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Philippe Soirat, Sunset, Paris, 18 septembre 2015 © Mathieu Perez
Philippe Soirat, Sunset, Paris, 18 septembre 2015 © Mathieu Perez

Philippe SOIRAT

Lines and Spaces

2018. Philippe Soirat, Lines and Spaces
Pilier de la scène parisienne depuis trente ans, le batteur Philippe Soirat est de toutes les aventures, toujours partant, toujours curieux, toujours motivé. Que ce soit pour accompagner une grande pointure du jazz de passage à Paris ou un musicien à l’aura moins internationale, il a soif de toutes les expériences musicales. Aussi respectueux des autres musiciens que des auditeurs, il donne à chaque fois le meilleur de son jeu, bien ancré dans le bop et le post-bop.
Né le 11 mars 1961 à Menton, installé à Paris depuis 1986, il s’est lancé en 2015 dans une nouvelle aventure: sa première formation en leader. Cela, avec des musiciens de première classe: David Prez (ts), Vincent Bourgeyx (p) et Yoni Zelnik (b). Le résultat est le magnifique album You Know I Care. Le prochain, à paraître
en janvier 2019, s’intitulera Lines and Spaces. On attend les dates de tournée. Philippe Soirat n’a pas fini d’être un musicien très occupé…

Propos recueillis par Mathieu Perez
Photos de Mathieu Perez, Jérôme Partage


© Jazz Hot n°686, hiver 2018-2019


Philippe Soirat, Sunside, Paris, 30 septembre 2018 © Jérôme Partage


Philippe Soirat, Sunside,
Paris, 30 septembre 2018
© Jérôme Partage

Jazz Hot: Comment l’idée de ce premier album en leader You Know I Care, enregistré en 2014, est venue?

Philippe Soirat: Mon travail de sideman me correspond complètement et m’épanouit. Mais un disque en leader, c’était quelque chose qu’il fallait faire. Pendant longtemps, je n’ai pas eu le sentiment d’avoir de la matière. Au départ, il faut avoir des idées musicales, rassembler des gens, puis s’assurer que ça fonctionne. Les idées, les morceaux se sont construits progressivement dans le travail de l’instrument. J’ai pensé aux musiciens que j’ai appelés, David, Vincent, Yoni. Je savais que ça allait marcher. Au fil des sessions, les mecs étaient enthousiastes. Plus on jouait, plus on développait. Au bout d’un moment, on a eu un répertoire. Il était temps d’enregistrer.

Pourquoi avoir choisi David Prez, Vincent Bourgeyx, Yoni Zelnik en particulier?

Le sideman, ce n’est pas de l’accompagnement. Il ne suffit pas de connaître les morceaux. Au début de sa vie de musicien, on travaille avec ses potes, on essaie de faire quelque chose qui tienne la route. Quand on se retrouve avec des gens expérimentés, tout de suite, on comprend que jouer, c’est dire quelque chose. J’ai senti cette exigence d’avoir une personnalité musicale. Ça ne se décide pas. J’ai appris tout seul, j’ai étudié à fond ce qui me branchait, je suis allé vers la musique qui me touchait le plus. Mes études supérieures, c’est le live. Ce qui est génial en tant que sideman, c’est de répondre à une direction différente pour chaque leader et voir comment soi-même on va répondre à ça. C’est un travail très intéressant. On découvre qui on est à travers ces expériences. David Prez, Vincent Bourgeyx, Yoni Zelnik, je les connaissais, surtout Yoni, mais on n’avait pas vraiment joué ensemble. Et je n’avais pas envie d’utiliser des associations qui s’étaient déjà construites sur des initiatives qui n’étaient pas les miennes. J’aurais eu la sensation de récupérer quelque chose. Et puis, ils me semblaient correspondre à la manière dont je voulais que ça sonne. Je voulais aussi quelque chose d’inédit, et découvrir ce que je pouvais provoquer uniquement à partir de ce que j’entendais, et ne pas réutiliser des façons de jouer avec des musiciens que je connais déjà très bien.

