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Didier Lockwood

18 fév. 2018
11 février 1956, Calais (62) - 18 février 2018, Paris
© Jazz Hot n°683, Printemps 2018

 Didier Lockwood au Petit Journal Montparnasse (nov. 2015) © Patrick Martineau




Didier Lockwood est décédé d'une crise cardiaque le 18 février à Paris. Il avait 62 ans. Une disparition d’autant plus brutale et stupéfiante que le violoniste débordait de projets (il venait de sortir un album, Open Doors, avec une tournée à suivre) et se produisait encore, la veille de sa mort, au Bal Blomet (Paris 15e). C’est une personnalité éminente du jazz (et de la musique en général) en France qui disparaît. Depuis ses débuts au sein du groupe Magma, au milieu des années soixante-dix, en passant par les rencontres avec Stéphane Grappelli, Michel Petrucciani, Biréli Lagrène, Martial Solal, Gordon Beck, Billy Hart, Dave Holland et ses incursions dans le monde de la musique classique, Didier Lockwood était un musicien bénéficiant d’une large audience et multipliant les expériences les plus variées. Il avait, en outre, fondé une école de musique, en 2001, le Centre de Musiques Didier Lockwood, et exercé plusieurs missions et responsabilités dans le cadre institutionnel.






Né à Calais, le 11 février 1956, dans une famille d’artistes (son père était instituteur et professeur de violon, sa mère peintre amateur et son frère aîné Francis est pianiste), Didier Lockwood débute sur l’instrument de son père à 6 ans et intègre immédiatement le conservatoire. Il est assidu et reçoit une formation exigeante qui lui permet d’intégrer  l’Orchestre lyrique du Théâtre Municipal de Calais à 13 ans.  Trois ans plus tard, il remporte le premier prix de violon au Conservatoire de Calais ainsi que le Premier prix national de musique contemporaine de la SACEM pour sa composition pour violon préparé. Dans le même temps, son frère l’initie au jazz. Et alors qu’il est reçu en tête du classement à l’Ecole Normale de Musique, il renonce à y entrer. En effet, le jeune homme de 17 ans, qui a découvert le violon amplifié, a passé une audition auprès de Christian Vander (dm), lequel recherche de nouveaux membres à son groupe de rock progressif, Magma. Cette première expérience musicale dure quatre ans. Mais dès 1976, le violoniste intègre, en parallèle, le big band de Jean-Louis Colombier. Lors d’un concert en hommage à Stéphane Grappelli, il est remarqué par le maître qui le prend sous son aile et l’emmène en tournée. C’est ainsi que Didier Lockwood foule pour la première fois les grandes scènes internationales de jazz. Dave Brubeck l’invite à son tour à se produire au Carnegie Hall de New York. Didier Lockwood n’a alors que 21 ans.

Didier Lockwood au Puces de St Ouen avec le groupe Opus 4 (2014)

C’est la musique électrifiée qui continue de l’intéresser et son abord personnel du jazz s’effectue donc par le prisme de la fusion. En 1978, il débute des collaborations avec André Ceccarelli (dm), François Jeanneau (s), Didier Levallet  (b) et Henri Texier (b). Parallèlement, il évolue dans le groupe Zao, une sorte d'extension de Magma. Dans la foulée, il sort un premier album sous son nom, Surya (Inner City), où l’on retrouve son frère Francis aux claviers, mais aussi  Jean-Claude Agostini (g), Jean-My Truong (perc), Sylvain Marc (b) et Luc Plouton (key). Didier Lockwood poursuit ainsi les rencontres au sein de l’esthétique jazz-rock (Gordon Beck, p, NHØP, b, Tony Williams, dm, Bob Malach, ts, Jan Hammer, kb) malgré l’épisode acoustique que constitue son trio avec Philip Catherine (g) et Christian Escoudé (g) sur l’album Trio (JMS, 1983). Sa discographie témoigne d’ailleurs de l’éclectisme de ses compagnonnages: Gordon Beck, Cecil Mc Bee, Billy Hart (Out of the Blue, Gramavision, 1985), Marcus Miller (Rhythm & BLU, Cream Records, 1985), Manu Dibango (Afrijazzy, Polydor, 1987), sans compter les scènes partagées avec les pianistes Martial Solal et Michel Petrucciani. Il enregistre aussi plusieurs disques avec son Didier Lockwood Group (Francis Lockwood, Jean-Michel Kajdan, g,  Sylvain Marc, b, Kirt Rust, dm, dans sa première version) et se produit à L’Olympia en 1985 avec son quartet et le groupe de fusion québécois UZEB (UZEB-Lockwood Absolutely Live + Quartet, Cream Records 39).

