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Au programme des chroniques
A Sophie Alour The Amazing Keystone Big BandEvan Arntzen Yaël Angel B Kenny Barron/Dave Holland Jean-Philippe Bordier Sam Braysher/Michael Kanan C Mario Canonge/Michel Zenino Frank Carlberg/Noah Preminger Anat Cohen/Fred Hersch D Steve Davis E  Sangoma Everett F Guilhem Flouzat Tia Fuller G Dexter Gordon K Ryan Keberle/Frank Woeste H Fred Hersch Steve HobbsJ Jo Jones L Ira B. Liss Big Band Jazz Machine Lucky Dog  M Georgia Mancio/Alan Broadbent Yves Marcotte Laurent Marode Laurent Mignard Duke Orchestra N Fred Nardin PEnrico Pieranunzi Lewis Porter S Dave Stryker

Des extraits de certains de ces disques sont parfois disponibles sur Internet. Pour les écouter, il vous suffit de cliquer sur les pochettes signalées par une info-bulle.


© Jazz Hot 2018


Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueMario Canonge / Michel Zenino
Quint' Up

Quint'Up, Calypsonge, Ames Sœurs, Not Really Blues, Brehec, Room 150, Ipaninon, Bass Loop, J.F.
Mario Canonge (p), Michel Zenino (b), Josiah Woodson (tp, flh, fl), Ricardo Izquierdo (ts, cl), Arnaud Dolmen (dm)
Enregistré les 7 et 8 mars 2017, Villejuif (94)
Durée: 1h 01' 14''
CM 2520 (www.mariocanonge.net)


Excellent disque pour un magnifique quintet où les deux complices, Mario Canonge et Michel Zenino, qui viennent de fêter les 10 ans d’une rencontre musicale très fructueuse, ont entraîné trois excellents musiciens Josiah Woodson, venu des Etats-Unis, Ricardo Izquierdo, de Cuba, et Arnaud Dolmen, de Guadeloupe, pour un projet post bop, dans la veine de la musique de Woody Shaw, mais on pourrait aussi évoquer Wayne Shorter («Brehec») et Art Blakey («Not Really Blues») comme sources, pour donner un repère… C’est une très belle musique, tendue et brillante, avec de beaux arrangements, originale (les deux leaders se partagent les belles compositions), dans la continuité d’un jazz contemporain sans concession ne perdant jamais de vue le fil du jazz de culture, coloré par les Caraïbes sur le plan rythmique («Calypsonge») sans que cela soit systématique.
On connaît Mario Canonge, un musicien multidimentionnel, dont les projets personnels ou ceux où il est sideman, alternent ou mêlent le jazz du plus haut niveau avec la musique caribéenne, et dans le registre du jazz, comme ici, il est un pianiste d’une exceptionnelle virtuosité, notamment par ses qualités rythmiques, d’impulsion mais aussi de richesse harmonique («Not Really Blues», «Room 150»). On connaît également Michel Zenino, bassiste né dans le jazz, formateur à l’IMFP, connaisseur-savant du jazz, et qui a accompagné beaucoup de grands jazzmen (Archie Shepp, Steve Grossman, James Carter, Danilo Perez…) et développe, comme Mario, une activité tous azimuts avec un enthousiasme intact, des qualités d’écriture et d’arrangement, un bon son de basse, une musicalité qui ne perd jamais le sens du collectif («Bass Loop», «Room 150»). Les deux inséparables, qui font les beaux jours du jazz au Baiser Salé, le club de la rue des Lombards à Paris où ils sont «en résidence» depuis des années, ont adopté trois formidables compagnons, installés à Paris, pour ce Quint’Up qui donne le titre au disque. Les ensembles de cuivres, bien arrangés, sonnent parfaitement (un beau «J.F.»), et chacun développe de beaux chorus. Le batteur se coule parfaitement dans une section rythmique dont il connaît les codes et tisse, avec un beau volume et un drive certain, la trame rythmique qui sous-tend la formation et la musique. L’ensemble possède cette énergie et cette qualité dynamique qu’on retrouve dans les meilleures formations de ce type outre-Atlantique, et les arrangements, de belle facture et dans l’esprit, donnent une tonalité très cohérente à l’enregistrement. Une belle construction sonore dans cette veine post bop, à laquelle chacun apporte sa contribution avec des qualités d’invention et de son, sans retenue et sans timidité. On pense à l’écoute à un groupe établi par des années de scène, et il n’en existe pas tant d’un tel niveau dans cette esthétique du jazz. Ça devrait faire le bonheur des meilleures scènes des festivals et des clubs de jazz, en France et au-delà, c’est ce qu’on leur souhaite avec la capacité de maintenir cette belle formation aussi longtemps que le duo Zenino-Canonge, pour le plus grand bien du jazz.

Yves Sportis
© Jazz Hot n°684, été 2018

Kenny Barron / Dave Holland
The Art of Conversation

The Oracle, The Only One, Rain, Segment, Waltz For Wheeler (Dedicated to Kenny Wheeler), In Walked Bud, In Your Arms, Dr. Do Right, Seascape, Day Dream
Kenny Barron (p), Dave Holland (b)
Enregistré le 5 mars 2014, New York
Durée: 1h 04' 33''
Impulse! 0602537946617 (Universal)


Ce bon label Impulse!, trop souvent galvaudé par les temps qui courent, trouve ici dans cet enregistrement déjà ancien qui ne nous était pas parvenu et avait échappé à nos radars, de belles couleurs avec ces deux magnifiques musiciens que sont Kenny Barron et Dave Holland. Il faut signaler que les producteurs ne sont autres que les deux musiciens. On n’est jamais si bien servi… Comme l’indique le titre, on trouve ici une conversation d’un niveau exceptionnel entre deux légendes vivantes du jazz, deux musiciens coutumiers de la perfection. Dans ce registre d’un jazz intimiste où la mélodie, les harmonies et les nuances sont conjuguées avec une telle maestria, on peut faire différent mais pas mieux. Pour cette rencontre, quatre thèmes sont de Dave Holland dont un sensible hommage à Kenny Wheeler, trois de Kenny Barron dont un émouvant «Rain» également composé pour cet enregistrement, un de Charlie Parker, un de Thelonious Monk (plus l’évocation qui en est faite dans «The Only One»), un de Billy Strayhorn-Duke Ellington. Si on avance en territoire connu, tout est toujours nouveau, étonnant, enthousiasmant chez ces deux musiciens, leur qualité d’écoute qui permet une telle complicité musicale, leur virtuosité naturelle sans démonstration au service de la beauté musicale, toujours de la mélodie, du swing, du blues, comme pour «Segment» de Charlie Parker ou «In Walked Bud». Ce disque est le produit d’une belle sérénité, plénitude artistique de musiciens d’exception, qui pourraient dialoguer pendant des heures avec la même profondeur, la même perfection d’expression. Ce disque est un de ces moments de grâce, délicate, comme le jazz en offre parfois où l’on peut se perdre avec bonheur des heures durant. On attend le dernier opus de Kenny Barron, Concentric Circles, qui vient de paraître, pour vous en parler, en espérant que le facteur ne va pas mettre trois ans… mais là nous sommes prévenus, on pourra toujours aller chez Paris Jazz Corner.
Yves Sportis
© Jazz Hot n°684, été 2018

Jo Jones
The Drums

CD1: Warm Up solo, Basics-Gadgets Effects, Rudiments, Rim Shots-TomTom, Home Practice, Two Beat-Four Beat- Three Beat, Drum Solo N°1, Accompaniment, Latin Rhythms, Rock N’Roll Rhythms, Making Changes, Drum Solo N°3, Colours
CD2: Drum Solo N°2, Drummers I Met, Baby Dodds, Josh, Unnamed Drummer From Saint-Louis, Alvin Burroughs, A.G Godley, Gene Krupa, Big Sid Catlett, Unamed and Unplaced Drummer, Walter Johnson, Sonny greer, Billy Gladstone, Manzie Campbell, Chick Webb, Baby Lovell, Jo Jones’ Personnal Contribution, Dancers I Met, Pete «The Tapper» Nugent, Eddie Rector, Baby Laurence, Bill «Bojangles» Robinson, Caravan*

Jo Jones
(dm, présentation), Milt Buckner (org)*
Enregistré probablement début février 1973, New York et en juillet 1969, Biarritz (64)*

Durée: 57' + 55'

Frémeaux & Associés 5672 (Socadisc)

