pubentetesite
Actualités
Rechercher   << Retour

Ben Riley

18 nov. 2017
17 juillet 1933, Savannah (GA) – 18 novembre 2017, West Islip (NY)
© Jazz Hot n°681, automne 2017
Jazz Hot n°598, Ben Riley en couverture







Même si la notoriété du batteur Ben Riley reste d'abord associée à sa collaboration avec Thelonious Monk qu'il accompagna de 1964 à 1968, il signe une longue carrière de plus de soixante ans, marquée par une une impressionnante discographie de 300 albums, la quasi-totalité en sideman.
Son brillant parcours, qui débute dès 1956, lui a permis de croiser d'abord les New-Yorkais Randy Weston, Sonny Rollins, Art Taylor, Jackie McLean qu'il côtoie à l’adolescence puis le gotha du jazz:
Billy Taylor, Ray Bryant, Earl Hines, Ahmad Jamal, Alice Coltrane, Andrew Hill, Alice Coltrane, Kenny Barron, Abdullah Ibrahim, Hank Jones, Sir Roland Hanna, Mal Waldron, Stan Getz, Red Garland, Larry Willis et Duke Ellington…
Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, on le retrouve avecRoland Hanna, Red Garland, Benny Golson, Freddie Redd, George Mraz, Chet Baker et, en 1976, il intègre le nouveau quartet de Ron Carter avec Kenny Barron et Buster Williams. Après le départ du leader, la rythmique demeure et accueille Charlie Rouse, formant le groupe Sphere.
En 2006, il monte le Monk Legacy Band avec Don Sickler et Wayne Escoffery.
On le voit, sa carrière a été durablement marquée par son passage dans le quartet de Thelonious Monk, dont il a perpétué la musique. Il est recommandé de (re)lire les interviews que
ce grand batteur donna à Leslie Gourse (n°523) et Jean Szlamowicz (n°598), parues dans Jazz Hot (avec discographie), après un petit détour par Thelonious Monk (Numéro Spécial ’98, parmi beaucoup d'autres numéros, avec une discographie complète).


Benjamin Alexander Riley Jr. est né le 17 juillet 1933 à Savannah, Géorgie, au sein d’une famille modeste. Son père travaille sur un chantier naval, et sa mère est femme de ménage. En 1937, sa famille déménage pour New York et s’installe dans le quartier d’Harlem, à Sugar Hill, où il côtoie de nombreux musiciens1 et prend ses premiers cours de musique avec le clarinettiste et saxophoniste Cecil Scott. Il participe à l’orchestre de son lycée, creuset de nombreuses rencontres et vocations musicales, mais, à la fin de ses études, la recherche d’un emploi le conduit à s’engager dans l’armée. Il entre dans le corps des parachutistes, joue dans l’orchestre de sa base et sans aucun doute donne de nombreux concerts; mais peu de traces relatent cette époque.

En 1954, il quitte l’armée et regagne New York où il s’engage deux ans plus tard dans une carrière professionnelle de musicien. Son influence principale reste Kenny Clarke qui marque sa jeunesse, au moment de la naissance du bebop. «J'adore la façon dont il accompagne et la subtilité de ses innovations.»2 Parmi ses premiers employeurs de renom, on peut noter Johnny Griffin, Eddie Lockjaw Davies, Randy Weston, Mary Lou Williams, Sonny Stitt… mais c’est avec le pianiste Gene Rodgers qu’il entre pour la première fois en studio, le 18 août 1958, pour graver l’album Jazz Come to the Astor (Mercury). Il joue aussi aux côtés de Woody Herman, Stan Getz, Billy Taylor, Junior Mance, Ray Bryant, Bennie Green, Clark Terry… En 1962, il rejoint Sonny Rollins qui marque son retour à la scène avec l’album historique The Bridge. Sur cet album, comme sur ceux du Johnny Griffin-Eddie Lockjaw Davies Quintet (Griff and Lock et Lookin at Monk), Ben Riley marque déjà de son style personnel la rythmique qui pousse les improvisateurs à déployer leurs ailes: «Si Ben frappe fort ou caresse du bout de ses baguettes, son impulsion musicale n’est jamais perdue. On l’entend souvent jouer sur les tonalités de ses différentes cymbales contrôlant chacune de leur vibration. Son toucher et son style aux balais apportent une touche nouvelle et iconoclaste»3.

