling (tp, tb, voc), Ray Blue (ts), Zeke Mullins (p), Michael-Max Fleming (b), Jackie Williams (dm), 2 juillet

2013. Willie Singleton (tp), Art Baron (tb), Ray Blue (ts), Bill Wurzel (g), Zeke Mullins (p), Michael-Max Fleming (b), Jackie Williams (dm), Al Vollmer (présentation), Jazzens Museum, Strömsholm, Suède 7 juillet

2013. Crocus City Hall, Moscou, Russie, 13 décembre

2017. 
Interview par Monk Rowe le 6 août 2017 à Hartford, NY - Fillius Jazz Archive, Hamilton College, Clinton, NY
https://www.youtube.com/watch?v=cctRUZAJeDM

2019. Al Vollmer's 90th Birthday Celebration, New York, NY , Joey Morant, Ed Polcer (tp), Art Baron (tb), Bobby LaVell (ts), Bill Wurtzel (g), Zeke Mullins, Danny Mixon (p), Alex Layne, Michael-Max Fleming (b), Bernice Brooks (dm), 24 avril
https://www.youtube.com/watch?v=lIXQsvhTf9w

2019. Jam session du lundi au Local 802, New York, 25 novembre


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