Entre vous, le courant est passé tout de suite?

Oui, c’est assez mystérieux. Quelque chose se passe. Il y a deux facettes du jazz. Jouer sur scène avec des gens qui ne se sont jamais vus, mais qui ont un répertoire commun. Et ça peut être fantastique. J’adore ça. A chaque fois, c’est un défi passionnant. Dans l’histoire du jazz, il y a des rencontres inédites qui donnent des chefs d’œuvre. Il y a aussi la notion de groupe, un travail en commun qui donne quelque chose d’unique. Et quand on change un musicien, ce n’est plus le même groupe.

Quel leader es-tu?

Je propose les morceaux, les arrangements. Dans le prochain album, qui va sortir en janvier 2019, il y aura deux morceaux de David, un de Vincent. J’enregistre toujours les séances de travail puis je les réécoute. Je pensais enregistrer un thème de David. Je le lui ai proposé. Il avait pensé la même chose. C’est drôle, maintenant que le groupe existe, chacun pense à des thèmes qui pourraient fonctionner pour cette formation. La direction, c’est une question d’impulsion. Ça ne se fait pas forcément avec des mots. Je choisi les musiciens, les thèmes, etc. A partir de là, on laisse les choses se faire. Je me souviens d’une interview de McCoy Tyner. Il racontait qu’avec Coltrane, ils parlaient peu. Ils se parlaient musicalement. On peut se dire beaucoup de choses en jouant.

2015. Philippe Soirat, You Know I Care

Les thèmes que tu as enregistrés sont essentiellement des années 1960.

C’est vrai. Esthétiquement et personnellement, ça me correspond. Aussi, il y a un lien très fort entre mes goûts musicaux et la musique des années 1990-2000 lorsqu’on a remis les choses en place au niveau de la musique acoustique. On reprend ce travail-là, on l’explore. Chez mes parents, il y avait du jazz. Je baignais dedans. Adolescent, j’étais dans ma période jazz-rock. Après, je refais le lien, ça s’élargit, etc.

Comment as-tu choisi les thèmes?

Par envie, comment ça sonnait avec les autres. «The Eye of the Hurricane» de Herbie Hancock, je l’ai entendu quand j’étais jeune. A dire vrai, c’est le 5-8, la manière dont on le joue, qui m’a décidé à le jouer. La reprise en général, pour qu’elle soit intéressante, il faut qu’il y ait un point de vue personnel.

Ta composition «Dear Jean», tu l’as faite pour l’album?

Oui, c’est une idée de polyrythmie que j’avais depuis un moment. Le titre fait référence à une histoire personnelle. J’étais à Menton quand je me suis décidé à devenir professionnel. J’avais 17-18 ans. J’avais un ami musicien plus âgé que moi, de formation classique, qui s’appelait Jean Ducloy. Il était arrangeur et compositeur pour «Holiday on Ice». Il m’avait donné un endroit pour bosser...

Ton second album est donc prévu pour janvier 2019?

Après la sortie du premier disque, on a continué à bosser, on a fait des concerts. Le résultat, c’est qu’on a développé un nouveau répertoire. L’album va s’appeler Lines and Spaces. Tout est enregistré. Il est dans la continuité du précédent, avec des compositions de David, de Vincent, des morceaux de Wayne Shorter, Jeremy Pelt, Bob Hurst, etc.

Tu disais avoir toujours baigné dans le jazz?

Je suis né dedans. Mes parents adoraient le jazz classique, Duke Ellington, Oscar Peterson, Ella Fitzgerald, Bechet, Basie, etc. Ils ont dansé sur Glenn Miller à la Libération... Mon père était de Paris, ma mère de La Garenne-Colombes. Après la guerre, ils se sont installés sur la côte d’Azur, à Menton. A l’adolescence, je tombe sur le disque de Weather Report, Live in Tokyo, de 1972. J’hallucine! C’est le choc! L’oncle d’un pote m’a fait découvrir ça. C’était un mec super-branché. Il nous filait des K7. Et nous, dans notre coin un peu perdu, on écoutait cette musique branchée et les dernières nouveautés jazz-rock.

