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Jean-Pol Schroeder

21 décembre 2013
La Maison du Jazz de Liège
© Jazz Hot n°666, hiver 2013-2014

Jean-Pol Schroeder devant les rayons de vinyles © Mathieu Perez

Depuis sa création à Liège en 1994, la Maison du Jazz diffuse et défend le jazz sous toutes ses formes afin de mieux le comprendre à partir de son histoire, de ses archives et d’en faire la pédagogie dans des cours d’histoire du jazz et des cours thématiques annuels. Animée par son fondateur Jean-Pol Schroeder, la
Maison du Jazz est unique en son genre et est devenue au fil des années un catalyseur du jazz en Belgique. Lieu de préservation du jazz, de sa mémoire et de sa documentation extraordinaire, la Maison du Jazz, consciente de la fragilité de cette histoire, poursuit son engagement pour la défense de ce patrimoine jazzique dans l'une des importantes patries du jazz en Europe.

Propos recueillis par Mathieu Perez


Jazz Hot : Dans quel contexte la Maison du Jazz est-elle née ?

Jean-Pol Schroeder : La Maison a ouvert en 1994. Nous avions commencé à réfléchir au projet en 1993. Des collectionneurs, qui n’avaient pas d’enfants, souhaitaient créer une structure pour préserver leur collection. Un peu plus tôt, il y avait eu l’histoire d'Hugues Panassié dont une partie de la collection a été dilapidée à gauche et à droite. A l’époque, ce type de structure n’était pas dans l’air du temps. Il y avait Darmstadt. Ces collectionneurs m’ont contacté. J’ai essayé de rassembler des soutiens mais cela n’intéressait personne. Et nous avions déjà reçus des milliers de disques par les médiathèques qui étaient passés du vinyle au CD. Nous allions chercher des camionnettes de disques. Cette histoire n’avançait pas et, en 1991, quand Jean-Marie Peterken
1, qui était toujours à la tête de la RTBF, a créé le festival Jazz à Liège m’a téléphoné. Il avait besoin de locaux pour le festival. On s’est associés comme ça et nous partagions le local entre le festival et la Maison.

D’où proviennent les collections ?

L’essentiel de dons. Ces derniers mois, il y a eu trois grosses collections qui sont entrées, de vrais collectionneurs. On a l’impression que les disques n’ont jamais été joués. Il y a une grosse moitié, pour ne pas dire les deux tiers, que nous n’avions pas dans nos fonds. Ces collectionneurs ont continué à acheter des vinyles jusqu’au début du CD, donc il y a beaucoup de choses de la fin des années 1970, début des années 1980. Petit à petit, nos catalogues se complètent. Encore au festival de Comblain-la-Tour, deux personnes me disaient qu’elles possédaient des documents et des livres qui n’intéressaient pas leurs enfants et qu’il faudrait préserver. C’était ça l’idée de départ. En 1984, quand on regarde les photos, les murs étaient vides, même s’il y avait sept ou huit mille disques (rires). Aujourd’hui, on manque de place !

Devant la Maison du Jazz de Liège © Mathieu PerezY a-t-il des institutions similaires à la
Maison du Jazz ?

C’est le seul endroit en Belgique, et il n’y en a pas beaucoup ailleurs. Il y a Darmstadt, en Allemagne. Il y avait Amsterdam mais l’Institut ne semble pas être en très bonne santé. Il y aussi la Suède, la Norvège, peut-être l’Autriche. Et curieusement en France, il n’y a pas de Maison du Jazz ! C’est le grand mystère. Il y a pourtant les collections Delaunay…

D’où provient le financement de la
Maison du Jazz ?

C’est une association sans but lucratif (asbl). Nous avons une aide de la Communauté française, de la Région wallonne, de la province et de la ville. Nous sommes deux temps plein et deux mi-temps. Un autre collaborateur devrait arriver pour s’occuper de la numérisation. C’est aussi un travail énorme qui n’a de sens que si c’est à temps plein.

Quelles sont vos principales activités aujourd’hui ?