La parution de ce coffret est à saluer haut et fort car elle permet de recevoir l’enseignement hors pair d’un des batteurs fondamentaux de l’histoire du jazz. Les séances originales en studio avaient été organisées par Louis Panassié (fils d’Hugues), et ce double album présente des passages restés inédits lors de la parution en LP à l’époque. Un livret très complet (bilingue anglais-français) nous permet de suivre ces enregistrements non seulement destinés «aux batteurs (amateurs comme confirmés) qu’aux jazzmen, aux historiens de la musique, et aux beatmakers en tous genres». Dans le premier CD, Jo Jones présente les différentes techniques de jeu sur les différents éléments d’une batterie: tom-tom, cymbales, grosse caisse… ainsi que différents rythmes: latin, rock & roll, deux temps, trois temps. Il n’oublie pas d’illustrer son propos par des citations pleines d’humour, notamment sur les accessoires comme le «slap stick» qui évoquait le coup de rouleau à pâtisserie que les épouses donnaient à leurs maris éméchés de retour de concert. Un véritable cours qui reste tout le temps très intéressant et divertissant. Sur le second CD, il évoque plus particulièrement le jeu de différents batteurs de son époque devenus de vraies références pour tous les adeptes de la batterie. De Baby Dodds, à Gene Krupa, de Sonny Greer, Chick Webb à Billy Gladstone et Manzie Campbell, jusqu’à un batteur inconnu de St. Louis, sans oublier son propre jeu. On découvre ainsi la palette et la variété de ces musiciens extraordinaires, souvent restés dans l’ombre de leur employeur ainsi que les rythmes et tempos apportés par les danseurs de claquettes tels Pete «The Tapper» Nugent ou Bill «Bojangles» Robinson. Pour conclure cet album essentiel dans l’art de la percussion, on a le plaisir d’écouter Jo Jones en duo avec l’organiste Milt Buckner avec lequel il a longtemps collaboré les dernières années de sa vie. Duo remarquable dont j’ai eu la chance d’écouter un concert fabuleux au Festival de Jazz de Salon-de-Provence, dans la cour du Chateau l’Empéri, devant un public médusé devant tant de fantaisie, d’humour, de simplicité et de génie. Jo Jones tout comme Kenny Clarke, reste le batteur de référence pour des générations de musiciens.
Michel Antonelli
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueLewis Porter
Beauty & Mystery

Prologue, Birthplace*, Bye Bye Blackbird, People Get Ready*, Blues for Trane and McCoy, 1919,Chasing Lines, Dazzling Raga, From Giovanni to Jimmy, Day Is Done
Lewis Porter (p), John Patitucci (b), Terri Lyne Carrington (dm) + Tia Fuller (ts)*

Enregistré le 27 Septembre 2017, New York

Durée: 1h 10' 11''

Altrisuoni 348 (PBR Records)

Même si le pianiste Lewis Porter est moins connu que ses acolytes Terri Lyne Carrington et John Patitucci, il assure dignement la direction de cet album enregistré en une seule session. Après un «Prologue» en solo très imprégné de Bach, il propose un album fort agréable dont trois titres sont dédiés à John Coltrane et ses musiciens: «Birthplace», «Blues for Trane and McCoy» et «From Giovanni to Jimmy» (Garrison), parfaitement menés et très bien servis par une rythmique parfaite. Son style pianistique est à la rencontre du classique et du negro-spiritual, comme on l’entend sur la longue introduction en duo avec John Patitucci sur «Bye Bye Blackbird», laquelle souligne la complicité et la sérénité des deux compagnons. Sur ce thème le contrebassiste s’exprime dans une claire volupté ciselée par la rondeur de ses cordes. La qualité de l’enregistrement restitue à la perfection le son original de chacun, et Terri Lyne Carrington apporte autant la caresse de sa percussion raffinée que sa poigne de fer assurée. La formule du trio fonctionne sans temps mort et sur certains titres («Birthplace», «People Get Ready») le saxophone chatoyant de Tia Fuller vient compléter l’équipe. «1919» s’inspire en droite ligne de l’album «Ballads» de Coltrane. Tout en sobriété et délicatesse, le trio s’entrelace dans une lente danse à trois. D’inspiration indienne, «Dazzling Raga» empreinte les voies mystérieuses de l’Orient et serpente dans notre imaginaire comme un raga authentique baigné de jazz. Un album à découvrir comme le toucher parfait de Lewis Porter qui apparaît déjà sur plus de vingt-cinq albums, notamment aux côtés de Dave Liebman et Marc Ribot. En tant qu’écrivain, il a signé plusieurs essais sur le jazz notamment sur Lester Young et une biographie intitulée John Coltrane: His Life and Music (University of Michigan Press) avalisée par Ravi Coltrane.
Michel Antonelli
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueLaurent Marode Nonet
This Way Please

Sacha’s Mood, Wives and Lovers, The Adventure on Kepler, Start Stop, The Reason Why I Love You, Penny Lane, Very East Round
Laurent Marode (p), Fabien Mary (tp), Luigi Grasso (as), David Sauzay (ts, fl), Frank Bazile (bar), Jerry Edwards (tb), Nicolas Thomas (vib), Fabien Marcoz (b), Mourad Benhammou (dm)

Enregistré le 17 Mars 2016, Meudon (78)

Durée: 40’

Black & Blue 816.2 (Socadisc)

Un nonet aux arrangements soignés qui sonne comme un big band! Laurent Marode alterne compositions personnelles et évocations des succès de Burt Bacharach ou des Beatles, en passant par Lee Morgan. Tout son orchestre –dont les musiciens n’ont pas peur d’exprimer leur ancrage dans la tradition– s’exprime parfaitement sous la direction du pianiste-arrangeur-compositeur. Tantôt on pense à Art Blakey et ses Messengers, à Herbie Mann, le tout orchestré par Quincy Jones pour petit ensemble. Depuis son premier album, I Mean (2005), en sextet, Laurent Marode s’était surtout consacré à son groupe, le TrioInvite, qui existe depuis 2002, proposant des ciné-concerts. Avec ce nonet, il fait un retour en force sur la scène jazz. Nul besoin de présenter chacun de ses musiciens qui incarnent un jazz authentique mais ancré dans son époque. Ce disque, où la complicité est évidente, apparaît ainsi comme un bon moment en compagnie d’amis. L’utilisation d’un vibraphoniste et d’un flûtiste, tous deux mis en valeur par certains arrangements, donne une coloration originale à l’album. Nul rajout inutile, le pianiste va droit à l’essentiel et nul besoin de faire long pour faire bien. C’est surtout le public des clubs parisiens qui a pu, jusqu’à présent, écouter cet ensemble chaleureux. Il faut espérer que des programmateurs de festivals inviteront Laurent Marode sur leurs scènes afin qu’un public plus large puisse découvrir cette bonne musique.
Michel Antonelli
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueFred Nardin
Opening

The Giant, Parisian Melodies, New Waltz, I Mean You, Don’t Forget the Blues, Hope,Travel to, You’d Be so Nice, Lost in Your Eyes, Green Chimneys
Fred Nardin (p), Or Bareket (b), Leon Parker (dm, perc)

Enregistré les 9 et 10 Mai 2017, Meudon (78)

Durée: 1h 04'

Jazz & Family 034 (Socadisc)


Le pianiste français, Fred Nardin, notamment connu pour sa codirection de The Amazing Keystone Big Band (cf. chronique), se plonge dans l’art du trio. Pour se faire, avant de rentrer en studio, il a rodé son répertoire et sa formation dans différents clubs de l’hexagone, et le résultat confirme son travail. Il signe un album où la quasi-totalité des titres sont de sa plume (exceptés «I Mean You» de T. Monk et «Green Chimneys» de C. Porter). Sa solide équipe, formée d’Or Bareket (installé à New York) et de Leon Parker (résidant à Toulouse), est habitué aux scènes internationales et lui apporte le soutien idéal pour un tel projet. Son premier titre, «The Giant», est dédié au regretté pianiste Mulgrew Miller, et Fred Nardin s’y exprime dans un style fort épuré en empruntant la grande voie du jazz. Ses compositions restent souvent intimistes et introspectives, comme «Hope», mais deviennent plus intenses, comme dans «Travel», au piano électrique, en symbiose avec sa rythmique. Avec «Lost in your Eyes», il nous entraîne dans une triste ballade qui doit parler d’amour profond, un chant mélancolique donnant l’occasion à Or Bareket de plonger dans la nostalgie soulignée par les balais de Leon Parker. Ici aussi, l’utilisation du piano électrique, même parcimonieuse, revêt un intérêt particulier, à la façon d’un Bill Evans. Dans «Green Chimney» un dernier tour de piste met en valeur le batteur: Fred Nardin prouve qu’il connaît ses classiques et rend hommage au compositeur Cole Porter avec vivacité et panache.

Michel Antonelli
© Jazz Hot n°684, été 2018

Dexter Gordon
Our Man in Paris

Scrapple From the Apple, Willow Weep for Me, Broadway, Stairway to the Stars, A Night in Tunisia, Our Love Is Here to Stay, Like Someone in Love
Dexter Gordon (ts), Bud Powell (p), Pierre Michelot (b), Kenny Clarke (dm)
Enregistré le 23 mai 1963, Paris
Durée: 50' 02''
Jazz in Paris/Decca 537 565-2 6 (Universal)


