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George Lewis

10 Juin 2013

Anche simple et charme du son


© Jazz Hot n°664, été 2013



Georges Lewis©photo X, coll. Michel Laplace

« La technique n'est rien de plus que l'habileté nécessaire pour créer la musique que l'on veut créer »
(Michel Portal, 1968, Jazz Hot n° 241)


« When he took off on that clarinet it seemed like that whole big place place took fire. You talk about tone ! It sure was beautiful »
(
Ornette Coleman à propos de George Lewis, Monterey, 1959, in Call Him George)

 

Grâce au charme d'une sonorité, George Lewis est sans doute, avec Pee Wee Russell et Benny Goodman, le clarinettiste le plus copié. George Lewis est de ceux qui ont attendu la consécration. Lors de sa première séance de disques, il a 42 ans. Quand les invitations à jouer hors de sa ville natale commencent à affluer, il en a 53. Grâce au succès, la pratique instrumentale devient régulière et il est au mieux de sa maîtrise technique au cours de la période 1959-1965.


Par Michel Laplace

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Les modestes origines d'une légende

De son vrai nom Joseph François Zeno(n), il est né à New Orleans au cœur du territoire créole, le 13 juillet 1900. Cinq ans plus tard, ses parents se séparent. Sa grand-mère l'appelle «George ». De sa propre initiative, il adopte un prénom de son père, Louis, sous sa forme anglaise, Lewis. A cette époque, il vit en face de l'Hope's Hall, d'où il entend Freddie Keppard, Manuel Perez, Willie Cornish et Bunk Johnson, entre autres. Sidney Bechet aussi tournait autour des lieux pour y entendre la Hot Music (1904), qui n’était d'ailleurs pas spécifique à la Cité du Croissant. En 1906, la star de la hot clarinet est à Broadway comme à Chicago, avec Wilbur Sweatman capable de jouer « The Rosary »simultanément sur trois clarinettes (!), accompagné par William Dorsey au piano et George Reeves à la batterie (1). Jusqu'en 1912, George Lewis fréquente une école privée. Même si personne n'est musicien dans la famille, sa mère, Alice Zeno(n), veut qu'il joue du violon. Vers 1908, elle lui donne de l'argent pour en acheter un, mais faute de violon au magasin Kirby, le jeune George Lewis revient avec une petite flûte. C'est donc sur cet instrument qu'il s'entraîne jusqu'en 1916. Pour quatre dollars, il trouve ensuite une clarinette chez un prêteur sur gages de South Rampart Street. Il travaille en autodidacte et se trouve vite aux côtés d'excellents cornettistes locaux.

 

Le Jazz Age de New Orleans

Contrairement à Bunk Johnson, homme du ragtime, George Lewis débute en pleine mode des jazz-bands. Mais, comme lui, c'est en dehors de New Orleans qu'il aborde cet engouement musical. En 1917, il vit en effet à Mandeville, chez son père et, l'année suivante, il y trouve un orchestre de jeunes auquel il se joint, le Black Eagle Band. En 1919, il joue pour le cornettiste Leonard Parker avec Dan Moody au trombone et surtout l'excellent Little Brother Montgomery au piano. Toujours à Mandeville, l'année suivante, il remplace Edmond Hall (2)dans la Black and Tan Band du fameux cornettiste Buddy Petit. En 1921, il entre avec ce dernier dans l'orchestre du tromboniste Earl Humphrey qui se produit tous les dimanches au Besant Park. D'après Earl Humphrey, George Lewis avait déjà un style personnel : « Tout le monde le reconnaissait toujours, dès qu'il commençait à jouer… Quand il a débuté, il jouait bien. Bien sûr, il a beaucoup amélioré sa sonorité… Il a toujours été un travailleur acharné. » En 1922, George Lewis passe dans le Dixieland Band du cornettiste Kid Rena. Cet orchestre a remporté la coupe des vainqueurs en contest contre Oscar Celestin au Jerusalem Hall. A partir de 1923, George Lewis dirige son propre orchestre, les New Orleans Stompers qui comprenaient Red Allen à la trompette, Ernest Kelly au trombone, Arthur Mitchell à la basse et Fats Martin à la batterie. Ce groupe a joué à New Orleans, au Sans Souci, au Balls Club et à l'Astoria Club. Le 19 mars 1923, il participe pour la première fois à des funérailles le jour de la Saint Joseph au sein de l'Eureka Brass Band. A partir de cette date, il jouera régulièrement avec cette harmonie. De 1923 à 1927, George Lewis travaille pour les cornettistes Punch Miller et Chris Kelly. Avec ce dernier, bluesman réputé et spécialiste du plunger, il se produit pendant quatre ans presque chaque soir. Lorsque Chris Kelly ne disposait pas d'un tromboniste, il employait alors deux clarinettes et George Lewis faisait équipe avec George Boyd. Il y eut des entorses à sa fidélité pour Chris Kelly puisque, en 1925, il retrouve Kid Rena, mais aussi Earl Humphrey qui employait Lee Collins à la trompette pour épauler un Buddy Petit non fiable de par son éthylisme (1925-1926). C'est là, le 23 septembre 1925, qu'aurait eu lieu à New Orleans une séance de disques pour le label Columbia, restée inédite. Un morceau, « Climax Rag » porterait le numero de matrice 140991 et l'orchestre le nom d'Imperial Serenaders. George Lewis y aurait participé avec peut-être des membres de l'Orchestre ChrisKelly comme Earl Humphrey et Tink Baptiste. Lee Collins a nié sa présence.

 

Les années difficiles (1928-1942)

En 1928, il reste inactif à cause d'une fracture de la jambe. De 1929 à 1931, on le retrouve dans l'Olympia Orchestra du batteur Arnold DuPass et, en1931-1932, il entre au sein du Black Eagle Band du vigoureux trompettiste Evan Thomas, une formation basée à Crowley, en Louisiane. En fait, Evan Thomas remontait un orchestre pour jouer les tubes de Louis Armstrong (« Stardust », « You Rascal You »). Il avait embauché Bunk Johnson pour l'aider. Comme Buddy Petit, Bunk Johnson aimait jouer des secondes voix au cornet. C'est là que George Lewis a fait sa connaissance. Malheureusement, lors d'un bal à Rayne, le 21 novembre 1931, Evan Thomas est assassiné en plein concert. Après quelques engagements sans le leader, l'orchestre est dissout. De retour à New Orleans, au début de 1933, George Lewis fait quelques parades avec l'Eureka Brass Band et le Kid Howard Brass Band. En compagnie du batteur Albert Francis, il trouve un boulot régulier pour un dollar chaque soir dans un dancing de Decature Street. Il se produit aussi au Kingfish dans le quartet de Burke Stevenson qui jouait de la trompette à cette époque. Billie Goodson était au piano et Edgar Mosley à la batterie. En 1935-1936, il fait surtout équipe dans le même endroit avec le couple Pierce, De De, le trompettiste, et son épouse Billie, ex-Goodson. George Lewis fut témoin à leur mariage. En 1936, George Lewis commence à travailler comme débardeur sur le port et, pendant la journée, il fait aussi quelques travaux mal payés pour le compte de la W. P. A. A l'occasion, il joue, notamment au dancing La Vida, avec Kid Howard à la trompette et Jim Robinson au trombone. En 1936, George Lewis dirige un petit groupe au Mamie's avec Lawrence Marrero au banjo, Alcide Pavageau à la basse et Roy Evans à la batterie. Quelques mois après, à quelques maisons de là, il retrouve le couple Pierce au Popey. Kleber (Claiberre) Cagnolatti était le batteur et parfois Gossoon Phillips le banjoiste. Pendant la guerre, George Lewis joue surtout du saxophone alto tous les week-ends à la Harmony Inn avec Lawrence Marrero et un batteur en fonction des disponibilités.

