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Muhal Richard Abrams

29 oct. 2017
19 septembre 1930, Chicago, ILL - 29 octobre 2017, New York, NY
© Jazz Hot n°681, automne 2017





Le pianiste Muhal Richard Abrams est décédé à New York, NY, le 29 octobre à l'âge de 87 ans. Originaire de Chicago, il cofonde l'Association for the Advancement of Creative Musician (AACM) en 1965, dont il est le premier président et une figure emblématique. En 1967, il prend le nom de «Muhal», s'inscrivant dans le mouvement d'affirmation des racines africaines des Afro-Américains. La même année, il enregistre son premier disque,Levels and Degrees of Light. Il joue avec la crème du free jazz (Marion Brown, Anthony Braxton, Jack DeJohnette, Chico Freeman...) et plus largement avec des musiciens évoluant dans d'autres esthétiques (Johnny Griffin, Clifford Jordan, Sonny Rollins...). Son ouverture d’esprit, sa vision humaniste libératrice et son parcours, depuis les clubs de blues de Chicago à la direction de grands ensembles, ont fait de cet autodidacte un humble et magnifique musicien couronné de diplômes et du premier
prestigieux JazzPar Prize. Son éclectisme le mène d'ailleurs du ragtime à la musique contemporaine, embrassant toute la «Great Black Music».




Né dans une famille modeste, le 19 septembre 1930, à Chicago (Illinois), Richard Abrams découvre le piano très jeune et suit, grâce à sa mère, des cours hebdomadaires au sein d’une YMCA de quartier. Dès ses 15 ans, il commence à écrire des arrangements pour le pianiste de Chicago King Flemming qu’il remplace de temps en temps. Il suit, à partir de 16 ans, des études au Chicago Musical College, tout en jouant professionnellement, dès ses 18 ans, dans des groupes locaux de blues, de rhythm & blues et de jazz dans les clubs de Windy City qui compte un grand nombre d’excellents musiciens. En 1957, il compose et enregistre des titres pour l’album Daddy-O Presents MJT+3, un disque produit et promu par le populaire animateur de radio Daddy-O Daylie. Peu après, le producteur du label Chess Records, Charles Stepney, le présente à Joseph Schilinger qui vient d’écrire une méthode de composition, The System of Musical Composition, basée sur les mathématiques. Il garde de ses débuts une vision très claire et enracinée du jazz. Il poursuit ses études au Governors State University of Chicago où il tâte aussi de la musique électronique. Autodidacte à ses débuts, il se forme au contact de la scène et joue rapidement avec Eddie Harris (tournées dans le Midwest) puis Ray Nance, Kenny Dorham, Dexter Gordon, Max Roach et autres musiciens de passage, alternant esthétiques jazz bien installées et renouveau du bop.



S’orientant vers une musique plus improvisée dans la forme, il est à l’initiative, en 1965, de la création de l’AACM
(Association for the Advancement of Creative Musicians), une sorte de coopérative de jeunes musiciens locaux pratiquant essentiellement le free jazz et le jazz expérimental (utilisant des modes d'écriture issus de la musique contemporaine). Il en est le premier président et en reste la figure emblématique. A ses côtés, on compte des musiciens très actifs dont certains deviendront célèbres, tels Anthony Braxton, Jack DeJohnette, Henry Threadgill, les futurs membres de l’Art Ensemble of Chicago (Lester Bowie, Roscoe Mitchell, Joseph Jarman, Malachi Favors puis Famadou Don Moye). Leur ambition est de produire ce qu’ils appellent la «Great Black Music» et d’animer la scène musicale de Chicago. Tout en assurant son rôle de fédérateur, il enregistre, en 1967, l’année où il choisit son nom de «Muhal», son premier album, Levels and Degrees of Light, pour le label Delmark. Le disque paraît en 1968. On y retrouve ses amis: Anthony Braxton (as), Charles Clark et Leonard Jones (b), Thurman Barker (dm), Maurice McIntyre (ts), Gordon Emmanuel (vib), Leroy Jenkins (vln) et Penelope Taylor et David Moore (voc). Ce premier opus en leader exprime parfaitement ses théories musicales.

Accaparé par son rôle de président et l’animation de différentes actions, il enregistre peu mais reste très actif sur la scène de Chicago. Sa notoriété finit par franchir les limites de la grande ville du Nord et, dès 1970, son rôle et son talent commencent à être reconnu au-delà des frontières, notamment en Europe où le free jazz connaît un succès certain et suscite l’intérêt d’un nouveau public (l’Art Ensemble of Chicago s’est formé en 1969 à Paris ou il est installé). En 1970, toujours, il enregistre son second album, Young at Heart/Wise in Time, qui ne comprend que deux longs titres, l’un en solo, l’autre en quintet avec Henry Threadgill (as), Lester Lashey (b), Leo Smith (tp) et Thurman Barker (perc). Il faudra attendre 1975 pour un troisième album avec Roscoe Mitchell en quartet (Roscoe Mitchell Quartet Featuring Muhal Richard Abrams), alors qu’il entame une série d’enregistrements dont certains en invité. Il participe à un grand nombre de concerts en leader ou en invité, mais joue et enregistre surtout aux côtés de ses compagnons Marion Brown, Leroy Jenkins, Anthony Braxton, George Lewis, Malachi Favors, Hamiet Bluiett, Robin Kenyatta, Barry Alstchul puis Chico Freeman, Cecil Mc Bee, Marty Ehrlich, souvent pour des albums parus sur le label italien Black Saint.