C’est la reprise, dans le cadre de la collection «Jazz in Paris» d’Universal Music France, d’un célèbre album du label Blue Note (BST 84146 pour la version stéréo) enregistré à Paris, bien entendu, avec une belle section rythmique, où le régional de l’étape,
en quelque sorte, est Pierre Michelot.  La belle pochette originale est une photo portrait de profil d’un Dexter Gordon pensif, cigarette élégamment tenue, le menton pris entre le pouce et l’annulaire de la main droite, un autre Rodin (Alfred Lion, grand collectionneur, et Francis Wolff y ont certainement pensé), avec un titre en bleu et rouge sur fond blanc, histoire de rappeler le lieu.
1963. Dexter Gordon, Our Man in Paris, Blue NoteCette photo et cet album réunissant Bud Powell et Dexter Gordon sont pour beaucoup, même si on ne peut que l’imaginer, dans la décision de Bertrand Tavernier, vingt ans après, de tourner l’émouvant ’Round Midnight, sur la trame de La Danse des infidèles de Francis Paudras, et d’y inviter un certain Dexter Gordon pour incarner le personnage de Bud Powell, transposé bien entendu, décalé car la personnalité, la beauté de Dexter Gordon éclaboussent le film. Le film est une immortalisation d’un emblématique itinéraire d’un Afro-Américain à Paris, une autre histoire que celle de George Gershwin mise en images par Vincente Minelli, plus contrastée, plus difficile, une page de l’histoire de l’art, le jazz, dans ce Paris de l’après-guerre qui vit une pléiade de génies musicaux illuminer les scènes les plus modestes, les clubs les plus sombres mais aussi les scènes les plus célèbres. On ne va pas faire la liste, mais ce disque (avec quelques autres) évoque, symbolise une époque absolument épique, même si peu l’ont perçu sur le moment, jusqu’à ce que le «grand Charles» (de Gaulle) boute les Américains hors du pays en 1967 et contribue, avec les promoteurs du yé-yé et de la soupe de grande consommation made in France, à réduire progressivement une culture populaire du jazz en France, et affaiblisse la transmission culturelle. Une colonie américaine a bien résisté avec le temps, en marge, mais cet album est l’âge d’or de l’échange dans le jazz (qui ne se limita pas qu’au bebop), et la présence de Pierre Michelot ici rappelle que la culture jazz a été possible et riche en France et en Europe grâce à l’implantation de ces musiciens hors normes; ici Dexter Gordon, Bud Powell, Kenny Clarke.
Si vous voulez en prendre conscience, mettez le disque sur la platine, fermez les yeux et écoutez de la première à la dernière note (deux thèmes supplémentaires par rapport à l’édition vinyle, dont un splendide «Like Someone in Love» en trio sans Dexter. De la conviction, de la tension, du swing, du blues, de la beauté brute, du sombre et de la lumière, du grand jazz, du grand Art!
Yves Sportis
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueEvan Arntzen
Meets La Section Rythmique

Ballin' the Jack, Mister Jelly Lord, Half Eyes, Isn't It Romantic, Tickle Toe, Please, Little White Lies, Afterthought, I'll Get By, 12th Street Rag, Lotus Blossom
Evan Arntzen (cl, ts, voc), Dave Blenkhorn (g), Sébastien Girardot (b), Guillaume Nouaux (dm)
Enregistré les 22-23 janvier 2017, Créon (33)
Durée: 52' 57''
Autoproduction (www.evanarntzen.com


Si on connaît bien maintenant la section rythmique dont il est question dans le titre avec les trois complices Dave Blenkhorn, Sébastien Girardot et Guillaume Nouaux, qui se produisent régulièrement à Paris, à La Huchette souvent, dans un registre swing et new orleans parfois mâtiné de Django spirit, le leader de cet enregistrement ne nous était pas connu. Venu de Vancouver, ce clarinettiste, mais aussi saxophoniste et chanteur est le rejeton d’une longue lignée de musiciens. Le texte de livret du savant Dan Morgenstern (Rutgers Institute of Jazz Studies) refait la généalogie de l’héritier Evan, avant de se réjouir de trouver en ce XXIe siècle tant de jeunes musiciens capables de réactiver les sources de toutes les époques du jazz avec autant d’envie, d’esprit et d’originalité que ces trois mousquetaires (qui étaient quatre comme vous le savez).
Le répertoire fait appel à Jelly Roll Morton aussi bien qu’à Lester Young, Billy Strayhorn, en passant par des standards de Richard Rogers et Walter Donaldson. Le bois de la clarinette en particulier, le jeu dépouillé de Dave Blenkhorn (arpèges avec nuances à la Django), de Guillaume Nouaux (utilisation de la caisse claire) et Sébastien Girardot, qu’on dirait presque acoustique, donnent beaucoup d’authenticité à cette démarche et à la musique, un plaisir de sonorité, une belle atmosphère swing, non dépourvue de lyrisme («Isn't It Romantic», «Tickle Toe», le beau duo clarinette guitare sur «Lotus Blossom») et d’expressivité («I'll Get By» au ténor). Une formation à découvrir dans ce bon enregistrement, sans doute aussi en live au détour d’une soirée en club…
Yves Sportis
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueSophie Alour
Time for Love

Nos cendres, I Love You Porgy, The Second Time Around, Left Alone, Skylark, Ev’ry Time We Say Goodbye, Stars Fell on Alabama, Answer Me, I’m Old Fashioned, A Time for Love, Comptine
Sophie Alour (ts, ss), Sandro Zefara (g), Sylvain Romano (b), André Ceccarelli (dm) + Stéphane Belmondo (flh), Glenn Ferris (tb), David El Malek (ts), Rhoda Scott (org), Alain Jean-Marie, Laurent Coq (p), Quintet Allegria

Enregistré les 29 et 30 mai 2017, Meudon (78)

Durée: 51' 34''

Music From Source 2975838 (L’Autre Distribution)


Dans l’interview qu’elle nous a accordé dans ce numéro, Sophie Alour s’explique sur la démarche qui a présidé à son sixième album: un «retour aux sources» du jazz tel qu’elle a appris à l’aimer et à le jouer, qui se caractérise par un retour aux standards
(deux compositions personnelles marquent cependant le début et la fin de l’album), qu’elle a pourtant peu enregistré sur ses précédents disques. Fidèle à son tempérament introspectif –son ténor, très caressant, n’est jamais démonstratif–, elle a choisi un répertoire de ballades en hommage aux chanteuses qu’elle admire, en particulier Shirley Horn.
Ce Time for Lovese caractérise, en outre, par la présence d’invités qui, pour beaucoup, ont accompagné ou accompagnent encore la carrière de la saxophoniste: Stéphane Belmondo, Laurent Coq, Rhoda Scott, David El Malek (excellent) et –toujours– Alain Jean-Marie dont la présence irradie et porte Sophie Alour qui, quand elle dialogue avec lui, s’exprime avec une grande beauté dans l’idiome du jazz. A ce titre, «I Love You Porgy» et «Stars Fell on Alabama» sont, de loin, les deux titres de cet opus que nous retenons. A l’inverse, Rhoda Scott, sur «Answer Me», s’est, elle, laissée entraîner hors du jazz. Malgré ce choix de jouer le répertoire, l’album se perd parfois, pas seulement en raison de l'intervention d’un quintette classique sur quatre titres, dans d’autres contrées que le le jazz. Sophie Alour n’en reste pas moins une instrumentiste solide et d'une belle sensibilité.

Jérôme Partage
© Jazz Hot n°684, été 2018

Lucky Dog
Live at the Jacques Pelzer Jazz Club

Knock Knock, Manzana Mood, Trouble, C’est tout, The Game, Waterzooï Suite, Wake Up Panda!, Instant I, Faits Divers, Old and New
Frederic Borey (ts, ss), Yoann Loustalot (tp, flh), Yoni Zelnik (b), Frédéric Pasqua (dm)
Enregistré les 7 et 8 février 2017, Liège (Belgique)
Durée: 1h 16' 08''
Fresh Sound New Talent 542 (Socadisc)


Nous avions assisté, le 6 février 2017, à un concert «de chauffe», sur la péniche Le Marcounet, du quartet Lucky Dog. Au lendemain de ce concert intense, pour lequel leur producteur barcelonais, Jordi Pujol, avait fait le déplacement,
Frederic Borey, Yoann Loustalot, Yoni Zelnik et Fred Pasqua prenaient le train pour Liège afin d’enregistrer live, le soir même, dans le fameux Jacques Pelzer Jazz Club, leur album à venir. On espérait bien retrouver sur le disque les sensations vécues lors de cette nuit parisienne de février que la musique et la bonne humeur avait rendue chaleureuse.

Et c’est avec plaisir qu’on retrouve cette formation, codirigée par Frederic Borey et Yoann Loustalot, auteurs à part égale des dix originaux joués. Enseignant, disciple de Jerry Bergonzi, le ténor fréquente les scènes parisiennes depuis 2012; bien que son cadet, le trompettiste soit, lui, à Paris depuis le début des années 2000 (avec le Vintage Orchestra, Brisa Roché, puis Olivier Ker Ourio, Dave Liebman ou encore Lee Konitz). Tous deux ont quelques disques en leader à leur actif, et c’est ici le second de leur Lucky Dog, après un premier enregistrement en 2013, toujours dans la bonne maison Fresh Sound. c'est un jazz très dense, où les notes claquent comme des uppercuts, avec des compositions réussies (mention spéciale à «C’est tout» de Loustalot et «Old and New» de Borey), le tout servi avec énergie et conviction par un quartet soudé où les qualités de chacun s’additionnent: la puissance du saxophoniste, l’expressivité du trompettiste, la finesse du contrebassiste, la créativité du batteur. Cette formule sans piano aurait pu donner lieu à une musique plus aride. Il n'en est rien. Le discours mélodique des soufflants, de même que la précision de la rythmique (occasion de souligner l'atout que représentent Yoni Zelnik et Frédéric Pasqua pour la scène jazz contemporaine en France) rendent la musique totalement «lisible».
Dans une actualité européenne peu réjouissante, voilà au moins un projet européen enthousiasmant: un bon disque de jazz enregistré par des Français en Belgique et produit par un Catalan. Le jazz a toujours un coup d’avance!
 

rôme Partage
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueLaurent Mignard Duke Orchestra
Jazzy Poppins