 

La vague porteuse du jazz traditionnel

En 1942, Billie et De De Pierce décrochent un engagement à Bunkie, en Louisiane. Ils emmènent George Lewis avec eux. Ils jouent dans un night club tous les soirs, sauf le lundi. Il y avait aussi un Texan du nom de Frank Gibbs au trombone. L'alcoolisme va bon train et George Lewis préfère les quitter. A son retour à New Orleans, il trouve à l'arrêt de bus non seulement sa seconde épouse « Jeanette » (alias Geneva Stokes), mais aussi Bill Russell arrivé le jour même dans la Cité du Croissant. Bill Russell aidait à monter un orchestre pour la première séance de disques officielle de Bunk Johnson. Dave Stuart, Bill Colburn et Hal McIntyre du magasin Jazz Man de Los Angeles ainsi que Gene Williams et Bill Russell de la revue Jazz Information étaient là pour ça. Ils avaient convenu de sortir les disques sur le label Jazz Man. Jimmie Noone avait conseillé à Bill Russell de prendre Big Eye Louis Nelson pour la clarinette, mais il souffrait alors d'un ulcère d'estomac. Paul Barnes était à l'armée. Alphonse Picou n'était pas en forme. C'est Bunk Johnson qui proposa George Lewis, qu'il avait connu dans l'orchestre d'Evan Thomas. Jim Robinson, recruté au trombone, lui indiqua où le trouver. A ce moment-là, George Lewis avait la rangée des dents de devant du maxillaire supérieur branlantes. Il les recouvrait d'un papier brun et épais pour jouer. Dave Stuart fut affecté par l'état de sa clarinette, réparée avec du sparadrap. Selon Bill Russell, c'est Bunk Johnson lui-même qui a sélectionné une clarinette système Albert chez un prêteur sur gages pour la séance. Et selon une lettre du même Bill Russell, Eberhard Kraut indique que George Lewis a utilisé ses vieilles clarinettes pour la répétition et, lors de l'enregistrement, joua sur un instrument système Albert (et non Boehm comme parfois écrit), prêté par Hal McIntyre. Il le fit pour faire plaisir car, en fait, il fut très gêné notamment pour s'accorder. Cette première séance de George Lewis se tint le 11 juin 1942 dans le magasin Grunewald. Le style personnel de George Lewis (aigus, arpèges) est en valeur dans « Down by the Riverside ». « Panama » et « Weary Blues » sont de bons moments même si le grave de la clarinette manque de présence. En 1972, Albert Nicholas disait : « Lorsqu'ils ont monté cet orchestre pour Bunk, George Lewis jouait dans ce vieux style, vraiment New Orleans… C'était merveilleux d'entendre quelqu'un le jouer, vous voyez ce que je veux dire ? Parce qu'à New York ou Chicago, ces types jouent quelque chose d'autre. »

Bunk Johnson retourne ensuite à New Iberia et George Lewis à son travail de débardeur des docks. Il joue parfois au Luthjens avec les Pierce. En octobre 1942, Gene Williams revient enregistrer Bunk Johnson à New Orleans. George Lewis est convié. La séance a lieu au San Jacinto Hall. L'équipe est bonne dans le ragtime («The Thriller» sur label Jazz Information, repris par Commodore).

En mai 1943, Bill Russell arrive à son tour avec un équipement portable d'enregistrement. Mais, Bunk Johnson, objet du culte, est à San Francisco. Pour George Lewis, d'autres trompettistes locaux peuvent faire l'affaire. Il recrute Lawrence Marrero, membre de son trio, Jim Robinson, deux musiciens de la séance pour Jazz Man (Walter Decou et Austin Young) et Edgar Mosley de la séance Jazz Information. En fait, Walter Decou, pianiste syndiqué n'a pas été autorisé à jouer. Chester Zardis a remplacé Austin Young, oncle de Lester. Le 15 mai, une répétition a eu lieu chez Edgar Mosley, sans trompette, mais avec Sidney Brown au tuba. Dès le troisième morceau, « Don't Go' Way Nobody » (alias « Everybody's Talking 'Bout Sammy »), George Lewis est en forme, projetant bien ses aigus. Bunk Johnson ajoutera secondairement une partie de trompette sur « Two Jim Blues » (un blues en si bémol), qui sera édité sous le titre de « Pacific Street Blues » (AM CD 16). Ce thème a des racines dans « The Holy City », un hymne souvent joué par les cornettistes classiques. Bill Russell pense à Herb Morand, Kid Rena (en déclin) et Kid Shots Madison.

George Lewis et Blue NoteEn fin de compte, c'est Kid Howard qui participe à la séance de George Lewis and his New Orleans Stompers (Mosaic MD3-132), vendue pour 300 dollars à Alfred Lion et Francis Wolff, propriétaires du label Blue Note. Comme il s'agit de musiciens non syndiqués, ils inventent spécialement pour eux le label Climax. C'est la première séance sous le nom du clarinettiste. A cette occasion, George Lewis est le premier jazzman à confier à la cire « Just a Closer Walk With Thee ». Ces disques font sensation et 9000 sont vendus en trois mois ! Le drive de Kid Howard à la trompette amène beaucoup. George Lewis est plus à l'aise qu'avec Bunk Johnson. La séance commence sur les chapeaux de roue avec « Climax Rag » de James Scott. La clarinette de George Lewis expose avec charme « Ain't Gonna Give Nobody None of My Jelly Roll ». Son court solo dans « Dauphine Street Blues » (en fait la succession de « The Way I Feel This Morning » et « Chimes Blues ») est un archétype de son style. George Lewis joue ensuite avec Herb Morand, Eddie Morris au trombone et Alcide Pavageau.

Avant de revenir à New Orleans, Bill Russell s'est équipé d'un graveur de disques Federal et de beaucoup d'acétates en verre. Moins d'un mois avant l'arrivée en juillet 1944 de Bill Russell, George Lewis était à l'hôpital à la suite d'accidents sur les docks, dont un tombereau de bananes reçu sur la poitrine ! Le mois d'avant, après un coup sur la nuque, il avait perdu connaissance pendant deux heures ! Malgré tout, Bill Russell décide de l'enregistrer le 27 juillet dans sa chambre du 827 Philip Street en compagnie de Lawrence Marrero et Slow Drag Pavageau. Grâce à des antalgiques, George Lewis a notamment gravé un blues surtout fondé sur le troisième chorus de Louis Armstrong sur « Savoy Blues ». C'est Gene Williams qui a proposé pour titre « Burgundy Street Blues », du nom de la rue où vivaient les deux rythmiciens (AM CD 2). Il a même joué un peu de flûte ! Comme lors de la séance Climax, George Lewis utilisait une clarinette métal système Albert commercialisée par Harry Pedler d'Elkhart vers 1930. Il l'aurait acheté chez Werlein pour 10 dollars vers 1936.

Du 30 juillet au 4 août 1944, George Lewis enregistre tous les jours (avec sa clarinette métal) pour Bill Russell et son label American Music, sous la direction de Bunk Johnson au San Jacinto Hall. Le vétéran déjà moins enthousiaste, quelques titres comme « Ice Cream » furent gravés sans lui.