Si on le classe facilement comme un musicien d’avant-garde et free, Muhal Richard Abrams n’oublie pas son histoire et n’hésite pas à apparaître auprès de musiciens classés dans le jazz mainstream, tels ses amis soufflants chicagoans: Gene Ammons, Johnny Griffin, Clifford Jordan ainsi que Woody Shaw, Zoot Sims, Roland Kirk ou encore Sonny Rollins… Par ailleurs, il complète ses talents de pianiste par ceux de violoncelliste, clarinettiste, chanteur, mais aussi de compositeur, arrangeur, d’enseignant, et il n’oublie pas son rôle d’administrateur pour l’AACM. Très influencé par la musique européenne du début du XXe siècle, il a composé des pièces destinées à des quatuors à cordes (Kronos Quartet), des orchestres de chambre et/ou symphoniques qui ont été interprétées par le Brooklyn Philarmonic Chamber Orchestra ou le Detroit Symphony Orchestra… Son implication dans la musique contemporaine se caractérise tant par un travail en collectif (ses diverses collaborations en sont la preuve) que par une démarche individuelle qui s’exprime au mieux dans ses partitions et albums de soliste. Il entend dégager la «Great Black Music»d’un contexte simplement lié à la musique de divertissement pour en faire un Art à part entière. Il défend à travers ses théories et sa pratique de l’improvisation une écriture exigeante que l’on peut redécouvrir en parcourant attentivement l’intégralité de ses dix-sept enregistrements parus chez Black Saint et Soul Note dont il signa aussi certaines illustrations des livrets et pochettes.

La peinture complète ainsi son approche d’un art libéré qui n’ignore rien de la tradition; une sorte de respect libéré pour de nouvelles découvertes. Bien que sa discographie personnelle reste relativement modeste (par rapport à certains artistes de la même génération), il apparaît sur plus de cent-soixante albums dont trente-cinq en leader ou coleader. On le retrouve souvent à la tête de groupes épisodiques ou en tant qu’invité; ses formations principales étant le Creative Construction Company, The Muhal Richard Abrams Octet et The Muhal Richard Abrams Orchestra. Après Sun Ra, qui marqua fortement de son empreinte Chicago, Muhal Richard Abrams est sans aucun doute un autre pianiste et acteur majeur de la liberté musicale de cette autre grande cité du jazz. Enfin, sa démarche avant-gardiste ne l’a privé en rien d’une reconnaissance institutionnelle: le maire de Chicago déclare que le 11 avril 1999 «Journée Muhal Richard Abrams», le National Endowment for the Arts le distingue en 2009, le magazine DownBeat l’intègre dans son «Hall of Fame» en 2010 et la Columbia University le nomme Docteur Honoris Causa en 2012.

Michel Antonelli


Jazz Hot n°356-57, 1978-79


Muhal Richard Abrams et Jazz Hot: n°356-357, 1978, n°473, 1990.