Quelle vie parfaite, La Nounou idéale, Un P’tit morceau de sucre, Jolie promenade, Supercalifragilisticexpialidocious, Ne fermez pas les yeux, C’est bon de rire, Nourrir les p’tits oiseaux, Chem cheminée, Beau cerf volant, Gardez l’rythme
Laurent Mignard (dir), Sophie Desbois (voc), reste du personnel détaillé dans le livret
Enregistré le 7 janvier 2018, Paris
Durée: 37' 40''
Juste une Trace AMOC406470282757 (Socadisc)


Les disques et spectacles de jazz destinés aux enfants ne manquent pas, mais peu sont ceux qui susceptibles d’intéresser aussi l’amateur averti. Plus étonnant –c’est une plate constatation–, peu sont ceux qui relèvent véritablement du jazz… Passeur passionné du répertoire, Laurent Mignard dépasse sans peine ces deux écueils avec ce spectacle inédit, Jazzy Poppins, qui propose une adaptation des chansons du film produit par les studios Disney en 1964, Marry Poppins, lui-même adapté du roman de Pamela L. Travers. Comme souvent chez Disney, la musique se prête aisément à un traitement jazz (quand elle n’en est pas tout simplement). En l’occurrence Jazzy Poppins met en scène la version que donna Duke Ellington himself des chansons des frères Richard M. et Robert B. Sherman, dès après la sortie du film (Duke Ellington Plays Mary Poppins, Reprise, 1964). A travers Mary Poppins, c’est donc bien à une nouvelle évocation du maître que s’adonne le Duke Orchestra…
Le spectacle, d’abord joué à Paris, au Pan Piper, en janvier 2018 (où il a été enregistré), permet d’apprécier, une nouvelle fois, le savant travail d’adaptation et de transcription de Laurent Mignard et les qualités d’interprétation de son big band, lequel compte pas mal de solistes de premier plan: Philippe Milanta (p), Julie Saury (dm), Philippe Chagne (ts), Jérôme Etcheberry (tp), Jerry Edwards (tb), pour n’en citer que quelques-uns… La narratrice, Sophie Kaufmann, comédienne et chanteuse, n’est certes pas une jazzwoman mais elle livre une interprétation dans l’esprit «comédie musicale» (et c’est bien de cela dont il s’agit ici) avec laquelle l’orchestre s’accommode fort bien.
Une agréable récréation jazz à écouter en famille
.
Jérôme Partage
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueFred Hersch Trio
Live in Europe

We See, Snape Maltings, Scuttlers, Skipping, Bristol Fog (For John Taylor), Newklypso (For Sonny Rollins), The Big Easy (For Tom Piazza), Miyako, Black Nile, Blue Monk (Solo Encore)
Fred Hersch (p), John Hébert (b), Eric McPherson (dm)
Enregistré le 24 novembre 2017, Bruxelles (Belgique)
Durée: 1h 03' 51''
Palmetto Records 2192 (www.palmetto-records.com)


Enregistré au Studio du Flagey –le centre culturel (historique) dédié à la musique à Bruxelles–, lors de la tournée d’automne 2017 du trio de Fred Hersch, ces prises ont convenu tout spécialement au pianiste, tant sur le plan du contenu que de la qualité de l’enregistrement; et on le comprend, c’est un bon disque. On retrouve en effet les ingrédients du Fred Hersch d’aujourd’hui, un belle technique pianistique mêlant technique classique et accents jazz, mêlant un répertoire d’originaux et de compositions jazz (Thelonious Monk, Wayne Shorter, de beaux «Miyako», «Black Nile»), et une manière qui alterne jazz, musique classique et contemporaine, avec des partis pris, parfois surprenants («We See» sautillant), mais toujours une perfection formelle, une qualité technique et d’expression, de belles idées et une belle atmosphère, soutenu par un excellent Eric McPherson, d’une musicalité appréciable et qui tisse une véritable toile aux cymbales, et un John Hébert au diapason.
Cet album est bourré de renvois à Thelonious Monk (intéressant «Blue Monk», contemporain et jazz), Sonny Rollins, John Taylor, Tom Piazza, à la Nouvelle-Orléans, à Bristol… enfin à ce qui inspire un Fred Hersch en pleine maturité, sûr de son art et heureux de la période qu’il vit, sur le plan de la création et pas seulement. Ça se sent, il est parfois explosif («Black Nile»)! Fred Hersch matérialise ainsi, grâce au Flagey, le résultat d’une de ses tournées les plus réussies en Europe. Sa démarche reste toujours aussi originale, entre plusieurs mondes musicaux dont il réussit une belle synthèse personnelle, sans complaisance et sans faiblesse.
Yves Sportis
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueAnat Cohen / Fred Hersch
Live in Healdsburg

A Lark, Child's Song, The Purple Piece, Isfahan, Lee's Dream, The Peacocks, Jitterbug Waltz, Mood Indigo (encore)
Anat Cohen (cl), Fred Hersch (p)
Enregistré le 11 janvier 2016, Healdsburg (Californie)
Durée: 1h 01' 27''
Anzic Records 0061 (www.anzicrecords.com)


Deux instrumentistes hors pairs se rencontrent en juin 2016 au Raven Performing Arts Theater d’Healdburg, en Californie, pour un moment qui tient plus de la musique classique que du jazz, malgré un répertoire qui fait parfois appel à des compositeurs du jazz (Billy Strayhorn, Duke Ellington, Jimmy Rowles, Fats Waller). Il n’y a rien là pour surprendre les connaisseurs de Fred Hersch qui définit son univers dans le jazz et au-delà, ni ceux d’Anat Cohen, qui expérimente dans tous les univers sans véritable enracinement. Ils sont en cela fidèles à ce qu’il et elle sont, des artistes savants, amateurs de toutes les musiques, classique, jazz et autres, populaires et savantes. On ne va pas chercher chez eux la puissance, la conviction et la profondeur d’une expression populaire enracinée, mais plutôt la recherche esthétique, de la forme, de la beauté, l’originalité, la richesse harmonique, la maîtrise technique. C’est en cela qu’une et l’autre, même s’ils se définissent parfois comme musicien de jazz (Fred Hersch, par l’esprit, le jazz comme un symbole de liberté) ou musicien populaire (Anat Cohen, par l’inspiration, le Brésil en particulier), appartiennent à ce que la musique occidentale savante, de répertoire ou de création, a de plus intéressant et curieux, hors du champ trop restreint de la musique académique (classique ou contemporaine). Le toucher exceptionnel de piano, la sonorité sans altération de la clarinette, la perfection formelle, tout est un plaisir pour les amateurs de musique, et de musique classique et contemporaine aussi. La qualité d’écoute réciproque des deux musiciens est rare, on pourrait croire qu’ils ont joué de longues années ensemble, en particulier sur les originaux de Fred Hersch et Anat Cohen, les meilleurs moments de cet enregistrement.
Il reste à évoquer le traitement réservé aux thèmes jazz: «Isfahan» est joué à la lettre sans effet par Anat Cohen et Fred Hersch apporte la touche de jazz, par ses accents qui raccrochent le thème à son histoire. Car Fred Hersch possède aussi la maîtrise rythmique des accents du jazz, et avec beaucoup d’intelligence esthétique, il redonne à ce thème sa couleur d’origine, et rend cette interprétation intéressante. Anat Cohen s’y essaie en fin de thème avec moins de réussite, la belle sonorité et toutes les qualités ne peuvent masquer le manque d’expressivité. «The Peacocks» a droit à un traitement classique au sens académique, par un pianiste exceptionnel, la clarinettiste exposant pour sa part la belle mélodie, puis Fred Hersch raccroche à nouveau le jazz sur le plan rythmique, avant une fin classique et quelques longueurs. Le traitement sautillant de «Jitterbug Waltz» n’apporte pas grand-chose au thème original de Fats qui a connu tant de belles versions (encore récemment). Enfin «Mood Indigo» pâtit du manque d’expressivité de la clarinettiste, même si Fred Hersch fait ce qu’il faut pour rendre à ce thème splendide un peu de sa profondeur. C’est la limite du traitement «classique» d’un répertoire jazz ancré dans le blues et l’expressivité. Sur un concert entier, il y a des fautes de goût, de la superficialité et des longueurs, malgré la qualité technique des intervenants.
Si on parlait du répertoire de la musique classique, on dirait «des erreurs d’interprétation impardonnables», mais le jazz est moins sévère: on dira «des recherches qui sont restées vaines».
Yves Sportis
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueThe Amazing Keystone Big Band
Django Extended

Djangology, Troublant Boléro, Nuages, Rythme Futur, Manoir de mes rêves, Tears, Anouman, Flêche d’or, Minor Swing
Fred Nardin (p, dir, arr), Patrick Maradan (b), Romain Sarron (dm), Thibaut François (g), Vincent Labarre, Thierry Seneau, Felicien Bouchot (tp), David Enhco (tp, dir, arr), Bastien Ballaz (tb, dir, arr), Loïc Bachevillier, Alain Benoit (tb), Sylvain Thomas (tb, tub), Ghyslain Regard (fl, bs), Kenny Jeanney (as,ss), Pierre Desassis (as, cl), Jon Bouteiller (ts, cl, b, dir, arr), Eric Prost (ts) + Didier Lockwood (vln), Stochelo Rosenberg, Thomas Dutronc (g), Marian Badoï (acc)