Le samedi 5 août, Bill Russell, fatigué de l'indiscipline de Bunk Johnson, le remplace par Kid Shots Madison. Il est intéressant de constater que le même orchestre, ou presque, sonne différemment selon que Bunk Johnson, Kid Howard ou Kid Shots Madison tient la trompette ! Avec Bunk Johnson, les meilleurs moments de l'équipe, qui compte le grand Baby Dodds, sont surtout les blues : « Lowdown Blues » enregistré à 81, 6 tours par minute le 30 juillet, « New Iberia Blues » du lendemain et le « Midnight Blues » de 9' 04" enregistré à 34 tours par minute (AM CD 1). Lorsque Bunk Johnson repart pour New Iberia, il adresse à George Lewis une lettre cordiale où il souhaite rejouer avec lui bientôt. Baby Dodds a indiqué qu'à ce moment-là les musiciens jouaient vraiment ensemble, les uns pour les autres.

En 1945, George Lewis abandonne sa clarinette métal pour un instrument en bois de chez Conn. Le 9 février 1945, Gus Statiras enregistre l'orchestre Bunk Johnson avec George Lewis pour une bande son d'un film (perdu) en hommage à huit membres de… la Résistance française. Les 14 et 15 mai 1945, Bill Russell reconstitue l'orchestre de l'an passé qu'il enregistre dans la maison de George Lewis. On remarque que, comme en 1944, Baby Dodds varie son jeu en s'adaptant au feeling de chacun. Le 17 mai, Bill Russell enregistre aussi des trios et quartets sous la direction du clarinettiste. Le lendemain, c'est une première discographique. Bill Russell reconstitue un brass band à l'ancienne (sans saxophones!) autour de Bunk Johnson et de George Lewis à la clarinette en mi bémol. Le 21 mai est consacré à George Lewis qui grave « Over the Waves », débutant selon un rythme de valse (mexicaine). Il enregistre aussi son thème-riff « St. Philip Street Breakdown », devenu, comme « Burgundy Street Blues », un standard du jazz traditionnel (AM CD 4). Ce tour de force est un démarquage du « Chip's Boogie Woogie » de… Woody Herman.

Gene Williams s'active pour promouvoir l'orchestre de Bunk Johnson avec George Lewis comme soliste principal. Il décroche enfin un engagement à New York. Après des tergiversations, le pianiste, choisi pour compléter le six-pieces band de Bunk Johnson, est Alton Purnell. L'orchestre arrive à New York par le train du lundi 24 septembre 1945 sans Bunk Johnson qui vient le lendemain. L'orchestre débute au Stuyvesant Casino le 29. L'impression faite est forte car la sonorité de l'orchestre ne ressemble à rien de connu jusque-là.

Bunk Johnson devient désagréable et aime humilier ses musiciens avec des partitions qu'ils ne savent pas lire ! En plus, George Lewis a des ennuis majeurs de denture. Il sombre dans l'alcool. L'orchestre réalise ses meilleures faces new-yorkaises pour Decca, le 21 novembre 1945, notamment un solide « Tishomingo Blues ». C'est Bunk Johnson qui a enseigné à George Lewis les obligati de clarinette d'après une partition imprimée. Après cette séance, George Lewis perd la rangée supérieure de ses dents. C'est Albert Nicholas qui le remplace dans l'orchestre au Stuyvesant Casino. George Lewis participe malgré tout aux séances pour RCA des 6 et 19 décembre 1945. L'orchestre accompagne la chanteuse de gospel, Ernestine Washington, à Town Hall, le 1er janvier 1946, et pour une séance du label Disc. Désormais, George Lewis porte un dentier, comme le 6 janvier, lorsque l'orchestre fait un V-Disc sans Baby Dodds. Tous, sauf Bunk Johnson, retournent à New Orleans. George Lewis a tiré une certaine popularité de cette expérience à New York.


Vers une notoriété internationale

Bunk Johnson, Jim Robinson et George Lewis (il tient sa clarinette), New Orleans, 1946©photo X, Coll. Michel LaplaceA son tour, Rudi Blesh s'intéresse à George Lewis. Il le fait enregistrer pour son label Circle le 26 février 1946 à la clarinette en mi bémol avec l'Original Zenith Brass Band de Kid Howard et le lendemain sous le nom des Eclipse Alley Five, l'orchestre de Bunk Johnson sans trompette. Le low down « My Bucket's Got a Hole in It » mais aussi des gospels avec Sister Berenice Philips sont ainsi engrangés. Lorsqu'un deuxième engagement au Stuyvesant Casino est obtenu du 31 avril au 31 mai 1946, seule une partie de l'orchestre, dont George Lewis, rejoint Bunk Johnson. C'est rapidement la rupture entre Bunk Johnson et George Lewis. De retour au pays, le clarinettiste participe le 31 août et le 1er septembre1946 à une documentation préalable au tournage du film New Orleans. Avec Kid Howard, Henry Allen, Sr., Louis Dumaine, Bill Matthews, Jim Robinson, Alphonse Picou, Sidney Brown et Cie Frazier, il fait une reconstitution de funérailles (Majestic Productions de Culver City).

En 1947-1949, George Lewis joue régulièrement à la Manny's Tavern. Encouragé par son succès remporté à New York, il maintient en activité l'ex-orchestre de Bunk Johnson avec Elmer Coo Coo Talbert à la trompette et Joe Watkins à la batterie. Mais il n'utilise Jim Robinson, co-vedette, que lorsqu'un volontaire peut payer son salaire. Les trompettistes Herb Morand, Kid Howard, le clarinettiste Albert Burbank et l'alto Paul Barnes ont, parmi d'autres, jammé avec l'orchestre. Des bandes enregistrées à la Manny's Tavern et dans d'autres dancings sont préservées. Il y a notamment un « Ice Cream » où Paul Barnes et George Lewis ont échangé leur instrument (Tulane University). Dans « None of My Jelly Roll », George Lewis joue du saxophone alto dans le style créole de Paul Barnes au cours d'une jam session enregistrée par le cornettiste Johnny Wiggs (1949, AM CD 85).

En 1949-1952, l'orchestre passe au El Morocco, un club de Bourbon Street. Le 20 janvier 1950, Herbert Otto, un résident de New Orleans à l'époque, l'enregistre lors d'une partie privée dans sa maison (Rarities LP 2, ex-Gulf LP 1002). George Lewis étendait alors son répertoire à celui des disques des Hot Five et Hot Seven de Louis Armstrong. Sur « Willie the Weeper », Herb Morand reprend le solo de Louis Armstrong et, dans « Heebie Jeebies », Coo Coo Talbert s'inspire de la célèbre partie en scat de Satchmo.