Qu’est-ce qui t’a attiré dans la batterie?

C’était une évidence. J’ai su tout de suite que c’était mon instrument.

Qu’écoutais-tu comme musique alors?

Ado’, j’écoutais du jazz-rock, Weather Report, McLaughlin, Billy Cobham, etc. Du rock progressif aussi. Et Keith Jarrett, les disques ECM, etc.

Philippe Soirat et Nicola Sabato, janvier 2017 © Jérôme Partage
Philippe Soirat et Nicola Sabato,
janvier 2017 © Jérôme Partage


Les festivals de jazz de Nice et Antibes étaient des événements importants pour toi?

Bien sûr! Le premier concert que j’ai vu à Antibes, c’était le trio de Jack DeJohnette. Je n’ai rien compris, mais j’ai trouvé ça super! (Rires) Le festival de Nice à cette époque était incroyable! Il y avait trois scènes qui tournaient en permanence. J’ai vu tout le monde. Miles, Art Blakey, Elvin Jones, etc.

Quand te destines-tu à devenir musicien professionnel?

Jusqu’à 17 ans, je suis le meilleur batteur de ma rue. J’ai des petits groupes avec des potes. Bon, ça reste très amateur! Puis, j’arrête le lycée, je n’aime pas ça... et je prépare l’Ecole des Arts déco’ de Nice, parce que j’aime dessiner. Au bout d’un an, c’est vraiment de la musique que je veux faire. Mais il n’y avait pas d’école de musique à Menton…

C’est là que tu étudies au Conservatoire de jazz de Monaco. Combien de temps y restes-tu?

Une saison. Roger Grosjean (1933-1984) était le directeur. C’était un saxophoniste belge qui avait créé ce département jazz au Conservatoire de Monaco. Il était pratiquement seul. Ce n’était pas un grand pédagogue, mais il jouait super-bien. Une fois par semaine, il y avait un orchestre qui jouait des arrangements. Là, je m’aperçois qu’en fait, je connais le répertoire, parce que j’avais écouté les disques de jazz de mes parents. J’avais surtout besoin de cours d’instrument, alors je suis allé à Nice.

Combien de temps étudies-tu avec le batteur Alain Caruba à Nice?

Trois ans. Je fais Menton-Nice en mobylette une fois par semaine pour prendre mon cours avec lui. Là, je travaille la batterie huit ou dix heures par jour. Alain m’apprend le solfège. C’est très scolaire. C’est ça dont j’avais besoin. Alain travaillait aussi avec des artistes de variété. Parfois, pour de petits événements, il m’embauchait pour jouer de la batterie. (Rires)

Durant cette période d’apprentissage, as-tu des amis musiciens avec qui jouer?

J’étais assez seul. Des fois, j’allais à Nice. Durant ces trois années, je mise tout sur la musique. J’ai foncé tout droit. C’est une période très importante de ma vie.

A cette époque, l’enseignement du jazz ne s’était pas encore structuré du point de vue de l’institution.

Il y avait le CIM à Paris. Rien sur la Côte d’Azur. Parfois, je vois des jeunes musiciens qui ont une overdose d’infos chaque semaine. Ils ont surtout besoin de travailler l’instrument. C’est la quantité de travail qui compte. Assimiler les choses, ça prend du temps.

Après ces trois années passées à étudier la batterie avec Alain Caruba, que fais-tu?

J’ai 21 ans, je suis à Nice, alors je commence à jouer à Nice. Pour le jazz, les années 1980 sur la Côte d’Azur, c’était le désert. (Rires) A part les festivals l’été, il n’y avait rien. Au mieux, on jouait dans une MJC ou deux, on faisait des concerts de variété, de la musique africaine, etc. Je rencontre le clarinettiste Jean Tordo (1927-2017) qui m’engage pour des petits concerts dans le Var. Le reste du temps, je bosse, intérim, petits boulots, etc. C’était la galère.

A quel moment t’installes-tu à Paris?