Enregistré du 4 au 7 Février 2017, Paris

Durée: 57'

Nome 010 (L’Autre Distribution)

La tâche n’était pas facile, mais The Amazing Keystone Big Band a déjà affronté Pierre et le Loup ou encore le Carnaval Jazz des Animaux pour se préparer à revisiter l’univers de Django Reinhardt. Après un démarrage sans faute sur «Djangology» où le big band souligne la technique et les harmonisations de Stochelo Rosenberg qui s’exprime dans un long solo, on saute dans une introduction très musique classique pour un thème plus rare «Troublant Boléro». Ce morceau nous délivre un beau duel amical entre Didier Lockwood (très Grappellien) et toujours Stochelo, les deux tricotant à merveille dans les pas d’un boléro endiablé. Toujours dans les pas de son aîné, Didier Lockwood étale son talent dans «Nuages», swinguant sur des cuivres parfaitement arrangés qui lorgnent par moment vers des formes plus libres pour retrouver la tradition manouche. Pour «Rythme Futur», les trompettes suivies de la section entière des cuivres annoncent que la suite sera tonitruante mais, surprise, c’est une flânerie qui introduit un solo de saxophone errant dans les limbes des percussions, bientôt rejoint par la puissance sonore de tout l’orchestre accélérant dans un tempo d’enfer. Fred Nardin introduit finement au piano «Manoir de mes rêves» interprétée dans une orchestration très ellingtonienne où brillent les clarinettes qui laissent le pas à un long solo inspiré de Stochelo Rosenberg dans la tradition du Maître. Pour «Tears», le piano à bretelles rappelle que le musette a souvent côtoyé l’art des Manouches et que sa place dans l’écrin de cet orchestre est totalement justifié. C’est le moment où Thomas Dutronc a décidé de rejoindre la fête pour un bref solo. Les titres «Anouman» et «Flêche d’Or» mettent plus particulièrement en valeur les solistes de l’orchestre (trombones, piano) et, dans le final («Minor Swing»), tous les invités viennent participer à la noce célébrée avec vigueur par un orchestre de jeunes loups.
Michel Antonelli
© Jazz Hot n°684, été 2018

Steve Hobbs
Tribute to Bobby

The Craving Phenomenon, Into the Storm, Besame Mucho, New Creation, Tres Vias, Millie, Thelonious Funk, The Road to Happy Destiny, Blowing in the Wind, El Sueno de Horace Silver, In From the Storm, Let’s Go to Abaco!, Where or When
Steve Hobbs (vib, marimba), Bill O’Connell (p), Adam Kolker (as, ts), Peter Washington (b) John Riley (dm), Carol Ingbretsen, Maurice Myers, Marvin Thorme (voc)

Enregistré les 12 et 13 juillet 2016, New-York et le26 juillet 2016, Durham (Royaume-Uni)

Durée: 1h 14' 50''

Challenge Records 73433 (www.challengerecords.com)

Pour cet hommage à son ami Bobby Hutcherson, Steve Hobbs, l’un des rares vibraphonistes actuels de jazz, a choisi un répertoire original, presque entièrement signé de sa main, excepté deux standards, «Besame Mucho» et «Where or When» (ce dernier de Rodgers & Hart) et un titre de Bob Dylan, «Blowing in the Wind», très peu repris en version jazz. Au noyau initial de son quartet habituel, Steve Hobbs a accolé le saxophoniste Adam Kolker et un trio vocal issu du groupe Triangle. Alternant entre marimba et vibraphone, les titres s’enchaînent sur tempo rapide («The Craving Phenomenon», «Into the Storm») pour débouler sur une superbe version bien secouée de «Besame Mucho» au marimba, sans cesse inventive et surprenante. Adam Kolker apporte son souffle et sa puissance sur «New Creation», une composition inspirée par Cedar Walton –membre du sextet de 1982 de Bobby Hutcherson–, qui laisse le champ libre à deux solos intensifs et vibrant du bassiste puis du pianiste. Avec «Tres Vias», le titre favori du leader dans cet album, les sonorités rejoignent le latin jazz et les échanges se multiplient; Adam Kolker livre un solo marqué par son partenariat avec Ray Barretto et en fait revivre l’âme latine. Suit une douce ballade dédiée à Millie Hobbs (parente?) où Bill O’Connell complète avec délicatesse cette tendre évocation. Tout au long de l’album, Steve Hobbs laisse paraître ses différentes influences, qu’il puise aussi chez des rockers tels Frank Zappa pour «Thelonious Funk», chez Allman Brothers Band ou encore Joe Cocker. Pour illustrer ses propos, «The Road to Happy Destiny» est introduit par le trio vocal, suivi de solos du leader et d’un scat de Marvin Thorme. La suite est du même niveau, ambiance folk, calypso où le chant reste discret, un long album aux ambiances variées servies pas des musiciens talentueux et, même si l’avant-garde n’est pas de mise, l’ensemble est très agréable à découvrir.
Michel Antonelli
© Jazz Hot n°684, été 2018

Sangoma Everett Trio
Debi

Waof, Saint Igny,The Born Frees, Moon Alley, Too Early, Frida, Out of the Past, Remembering Ma Byrd, WBTB, Lani, Debi, Brooklyn
Sangoma Everett (dm), Bastien Brison (p), Christophe Lincontang (b), et Sabrina Romero (cajon, perc)

Enregistré du 16 au 18 Décembre 2013, Pernes-les-Fontaines (84)

Naïve NJ625711 (
Naïve)


Voici bien des années que Sangoma Everett a choisi la France comme lieu de résidence et qu’il se produit en leader et très souvent en sideman. Ses deux précédents albums remontent à 1997 et 1998, le premier, The Courage to Listen to Your Heart, en quartet avec Chico Freeman, Mal Waldrom et Cecil McBee, le second, Fresh Air,en trio avec Kirk Lightsey et Ricardo Del Fra, des compagnons réguliers de sa carrière.
Cet album enregistré dans le studio de référence de la Buissonne date déjà de 2013, et il nous propose un trio parfaitement rodé. Le répertoire a été essentiellement composé par le pianiste Bastien Brison qui peut apparaître en alter ego du leader. Belles ballades, évocation de l’Afrique, complicité et écoute de chacun, la formule fonctionne bien et fait mouche à chaque titre. Loin de tirer la couverture à soi, Sangoma Everett en percussionniste avisé préfère enluminer chaque composition pour la mettre en valeur et laisser notre imagination accompagner ce voyage vers d’autres horizons. A retenir en particulier les thèmes envoutants «Saint Igny» signé de Bastien Brison et «Out of the Past» de Benny Golson dont il fut le sideman. Sur le dernier titre «Brooklyn», comme une escapade au pays natal, il se veut un peu plus démonstratif et nous offre un dialogue bien rythmé en symbiose avec son pianiste.
Michel Antonelli
© Jazz Hot n°684, été 2018

Ira B. Liss Big Band Jazz Machine
Tasty Tunes

You Don't Know What Love Is, Early Autumn, I Didn't Know What Time It Was, When the Lady Dances, Oleo, Nature Boy, Manhattan Burn, Over the Rainbow, Mountain Dance, Ya Turn Me on Baby, Recon
Ira B. Liss (dir) et le Big Band Jazz Machine (personnel détaillé dans le livret) +
Dean Brown (g), Holly Hofmann (fl), Eric Marienthal (as), Bob Mintzer (ts)
Enregistré en 2017, Californie

Durée: 1h 06' 17''

Tall Man Productions 005 (www.bigbandjazzmachine.com)

Ira B. Liss se dédie à faire vivre le jazz en big band. Ce disque est son cinquième. Il est basé à San Diego où il a formé sa Jazz Machine en 1979, dans un esprit très swing era. Les arrangements sont simple: des blocks sonores des sections cuivres et anches, dans le but de faire swinguer l’ensemble et de ponctuer les solos, avec une rythmique solide. Ça joue, ça sonne, sans trop se poser de problèmes, avec un petit côté Claude Bolling Big Band.
Pour ce Tasty Tunes de nombreux invités: Ladies first, la vocaliste Janet Hammer est sur trois titres; elle possède une voix agréable, elle chante les mots sans fioritures. Sur l’émouvant «Nature Boy» qui vient un peu calmer le jeu en milieu de disque, elle dispense une belle émotion dans la première partie sur tempo lent, et tient bien sa place dans la deuxième partie sur tempo rapide; à noter, un parfait solo de flûte alto de Holly Hoffmann avec l’explosion finale du big band. D’autres invités: Eric Marienthal à l’alto qui fait un beau point d’orgue, seul, sur «Early Autumn», et Bob Mintzer au ténor, très en verve sur «When the Lady Dances»; tous deux s’éclatent dans cet environnement; et encore Dean Brown, très rock à la guitare.
A noter une chose rare: pour chaque morceau sont nommés sur le livret les noms des compositeurs, des arrangeurs et des solistes. De plus l’enregistrement est excellent.
Serge Baudot
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueRyan Keberle / Frank Woeste
Reverso. Suite Ravel

Ostinato (Prelude), Luminism, Impromptu 1, All Ears (Fugue), Alangui (Forlane), Dialogue, Mother / Nature (Rigaudon), Impromptu II, Sortilège (Menuet),Ancient Theory (Toccata), Clair Obscur
Ryan Keberle (tb), Frank Woeste (p), Vincent Courtois (cello), Jeff Ballard (dm)