Le 5 juin 1950, l'orchestre, vedette de programme radio Dixieland Jambake, enregistre quatre morceaux pour Good Time Jazz. Robert Greenwood, sorte d'agent publicitaire bénévole pour George Lewis, oriente Stanley Kubrick, à cette époque photographe pour la revue Look, vers son clarinettiste préféré. Ce reportage lance un peu plus encore George Lewis. Il prend Nick Gagliano pour imprésario qui pousse un peu plus l'orchestre vers le répertoire du Hot Five. Le Dr. Edmond Souchon l'avait enregistré le 12 mai 1950 dans le magasin de musique de Filiberto. Il cède la bande à Dante Bolletino qui en sort une partie, en août 1950, en LP sur le label Paradox, avec une photo de Stanley Kubrick sur la pochette et sous le titre George Lewis Jam Session. Dante Bolletino a produit un 45 tours complémentaire sur le label Pax et a loué les matrices à la maison Vogue. Coo Coo Talbert, disciple de Kid Rena, est pour beaucoup dans le succès de ces disques. Des vétérans ont soutenu que ces versions de « 2:19 Blues » et « Pallet On The Floor » leur évoquaient le style de l'Orchestre Buddy Bolden (Storyville CD 6019, cf. Jazz Hot n° 495, 1992, p. 7). A Herb Freidwald, George Lewis a cité Coo Coo Talbert comme étant son trompettiste préféré, et, selon lui, les meilleurs étaient Buddy Petit et Red Allen.

American MusicLe 8 août 1950, Coo Coo Talbert décède. Herb Morand lui succède jusqu'en avril 1951. Celui-ci cède la place à Percy Humphrey (station radio WDSU, le 29 avril 1951). George Lewis baptise alors son groupe « Ragtime Band ». Se sent-il plus proche du ragtime que du jazz classique ? Lorsque Rudi Blesh demande à Joe Mares, frère de Paul, d'enregistrer George Lewis pour son label Circle, le producteur n'utilise pas l'orchestre régulier. Il rassemble à la station radiophonique WDSU une fraction de l'orchestre Paul Barbarin (Lester Santiago, Alvin Alcorn, Bill Matthews) avec un contingent de celui de George Lewis (Lawrence Marrero, Alcide Pavageau). Ils gravent cinq titres (3). Quatre autres sont réalisés avec Red Allen en vacances chez son père et Jim Robinson. C'est la seule séance de Red Allen à New Orleans (AM CD 71). Dans « Darktown Strutters' Ball », il se limite au lead. Les trois souffleurs sont solistes dans « Some of These Days ». C'est à tort que cette séance a mauvaise réputation chez les inconditionnels de George Lewis. David Wyckoff et Alden Ashford recrutent George Lewis à la clarinette en mi bémol en renfort du personnel régulier de l'Eureka Brass Band, célèbre harmonie dirigée par Percy Humphrey (AM CD 70). En fait, le nom de George Lewis est désormais assez connu pour faire vendre ces disques en marge du jazz (« Garland of Flowers » est de la musique classique pour harmonie). Quatre faces ont été éditées en 1953 par Dante Bolletino sur Pax 9001 sous le titre New Orleans Parade-The Eureka Brass Band Plays Dirges and Stomps. La séance a eu lieu en plein air le 25 août 1951. George Lewis utilise un instrument loué et n'a pas pu s'accorder avec les cuivres dont le diapason est monté en fin de prestation.

En septembre 1951, l'orchestre régulier de George Lewis, avec Louis Barbarin à la place de Joe Watkins, passe au Municipal Auditorium de New Orleans (Jazzology LP JCE27). John Ball, responsable du département folklorique de la Miami University d'Oxford, dans l'Ohio, remarque le Ragtime Band au El Morocco en 1952 et il les invite. Le premier voyage de l'orchestre, avec Percy Humphrey à la trompette, prend place le 17 mai 1952. La réception et le concert ont été enregistrés (AM CD 22-23). Le lead de Percy Humphrey est solide, moins volcanique que ceux de Kid Howard et Red Allen, mais très personnel (légato et jeu rhapsodiant). Le Ragtime Band joue ensuite au Mardi Gras Lounge de Sid Davilla. C'est là que, en 1952, le trompettiste anglais Ken Colyer s'est joint à eux. Il y eut une autre prestation à deux trompettes, avec cette fois le robuste Albert Walters, pour un retour au Municipal Auditorium le 28 septembre 1952. Il faut attendre plus d'un an avant que l'orchestre ne fasse une nouvelle séance officielle de disques (Decca, le 14 décembre 1952). Le Ragtime Band retrouve la Manny's Tavern le week-end. Les musiciens y font la quête. George Lewis est désormais régulièrement sollicité pour des tournées. Il retourne à la Miami University chaque année jusqu'en 1955. Percy Humphrey ne peut assurer ces voyages et cède sa place à Kid Howard. Bob Maltz invite George Lewis pour un concert au Town Hall de New York avec d'autres vedettes, comme Jim Robinson, Lee Collins, George Brunis, Albert Nicholas, Danny Barker, Wellman Braud et Zutty Singleton ! Grâce à Kid Ory, le jazz traditionnel a un public sur la Côte Ouest. George Lewis est souvent engagé à la Beverly Cavern de Los Angeles et au Club Hangover de San Francisco. C'est George Lewis qui recommande Lee Collins au patron du Club Hangover, Doc Dougherty (été 1953). Après une séance en quartet pour le label Riverside (25 septembre 1953, nouvelle version de « St. Philip Street Breakdown »), il utilise l'orchestre complet à Los Angeles le 26 octobre 1953 pour le label Jazz Man. S'il n'a plus la véhémence et la variété de jeu de 1943, Kid Howard ne manque pas de tempérament dans « Lou-easy-an-i-a », composition de Joe Darensbourg. Cette séance propose surtout une version parlée de « Burgundy Street Blues » par la chanteuse Monette Moore.

De novembre 1953 à janvier 1954, l'orchestre joue beaucoup pour la radio depuis le Club Hangover. Leur générique est « Basin Street Blues». L'influence de Louis Armstrong est nette dans les vocaux d'Alton Purnell et Kid Howard, mais aussi sur le jeu de trompette (« Dinah », « Old Man Mose », Storyville CD 6014). La sonorité de George Lewis est équilibrée avec un beau registre grave dans « Mahogany Hall Stomp » (cf. Jazz Hot n° 492, 1992, p. 56). La journaliste Dorothy Tait, tombée sous le charme lors des concerts à la Beverly Cavern, fait venir l'orchestre dans sa ville natale, Bakersfield, en Californie. Le concert donné au Seven Arts Club fut enregistré à l'insu des musiciens (une partie éditée par Storyville, l'autre par Blue Note). Il y a là une version de « Burgundy Street Blues » où Kid Howard et Jim Robinson ajoutent des tenues en background au célèbre solo de clarinette. George Lewis utilise un growl inhabituel dans « Red Wing ».

coffret MosaicJoe Mares prête alors attention à lui. Il l'enregistre en quartet (6 avril 1954) et en jam sessions les 17 juin et 25 juillet 1954. Au classique tandem George Lewis-Jim Robinson, Joe Mares ajoute Percy Humphrey, Jeanette Kimball au piano, Johnny St. Cyr et Paul Barbarin. L'ombre de Louis Armstrong plane encore sur le choix des thèmes : « Come Back Sweet Papa », « Savoy Blues » (en tonalité de si bémol) et « Someday » (Storyville LP 670. 195). Lawrence Marrero, malade, ne suit pas l'orchestre régulier lors d'un engagement de deux mois au Childs' Paramount Restaurant de New York (février-avril 1955). C'est George Guesnon qui l'a remplacé au banjo. George Lewis, victime d'une pneumonie, a fait un malaise au moment même où Louis Armstrong, l'idole du groupe, lui a rendu visite. C'est Tony Parenti qui l'a remplacé dans l'orchestre pour faire face aux engagements pendant le séjour de George Lewis dans un hôpital de New York. Alfred Lion, amateur de la musique de George Lewis, arrange pour lui une séance d'enregistrement, avec Rudy Van Gelder à la prise de son, à Hackensack les 8 et 11 avril 1955. Comme il se doit, la sonorité de George Lewis est magnifiquement enregistrée, mais il n'est pas au mieux de sa forme physique et morale (sa compagne est décédée en début d'année). Il y a encore des clins d'œil à Louis Armstrong (« Heebie Jeebies », « Savoy Blues », « Mahogany Hall Stomp », Mosaic MD3-132). Ses variations de clarinette dans « Gettysburg March » seront souvent rejouées note pour note par ses futurs disciples. Les blues sont bons (« My Bucket's Got a Hole in It », « See See Rider ») et dans « Nobody Knows the Way I Feel », George Lewis joue avec émotion (graves vibrés). Lors d'un de ses passages à Los Angeles (1955), on a préservé de beaux duos entre George Lewis et, au soprano, Joe Darensbourg (4), avec le seul soutien d'Alton Purnell (« Nobody Knows the Way I Feel », « Lou-easy-an-i-a », AM CD 83).