Didier Lockwood avec Eva Slongo aux Puces de St Ouen (2014) © Patrick Martineau

Au début des années 1990, il s’entoure de Jean-Marie Ecay (g), Laurent Vernerey (b) et Loïc Pontieux (dm). Il enregistre aussi son premier album sur le sol américain: New York Rendez-Vous (1995, JMS Records) avec Dave Liebman (s), Mike Stern (g), Dave Holland (b) et Peter Erskine (dm). En 1996, il renoue avec la musique classique, composant, avec l’Orchestre National de Lille, un concerto, Les Mouettes. Il n’en garde pas moins un pied aux Etats-Unis et sort un album avec Joey DeFrancesco (org, tp), James Genus (b), Steve Gadd (dm), Storyboard (1996, Dreyfus Records). Ce format, que Jean-Luc Ponty avait essayé avant lui aux côtés de Daniel Humair et Eddy Louis (HLP), semble lui convenir puisqu’il enchaîne ensuite avec Benoît Sourisse (p) et André Charlier (dm) pour Round About Silence (1998, Dreyfus Records).

En 2000, il rend hommage à Stéphane Grappelli avec Biréli Lagrène (g) et NHØP (b) en revisitant les grands standards du jazz en général («Misty», « I Got Rhythm», «In a Sentimental Mood »), et de la tradition Django en particulier («Minor Swing», «Nuages»), sur Tribute to Stéphane Grappelli (Dreyfus Records). Un coup de chapeau (ou plutôt d'archet) au maître qui lui avait symboliquement offert son instrument, en passage de témoin.
Après cette évocation d’un musicien que beaucoup considèrent comme un modèle pour lui (bien que de l'avis de l'intéressé, c'est de Jean-Luc Ponty que lui vient sa vocation de violoniste de jazz), Didier Lockwood s’oriente vers la musique indienne. Son violon croise Ragunath Manet, le plus grand représentant de Barat-Natyam (danse indienne) et joueur de veena.
Puis, il se lance dans les compositions pour orchestres symphoniques (Les Enfants de la pluie, Hypnoses), l’influence de sa femme, la chanteuse lyrique Caroline Casadesus peut être? Toujours est-il qu’il partage avec elle l’affiche d’un spectacle à succès: Le Jazz et la Diva.
Parallèlement à cette parenthèse classique, il revient au jazz manouche en réunissant les musiciens qui ont joué avec Stéphane Grappelli à différentes époques de sa carrière. On retrouve ainsi sur Waltz Club (2006, Universal Music) le guitariste écossais Martin Taylor, l’accordéoniste Marcel Azzola et le contrebassiste Jean-Philippe Viret.
Deux ans plus tard, il récidive avec For Stéphane, (2008, Frémeaux & Associés) cette fois-ci avec Dee Dee Brigewater (voc), Toots Thielemans (g), René Urtreger (p), Romane (g), Sylvain Luc (g), Marc Fosset (g), Patrice Caratini (b), Daniel Humair (dm). Sa carrière est ainsi faite de nouvelles découvertes pour stimuler sa créativité et son goût du partage comme ses œuvres pour les enfants (À la récré, ou Chansons pour les enfants).
En 2009, Didier Lockwood publie un disque en duo avec son frère (Lockwood Brothers, Frémeaux & Associés) et enchaîne avec un album sur Claude Nougaro, où tous les musiciens ont eu un lien fort avec le chanteur. Ou encore, il immortalise son passage au Jazzhus Montmartre de Copenhague sur Live at Montmartre (2010, Sony Music) avant de se pencher sur l’électro en compagnie de Charlier, Sourisse et Philippe Balatier du groupe NoJazz.