Enregistré à Antony (92), date non précisée

Durée: 54'

Phonoart 001 (Socadisc)

Cette citation du livret est savoureuse: «Vous, les Américains, prenez le jazz trop à la légère. Vous semblez y voir une musque de peu de valeur, vulgaire, éphémère. Alors qu’à mes yeux, c’est lui qui donnera naissance à la musique nationale des Etats-Unis. Maurice Ravel, avril 1928».Des paroles prophétiques (en écho avec la philosophie ayant présidée à la fondation de Jazz Hot moins de dix ans après), même si le jazz est aujourd’hui de moins en moins considéré comme un objet de culture, mais davantage comme un produit prétexte à tous les mélanges. Voici donc une suite Ravel concoctée par le pianiste Frank Woeste; bonne idée puisque Ravel non seulement prenait le jazz au sérieux, mais sa musique en a été influencée.
On se trouve ainsi devant une œuvre particulière qui est basée sur l’échange violoncelle/trombone; les deux voix se fondent et se répondent dans un grand lyrisme mélodique. On connaît les qualités de Vincent Courtois, aussi bon pizzicato qu’à l’archet.
Ryan Keberle joue quant à lui dans la grande tradition du trombone jazz, avec un son cuivré, doux, sur une très grande tessiture, et avec un beau feeling. On peut se faire une idée sur«All Ears (fugue)», où tous s’expriment sur de lancinants ostinatos piano-batterie, suivi d’un solo de piano très sombre et envoûtant. Ou avec un autre titre très ravélien, «Dialogue», qui porte bien son nom, avec le piano derrière le violoncelle sur des ponctuations de la batterie. Les morceaux reposent sur des formules musicales, détournées bien sûr: impromptu, fugue, forlane, rigaudon, menuet, toccata; c’est plutôt une bonne idée. «Sortilège (menuet)» donne un bel aperçu du travail du groupe: un festival avec un violoncelliste qui s’envole sur de riffs brisés de la batterie. Dans ce disque règne une atmosphère impressionniste, étrange, lancinante, sombre et envoûtante, qui dure jusqu’à la dernière note, et donne du poids à cet hommage à Ravel entre musique classique et jazz.
Serge Baudot
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueEnrico Pieranunzi
Monsieur Claude [A Travel With Claude Debussy]

Bluemantique*, Passepied Nouveau, L’autre Ballade*, Romance°, Rêverie°, Cheveux*, Blues For Claude, Nuit D’étoiles°, Mr. Golliwogg*, My Travel With Claude, L’Adieu°
Enrico Pieranunzi (p), Diego Imbert (b), Andre Ceccarelli (dm), David El Malek* (ts), Simona Severini° (voc)
Enregistré les 14-15 janvier 2018, Meudon (78)
Durée: 1h 01' 10''
Bonsaï Music 180301 (Sony Music)


Il y a 100 ans disparaissait Claude Debussy, et cela explique la multiplication des hommages au compositeur classique, dans le jazz en particulier car il a inspiré bien au-delà de la seule musique classique. Hervé Sellin et Philippe Milanta, entre autres, ont aussi apporté leur bonne contribution à cet hommage (cf. notre rubrique disques). Enrico Pieranunzi, un autre excellent pianiste de la scène européenne, a choisi le contraste, alternant une relecture distanciée, un hommage décalé voire monkien (excellent «Blues for Claude») aux accents jazz avec de brefs retours à Debussy, l’esprit et parfois la lettre («Passepied Nouveau», «Mr. Golliwogg»). En trio ou solo, il y a de bons moments, la matière est belle et Enrico Pieranunzi est un excellent instrumentiste, classique aussi par son toucher. André Ceccarelli s’en sort avec les honneurs par une délicatesse qui convient parfaitement à l’univers. Les interventions de David El Malek sont réussies contrairement à celles de Simona Severini sans intérêt en regard de la matière, du texte comme de la voix; peut-être aussi le choix des arrangements; peut-être une touche d’humour à l'instar du titre, mais pas forcément du meilleur goût. Enrico Pieranunzi y fait penser dans sa lettre à Achille-Claude (le livret), pleine de respect et d’humour pour l’œuvre du Maître Debussy.
Un disque inégal donc où nous préférons le court «My Travel With Claude» en solo et «Blues for Claude».
Yves Sportis
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueYves Marcotte
Always Know Monk

Criss Cross/Misterioso, San Francisco Holiday/Let's Cool One, Shuffle Boil/Rhythm-a-ning/Thelonious, Introspection/Light Blue, Oska T, Children's Song/Gallop's Gallop, Pannonica
Yves Marcotte (b, arr), Shems Bandali (tp, flh), Zacharie Canut (as, ts), Nathan Vandenbulcke (dm, perc)
Enregistré le 22 décembre 2016, Lausanne (Suisse)
Durée: 36' 34''
Autoproduction AKM 001/1 (www.yvesmarcotte.com


On connaît l’infini des propositions qu’offre la centaine de compositions de Thelonious Monk, et voici une contribution de plus, originale, à la célébration d’un des compositeurs les plus curieux de l’histoire du jazz. Ici, le parti pris est double: respecter l’œuvre tout en s’accaparant totalement, par des arrangements plus actuels, voire parfois teintés, volontairement ou pas, d’autres couleurs et époques du jazz, d’humour ou ludique («San Francisco Holiday/Let's Cool One», «Oska T») ou d’autres références, c’est certain. On peut y trouver des atmosphères qui ne furent développées que plus tard, dans la période free jazz, aidé en cela par des petites citations de motifs rappelant aussi bien John Coltrane, qu’Art Blakey ou Ornette Coleman («Children's Song/Gallop's Gallop»), Max Roach/Booker Little («Pannonica»), d’autres encore… Le plus remarquable est que ces compositions du pianiste de légende s’accommodent parfaitement de ce traitement, moins complexe et subtil sur le plan harmonique que l’original, mais qui utilise les ressources de cet orchestre, à commencer par  l’énergie de ce groupe, une belle écriture, une composition originale d’orchestre (deux cuivres, basse, batterie, sans piano), une bonne culture d’oreille de l’univers du jazz. Tout est bien arrangé à la mesure de l’orchestre, et si le disque est court (un bon 33 tours),  tout est dense et intense, ce qui est indispensable à ce répertoire. Chacun des musiciens apporte swing et invention, est dans l’esprit, l’excellent leader bassiste, Yves Marcotte, comme ses jeunes compagnons, et on ne sent aucune lourdeur scolaire à cette réinterprétation, ce qui est en soi une performance eu égard à l’âge moyen de l’orchestre et au compositeur abordé. Le batteur Nathan Vandenbulcke, fait preuve d’une belle musicalité monkienne, de la  légèreté ou du drive indispensables. Shems Bedali (tp, flh) apporte par ses couleurs ce qu’il faut d’intensité et de profondeur, et Zacharie Canut (ts, as) prolonge cette exploitation des racines, entre plusieurs époque, sans aucune imitation.
C’est une belle réussite, une sorte de synthèse inattendue entre deux mondes, celui de Monk, si personnel, et du jazz des années soixante à nos jours, autour du post bop et free jazz de culture (l’américain). L’oreille des musiciens fait parfois des miracles. Pour ceux qui aiment la recherche, un petit jeu de pistes de ce qui s’est passé dans cette période si riche autour d’un des plus grands compositeurs du jazz. Bravo à l’équipe et à l’arrangeur!
Yves Sportis
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueSteve Davis
Think Ahead

Warrior, Abena's Gaze, A Little Understanding, Atmosphere, Mountaintop, Polka Dots and Moonbeams, Love Walked In, Think Ahead, Little B's Poem, Evening Shades of Blue, Farewell Brother
Steve Davis (tb), Steve Wilson (as, ss, fl), Jimmy Greene (ts), Larry Willis (p), Peter Washington (b), Lewis Nash (dm)

Enregistré le 16 janvier 2017, New York

Durée: 1h 15' 28''

Smoke Sessions Records 1704 (www.smokesessionsrecords.com)


Qu’est-ce qui rend ces disques toujours aussi passionnants? L’esthétique hard bop dans la droite ligne des formations d’Art Blakey n’est pas nouvelle, mais elle a continué de mûrir avec le temps, de s’enrichir de nombre de musiciens de talent, comme ici, et comme le grand vin, elle se bonifie avec le temps, élargissant son spectre créatif de ces nouveaux apports, de l’imagination de nouveaux musiciens, sans perdre aucun des repères essentiels : drive, tonalité des arrangements, blues, authenticité de l’expression. Cette formation réunit des musiciens qui ont reçu le message en droite ligne des Maîtres de cette période, avant de le transmettre aux générations nouvelles. Ce véritable all stars possède toutes les clés de cet héritage, et année après année, on perçoit davantage l’importance d’Art Blakey et de son monde dans la survivance de cet âge du jazz, du jazz dans son ensemble. Larry Willis, Peter Washington et Lewis Nash, une section rythmique hors norme, constituent le fondement de ce splendide sextet, sur lequel s’appuient Steve Davis, le leader du jour (son 17e enregistrement), un habitué de la formation de Chick Corea, Origin, comme Steve Wilson, autre protagoniste de la séance. Les deux saxophonistes, Steve Wilson et Jimmy Greene, déroulent une belle musique, même si Steve Davis se taille la part du lion dans les exposés et les chorus, une musique toujours aussi straight aheadpour détourner quelque peu le titre qui fait référence à la nécessité de continuer quelles que soient les circonstances: car en janvier 2017, un président nouveau venait assombrir l’horizon, et Steve Davis perdait son frère, un travailleur social, auquel il rend un hommage dans ce disque (le beau «Farewell, Brother»).