Je m’occupe surtout de gérer les collections et les cycles, cours, conférences. Nous collaborons avec des associations, des cinémas, sur des thèmes bien particuliers. Le Festival de Liège part encore en grande partie d’ici. Il y a aussi le petit festival d'Eben-Emael. Nous essayons de ne pas trop organiser de concerts nous-mêmes. Nous en faisons un par mois au Jacques Pelzer 2, un peu différent de leur programmation habituelle. C’est un club orienté vers un jazz « classique », plus bop, donc nous proposons des choses plus free. Il n’y avait rien à Liège pour ce genre de musique-là. Et d’autres synergies se mettent en place. Le Belgian Jazz Meeting va se faire à Liège.

Une salle de cours © Mathieu PerezLa pédagogie et l’éducation ont-elle toujours été les vocations de la Maison du Jazz ?

En 1995, nous avons testé cette idée de cours d’histoire du jazz et ça a tout de suite marché. Il a fallu faire deux groupes tant il y avait de monde. Un cours le jeudi soir, un autre le vendredi après-midi. Aujourd’hui, nous faisons aussi un cours à Bruxelles. Le cours de base d’histoire du jazz accueille une vingtaine de personnes. L’autre cours varie entre 30 et 50 personnes. Chaque année, le thème change et attire les anciens et des nouveaux.

Vous organisez aussi des cours à Bruxelles ?

A Bruxelles, cela se passe à la Jazz Station 3. Au départ, ce devait être une structure semblable à la Maison du Jazz puis elle s’est orientée vers une salle de concert. L’aspect collection de disques n’est pas vraiment développé. C’est un très bel espace. Les cours se passent dans le club. L’ambiance est différente mais cela reste très gai. Il y a aussi plus de monde, une bonne cinquantaine de personnes.

A quels musiciens ou thèmes avez-vous consacré une année d’étude ?

Le cours de base d’histoire du jazz ne change pas, même si je le renouvelle régulièrement. Pour le cours thématique, je propose six, sept sujets à la fin de l’année pour l’année suivante. Cette année, à ma grande surprise, les membres de la Maison du Jazz ont choisi Duke Ellington. Je me suis donc plongé dedans. C’est passionnant ! Dans les monographies, nous avons étudié Mingus, Miles Davis, Coltrane, Art Blakey, Max Roach et nous avons passé deux ans sur le jazz belge, sur les pianistes et sur les standards. Pour les standards, par exemple, nous en choisissions quelques-uns et examinions plusieurs versions différentes. Pour chaque cours, je prépare un CD et un DVD. Les CDs peuvent être empruntés pour une semaine. Le DVD demande un travail énorme de montage. J’essaie de faire 50 % d’écoute, 50 % de vidéo.

Aujourd’hui, nous ne pouvons même pas mettre un cadre au mur ! © Mathieu PerezL’écoute des disques tient-elle une place importante dans vos cours ?

En plus des cours, nous avons un bénévole qui est un fou de 78 tours et un passionné de discographie. Nous essayons d’organiser une fois par mois une après-midi consacrée aux 78 tours. C’est très étonnant de réécouter des disques des années 1920. Tout à coup, on entend autre chose ! On va bientôt réinstaller des postes d’écoute. Pour le moment, nous ne sommes pas ouverts en dehors des heures de bureau donc, fatalement, les gens ont des difficultés pour venir.

Des étudiants viennent-ils consulter les archives de la Maison du Jazz ?

Cette année, il y a eu beaucoup de mémoires sur le jazz. Il y a des sujets intéressants. Par exemple, une étudiante en anthropologie s’est intéressée au jazz à Liège.

A quel projet travaillez-vous ?

Trouver plus d’espace ! J’aimerais tellement que nous ayons la place pour faire une exposition permanente. Aujourd’hui, nous ne pouvons même pas mettre un cadre au mur ! Tout est pris par les disques. Nous avons tant de choses à exposer et à partager avec le public !



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1. Jean-Marie Peterken, de Jazz à Liège à la maison du jazz, cf supplément n° 580S

2. Jacques Pelzer (1924-1994, as, fl) est une gloire du jazz de Liège où il est né. Cofondateur des Bob Shots, il a côtoyé tous les musiciens de jazz locaux ou internationaux de Bobby Jaspar, René Thomas
, Sadi
, Benoît Quersin, Philip Catherine, Steve Houben, etc., à Chet Baker, Gato Barbieri et bien d'autres de passage en Belgique. Micheline Pelzer, sa fille, joue de la batterie. Cf. Jazz Hot n° Spécial 2000, N° 512, 513, 530, 572…

3. La Jazz Station de Bruxelles a été créée en 2005, cf. Jazz Hot n° 623