Didier Lockwood invité par Adrien Moignard, Diego Imbert et Noé Reinhardt (Festival Jazzabar 2016) © Patrick Martineau

Il faut également rappeler l’engagement du violoniste dans la pédagogie de la musique. Marqué par son parcours d’enseignement classique qu’il trouve trop rigide, il entend permettre à chaque jeune musicien de recevoir une formation performante sur le plan technique lui permettant d’aborder tous les styles musicaux et de maîtriser l’art de l’improvisation. Ainsi, après la publication d’un ouvrage théorique, Cordes et âmes (Editions Salabert), une méthode consacrée à l’improvisation et au violon jazz, il fonde en 2001 le Centre de Musiques Didier Lockwood à Dammarie-les-Lys (77). Etablissement reconnu par le ministère de la Culture, délivrant un cursus diplômant, très bien implanté à travers de nombreux partenariats, le CMDL a de fait participé à installer Didier Lockwood comme une personnalité éminente du jazz en France. Par ailleurs, à partir de 2011, il anime le festival Violons Croisés, toujours à Dammarie-les-Lys, ville dont il est brièvement maire adjoint à la Culture (2014-2016). Egalement positionné dans les institutions nationales, il dirige le Haut-Conseil de l’Education Artistique et Culturelle, créé par le ministère de la Culture en 2005, et remet, en 2016, au Premier ministre, un rapport sur l’enseignement de la musique dans lequel il propose de réformer en profondeur l’apprentissage en conservatoire. Ce rapport est mal accueilli par les directeurs de conservatoire.  


2917, Didier Lockwood, Open Doors


Didier Lockwood opère un retour vers le jazz en 2017 avec son ultime album, Open Doors (Sony Music). A cette occasion, il retrouve un vieux complice, André Ceccarelli. Le quartet est excellemment complété par Antonio Faraò (p) et Darryl Hall (b). Sa soudaine disparition, le 18 février 2018, prive le projet de sa dimension scénique, la tournée programmée pour 2018 et 2019 n’aura pas lieu.
Didier Lockwood devait également donner un concert en hommage à Django Reinhardt au mois de mars: autre rendez-vous manqué mais qui rappelle le lien qu'a conservé le violoniste, disciple turbulent de Stéphane Grappelli, avec le jazz tout au long d'une carrière au rythme intense, on ne peut plus éclectique.



Ses obsèques ont eu lieu à l'église St Roch (Paris 1er), le 11 février 2018. Il repose à présent au Cimetière du Montparnasse.


Michel Maestracci

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DIDIER LOCKWOOD et JAZZ HOT: 383 (1981), 409 (1984), 436 (1986), 522 (1995), 558 (1999)


SITE:
www.didierlockwood.fr

     

SELECTION DISCOGRAPHIQUE

Leader/coleader

LP  1978.  SuryaInner City 1092
LP  1978. Thank You Friends (Faton Cahen), Atlantic 5489
CD 1979. New World, Polydor 821 880-2
CD 1979. Swing Strings System, Frémeaux & Associés 449
LP  1980. Live in Montreux, JMS Records 011
CD 1981. Fusion, JMS Records 015-2
CD  1982. Fasten Seat Belts, JMS 016-2
CD 1983. The Kid, JMS Records 024-2
CD 1983, Trio, JMS 031-2 (avec Philip Catherine et Christian Escoudé)
LP  1984. Didier Lockwood Group, Gramavision  1884-12-1
CD 1985. Out of the Blue, Gramavision 1885-04-2 
LP  1985. Rythm'n Blue, Cream Records 170
CD 1985. Uzeb-Lockwood Absolutely Live + Quartet, Cream Records 39
CD 1987. 1.2.3.4, Nova 8921-2
CD 1990. Phoenix 90, DLG, JMS Records 054-2
CD 1991. Lune Froide (B.O.), JMS 058-2
CD 1993. Didier Lockwood Group, JMS 18621
CD 1994. Solal-Lockwood, JMS 067-2
CD 1995. New York Rendez-Vous, JMS Records 075-2
CD 1995. Chansons pour les enfants, JMS 051-2
CD 1996. Storyboard, Dreyfus Records 36582
CD 1998. Round About Silence, Dreyfus Records 365952
CD 2000. Tribute to Stéphane Grappelli, Dreyfus Records 36611
CD 2001. Omkara, Dreyfus Records 36624
CD 2003. Globe-Trotter, Universal Music 980 932-4
CD 2005. Concerto pour violon. Les Mouettes, Universal Music 4767553
CD 2006. Waltz Club, Universal Music 9837659
CD 2008. For Stéphane, Frémeaux & Associés 8520
CD 2009. Brothers, Frémeaux & Associés 592 (avec Francis Lockwood)
CD 2010. Live at Montmartre, Sony Music
CD 2015. Apesantar, Frémeaux & Associés 8528
CD 2017. Open Doors, Sony Music 5491822