Le répertoire est bien équilibré avec sept originaux de Steve Davis, deux standards et deux compositions de Tony Williams et Bobby Hutcherson. L’unité de ton est établie par la nature des arrangements, tous très beaux. Steve Davis apporte lui-même de très belles compositions, sans âge, juste une belle matière que chacun développe et que tous contribuent collectivement à faire vivre, car il faut penser à l’avenir…

Yves Sportis
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueFrank Carlberg / Noah Preminger
Whispers and Cries

Someone to Watch Over Me, Take the ‘A’ Train, Embraceable You, Reflections, The Meaning of the Blues, These Foolish Things, Try a Little Tenderness, Aura Lee, Tea for Two, I’ve Grown Accustomed to Her Face
Noah Preminger (ts), Frank Carlberg (p)

Enregistré les 5 et 6 juillet 2017, Boston (Massachusetts)

Durée: 1h 07' 37''

Red Piano Records 14599-4431-2 (www.redpianorecords.com)


Sur cet enregistrement en duo (réalisé dans le cadre prestigieux du Jordan Hall à Boston) est célébrée une façon toute littéraire de considérer le jazz, placée sous les auspices des plus grandes figures de la musique. Originaire du Connecticut, Noah Preminger a enregistré son premier disque à l’âge précoce de 21 ans, et a depuis joué avec de grands noms de la scène jazz, comme Dave Holland ou Fred Hersch. Frank Carlberg a travaillé avec Steve Lacy, et conçu des arrangements pour big bands, s’intéressant notamment à la poésie contemporaine américaine. Ensemble, ils revisitent un panel de classiques inoxydables. On sait l’exercice périlleux –tant la restitution de standards en duo paraît condamnée à une certaine aridité–, mais la sincérité des musiciens, leur talent individuel, et le fait d’avoir exploré cette musique en tous sens durant de nombreuses années, permet de proposer des teintes inédites et originales. «Someone to Watch Over Me» annonce la couleur, très Great American Songbook, et cette ballade augure de l’intimisme revendiqué de toute la prestation. «Take The ‘A’ Train», de Billy Strayhorn, met en standby son caractère entraînant pour révéler les trésors recelés par ses lignes mélodiques. «Embraceable You» poursuit dans cette veine, avec un accent particulier mis sur sa structure et sa logique interne. «Reflections» retrouve le classicisme des enregistrements Prestige, diluant quelque peu l’étrangeté de sa signature rythmique. «The Meaning of the Blues» voit sa pulsation singulière remaniée pour devenir un blues authentique, tandis que les chorus de Noah Preminger reproduisent les lignes vocales de «These Fooling Things». Après un «Try a Little Tenderness» et le traditionnel «Aura Lee», peut-être moins originaux et intéressants, il faut attendre «Tea for Two», qui touche au registre du music-hall, et «I’ve Grown Accustomed to Her Face», tiré de My Fair Lady, pour conclure ces sessions dans une ambiance très music-hall.
Un très beau disque.
Jean-Pierre Alenda
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueGuilhem Flouzat Trio
A Thing Called Joe

There’s no You, Oska T, Perdido, When I Fall in Love, Walking My Baby Back Home, Midnight Mood, Mrs Parker of KC, Happiness Is a Thing Called Joe
Sullivan Fortner (p), Desmond White (b), Guilhem Flouzat (dm)
Enregistré le 9 octobre 2016, New York
Durée: 39' 54''
Sunnyside 1492 (www.sunnysiderecords.com)


Guilhem Flouzat est un batteur éclectique, capable de rendre hommage aux classiques comme de défricher des territoires inédits au travers de compositions originales. Sur une idée de Laurent Coq, il joue en trio un répertoire de standards qui s’apparente à un véritable voyage mélodique. L’entreprise de relecture toute en suggestion d’un patrimoine où s’illustrèrent de nombreux chanteurs et chanteuses, et qu’un long séjour du musicien à New York a sans nul doute nourrie et inspirée, débute sur le mode crooner avec «There’s No You». Le classicisme de la formation prend explicitement racine chez les grands trios de l’histoire du jazz, et on se sent ici à proximité immédiate de Red Garland et de Cedar Walton, eu égard au jeu très rythmique du pianiste Sullivan Fortner, membre du quintet de Roy Hargrove. L’enchaînement avec «Oska T» reflète la façon dont Thelonious Monk étend aujourd’hui son influence sur la quasi-totalité des courants du jazz, avec un arrangement original et singulier. «Perdido», en ce contexte, fait autant référence à Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan qu’à Duke Ellington, tout de syncopes et de silences choisis. «When I Fall in Love» incarne le versant romantique et épique d’une telle session, avec un aspect minimaliste dans l’interprétation qui laisse libre cours à l’imagination. «Walking My Baby Back Home» touche à la comédie musicale en mettant le talent du leader en valeur, et «Midnight Mood» est une tentative d’approche de la poésie de Bill Evans, d’une beauté inouïe sur une composition mémorable de Joe Zawinul. Eric Dolphy est à l’honneur avec «Mrs Parker of KC», pour un festival de tempos et de couleurs, et le récit en musique prend fin avec «Happiness Is a Thing Called Joe», écrit pour le célébrissime film musical Cabin in the Sky de Vincente Minnelli, sorte de conclusion heureuse à un tableau languide et tourmenté.
Jean-Pierre Alenda
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueSam Braysher with Michael Kanan
Golden Earrings

Dancing in the Dark, Cardboard, Irving Berlin Waltz Medley: What'll I Do/Always Remember, BSP, All too Soon, In Love in Vain, The Scene Is Clean, Beautiful Moons Ago, Golden Earrings, Way Down Yonder in New Orleans
Sam Braysher (as), Michael Kanan (p)

Enregistré les 31 mars et 1er avril 2016, New York

Durée: 49' 48''

Fresh Sound New Talent 1007 (Socadisc)


Enregistré à New York, ce répertoire tiré pour l’essentiel de l’American Song Book (les standards) et du répertoire du jazz (Tadd Dameron, Duke Ellington, Charlie Parker) par la grande connaissance qu’en a, selon le livret, Michael Kanan, le pianiste, est l’occasion de découvrir une conversation intime entre deux musiciens, un aîné, le pianiste, et le jeune altiste, Sam Braysher, coleader de cet enregistrement et auteur du seul original, la bonne composition «BSP».

Ce répertoire, comme ce pianiste qui a accompagné Jimmy Scott, Jane Monheit, Peter Bernstein ou Kurt Rosenwinkel, raconte un pan de l’histoire musicale des Etats-Unis, notamment le versant mélodique, telle qu’on la rêve, vue d’Europe: de splendides mélodies, jouées ici avec beaucoup de feeling et de proximité par rapport aux partitions, pour en tirer la substance qui fut à la base des compositions, l’atmosphère…
Le saxophoniste, qui possède un bon son, se coule parfaitement dans l’univers tressé par le pianiste, enregistré «à l’ancienne» pour respecter le climat d’ensemble, et le résultat propose 50 minutes d’une belle musique populaire, fortement marquée par le jazz, la reconstitution de cette belle synthèse américaine entre jazz et musique populaire qui a valu tant de splendides enregistrements, parfois dans le jazz, parfois dans la musique de variété… et parfois entre les deux, comme ici, car le blues et le swing sont parfois absents, sans aucune faiblesse car les musiciens sont sincères. L’essence de cette musique est mélodique avant toute chose.
Yves Sportis
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueTia Fuller
Diamond Cut

In the Trenches, Save Your Love for Me, I Love You, Queen Intuition, Joe'n Around, Crowns of Grey, The Coming, Soul Eyes, Delight, Fury of Da'mond, Tears of Santa Barbara, Joe'n Around (Alternate Take)
Tia Fuller (as), Adam Rogers (g), Sam Yahel2-7,James Genus (b)1-3,6,10,12, Dave Holland (b)4-5,7-9,11, Jack DeJohnette (dm)4-5,7-9, Bill Stewart (dm) 1-3,6,10,12, Terri Lyne Carrington (perc)7-8
Enregistré à Rhinebeck (New York), date non précisée
Durée: 1h 03' 45''
Mack Avenue 1127 (www.mackavenue.com)