1964. Thelonious Monk, It’s Monk’s Time, Columbia

En janvier 1964, sans jamais avoir répété avec lui, il est engagé dans le groupe de Thelonious Monk. Il le rejoint directement en studio pour l’enregistrement en quartet de l’album It’s Monk’s Time, qui devient une référence. On retrouve
à ses côtés Charlie Rouse (ts) et Butch Warren (b) remplacé
de 1964 à 1969 par Larry Gales (1936-1995). Sa liberté rythmique va s’exprimer à souhait bien qu’il utilise une batterie minimaliste (caisse claire, grosse caisse, charleston et pas de cymbale)4. L’aventure extraordinaire de ce quartet hors norme dure cinq années, jusqu’en 1968, et lui donne une stature internationale à travers de nombreuses tournées et neuf albums parus sur le label Columbia et au total, avec les live enregistrés en tournée, une trentaine d'albums! De très nombreux enregistrements inédits du quartet paraissent en effet les années suivantes.

Fin 1968, il se sépare de Thelonious Monk et, durant une brève période, s’absente de la scène. Il commence à enseigner à la New York School District, située dans le quartier de Wyandanch, à Long Island. Dès 1968, on le retrouve auprès d’Alice Coltrane qui, perpétuant l’héritage de john Coltrane, joue régulièrement et enregistre avec son groupe durant trois ans. Son activité intense reprend en 1974 avec le New York Jazz Quartet qui l’associe à Roland Hanna (p), Frank Wess (ts) et George Mraz (b): les musiciens se produisent fréquemment et connaissent un grand succès notamment au Japon. Cette collaboration dure jusqu’en 1982 et Ben Riley cesse alors d’enseigner.



1977. Ron Carter, Piccolo, Milestone

Dès 1975, il rencontre Ron Carter qui va l’entraîner un an plus tard à participer à ses groupes, notamment le «Piccolo Quartet» nom éponyme d’un de leurs albums. Dans ce quartet très original, Ron Carter joue de la piccolo basse, et il est épaulé par  Buster Williams à la contrebasse, le quatrième larron étant Kenny Baron (p). Durant les années quatre-vingt, on retrouve Ben Riley sur des enregistrements et concerts de ces mêmes musiciens qui apparaissent tour à tour en leader. Ben Riley est devenu un batteur très sollicité surtout par les pianistes, et rentre en studio pour Roland Hanna, Andrew Hill, Hugh Lawson, Junior Mance, Lonnie Liston Smith…

1987. Sphere, Four for All, Verve


Quand Ron Carter choisit en 1982 de quitter le quartet, les trois autres musiciens décident de rester ensemble, et ils forment la section rythmique d’artistes en tournée à New York. Presque à la même époque, au moment où Thelonious Monk décède, Charlie Rouse intègre cette formation qui devient le groupe Sphere, dédié à la mémoire et à la relecture du Maître. Le quartet reçoit une reconnaissance unanime de la part du public et des professionnels, et laisse huit albums de référence. Après la disparition de Charlie Rouse en 1988, Gary Bartz (as) le remplace mais le groupe va s’arrêter peu après. Ben Riley poursuit sa collaboration avec Kenny Barron ainsi qu’avec des partenaires nouveaux ou anciens: Abdullah Ibrahim, Barney Kessel, Chet Baker, Kenny Burrell, Eddie Harris, Phil Woods, Stan Getz... Son travail auprès d’Andrew Hill (p) au sein d’Eternal Spirit, bien que moins médiatisé, lui permet d’explorer de nouveaux horizons qui complètent son rôle de chef de file de la percussion. Son influence sur les générations suivantes sera déterminante pour une approche de la batterie plus en nuances, sans le caractère démonstratif de l'instrument.

2010. Grown Folks Music, SunnySide


En 2006, toujours en mémoire de Monk, il forme le groupe Monk Legacy Band avec Don Sickler (tp), Wayne Escoffery (ts), Jay Bradford (b) et Freddie Bryant (g). Bien qu’âgé, il n’hésite pas à dispenser sa technique et à expliquer aux plus jeunes la finesse de son jeu de balais5. La carrière de Ben Riley reste exemplaire tant par son rôle de sideman, très sollicité, mais aussi comme leader de différentes formations qui lui permettent de mener à bien ses propres projets. Dans la pléiade des musiciens qui l’ont choisi, on retient un très grand nombre de pianistes, parmi les plus marquants de l’histoire du jazz: Randy Weston, Ray Bryant, Earl Hines, Ahmad Jamal, Andrew Hill, Alice Coltrane, Kenny Barron, Abdullah Ibrahim, Hank Jones, Sir Roland Hanna, Mal Waldron, Red Garland, Larry Willis… et même Duke Ellington, le temps d’une séance et trois titres, sans oublier Thelonious «Sphere» Monk. Ils ont sans doute apprécié sa musicalité, le jeu de Ben Riley se caractérisant pas sa sobriété et par son adhésion aux mélodies. Ses enregistrements entre 2006 et 2016 ont lieu pour la plupart avec le pianiste Eddie Higgins pour le label japonais Venus Records.