George Lewis in HiFi-VerveEnfin, la notoriété est telle qu'une grande firme, Verve, propose un contrat à George Lewis. A tort, cette période est mal aimée des inconditionnels du clarinettiste. Trois albums ont été faits avec le grand trompette Thomas Jefferson (1956, 1958) : George Lewis in HiFi, On Stage (où Bob Thomas, disciple de Kid Ory, est au trombone) et The Perennial (avec Jim Robinson). George Lewis dévoile un beau vibrato et registre grave dans « Limousine Blues » (On Stage). Il y a de bons moments dans « Shine », « Chinatown, My Chinatown », « Swing a Lullaby » et « Should I » (Verve LP 8304). L'album The Perennial vaut surtout pour « Careless Love »(en quartet) et un « West End Blues » qui ne cherche pas à copier la version célèbre de Louis Armstrong. En 1957, c'est Jack Willis qui remplace Thomas Jefferson pour une prestation enregistrée au Festival de Newport. Les meilleurs albums chez Verve de George Lewis ont été enregistrés avec Alvin Alcorn (1958) et Andy Anderson (1959) à la trompette. Dans celui réalisé avec Alvin Alcorn (Verve LP 8325), il est amusant de retrouver le « Down Home Rag » de Wilbur Sweatman, rendu célèbre par Jim Europe. L'orchestre joue bien dans « Say Si Si », « Streets of the City » et, chanté par Joe Watkins, « Flee as a Bird/Oh Didn't He Ramble ». Dans tous ces disques, le slap à la basse d'Alcide Pavageau est un peu fort. Andy Anderson est proche de Red Allen sur « Salty Dog » (Blues From the Bayou, Verve LP 1019). Dans l'album Dr Jazz (Verve LP 1021), le « 2:19Blues » est une réussite pour Andy Anderson, le pianiste Joe Robichaux (influencé par Earl Hines), le trombone Bob Mielke (seul non Néo-Orléanais) etGeorge Lewis. En 1957, George Lewis commence à travailler comme soliste invité, sans son orchestre. En mai, il joue avec le Traditional Jazz Quartet de Dick Oxtot (Storyville, cf. Jazz Hot n° 495, 1992, p. 57).

Punch Miller et George Lewis, 1963, extrait d'un enregistrement vidéoAu printemps de 1957, il fait, seul, sa première tournée en Europe. Il est accompagné par l'orchestre du trompette britannique Ken Colyer (1957, A Very Good Year, KC1). A cette occasion, il donne son premier concert en France, à Arras, avec Armand Gordon, Teddy Hocquemiller et le jazz band du Hot Club local. Tout le Ragtime Band du pianiste Armand Gordon, avec Raymond Fonsèque au trombone, l'accompagne dans une émission de radio Pour ceux qui aiment le jazz.

En 1958, George Lewis participe à une Jazz Session filmée pour Art Ford où on le voit en compagnie de Punch Miller, Percy Humphrey, Louis Nelson, Jim Robinson, Alphonse Picou, Alcide Pavageau, Paul Barbarin et autres vedettes néo-orléanaises (Jammin' in the 50s, Jazz Crusade CD 3054). Pour une nouvelle tournée en Europe, il se produit avec son Ragtime Band, mais Kid Howard (au cornet) y remplace Alvin Alcorn. L'orchestre reçoit un accueil populaire fabuleux en Angleterre (5). L'impact est considérable sur les jeunes et il révèle des vocations. L'orchestre affronte en jam session celui de Ken Colyer à Croydon (janvier 1959). Il passe à la télévision à Baden-Baden. Les bandes du concert donné au Concert Hall de Stockholm le 10 février sont éditées en CD (Dragon 221). En bon entertainer, George Lewis alterne les spécialités pour puristes (« Should I », « Red Wing », « Lord, Lord, Lord », « Over the Waves ») et les standards du dixieland (« Royal Garden Blues », « Tin Roof Blues »). George Lewis est en grande forme dans tous les registres (envolées aiguës, flâneries dans le grave). Dans « Tin Roof Blues », le break tiré de « Snag It » est joué à deux voix par le cornet et la clarinette. La sonorité de George Lewis donne du charme à son solo sur « Nobody Knows the Way I Feel This Morning », couplé à l'hymne, « Old RuggedCross », et déclenche un tonnerre d'applaudissements. Le 14 mars 1959, George Lewis joue en soliste invité de l'Orchestre Ken Colyer à Düsseldorf (KC3). Les 24 et 25 mars suivants, il enregistre à Copenhague avec le trombone Papa Bue Jensen.

De retour au pays, il participe, dès 1961, aux répétitions données à la Galerie d'Art de Larry Borenstein, futur Preservation Hall. A cette époque, il dirige un petit groupe où Louis Nelson (trombone) et Punch Miller (trompette) alternent à ses côtés. Il se produit aussi au Paddock Lounge de Bourbon Street avec Albert Walters à la trompette et Snookum Russell ou Joe Robichaux au piano. C'est en 1961 que sort sa biographie Call Him George signée Jay Allison Stuart (alias Dorothy Tait !). En juin et juillet 1961, il enregistre avec le trompette Kid Sheik Cola pour le label Icon de Ken Mills. George H. Buck consacre le n°5 de son catalogue GHB à une séance qui associe George Lewis au rude trompettiste Kid Thomas Valentine (novembre 1961). En juillet 1962, la firme Atlantic enregistre des vétérans au studio de Cosimo Matassa. George Lewis participe à cette série, en trio (« Winin' Boy » de Jelly Roll Morton, avec John Joseph à la basse et Joe Watkins) ou avec le Ragtime Band mené par Kid Howard (« Salty Dog », Atlantic CD 781700-2). Il prête son concours en sideman aux séances de Punch Miller (« Nobody Knows the Way I Feel This Morning ») et de De De Pierce (« Shake It & Break It »). En août et septembre 1962, il enregistre à nouveau pour le label Icon avec George Guesnon et Kid Thomas Valentine (« Savoy Blues », Arhoolie CD 346) et avec le délicat trompettiste Charlie Love sous le titre des Louis Nelson's Bearcats (AM CD 60).

