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Philippe Fréchet

Le jazz et la plume




Philippe Fréchet devant le stand de Jazz Hot au festival Jazz à Foix (2014) © Yves Sportis


Il y a des rencontres qui ne laissent pas indifférent, où la passion reste le moteur de la vie. Tel semble être la devise de Philippe Fréchet, un hédoniste qui cultive avec discrétion son amour des lettres et de la musique. Né en 1952 dans la banlieue parisienne, ce normalien est venu au jazz par la musique contemporaine, en découvrant Coltrane, l’Art Ensemble of Chicago et Mingus, avant de remonter l’histoire et devenir également un amateur avisé des big bands d’Ellington et Basie en passant par celui de Carla Bley qu’il admire pour ses arrangements et son talent d’écriture.

L’écriture, on y revient continuellement avec Philippe Fréchet, aujourd’hui retraité de l’éducation spécialisée, ayant également enseigné la philosophie et qui a fêté son quart de siècle d'éditeur avec autant de réussite éditoriale que de tranquille humanité…


Propos recueillis par David Bouzaclou
Photos Yves Sportis (Jazz à Foix 2014)


© Jazz Hot n° 669, automne 2014




Philippe Fréchet est aujourd'hui à la tête de la « Petite Université Populaire Arize Lèze »,  en Ariège, dont il évoque l’existence avec un enthousiasme communicatif :

« Aux amis de la philosophie, de l’histoire, de la littérature, des sciences, des arts...  A toutes celles et tous ceux qui aiment bien comprendre... La PUPAL, née en février 2010, est Petite, parce qu’elle se veut modeste, sans prétention et à taille humaine ; Université, parce que c’est un lieu de rencontre, d’échanges et d’accès aux connaissances ; Populaire, parce qu’elle est ouverte à toutes et à tous, sans restriction ; en Arize-Lèze, parce que nous nous réunissons dans des communes accueillantes de ces deux vallées ou des coteaux qui les surplombent (Sieuras, Castex, Campagne s/Arize, Loubaut, Le Fossat, Le Mas d’Azil, Lézat, Saint-Ybars...).

Il s’agit, pour nous, d’apprendre ensemble et d’échanger des connaissances et des réflexions, autour de la philosophie et de l’histoire, des arts et de la littérature, des sciences, de la politique et des questions de société...

L’accès à la « Petite Université Populaire Arize-Lèze » est entièrement libre et gratuit, y compris pour ceux et celles qui n’ont pas participé aux séances précédentes et sans obligation d’adhésion. Il n’est nul besoin d’être intellectuel, spécialiste (philosophe, historien, économiste, artiste ou autre) ou diplômé de quoi que ce soit pour venir : les interventions et discussions sont accessibles à tout un chacun... »

Passionné par les rapports entre jazz et littérature, Philippe Fréchet a donné sur ce sujet des conférences à travers la France depuis 1993, dont un surprenant colloque autour du philosophe franco-néerlandais Pierre Bayle (1647-1706), pour l’université Montesquieu (Bordeaux IV) : Pierre Bayle et la pensée politique de son temps, en 2010, où il avait invité le saxophoniste Jean-Louis Chautemps à proposer une performance mettant en lien jazz et philosophie. « Descartes, oui, mais des quartes augmentées ! » s’écriait le lecteur sous les improvisations du ténor, devant un public médusé. De lectures publiques en conférences, le jazz n’est jamais loin à travers son programme « Jazz en pages » et le cycle intitulé « Pour une petite histoire du jazz » accompagné d’un diaporama.



Ce qui nous amène à cette entrevue c’est bien entendu la création et la direction, pour les éditions du Limon à Montpellier, puis Paris, de la collection Mood Indigo dans laquelle douze monographies de musiciens de jazz et de blues ont été publiées de 1989 à 1996 ; avec trois prix de l’Académie du jazz (1990,1992,1994) pour le Lennie Tristano de François Billard, le Django Reinhardt de Patrick Williams (également Django d’or 1992), le Bessie Smith de Florence Martin, sans oublier le Chet Baker de Gérard Rouy (Django d’or 1993). Il faut dire que Philippe Fréchet avait déjà commis ses premiers articles dans la revue Jazz, Blues and Co de 1975 à 1980. Il récidive plus tard, de façon sporadique, pour la revue Improjazz et les Cahiers du jazz, en développant son goût pour les articles de fonds.


Depuis 1996, il dirige le domaine « Jazz, blues et musiques improvisées » de la collection Eupalinos des éditions Parenthèses à Marseille. Une activité dont il parle avec ferveur « On a publié douze livres et on s’apprête à sortir à l’automne la réédition du West Coast Jazz d’Alain Tercinet ainsi que le livre d’Alexandre Pierrepont : L’AACM, un jeu de société musical(e) ».



« On a pu également rééditer certains titres de la collection Mood Indigo, comme le Django de Patrick Williams qui avait été épuisé en deux ou trois ans. Il est ressorti quasiment tel quel, sans aucune modification de l’auteur, dont nous avons publié un autre livre sur Django, plus onirique, relevant davantage de la fiction. On a aussi failli republier le John Coltrane de Xavier Daverat, mais finalement, lorsqu’il a retravaillé son livre, il a en a fait une œuvre totalement différente, Tombeau de John Coltrane. Tombeau dans le sens poétique du terme : qui honore la mémoire.