Il a passé les dernières années de sa vie dans une maison de retraite où, selon sa fille, Kim, qui a annoncé son décès, il faisait toujours de la musique. «Il y avait une autre musicien dans cet établissement et chaque semaine mon père jouait avec lui… Il n’avait pas d’instrument mais il «battait» le rythme sur la table ou des chaises ou sur ce qu’il trouvait; jusqu’à la fin il a joué.»

Michel Antonelli


Notes
1. Il formait, comme il le rappelle, «le gang de Sugar Hill» avec Sonny Rollins, Art Taylor et Jackie McLean, cf. interview parue dans
Jazz Hot n°523.
2. Entretien avec Ted Panken en 1994 (
Down Beat).
3. Michael J. West, le 18 novembre 2017,
Radio WBGO.org.
4. Concert du Thelonious Monk Quartet à Oslo, le 15 avril 1966 (https://www.youtube.com/watch?v=RINHNEMtm_k)
5. Démonstration de son jeu de balais et entretien avec Adam Nusbaum: https://www.youtube.com/watch?v=CpyOQ9Wzr0Y

A lire:
«A Little Left Hand From Ben Riley», par Ethan Iverson (blog)


Jazz Hot n°523, Jimmy Cobb en couverture, Ben Riley au sommaire


BEN RILEY et JAZZ HOT: n°523-1995 et n°598-2003

A propos de Thelonious Monk: numéro Spécial 1998 (discographie)










COMPLÉMENT DISCOGRAPHIQUE

Une discographie de Ben Riley jusqu'en 2003 est disponible dans Jazz Hot n°598. Nous la complétons ci-dessous.

Leader-Coleader
CD 2007. Ben Riley’s-Mosaic Legacy Septet, Memories of T, Concord Jazz MS-016
CD 2010. Grown Folks Music, Sunnyside Records 1305

Sideman

CD 1972-75. Thelonious Monk Quartet, The Last Concerts, RLR Records, 88643

CD 2002. Frank Wess, Flutology, Firts Date, Capri Records 74060-2
CD 2002. Charles Thomas Trio Featuring Essiet Essiet & Ben Riley, Live In Europe, Space Time Records 9807
CD 2002. Don Sickler Quintet, Reflections, HighNote 7062
CD 2003. Noah Baerman With Ron Carter and Ben Riley, Patch Kit, Lemel Music Productions 0301
CD 2004. Bob Kindred With John Di Martino/George Mraz/Ben Riley, Blue Moon, Venus Records 35334
CD 2004. Bruce Cockburn, Speechless, Truth North Records 390
CD 2005. Kenny Baron Trio, Live at Bradley’s II, Sunnyside 3002
CD 2006. Eddie Higgins Quintet, It’s Magic, Venus Records 35383
CD 2007. Eddie Higgins Quintet, It’s Magic Vol.2, Venus Records 4102
CD 2008. Mike Janzen Trio, Mombâcho, Signpost Music 43-102
CD 2009. Art Pepper, The Art History Project-Unreleased Art Vol. IV, Wildow’s Taste 09001
CD 2009. Bob Kindred Quartet, Blue Moon, Venus Records 78071
CD 2010. Eddie Higgins Trio, Christmas Song II, Venus Records 78150
CD 2010. Kenny Barron Trio, Minor Blues, Venus Records 78154
CD 2010. Eddie Higgins Trio, Ballad Higgins, Venus Records 4137
CD 2011. Eddie Higgins Trio, Jazz Standards Essential Best, Venus Records 78213


VIDÉOS

1966. Thelonious Monk, Live in Norway & Denmark
https://www.youtube.com/watch?v=eNnTptucq24

1966. Thelonious Monk Quartet, «Lulu's Back in Town», «Blue Monk», ‘Round Midnight»,
Thelonious Monk (p), Charlie Rouse (ts), Larry Gales (b), Ben Riley (dm), Oslo, 15 avril
https://www.jazzonthetube.com/videos/thelonious-monk/lulus-back-in-townblue-monkround-midnight.html

2005. Ben Riley's Monk Legacy Septet feat. Johnny Griffin, Jazzwoche Burghausen
https://www.youtube.com/watch?v=4o7LrpgFb8A

Ben Riley Drums Solo
https://www.youtube.com/watch?v=vn8vTPbinII

*