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Nicole Johänntgen ©André Henrot by courtesy


Nicole JOHÄNNTGEN


Introducing

Nicole Johänntgen est née le 4 septembre 1981, à Fischbach, au Luxembourg, à 60 km de la frontière française. Saxophoniste alto et soprano, elle s’exprime principalement dans un registre mêlant jazz-rock, musique improvisée et musiques du monde. Assumant avec naturel cette ouverture, elle prend plaisir à ces découvertes jusqu'au jazz straight-ahead en jam-session (Ystad, Suède).

Installée à Zurich depuis 2005, cette disciple de Dave Liebman est également active sur le plan pédagogique. Elle a ainsi eu l’idée de créer un programme international de soutien aux instrumentistes féminines, SOFIA (Support of Female Improvising Artists), pour développer la maîtrise des outils professionnels dans le développement de leur carrière et pour constituer des formations féminines qui tournent en festival.

Nicole Johänntgen s'installe en mars 2016 à New York, pour une résidence de six mois, et elle se propose de composer…

Propos recueillis par Jérôme Partage
Photos André Henrot, Michel Renaux, Markus Fagersten by Courtesy

© Jazz Hot n°675, printemps 2016


Nicole Johänntgen ©Michel Renaux by courtesy


Jazz Hot: D’où venez-vous?

Nicole Johänntgen: Je suis née à Fischbach, au nord de Strasbourg. Ma mère est française, née à Montcaup (Pyrénées-Atlantiques) et mon père est originaire du sud-ouest de l’Allemagne, avec des racines scandinaves. Il joue du trombone et de la guitare en amateur; il chante également. Toute petite, mes parents m’ont mise devant un piano. Je me souviens que j’appuyais sur les touches en me disant: «C’est un joli son.» Mon frère étudiait le piano classique; c’est donc naturellement que j’ai commencé l'apprentissage du piano, à l’âge de 6 ans, dans une école de musique. Mais travailler l’instrument ne m’amusait pas. Mes parents me poussaient à continuer. A 12 ans, j’ai vu un concert à la télévision avec Candy Dulfer. J’ai adoré l’énergie de la musique, et j’ai particulièrement été séduite par le saxophone. J’ai compris que c’était vers cet instrument que je voulais me tourner. Un an après m’être mise au saxophone, j’ai commencé à jouer avec mon père dans un orchestre de bal. J’ai voulu approfondir mon apprentissage, et mon copain de l’époque m’a suggéré de présenter ma candidature pour intégrer une école de jazz. J’ai été admise, et j’ai ainsi étudié le saxophone pendant quatre ans, puis l’arrangement et la composition pendant deux ans. A ce moment-là, je n’étais pas focalisée sur la musique comme je le suis aujourd’hui. Je voulais avant tout explorer des tas de choses, faire des échanges culturels. J’ai eu le déclic après mes études, en 2009. Quelque chose m’a submergée pendant que je jouais. Subitement, j’ai réalisé que la musique était tout pour moi. Je voulais jouer, jouer devant un public et avec d’autres musiciens pour recevoir leur énergie.

Quelle a été votre première influence?

Candy Dulfer! (Rires) Ce concert à la télévision c’était funky, groovy, tellement vivant. Il y avait quelque chose de magique là-dedans qui m’a touchée. Ensuite, ça a été Cannonball Adderley. Pour la profondeur de son jeu. Puis Dexter Gordon, John Coltrane que j’ai commencé à étudier quand j’avais 21 ans, au soprano. C’était incroyable… C’est à cause de lui que, pour moi, l’alto et le soprano sont comme le jour et la nuit. L’alto étant le jour et le soprano la nuit.

Votre mentor est Dave Liebman…

Oui. J’ai bénéficié de son enseignement, et j’ai adhéré à sa vision des choses. Je l’ai rencontrée en 2002 à Helsinki, j’avais été envoyée en stage pour une semaine par mon école. Ça a été une expérience déterminante. Il a une telle expression quand il joue. Il ressent chaque note. Il m’a permis de libérer ce qu’il y avait en moi, ce cri que je pouvais exprimer avec mon saxophone. Son expression m’a énormément influencée.

Vous avez par ailleurs suivi une master class avec Phil Woods…

J’ai pris une leçon avec lui. J’avais gagné un concours Yamaha, et donc j’ai eu doit à une leçon avec Phil Woods. Il a été comme un père. Il m’a montré l’improvisation, les racines. C’était fantastique!


Jan Lundgren et Nicole Johänntgen, Jazz Festival d’Ystad 2015 ©Markus Fagersten by courtesy of Ystad Jazz Festival


Comment s’est déroulé votre début de carrière?

Je me produisais avec mon groupe, Nicole Jo, que j’avais créé en 1998 avec mon frère Stefan (claviers). Et je jouais également dans d’autres groupes. J’avais des propositions pour jouer en Suisse, mais c’était dans des formations acoustiques, et je n’étais pas encore prête pour jouer acoustique.

En quoi consiste le projet SOFIA?