Lorsqu'Allan Jaffe décide de promouvoir le concept Preservation Hall au-delà de New Orleans par des tournées, son premier choix va vers George Lewis. D'août à novembre 1963, George Lewis tourne au Japon à la tête d'un orchestre qui comprend Punch Miller, Louis Nelson, Joe Robichaux, Emanuel Sayles, John Joseph et Joe Watkins. Dès le18 août, ils passent à la télévision. L'impact est énorme et ils créent des vocations. Ainsi, les New Orleans Rascals d'Osaka sont fondés sur l'imitation de cet orchestre. Leur leader, le clarinettiste Ryoichi Kawai (né en 1937) est une réplique inouïe de George Lewis, non seulement par le jeu, mais aussi dans l'aspect physique et les attitudes. Une fraction de l'orchestre, sans Punch Miller, enregistre en novembre d'excellents titres dont un bon « Dippermouth Blues » et le beau « My Josephine », composé par Paul Barnes (Nelson's Big Four, GHB CD 25-26). Le label Milenburg consacre le 10 mars et le 23 novembre 1964 à la réalisation d'un album religieux en comité intime (Joe Robichaux et le bassiste Placide Adams), domaine où la sonorité de George Lewis fait merveille et… école (George Lewis Plays Hymns). L'orchestre complet mené par le délicieux trompette et joueur de mellophone Jack Willis fait une nouvelle tournée au Japon de mai à juin 1964. Le chef a même amené son beau-frère, le chanteur Billy Tircuit. Les morceaux, enregistrés à Tokyo pour la télévision le 15 juin 1964, révèlent l'un des meilleurs orchestres qu'ait eu le clarinettiste (The Soul of New Orleans, TBS). Les puristes sont attachés à la série de disques que Tom Bethell a réalisée à New Orleans, au San Jacinto Hall, autour de son idole George Lewis. Le premier est sorti sous le nom de Kid Howard (2 août 1963, San Jacinto LP 1). Suivent des albums avec De De Pierce (septembre 1964 : « La Marseillaise », San Jacinto LP 2) et le fin styliste Peter Bocage (décembre 1964, San Jacinto LP 3).

Louis Nelson, Keith Smith, George Lewis, New Orleans 1965 ©photo X by courtesy of Keith SmithEn janvier 1965, Bill Bissonnette, tromboniste et producteur, invite George Lewis en soliste dans le Connecticut. Il enregistre à Hamden, le 28 janvier, avec le Easy Riders Jazz Band. Sauf dans « St. Philip Street Breakdown », véhicule idéal pour les fendus du chalumeau, le clarinettiste du groupe, Noel Kalet, joue pour l'occasion du piano. Bill Bissonnette a eu la bonne idée de faire jouer à George Lewis des morceaux du répertoire de Duke Ellington, « Mood Indigo » et « Creole Love Call. »

En février et mars 1965, c'est le batteur britannique Barry Martyn qui invite George Lewis à jouer avec son orchestre pour une tournée en Angleterre et en Belgique (For Dancers Only, GHB LP 37).

C'est par contre sur place, à New Orleans, que le trompette anglais Keith Smith enregistre avec lui pour le label 77 à San Jacinto Hall (1965). George Lewis est au nombre des rares qui jouent à la fois à Preservation Hall et au Dixieland Hall. Comme le veut le patron du Dixieland Hall, Al Clarke, l'orchestre de son établissement enregistre sur le label Nobility. Il en va ainsi le 10 avril 1965 pour George Lewis dans une front-line parfaite pour lui (Jack Willis, Louis Nelson). Peu après, c'est à nouveau Bill Bissonnette qui a une bonne idée ; celle d'enregistrer les Poll Winners 1964 de Jazzology, réunis au Preservation Hall : George Lewis, Jim Robinson, le pianiste blanc Don Ewell, Alcide Pavageau, le batteur Cie Frazier, tous classés premiers. Seul Louis Armstrong n'est pas au rendez-vous, remplacé par le deuxième du classement, Kid Thomas. Le résultat fut acclamé par la presse américaine.

De juin à août 1965, George Lewis fait sa troisième tournée au Japon, cette fois avec Kid Thomas. C'est le bassiste, Placide Adams qui est chargé d'évoquer le chant de Louis Armstrong («Hello Dolly »), seul Néo-Orléanais aussi populaire ici que George Lewis.

En 1966, il joue à Preservation Hall pour De De Pierce et à Londres avec Barry Martyn. Avec Don Ewell, il enregistre à Salisbury (Caroline du Nord) en trio et quartet, mais il donne déjà des signes de faiblesse (juin 1966, Delmark). Le cornettiste Johnny Wiggs monte un orchestre avec le batteur Sammy Penn qui ne vit que l'espace d'un concert, le 11 décembre 1966 au Town Theatre de Columbia (GHB CD 301-302). C'est le métier de George Lewis et de Louis Nelson qui sauve le « Dippermouth Blues » du désastre, faute de répétitions.

Depuis quelques années, d'après ses médecins, George Lewis n'a plus que 30 % d'une capacité pulmonaire normale. Il est donc physiquement diminué lorsqu'il revient en France pour la deuxième fois, à Strasbourg, à l'occasion d'un concert avec l'Orchestre Preservation Hall. C'est à Mâcon que sont édités ses deux derniers albums, réunissant des enregistrements des 13 et 14 juillet 1967 avec l'Orchestre de Kid Thomas. Jusqu'à la fin de 1968, George Lewis continue à jouer à Preservation Hall. Il y souffle ses dernières notes et décède le 31 décembre 1968. Pas moins de trois brass bands, dont l'Eureka avec Paul Barnes à la clarinette en mi bémol, ont joué à ses funérailles, le 3 janvier 1969.

 