En fait, ma copine de l’époque est partie étudier aux Arts Déco’ de Paris. Quelques temps après, je l’ai rejointe.

Paris, ce n’était pas une évidence?

Pas du tout.

Quand arrives-tu?

Début 1986, en 4L sous la neige! (Rires) Les débuts sont difficiles. Je ne connais personne, je ne sais pas où ça se passe, et j’ai besoin de bosser.

Où joues-tu les premiers temps?

Dans des endroits improbables. Puis, je rencontre des musiciens de ma génération qui sont dans le même état d’esprit, Yves Brouqui, Christophe Laborde, etc. Vers 1987, Alby Cullaz institue, avec Michel Graillier et Christian Vander, au Magnetic Terrasse, une des premières soirées jam officielles. Le concept existait aux Etats-Unis mais pas ici. On faisait juste le bœuf avec les copains, ça n’était pas du tout officiel. Tout à coup, les musiciens se retrouvent. C’est un rendez-vous. Il y avait une effervescence et une tension pas possibles! Et il fallait monter sur scène après ces mecs-là, c’était très fort.


Philippe Soirat © Mathieu Perez
Philippe Soirat © Mathieu Perez

Qu’apprends-tu dans ces moments-là?

Ça te montre ce que tu es capable d’apprendre. Tu montes sur scène, il y a des échanges avec la batterie. Le dernier échange ne ramène pas bien le thème. Le soliste te fait un geste pour te dire que tu aurais pu faire mieux. Voilà: c’est la leçon du jour. On est capable de le voir ou pas. L’expérience, c’est trouver la solution pour que ça fonctionne avec les différents styles de jeu de chacun. Le batteur a une très grosse responsabilité, au niveau du son, du fonctionnement de l’ensemble... Un soir, Alby me donne un long solo. Ça dure, ça dure, je commence à paniquer. Lui était très relax, comme toujours. Il me fait signe de continuer à jouer. C’était une leçon. (Rires) Pour jouer du jazz, il faut avoir quelque chose à dire. Pour ça, il faut travailler sur soi. C’est passionnant. Ça ne s’arrête jamais.

Qui étaient les batteurs très présents sur la scène parisienne?

De ma génération, il y avait Simon Goubert, Eric Dervieu. Charles Bellonzi était sur le départ. Et il y avait les batteurs américains, George Brown, Oliver Johnson, John Betsch, etc. J’étais curieux de ces gens-là. A ce moment-là, je jouais déjà beaucoup, presque plus qu’aujourd’hui. Et donc on ne va pas si souvent que ça aux concerts des autres. On se croise…

A partir de quel moment commences-tu à travailler beaucoup?

Vers 1988-1989. Dans des clubs, des bars. Au coup par coup.

Musicalement, quelle esthétique dominait la scène?

A partir des années 1980, la référence, c’était beaucoup Coltrane.

C’est une musique qui t’a touché dans ton expérience du jazz?

Quand je suis tombé sur le disque Live at Birdland de 1963, j’ai craqué! C’est une musique que j’ai toujours écoutée. Puis, j’ai vu Elvin Jones en concert à Nice.

Dans ces premiers gigs, étais-tu à l’aise avec le répertoire?

Le répertoire est venu au fur et à mesure. J’étais en coloc’ avec un saxophoniste hongrois. Il avait un bon bagage instrumental. Il s’intéressait au bop. On chantait ensemble les solos de Sonny Rollins. Puis, je me remets à la musique d’Art Blakey, Philly Joe Jones, j’écoute très attentivement, je relève les solos. A Nice, j’avais étudié l’instrument. Là, j’étudiais la musique.

Qui as-tu étudié de près?

Philly Joe Jones, Art Blakey, Art Taylor, etc., cette matrice-là, le langage bop.

Quand commences-tu à jouer avec les grandes pointures?