Site officiel : www.muhalrichardabrams.com





DISCOGRAPHIE

Leader-coleader
CD 1967. Levels and Degrees of lights, Delmark 413
LP  1970. Young at Heart/Xise in time, Delmark 423
CD 1975. Roscoe Mitchell Quartet, Roscoe Mitchell Quartet, Sackville 2009
LP  1975. Things to Come From Those Now Gone, Delmark 430
CD 1975. Afrisong PA-7121, Whynot 79404
LP  1976. Anthony Braxton With Muhal Richard Abrams, Duets 1976, Arista 064-9880
CD 1976. Muhal Richard Abrams Featuring Malachi Favors, Sightsong, Black Saint 120003-2
CD 1978. 1-OQA + 19, Black Saint 120017-2
LP  1978. Lifea Blinec, Arista-Novus 3000
LP  1978. Spiral-Live at Montreux 1978, Novus-Arista 3007
CD 1980. Spihumonesty, Black Saint 120032-2
CD 1980. Mama and Daddy, Black Saint 120041-2
CD 1981. Leroy Jenkins feat. With Muhal Richard Abrams, Lifelong Ambitions, Black Saint 120033-2
CD 1981. Muhal Richard Abrams Feat. Amina Claudine Meyers, Duet, Black Saint 120051-2
CD 1982. Blues Forever, Black Saint 120061-2
CD 1983. The Muhal Richard Abrams Orchestra, Rejoicing With the Light, Black Saint 120071-2
CD 1983. The Muhal Richard Abrams Octet, View With the Light, Black Saint 120081-2
LP  1986. Muhal Richard Abrams Featuring Cecil McBee, Roots of Blue 1001
CD 1987. Colors in Thirty-Third, Black Saint 120091-2
CD 1989. UMO/Muhal Richard Abrams, UMO Plays The Music of Muhal Richard Abrams, UMO Productions 101
CD 1989. The Muhal Richard Abrams Orchestra, The Hearinga Suite, Black Saint 120103-2
CD 1990. Muhal Richard Abrams & The Danish Radio Big Band, Jazzkontakten 200501-2
CD 1991. The Muhal Richard Abrams Orchetsra, Blu Blue Blu, Black Saint 120117-2
CD 1993. Familytalk, Black Saint 120132-2
CD 1993. Roscoe Mitchell & Muhal Richard Abrams, Duets And Solos, Black Saint 120133-2
CD 1995. One Line Two Views, New World 80469-2
CD 1995. Think Focus One, Black Saint 120141-2
CD 1997. Art Ensemble of Chicago Special Guest Muhal Richard Abrams, Kabalaba: Live at Montreux Jazz Festival, AECO 004
CD 1997. Song for All, Black Saint 120161-2
CD 1997. Muhal Richard Abrams/Marty Ehrlich, The Open Air Meeting, New World 80512-2
CD 1997. Muhal Richard Abrams-Barry Harris, Interpretations of Monk Vol.1, Koch Jazz 7838
CD 1998. Hamiet Bluiett-Muhal Richard Abrams, Saying Something for All, Just A Memory 9134-2
CD 2001. The Visibility of Thought, Mutable Music 17502-2
CD 2006. Muhal Richard Abrams/George Lewis/Roscoe Mitchell, Streaming, Pi Recordings 22
CD 2007. Joseph Jarman With Muhal Richard Abrams, Fred Anderson and John Stubblefield, As If It Where the Seasons, Delmark 417
CD 2007. Visions Towards Essence, Pi Recordings 23
CD 2009. Muhal Richard Abrams/Roscoe Mitchell, Spectrum, Mutable 17536-2
CD 2011. Sound Dance, Pi Recordings 37

    

Sideman

CD 1957. MJT+3, Daddy-O Présents MJT+3, Argo
9981
LP  1968. Joseph Jarman, Song For Christopher, Delmark 417
CD 1968. Anthony Braxton, The Bell, Delmark 415
CD 1972. Eddie Harris, Instant Death, Atlantic 8122765862
LP  1972. Eddie Harris, Sings The Blues, Atlantic 1625
LP  1973. Sonny Stitt, Soul Girl, Paula Records 4004
CD 1973. Eddie Harris, Excursion, Atlantic 6409
CD 1974. Marion Brown, Sweet Earth Flying, Impulse! 119
CD 1974. The Art Ensemble of Chicago, Fanfare for the Warriors, Atlantic 27389
CD 1975. Creative Construction Company, Creative Construction Company 9409
CD 1975. Roscoe Mitchell Quartet, Live at "A Space" 1975, Sackville 2080
CD 1976. Chico Freeman, Morning Prayer, Candid 79412
CD 1976. Anthony Braxton, Creative Orchestra Music 1976, RCA 6579-2
LP  1976. Creative Construction Company, Creative Construction Company Vol. II, Muse 5097
CD 1976. Chico Freeman, Chico, Indian Navigation1031
LP  1977. Alphonse Mouzon, Beggars and Stealers, Muse 5095
CD 1977. Roscoe Mitchell, Nonaah, Nessa 9/10
CD 1977. Barry Altschul, You Can’t Name Your Own Time, 32 jazz 32192
CD 1977. George Lewis, Shadowgraph 5, Black Saint 120016-2
CD 1977. Antony Braxton, Quintet (Basel) 1977, HatOLOGY 545
LP  1978. Clifford Jordan, Inward Fire, Muse 5128
CD 1979. Anthony Braxton, Live at the Rainbow Gallery '79, Hi Hat 3027
LP  1981. Woody Shaw With Anthony Braxton, The Iron Man, Muse 5160
CD 1991. Marty Ehrlich and the Dark Woods Ensemble, Emergency Peace, New World 80409-2
CD 1996. Sonny Stitt, I Should Care, Jewel-Paula 5055
CD 1998. Woody Shaw, Two More Piece of the Puzzle, 32 Jazz 32069
CD 1999. Clifford Jordan, Highest Mountain, Camden Deluxe 74321 610752
CD 2000. Eddie Hariis, Live At Newport/Instant Death, Collectables 6402
CD 2001. Eddie Hariis, The Versatile Eddie Harris/Sings the Blues, Collectables 6820
CD 2011. Paul Serrano Quintet, Blues Holliday, Fresh Sound 664
CD 2015. Jack DeJohnette, Made in Chicago, ECM 2392

Vidéos:

2007. Muhal Richard Abrams solo, Live at Millenium Park, Chicago (16 août 2007)
https://www.youtube.com/watch?v=UBMA1DwAV0Y

2015. Muhal Richard Abrams' Experimental Band, Chicago Jazz Festival (6 septembre 2015)
https://www.youtube.com/watch?v=DK9RO_YzCXE

2016. Muhal Richard Abrams Quintet, Aperitivo in concerto, Milan (31 janvier 2016)
https://www.youtube.com/watch?v=x0fD1pFiT8E



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