Ce projet est à deux niveaux: un groupe qui se produit en différents endroits et un programme pédagogique. Quand j’emmène le groupe dans un festival, bien sûr on joue ensemble, et on prend du plaisir, mais c’est aussi l’occasion d’établir des contacts, d’étendre nos réseaux individuels. Puis, chacune repart de son côté pour faire sa musique. Car chaque membre du groupe dirige ses propres formations. Le volet éducatif consiste en une semaine de cours, une fois par an; la deuxième a eu lieu en février dernier. On a  travaillé avec des musiciennes de différents pays: France, Italie, Autriche, Suisse et Allemagne. Nous sélectionnons une personne de chaque pays qui vient à Zurich suivre nos ateliers sur l’autogestion, le booking, la promotion, tout ce que vous devez faire quand vous sortez de l’école: comment trouver des engagements? comment se faire connaître? Et nous disposons de professionnels qui peuvent aider les artistes sur chacun de ces domaines, leur expliquer comment le business fonctionne, leur faire part de leur expérience.

Vous êtes à l’origine de ce projet…

Oui. J’ai travaillé avec Claudio Cappellari, qui est le patron du jazz-club Moods à Zurich. Notre collaboration est très importante; je suis très occupée, je voyage beaucoup, je fais beaucoup de choses par moi-même, et donc son aide est précieuse. Mon modèle, c’est Dave Liebman. Il est à la fois un musicien et un pédagogue: il écrit des livres, il dirige des master classes, et il a fondé l’International Association of Schools of Jazz. C’est quelqu’un de très important pour moi. J’ai voulu suivre son exemple: jouer et enseigner. Je veux pouvoir tout faire, y compris fonder une famille un jour. Beaucoup de gens m’ont aidé et je voulais rendre ce que j’ai reçu, transmettre ce que j’avais appris par moi-même. J’ai aussi eu l’occasion de travailler avec des enfants, notamment à travers le Kids Jazz Club, en Suisse: je faisais improviser de jeunes enfants qui n’avaient jamais joué auparavant sur des films muets. Je mène des actions assez variées sur le plan pédagogique. C’est une dimension qui est très importante pour moi.

Pensez-vous qu’il est plus difficile pour les femmes de construire une carrière?

Je ne peux pas donner de réponse à cette question. Certains disent que c’est plus facile pour les femmes: elles n’ont qu’à jouer sur la séduction et ça fonctionne. Mais c’est un vieux cliché. Je pense qu’hommes et femmes sont à égalité. Bien sûr, il y a plus de musiciens que de musiciennes, mais ce qui change c’est que les festivals, les organisateurs de concerts veulent avoir aussi des femmes dans leur programmation. De fait, un festival qui ne programmerait pas de femmes aujourd’hui, ce serait étrange. Au final, ce qui compte, c’est l’égalité entre hommes et femmes. Ça fonctionne comme ça dans la vie, alors pourquoi pas dans la musique? Je me demande juste parfois, dans certaines situations, si mon cachet n’est pas moindre que celui qu’aurait touché un homme.  

2015


Pensez-vous qu’il y a une expression jazz typiquement européenne, différente de l’expression américaine?

Je ne sais pas, je ne peux pas vous répondre. Je pars bientôt pour six mois à New York. J’ai obtenu une bourse d’étude la ville de Zurich pour y séjourner. Je pourrai peut-être vous répondre à mon retour!

Parlez-nous de votre dernier album…

Montcaup 1 est ma première production suisse et mon premier disque avec un groupe acoustique. Il y a notamment un joueur de oud égyptien sur ce disque, Nehad El Sayed: la rencontre entre le saxophone et le oud est très belle.  Pour moi, c’est avant tout la différence entre basse électrique et contrebasse qui fait la différence entre jazz électrique et jazz acoustique. Mes racines, c’est le jazz électrique, c’est ce que j’ai dans la tête. Le jazz acoustique me touche d’une autre façon, et je veux également explorer cette dimension. C’est pourquoi je ne veux pas jouer dans un seul groupe. J’apprends en permanence et je suis toujours prête à dévorer de nouvelles choses!


1. Cf. rubrique disques.



CONTACT: www.nicolejohaenntgen.com

DISCOGRAPHIE
Leader

CD 2015. Moncaup, Household Ink Records 149

Nicole Jo Group
CD 1999. Needs 2B Funky, Fujo, autoproduit

CD 2001.
Needs 2B Funky, Facts, autoproduit
CD 2004.
Needs 2B Funky, Jam 4, autoproduit
CD 2007.
Needs 2B Funky, 4 Ever, autoproduit
CD 2011. Go on, autoproduit
CD 2014. Colours, autoproduit

199920012004







2007

2011

2014







VIDEOS

2012. Rémi Panossian Trio feat. Nicole Johänntgen, Festival Jazz à l’Etage (reportage France 3 Bretagne)
Rémi Panossian (dm), Shimrit Shoshan (p), Nicole Johänntgen (ss)
https://www.youtube.com/watch?v=YAxG09tEp_o


2014. Nicole Jo, «Come Together», Da Jazz Festival (Saint-Moritz, Suisse)
Nicole Johänntgen (as), David Beer (g), Rodrigo Aravena (elb), Jonas Ruther (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=WSfSXcZzzdk


2015. Nicole Johänntgen Quintet, JTI Trier Jazz Award (Trèves, Allemagne)
Nicole Johänntgen (ss), Marc Mean (p), Thomas Lähns (b), Bodek Janke (dm), Nehad El Sayed (oud)
https://www.youtube.com/watch?v=QfHB7ZdMh-8


2016. Nicole Johänntgen (as, ts, ss, bs), «Take the Steam Train»
https://www.youtube.com/watch?v=cOv7i_eCnMA

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