On a également réédité des bouquins épuisés de la collection Epistrophy comme Le Cas Coltrane d’Alain Gerber, Lady Sings the Blues, l’autographie de Billie Holiday.


La création est aussi présente à travers le roman Noir, la neige de Pascal Rannou. Au départ, j’étais assez réservé sur le roman car ce n’était pas mon domaine de prédilection. Je suis directeur de collection d’essais, le roman, c’est autre chose, un autre type de travail et d’écriture que je n’ai jamais abordé. L’histoire est celle d’une trompettiste de jazz qui a réellement existé, Valaida Snow (1904-1956), évidemment peu connue du grand public, mais qui mérite de l’être. J’ai trouvé intéressant que l’auteur l’aborde sous la forme d’une fiction, un peu dans la lignée de ce que fait Alain Gerber chez Fayard. Il faut dire que l’existence de Valaida Snow s’y prête à merveille ; ce personnage ayant côtoyé Fletcher Henderson, Earl Hines, Count Basie, Bill Coleman, Chick Webb et Django. »

Si Philippe Fréchet se passionne pour le travail des auteurs, il n’envisage pas de publier lui-même : « Personnellement, cela ne me tente pas. J’écris des articles de fond sur la littérature, la philosophie, une espèce de compilation de travail de lecture et d’écriture. Ecrire un roman ou un essai ne m’a pas encore titillé ! ».


Philippe Fréchet devant le stand de Jazz Hot au festival Jazz à Foix (2014) © Yves Sportis


Reste la musique, qui est également au centre de ses préoccupations, puisqu’il a participé au début de l’aventure du festival Jazz à Foix avec son ami Eric Baudeigne : « J’habite dans le nord de l’Ariège, pas très loin de Toulouse. Je n’y vais d’ailleurs pas spécialement pour y écouter du jazz. Le jazz, on peut aussi le déguster chez soi. Lorsqu’on me demande si je suis musicien, je réponds que je suis un excellent joueur de  CD player (rires). Dans le monde de la musique, il y a les musiciens mais il faut aussi des amateurs, comme moi, qui les écoutent avec passion. Sans quoi, ils disparaîtraient. Cela se vérifie aussi avec la littérature ».

Aujourd’hui, Philippe Fréchet se demande si les écrivains ne vont pas devenir plus nombreux que les lecteurs, malgré la présence de nombreux étudiants dans les bibliothèques, lui qui redécouvre en ce moment des auteurs classiques, Zola ou Maupassant mais aussi Mo Yan (prix Nobel de littérature 2012) : « On est bien loin du jazz ! En ce qui concerne la musique, j’ai beaucoup aimé un disque du saxophoniste Olivier Temime, mais, en général, je vis un peu sur mes réserves : Mingus, le Vienna Art, des musiciens que j’ai vu et côtoyé dans les festivals. Je vis dans un village qui s’appelle le Carla Bayle et mon rêve et d’y faire venir le big band de Carla Bley (rires) ».


Contact
http://pupal09.blogspot.fr

ph.frechet@gmail.com


Philippe Fréchet : un CV Jazzolittéraire


Collection Mood Indigo (1989-1996)

Lennie Tristano, par François Billard
Ella Fitzgerald, par Alain Lacombe

Charles Mingus, par Christian Béthune

Stan Getz, par Alain Tercinet (épuisé)

Django Reinhardt, par Patrick Williams (réédité chez Parenthèses)

John Lee Hooker, par Gérard Herzhaft (épuisé)

John Lewis, par Thierry Lalo

William Breuker, par Françoise et Jean Buzelin

Chet Baker, par Gérard Rouy (épuisé)

B.B. King, par Sebastian Danchin

Bessie Smith, par Florence Martin

John Coltrane, par Xavier Daverat (épuisé, en cours de réédition chez Parenthèses)


     

Collection Eupalinos des éditions Parenthèses

Sidney Bechet, par Christian Béthune
Parker’s Mood, par Alain Tercinet

Django, par Patrick Williams (réédition augmentée)
Brasil : A musica, panorama de la musique populaire brésilienne, par Jean-Paul Delfino

Fonctions sociales du blues, par Robert Springer

La France du jazz, par Denis-Constant Martin et Olivier Roueff

Le Champ du jazz, par Alexandre Pierrepont

Lady Sings the Blues, par Billie Holiday & William Dufty (réédition)

Le Cas Coltrane, par Alain Gerber (réédition)

Rire pour ne pas pleurer, par Jean-Paul Levet (ouvrage de photos avec textes de blues traduits, hors collection)

Noire, la neige, par Pascal Rannou (roman)

Tombeau de John Coltrane, par Xavier Daverat

A paraître :

West Coast Jazz, par Alain Tercinet (réédition augmentée)
L’AACM, un jeu de société musical(e), par Alexandre Pierrepont


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