L'héritage

Clarinette Buffet, Saxophone Martin, modèles joués par George Lewis ©E. Kraut, Coll. Michel LaplaceLe style de George Lewis a peu varié au cours de sa carrière enregistrée (1942-1967). On spécule qu'il jouait déjà ainsi dans les années 1920. Ce style ne ressemble en rien au courant créole issu de Lorenzo Tio Jr. (Omer Simeon, Jimmie Noone, Albert Nicholas, Barney Bigard), ni à celui des âpres bluesmen (Johnny Dodds, Sidney Bechet, Emile Barnes). On a prétendu que ce style évoquait celui de George Boyd et on ne lui connaît qu'une influence, celle d'Isidore Frick, alias Fritz de Mandeville (1890-1940). L'absence de références lui fut d'abord défavorable à la sortie des disques de 1942 lorsque des critiques new-yorkais le qualifièrent d'« horrible » et d'« anti-musical à faire rire ». Sa sonorité fut sévèrement condamnée alors que c'est elle qui fait le charme et a créé un impact tant sur le public que sur des musiciens. Après avoir entendu George Lewis au Monterey Festival, Ornette Coleman a déclaré : « Lorsqu'il s'élança sur cette clarinette, c'est comme si ce lieu immense prit feu. Vous parlez d'une sonorité ! Pour sûr, elle était belle. » (in Call Him George) Christopher Hillman, de son côté, l'a décrit ainsi : « Il peaufina ses effets par de subtils changements d'accents, le soutien d'une note ici, l'inflexion d'une autre là, jamais deux chorus exactement pareils. Ajoutez à cela une délicatesse d'exécution et un beau son velouté avec un caractère chantant que l'on identifie toujours au jeu New Orleans, et vous avez le secret de son charme. Il fut possiblement le minimaliste suprême. » En fait, c'est moins le contenu de son propos que la présentation qui l'a rendu influent. Ce jeu fluide et lyrique utilisant les arpèges et tous les registres a enfanté de nombreux clarinettistes en Amérique, en Europe et au Japon. Citons Monty Sunshine (né en 1928), Chris Blount (1940-1998), Brian Carrick (né en 1943) (7), Jack McLaughlin (né en 1934), Ryoichi Kawai (cf. supra) et Rudi Balliu (né en 1941), parmi les mieux connus. George Lewis a eu trois élèves de talent : Tommy Sancton, Sammy Rimington, Sr. (né en 1942) (8) et son préféré, Butch Thompson, qui fait surtout une carrière de pianiste. George Lewis était assez sévère envers ses deux grands rivaux, Albert Burbank et Emile Barnes, qui, pour lui, ne contrôlaient pas leur sonorité. Ils avaient leurs partisans, comme Orange Kellin à ses débuts (1958) et Tom Sharpsteen (9). George Lewis est resté fidèle au système Albert qui, en partie, explique son style. Anthony Baines, dans son livre Woodwind Instruments (1991), signale à la page 136 que les doigtés sur le système Albert compliquent la technique ; le registre aigu est superbe, les notes graves moins flatteuses. Ces dernières ne sont exploitables qu'en jouant des arpèges rapides, ce qui fait qu'une note douteuse est moins audible. On constate que l'aigu de George Lewis est superbe et que les arpèges sont le fondement de ses variations. Anthony Baines a aussi souligné à la page 136 que le do aigu sur cet instrument est sans commune mesure supérieur à celui obtenu sur un système Boehm, ce qui est un atout sérieux pour un jeu expressif. La sonorité et la facilité d'émission dépendent de la force de l'anche, de l'ouverture du bec, du barillet plus que de la perce du cylindre et de son système de clés. Les clarinettes Buffet, de système Albert et de système Boehm, sont des petites perces (Edmond Hall avait adopté la clarinette Buffet de système Albert). Les clarinettes Selmer des années 1930 ont une perce large. Notons que ces instruments Selmer fabriqués en France étaient assemblés aux Etats-Unis pour ce marché (J. Dodds, B. Bigard, J. Noone, I. Fazola étaient des adeptes des Selmer de système Albert). Il y eut d'excellentes clarinettes fabriquées aux Etats-Unis comme les modèles Penzel-Mueller (adoptés par Raymond Burke, Willie Humphrey Jr. ) et Conn (qu'aurait joué Albert Burbank).

Le rôle historique de George Lewis n'est pas niable. Son orchestre est le lien entre les deux rebonds d'intérêt pour le jazz traditionnel à tort qualifiés de « revival », celui des années 1940 puis celui des années 1960 (10). Le personnel de ce Ragtime Band fut d'ailleurs assez stable de 1952 à 1959. Ce faisant, George Lewis a servi d'ambassadeur de ce genre musical à l'étranger… et même chez lui ! George Lewis fit cadeau de sa clarinette métal au New Orleans Jazz Museum.


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(1) Du fait de cet antécédent hot, Wilbur Sweatman s'est auto-proclamé « Originator and much imitated ragtime and jazz clarionetist » (sic) dès 1919. W. C. Handy a indiqué qu'en 1902, les Mahara Minstrels avaient enfin en Wilbur Sweatman et en son disciple Horace George, des clarinettistes noirs. Avant cela et jusqu'à l'arrivée de Robert Leach, originaire du Mississippi (Georgia Minstrels), les formations noires recrutaient des Mexicains (Lorenzo Tio Sr., Georgia Minstrels) et des Blancs (l'Anglais W. R. Rowe jouant une clarinette à 7 clés, Mahara Minstrels).

(2) Fils d'Edward (cl), frère d'Herbie, comme lui né à Reserve (LA) et adepte du système Albert, Edmond Hall a joué pour Buddy Petit (1919, 1921-23), Red Allen (1940) et Louis Armstrong (1947, 1955-1958). Il a enregistré « The Entertainer » de Scott Joplin avec Mutt Carey sur une clarinette en la (1947, Savoy). Edmond Hall s'est surtout fait une réputation de dixielander dans l'équipe d'Eddie Condon où, avec Pee Wee Russell, il a monopolisé les engagements de clarinettiste. Il a joué une clarinette Buffet d'un seul tenant à 6 anneaux.

(3) La même équipe a récidivé dans le même studio le 20 août 1951 et donne un « Big Butter & Egg Man » influencé par Louis Armstrong.

(4) Joe Darensbourg, né à Baton Rouge, fut l’élève d'Alphonse Picou (système Albert de marque Conn). Vers 1950, il a changé pour une clarinette de système Boehm. Il a joué avec Jelly Roll Morton et enregistré avec Kid Ory (1945, AM CD 19 ; 1948, AM CD 20). Influencé par Barney Bigard, il était doué pour le slap tongue.

(5) Cf. Interview de Keith Smith, « Mister Hefty Jazz », Jazz Hot n° 553, 1998, p. 28

(6) Monty Sunshine utilise une clarinette système Albert de marque Albert de Bruxelles.

(7) Album Brian Carrick with Waldren 'Frog' Joseph and his New Orleans Boys, 504 CD 65.

(8) Dans l'album Plays the Clarinet of George Lewis, Sammy Rimington joue une des clarinettes de George Lewis, un système Albert de marque Selmer qui appartient désormais à Ryoichi Kawai.

(9) Tom Sharpsteen qui joue aussi de la clarinette basse sonne beaucoup comme Emile Barnes dans les registres grave et médium ainsi que par le vibrato. On peut entendre aussi, surtout dans le registre aigu, quelques tournures à la George Lewis. Il a connu Alphonse Picou en 1950, et il joue un modèle de clarinette dit « old french style » à pavillon recourbé (comme le modèle Buescher de 1915).

(10) Un autre courant de la clarinette néo-orléanaise est celui des Blancs qui du Belge Jean Paquay, par son disciple Irving Fazola, nous amène aujourd'hui à Pete Fountain et à Tim Laughlin. Le distingué Harry Shields, élève de son frère Larry, n'a pas hésité à jouer avec des figures du hot comme Kid Thomas, Kid Sheik, Punch Miller et De De Pierce. Le clarinettiste aveugle Jeffrey Diket a, quant à lui, opté pour le jeu hot à la Albert Burbank (Majestic Brass Band, 1978 ; Lionel Reason, 1983).



Bibliographie

M. Laplace : « Harry Pedler company », Jazz Dixie/Swing n° 6 (1995), p. 30-31.

M. Laplace : « Méthode de clarinette New Orleans », JazzDixie/Swing n°7 (1995), p. 17-19.

M. Laplace : « Clarinette mon amie par Ernest Ferron », JazzDixie/Swing n°8 (1995), p. 10-11.

M. Laplace : « La clarinette à New Orleans », Jazz Hot Spécial 1997 (1996), p. 43-47.

 

Sélectiondiscographique

Leader

1943. George Lewis and his New Orleans Stompers , Vol 1 & 2 (Climax), AM CD 100 & 101

1944. George Lewis Trio , AM CD 2, AM CD 4

1944. George Lewis with Kid Shots (Kid Shots' New Orleans Band), AM CD 2, AM CD 4

1945. George Lewis Trio & Quartet, AM CD 4

1949. George Lewis at Manny's Tavern AM CD 85

1949. The George Lewis Band at Herbert Otto's Party 1949, AM CD 74

1950. George Lewis Jam Session, Storyville CD 6019

1950. George Lewis & his New Orleans Music. Jazz Band Ball (Kid Ory, Turk Murphy, Pete Daily), Good Time Jazz 12005-2

1951. George Lewis and his New Orleans AllStars (Red Allen) AM CD 71

1951-1952. George Lewis Ragtime Jazz Bandat the Municipal Auditorium, Congo Square, AM CD 107