Produit par Terri Lyne Carrington, qui participe ici à deux thèmes, et qui l’a elle-même recrutée dans plusieurs de ses projets, voici ce qui semble être le cinquième enregistrement personnel de Tia Fuller. Bien installée déjà dans sa vie de musicienne, elle enseigne au Berklee College, a accompagné nombre de stars de la scène américaine, parfois commerciale, comme Chaka Kahn, Dionne Warwick et Aretha Franklin parmi beaucoup d’autres comme l’inévitable Esperanza Spalding, elle a déjà fait l’actualité ou la une des revues spécialisées américaines. Dans le jazz, en dehors de sa productrice, elle a côtoyé Dianne Reeves, Ralph Peterson, Rufus Reid, Nancy Wilson, Geri Allen, Wycliffe Gordon ou le Jon Faddis Orchestra. Tout cela témoigne de l’intensité de son activité en général, même si elle est moins bien connue en Europe dans le circuit des tournées, et que son précédent album en leader date déjà de 2012.
Cet album propose une musique de Tia Fuller impactée par la présence d’Adam Rogers, présent sur tous les thèmes, avec un all stars à géométrie variable comprenant Jack DeJohnette, Dave Holland, James Genus, Sam Yahel, Bill Stewart, que du beau monde. L’altiste est une bonne instrumentiste, avec un son, la musique est parfaite, accomplie, dans sa réalisation, même si la tonalité des compositions, la plupart de Tia Fuller, à l’exception de trois thèmes de Cole Porter, Buddy Johnson et Mal Waldron, propose une musique dont le relief n’est pas la qualité. Il y a d’agréables moments, mais tout semble une peu froid, trop «proprement» arrangé, comme manquant de la profondeur du blues, de vérité ou de conviction, et le jazz en a besoin, au-delà des qualités musicales. Au demeurant, elle appartient à une des esthétiques du jazz dont font partie beaucoup de musiciens de jazz et pas des moindres. Cela peut séduire des amateurs plus sensibles à la musique bien faite qu’aux racines (quand il y a les deux, c’est de l’art). Même le beau «Soul Eyes» de Mal Waldron passe à la moulinette de ce ton éthéré, sans relief.
Yves Sportis
© Jazz Hot n°684, été 2018

Jean-Philippe Bordier Trio
Hipster's Alley

Hipster’s Alley, Havana Twist, Riding on a Cloud, Dr Oligo, Heaven’s Bell, Mars’ Waltz, Quicky Boy, Pick Me Up, Colors of Jupiter, Blazing Sun, Seventies Road, Korsika
Jean-Philippe Bordier (g), Guillaume Naud (org), Pascal Bivalski (vib), Andreas Neubauer (dm)
Enregistré les 25 et 26 août 2016, lieu non précisé
Durée: 55' 03''
Black & Blue 859.2 (Socadisc)


Le guitariste Jean Philippe Bordier n’est pas un inconnu. Nous avions chroniqué ses premières productions et aujourd’hui nous continuons avec Hipster’s Alley, un petit bijou dans la mouvance de ce que vient de réaliser Dave Stryker (Strykin’ Ahead). En effet, son combo guitare-orgue-batterie augmenté d’un vibraphone donne une double couleur à ses compostions. De «Havana Twist» à «Korsika», en passant par «Mars’ Waltz», le guitariste nous délecte de son phrasé. Pascal Bivalski l’accompagne dans un jeu d’équilibriste sur «Havana Twist» tandis que Guillaume Naud apporte une sonorité ouatée pour donner plus de charme à l’expression de ce titre. «Quicky Boy» constitue un grand moment de ce disque avec une expression très bleutée du guitariste et la vigueur du soutien de l’orgue et du jeu sur les fûts d’Andreas Neubauer. Les influences de Bordier transparaissent au gré de ses interventions, Jimmy Raney pour la finesse de son jeu («Pick me Up»), Kenny Burrell et son côté blues marqué («Colors of Jupiter»), mais aussi Wes Montgomery («Hipster’s Alley). La tension est plus souvent langoureuse dans l’expression de l’Angevin.Il n’hésite pas à apporter dans son phrasé des éléments venus de la Côte Ouest des USA avec de jolis déboulés guitaristiques («Seventies Road»). Au final, Jean-Philippe Bordier nous offre un album très marqué par les maîtres de la guitare jazz. Il utilise un format qui a fait ses preuves dans les années 60-70 et le remet au goût du jour avec bonheur. Il termine par «Korsika», comme une invitation à partir sur l’île pour s’imprégner des saveurs épicées de l’été.
Michel Maestracci
© Jazz Hot n°684, été 2018

Dave Stryker
Strykin' Ahead

Shadowboxing, Footprints, New You, Passion Flower, Strykin’ Ahead, Blues Down Deep, Joy Spring, Who Can I Turn To, Donna Lee
Dave Stryker (g), Steve Nelson (vib), Jared Gold (org), McClenty Hunter (dm)
Date et lieu d’enregistrement non précisés
Durée: 59' 39''
Strikezone 8815(www.davestryker.com)


Pour son 30e album, le guitariste de Omaha (Nebraska) a fait fort. Avec Strykin’ Ahead, l’ancien partenaire de Stanley Turrentine, Jack Mc Duff et Kevin Mahogany, recrée les atmosphères qui ont prévalu pendant deux décennies, souvent pour le label Blue Note, et pour cause: n’a-t-il pas écrit les notes du livret de l’album Jazz Profile: Grant Green, paru chez l’illustre label en 1997? Sur sa dernière production, il a choisi une configuration à la fois groove et délicate. On retrouve Steve Nelson au vibraphone, qui accompagna Grant Green pendant une année, et Jared Gold, à l’orgue Hammond, se transforme un tant soit peu en Jack McDuff, voire Larry Young. Enfin, c’est McClenty Hunter, déjà présent sur Messin With Mr. T du guitariste, qui officie sur les fûts. L’ambiance globale de cet album renvoie immanquablement aux maîtres du passé qu’étaient Wes Montgomery, Kenny Burrell, Tal Farlow.
Strykin’ Ahead
débute avec «Shadowboxing», un thème écrit par Dave Stryker qui lance le projet sur une voie semée de virtuosité. C’est tout d’abord le leader qui s’y colle avec beaucoup de velouté dans son phrasé, tandis que les cymbales scintillent en arrière plan avec le soutien des accords de l’orgue. Puis vient le tour de Steve Nelson qui, sur les touches de son instrument, transmet de bonnes vibrations. Le combo enchaîne avec une composition de Wayne Shorter («Footprints») beaucoup plus paisible, tout comme les morceaux qui suivent. Le jeu du vibraphoniste y joue forcément pour beaucoup. Retour aux sources avec un blues lent de toute beauté où l’on retrouve tous les ingrédients qui permettent de magnifier cette expression («Blues Down Deep»). Les langoureuses phrases de l’orgue donnent de la profondeur d’âme au propos, la sonorité de la guitare se fait ouatée avec des petits déboulés magiques et les interventions cristallines du vibraphone rafraîchissent le tout avec un solide soutien des fûts de McClenty Hunter. Après une relecture de Clifford Brown, c’est avec «Donna Lee» que l’album se conclut comme il avait débuté. Avec les flèches dispensées à grande vitesse par la guitare associées aux frappes légères et dynamiques de Steve Nelson. Un album qui renvoie aux grands moments de Blue Note.
Michel Maestracci
© Jazz Hot n°684, été 2018

Cliquez sur la pochette pour écouter des extraits du disqueGeorgia Mancio / Alan Broadbent
Songbook

The Journey Home, The Last Goodbye, Someone's Sun, Cherry Tree, Small Wonder, One for Bud, Hide Me From the Moonlight, Forever, Close to the Moon, Where the Soft Winds Blow, Just Like a Child, Lullaby for MM
Georgia Mancio (voc), Alan Broadbent (p), Oli Hayhurst (b), Dave Ohm (dm)

Enregistré en 2015 et 2016, lieux non renseignés

Durée: 56' 50''

Roomspin Records 1923 (www.georgiamancio.com)

Né à Oakland, le pianiste Alan Broadbent (Natalie Cole, Diana Krall et Charlie Haden…) est tout sauf un débutant. Il s'associe ici à la jeune chanteuse britannique Georgia Mancio, révélée au Ronnie Scott’s, remarquée par Bobby McFerrin et David Lynx. L'osmose est totale. Alan a composé tous les thèmes et Georgia écrit tous les textes. Sobrement mais efficacement accompagnée par la contrebasse et la batterie, cette musique, pourtant originale, sonne à la façon d'un brillant medley de standards du répertoire américain. Le pianiste néo-zélandais et la chanteuse anglaise enjambent allègrement les frontières...
Daniel Chauvet
© Jazz Hot n°684, été 2018

Yaël Angel
Bop Writer

So What, Teru (Ophélia), Round Midnight, Good Bye Pork Pie Hat, In Walked Bud, Lonely Woman, Falling Grace, Melodies of Monk, Rhythm-a-ning, Infant Eyes (Reflections)
Yaël Angel (voc), Olivier Hutman (p), Yoni Zelnik (b), Tony Rabeson ou Jean-Marc Sajan (dm)

Enregistré en février 2017, Antibes (06)

Durée: 48' 08''

Pannonica (InOuïe Distribution)

Merveilleusement accompagnée par Olivier Hutman, Yoni Zelnik et Tony Rabeson –à qui elle laisse souvent les coudées franches– la chanteuse Yaël Angel signe ici son plus beau disque. Très impliquée dans cette œuvre, elle a écrit plusieurs arrangements, une grande partie des textes, composé les paroles et la musique d'un hommage à Thelonious Monk qui s'inscrit parfaitement au sein des compositions de Miles Davis, Wayne Shorter, Ornette Coleman, Steve Swallow, Charlie Mingus et Thelonious Monk... dont elle a commencé à apprécier la musique à New York toute jeune encore. Répertoire audacieux, mais Yaël Angel, formée au chant lyrique au Conservatoire de Nice, ne manque pas de culture et est douée d'une belle voix de mezzo soprano juste, ample et solide qui lui permet ce tour de force. Elle interprète ses textes et scatte d'une façon impérative qui force le respect. La prise de son est remarquable.
Daniel Chauvet
© Jazz Hot n°684, été 2018