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31 octobre 2017

La société totalitaire en marche

Sous nos yeux est en train de se mettre en place, à l’échelle de l’Europe et du monde, une société totalitaire sous le talon de fer de l’oligarchie. Macron vient de signer sur son bureau Louis XV, comme un autre Trump, des lois liberticides qui préparent un lit très confortable pour le fascisme oligarchique et financier dont il est l’émanation, pendant qu’un responsable politique de l’Etat de Catalogne, pacifiste, pas même arrêté par l’Etat espagnol au moment de cet écrit, est déjà poursuivi comme s’il était en fuite par une presse aux ordres de l’oligarchie, alors qu’on disait l’espace européen libre de circulation. On est capable de se vautrer dans le droit d’asile pour une immigration de la misère utile à l’industrie allemande et européenne pour casser les lois du travail, ou pour des dictateurs de tous les horizons, mais pas pour un homme politique pacifiste, et cette presse au service de l’oligarchie fait déjà la chasse à un leader politique élu, simplement parce qu’il a appliqué son mandat confirmé par un référendum où tout le monde pouvait librement s’exprimer, en dépit de la police espagnole et du pouvoir de Madrid, seuls responsables des désordres et des tensions, avec la complicité européenne unanime.

De la même façon, en plus tragique, on refuse également aux Kurdes l’indépendance encore votée à une majorité écrasante parce que la communauté internationale trahit ses engagements pris dans la lutte contre l’Etat Islamique pour se ranger aux côtés de quatre dictatures (Iran, Irak, Syrie, Turquie). Le commerce et les pouvoirs forts ont le soutien inconditionnel de l’oligarchie mondialisée et de ses fers de lance (USA, Allemagne, Russie, Chine).

Comme on peut encore le dire, et que la situation est grave, disons-le. Les votes, quand ils ne conviennent pas à l’oligarchie, sont systématiquement contournés (référendums européens de France, Irlande, Hollande, votes grec, portugais, italien, catalan, kurde…). Même la Grande-Bretagne ne parvient plus à se sortir des griffes de cette Europe, coincée entre le vote populaire intuitivement salutaire de sortie et l’oligarchie interne et mondiale qui travaille à punir et à infantiliser le peuple anglais pour cette audace avec le soutien de la presse européenne unanime. Le temps où l’on peut seulement penser-rêver à des alternatives, le temps du totalitarisme est déjà là, même si la gangrène est acceptée comme elle le fut dans les années trente car la plupart des peuples ne meurt pas de faim. La Grèce et maintenant la Catalogne, la Grande-Bretagne et le Kurdistan en donnent la traduction.

Dans la crise catalane, avec cette indépendance républicaine (doublement votée, par un référendum et une assemblée légitimement élue) déjà promise à la répression, on sait déjà que le prochain vote organisé sous la botte de Madrid n’aura aucun caractère démocratique: parce que l’oligarchie européenne et mondiale met déjà tout son poids de menaces, de médias et son chantage financier derrière Madrid. Là, les «observateurs» européens garantiront le bon déroulement du scrutin sans rappeler les conditions de peur et de menaces qui l'entourent.

En France, comme en Espagne, on ne parle pas des manifestations de soutien à la République de Catalogne, et de l’extrême-droite à la gauche socialiste, on condamne la République catalane.
Les communistes et les insoumis ne se souviennent même pas de leur histoire d’Europe et de leur solidarité prolétarienne pour rappeler l’émanation franquiste de la royauté espagnole, de l’Etat et de la constitution espagnols; pour rappeler également que l’Europe, sous la pression de l’Allemagne poursuivant le rêve hitlérien hégémonique et éternel par d’autres moyens, a encouragé il y a une vingtaine d’années à peine la sécession dans des conditions non démocratiques de la Croatie, Slovénie, etc. (Yougoslavie), et de la Slovaquie (Tchécoslovaquie), d’Etats constitués depuis la dernière guerre, et encouragé, il y a peu, la subversion en Ukraine d’un gouvernement légalement élu, provoquant déjà deux guerres en Europe (les Balkans et l’Ukraine).
La Communauté européenne, facteur de paix, est une illusion, d’autant que d’autres guerres, plus loin (Libye, etc.), lui doivent aussi beaucoup, parce qu’effectivement le commerce des armes est un des fondements de la puissance, de la violence de l’oligarchie, de «la violence des riches» dont parlent nos sociologues résistants (Monique Pinçon-Charlot-Michel Pinçon), même en Europe et en France.

L’apathie relative des peuples, sonnés par cette régression démocratique à grande vitesse dans toutes les dimensions de leur quotidien, ou simplement anesthésiés par une surconsommation –de mauvaise qualité–, s’explique aujourd’hui par des outils de propagande d’une puissance sans commune mesure avec celle de la propagande fasciste des années 1930, et sur une planète qui «s’étroitise» chaque jour, entièrement sous la coupe policière de l’oligarchie, sans refuge aucun pour les individus qui s’y opposent. Les lanceurs d’alerte sont d’ailleurs en résidence surveillée permanente quand ils ne sont pas en prison ou sous tutelle comme les quelques «audaces» démocratiques (Grèce, Espagne, Grande-Bretagne, Portugal).

«Les temps sont difficiles», comme disait Léo Ferré, pour la Démocratie et la République. A peine 70 ans après ce qu’on pensait être la victoire sur le totalitarisme (1945), on en est déjà venu à la mise en place de cette société totalitaire dont cherchaient à nous prémunir-prévenir les Franz Kafka, Jack London, George Orwell, Pier Paolo Pasolini, et plus largement quelques autres «opposants», qui avaient d’autres fers au feu et ont fait leur devoir d’humain, comme Martin Luther King, Winston Churchill et les nombreux militants de la cause humaniste, les résistants, les combattants, les féministes, qui ont tenté de tirer l’avenir de la planète vers plus de démocratie.

L’horizon et même la ligne de fuite comme disent les dessinateurs, ne sont plus perceptibles par l’absence d’alternative –l’impératif démocratique est l’alternative– et ce n’est pas avec le poids démographique qui s’accroît de jour en jour qui organise la dépendance (le Pape, en bon soldat de l'oligarchie, vient encore d’appeler à la procréation), que cette planète va pouvoir changer le cours de son histoire. Sur ce sujet comme sur les autres, l’absence de pensée alternative tue la planète et ramène l’espèce humaine en deçà de son niveau de liberté qu’elle possédait en sortant des cavernes. A l’époque, si tout n’était pas confortable, tout était possible. Même le pire et c'est ce qui est arrivé.

Yves Sportis

© Jazz Hot n°682, automne 2017