1952. The George Lewis Ragtime Jazz Bandof New Orleans (Oxford), AM CD 21

1952. The George Lewis Ragtime Jazz Bandof New Orleans, Oxford Series, Volume 2, AM CD 22

1952. Oxford Series, Volume 3, AM CD 23

1953. Oxford Series, Volume 4, AM CD 24

1953. Oxford Series, Volume 5, AM CD 25

1953. Oxford Series, Volume 6, AM CD 26

1953. Oxford Series, Volume 7, AM CD 27

1953. Oxford Series, Volume 8, AM CD 28

1953. Oxford Series, Volume 9, AM CD 29

1953-1954. George Lewis, Bands, Trios& Quintets, AM CD 83

1953. The Beverly Cavern Sessions, Vol. 1& 2, Good Time Jazz CD 12058

1953. Doctor Jazz, Good Time Jazz CD 12062-2

1953-1954. George Lewis and his Ragtime Band (Hangover Club), Storyville CD 6014

1954. George Lewis' Ragtime Band (Jazz Man), DCC Jazz 612, Tradition 1049

1954. George Lewis and his New Orleans Stompers (Bakersfield), Mosaic MD 3-132

1954. Oxford Series, Volume 17, AM CD 37

1954. George Lewis' Band (reissued under Johnny St. Cyr), AM CD 78

1955. George Lewis and his New Orleans Band (Blue Note), Mosaic MD 3-132

1955. Oxford Series, Volume 13, AM CD 33

1955. Oxford Series, Volume 14, AM CD 34

1955. The Fabulous George Lewis Band in Kentucky, AM CD 39

1956. George Lewis with Dick Oxtot's Traditional Jazz Quartet, Storyville CD 6019

1956. George Lewis in HiFi, Verve MGV 8303

1956. On Stage. George Lewis. Concert, Vol. 2, Verve MGV 8304

1957. George Lewis and Turk Murphy at Newport, Verve MGV 8232

1958. The Perennial, Verve MGV 8277

1958. Oh, Didn't He Ramble, Verve MGV 8325

1958. Jammin' in the 50s (Art Ford TV), Jazz Crusade 3054

1959. Blues On The Bayou, Verve MGV 1019

1959. Doctor Jazz, Verve MGV 1021 (One titlereissued on Verve CD 517 777-2)

1959. The George Lewis Ragtime Band - InConcert 1959, 504 CD 58

1959. George Lewis Ragtime Band in Concert, 1959, 504 CD 59

1959. George Lewis and his Original NewOrleans Stompers, in Stockholm 1959, Dragon 221

1959. George Lewis with Papa Bue's VikingJazz Band, Storyville 6018

1961. George Lewis with Kid Sheik's Band (Icon), AM CD 56

1961. George Lewis-Kid Thomas Ragtime Stompers, GHB BCD5

1962. George Lewis Band of New Orleans (Atlantic), Mosaic SD 1408/1411

1963. Spirit of New Orleans, Music Mecca CD 1014-2

1964. George Lewis Band, San Jacinto LP2, GHB CD 34

1964. George Lewis in Japan, The Soul of New Orleans, Storyville 514

1964. George Lewis at Castle Farm, AM CD 112

1965. George Lewis and The Easy RidersJazz Band, GHB 29-30, CTJC 1

1965. George Lewis & the Barry MartynBand, For Dancers Only, GHB CD 37

1965. George Lewis and his New Orleans Jazz Band at Dixieland Hall, Nobility 710

1966. A Portrait of George Lewis, Lake CD 050

1966. George Lewis-Don Ewell Reunion withJim Robinson & Cie Frazier, Delmark 220

1966. George Lewis with Ken Colyer's Jazzmen 1966, Lake CD 27

 

Sideman

1942. Bunk Johnson's Original Superior Band, Good Time Jazz CD 12048-2

1942-1945. Bunk Johnson, Document CD 1010

1944. Bunk Johnson, The King of the Blues, AM CD 1

1944. Bunk Johnson1944, AM CD 3

1944. Bunk Johnson 1944 Second Masters, AM CD 8

1944-1945. Bunk Johnson 1944/45, AM CD 12

1944-1945. Baby Dodds (Bunk Johnson's Band), AM CD 17

1944-1945. Bunk Johnson Plays Popular Songs, AM CD 15

1945. Bunk's Brass Band & 1945 Sessions, AM CD 6

1945-1946. Bunk Johnson & his NewOrleans Band. The Complete Deccas, Victors and V-Discs, Document 1001

1946. Sister Ernestine Washington 1943-1948, Document 5463

1946. New Orleans 1946 : Original Zenith BrassBand/Eclipse Alley Five/Avery-TillmanBand (Circle), AM CD75

1951. Eureka Brass Band, New OrleansFuneral & Parade, AM CD 70

1953. Art Hodes Trios & Quartets, Jazzology 113

1957. George Lewis with Ken Colyer'sJazzmen 1957, 504 CD 50 & 51

1961. Harrison Verrett's Fern Dance Hall Band, AM CD 64

1962. Charlie Love, AM CD 60

1962. George Lewis with George Guesnon'sNew Orleans Band, Endless the Trek, Endless the Search, AM CD 59

1962. Billie and Dee Dee Pierce (Atlantic) Mosaic SD 1408/1411

1962. Punch's Miller's Bunch and George Lewis (Atlantic) Mosaic SD 1408/1411

1963. Kid Howard's Band at the San JacintoHall, GHB CD 23

1963. Louis Nelson's Big Four, GHB CD 25-26

1964. Peter Bocage at the San Jacinto Hall, San Jacinto 3

1965. The Jazzology Poll Winners 1964, GHB CD 200

1965. A Portrait of Keith Smith, Mr Hefty Jazz, Lake CD 67

1966. Penn-Wiggs New Orleans All Stars Concert, GHB CD 301 & 302

 

Références discographiques

Fält, L-Hakanson, H. : Hymn to George - George Lewis on Record and Tape, Blood &Tears Productions (2001)

 

Sélection vidéo

George Lewis in Baden Baden

Kid Howard (tp), Jim Robinson (tb), George Lewis (cl), Joe Robichaux (p), Slow Drag Pavageau(b), Joe Watkins (dm), Baden-Baden, 1959

(same TV show :Oscar Pettiford trio incl. Attila Zoller)

Champion Blues (GermanTV, 5')

George Lewis(cl), Louis Nelson (tb), prob. Joe Robichaux (p), ? (dm), Preservation Hall

Burgundy Street Blues

George Lewis & His All Stars in Japan

Punch Miller (tp), Louis Nelson (tb), George Lewis (cl), Joe Robichaux (p), Emanuel Sayles (bj, voc), John Joseph (b), Joe Watkins (dm, voc), Japan, August 18, 1963.

Basin Street Blues, Tipperary, Over the Waves, Careless Love (voc ES), St. Louis Blues (voc JW), Just a Closer Walk (with parade caps), What a Friend We Have in Jesus, Hymn, Burgundy Street Blues at a concert stage (tp, tb, p, out), Old Rugged Cross (same)

Additional tunes : Tiger Rag, St. James Infirmary, High Society, Basin Street Blues.


Musique

https://www.youtube.com/watch?v=TQl3O3vxM-U

https://www.youtube.com/watch?v=tKL-RJDPH3w

https://www.youtube.com/watch?v=jCdWvCblaW8