1983. Didier Lockwood, The Kid    1984. Didider Lockwood Group    1987. Ddier Lockwood, 1.2.3.4.    1995. Didier Lockwood, New York Rendez-Vous 

2000. Didier Lockwood, Tribute to Stéphane Grappelli  2003. Didier Lockwood, Globe-Trotter  2009. Didier & Francis Lockwood, Brothers  2010. Didier Lockwood, Live at Montmatre


Sideman
LP  1976. Zao, Kawana, RCA Victor 1 0178
LP  1979. François Bréant, Voyeur extra lucide, EGG Visa 7011
LP  1979. Henri Texier, A Cordes et à cris, JMS 06
LP  1981. André Ceccarelli, JMS 014
CD 1985. Billy Hart, Gramavision 79506
LP  1987. Manu Dibango, Afrijazzy, Polydor 831 720-1
CD 1991 Gordon Beck, For Evans Sake, JMS 059-2
CD 1993. Leni Stern, Like One, Lipsticks Records 89017-2
CD 1996. Babik Reinhardt, Nuances, RDC Records 400 182
CD 1996. Richard Galliano, Laurita, Dreyfus Jazz 0365722
CD 1996. Michel Portal, Anyway, Label Bleu 6544
CD 1998. Leni Stern, Recollection, LSR 42
CD 1999. Jean-Marc Jafet, Dolorès, JJG 003
CD 2001. Anne Ducros, Purple Songs, Dreyfus Records 36622
CD 2005. Markus Stockhausen, Mozart, La nuit jazz n’groove, Nocturne 322
CD 2008. Biréli Lagrène, Gypsy Routes, Dreyfus Records 36720
CD 2010. Pink Turtle, Back Again, Frémeaux & Associés 528
CD  2017. Antonio Faraò, Eklektik, Warner 5054197610424


VIDEOS

Documentaire sur Didier Lockwood (en anglais)
https://www.youtube.com/watch?v=R4OsEvP5ULU

1984. Stéphane Grappelli et Didier Lockwood, Jazz à Juan
Stéphane Grappelli (vln), Didier Lockwood (vln)
https://www.youtube.com/watch?v=J-B6pZVRQ4U

1992. Didier Lockwood, «Nuages», France 2, Musiques au cœur (8 avril 1992)
Didier Lockwood (vln), Jean-Marie Ecay (g)
https://www.youtube.com/watch?v=AAyAXIRRbGs&index=5&list=PLrjVianOJk2tl0UsyLYwCGZzjS19pZPh0

2011. Mike Stern/Didier Lockwood/Tom Kennedy/Dave Weckl, Jazz à Vienne
Mike Stern (eg), Didier Lockwood (vln), Tom Kennedy (eb), Dave Weckl (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=8qIhSQXx3GU

2014. Richard Galliano/Biréli Lagrène/Didier Lockwood, Suisse (18 juillet 2014)
Richard Galliano (acc), Biréli Lagrène (g), Didier Lockwood (vln)
https://www.youtube.com/watch?v=eANuzNahj-U

2017. Didier Lockwood Quartet, concert intégral, Jazz in Marciac
Didier Lockwood (vln), Sylvain Luc (g), Diego Imbert (b), André Ceccarelli (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=Dw8it9RNFVw

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