Vers 1990, je me retrouve sideman dans les mêmes groupes qu’Alain Jean-Marie. Je joue aussi au Bistrot d’Eustache avec Steve Potts. Puis, François Lacharme programmait le Village à Saint-Germain, les Alligators à Montparnasse. Il faisait venir des Américains et m’appelait pour accompagner Herb Geller, Duke Jordan, etc. Un de mes plus beaux souvenirs de musique, c’est au Duc des Lombards, l’ancien, avec Slide Hampton, Georges Arvanitas et Alby Cullaz. Ils connaissaient tous les thèmes, ils ne disaient pas un mot, ils démarraient direct. Ce n’était pas un répertoire super rodé comme après des semaines de tournée. Ce n’était pas du free non plus. Mais il y avait une liberté, une disponibilité complète à la musique, à ce que joue l’autre. Ça donne une toute autre manière de vivre le concert.

Qu’as-tu appris en jouant avec ces musiciens-là?

Là, c’est fantastique! Quand je joue avec Duke Jordan, c’est avec Luigi Trussardi quand même! C’est un challenge, un rapport avec l’histoire du jazz, un entraînement à piger le plus vite possible pour être dans la musique, à connaître les morceaux, à savoir comment ça joue, connaître les références pour faire ce qu’il faut, quand il faut, et à jouer avec un musicien que tu ne connais pas. Parfois, tu sais comment il joue, parce que tu as ses disques. Mais ces disques-là ont quarante ans. Tu ne sais pas comment il joue maintenant. Et comment tu joues un morceau que tu ne connais pas? Ça, c’est génial! Il faut comprendre la forme le plus vite possible pour accompagner le solo et jouer dessus. C’est à cette époque-là que j’ai rencontré Alby Cullaz. C’était un type fantastique. Il me racontait qu’à ses débuts, il savait à peine jouer de la basse. Puis, il a accompagné Art Taylor pendant six mois. Après ça, il savait en jouer! (Rires) On apprenait à la dure avec ces mec-là, on n’était pas dans un enseignement académique.


Michele Hendricks, Philippe Soirat, Ricky Ford, Sunset, Paris, 21 juillet 2018 © Mathieu Perez
Michele Hendricks, Philippe Soirat, Ricky Ford, Sunset, Paris, 21 juillet 2018 © Mathieu Perez

Les années 1990 ont été très intenses pour toi…

Très intenses. Je joue beaucoup et avec beaucoup de musiciens différents. Les choses se sont faites comme ça, et musicalement ça me plaît. Aussi, personne ne m’a employé à plein temps. Quand je joue avec un groupe, je suis 100 % avec ces musiciens-là. Ça suppose de faire abstraction du reste.

Comment s’est fait l’album hommage à Charles Saudrais (1938-1993), sorti en 1994?

Jacky Samson m’a passé un coup de fil. Je connaissais peu Charles Saudrais. J’avais été l’écouter quelques fois. Mais, à partir de 1987-1988, il ne jouait plus beaucoup. C’est comme pour Al Levitt. Je l’ai peu vu en concert, je le regrette.

Comment t’es-tu retrouvé à accompagner Lou Donaldson avec Horace Parlan et Wayne Dockery à Montreux, en 1994?

En fait, tout commence deux ans auparavant. En 1992, Francis Paudras programme un gros festival à Tel-Aviv. Je vais là-bas pour jouer deux concerts. Un avec Bernard Maury et Dominique Lemerle. Un avec Ray Brown, Walter Bishop, Jr., et Bob Mover pour un hommage à Charlie Parker. On se parle à la balance, sur la grande scène. C’était quand même chaud! A la fin de la balance, Ray Brown me dit qu’il m’a écouté jouer la veille à la jam session, et me demande de jouer comme la veille. C’était un concert fantastique. J’ai joué comme je n’ai jamais joué. Là-bas, je retrouve aussi Pierre Boussaguet que je connais bien. C’est sans doute lui qui a parlé de moi au promoteur suisse Jean-Michel Reisser qui connaissait bien Ray Brown. Donc, un matin de 1994, Reisser m’appelle et me demande si je peux venir le soir-même à Genève pour jouer avec Lou Donaldson. Stephen McCraven avait raté son avion.

Quel souvenir gardes-tu de ce concert?

Pour jouer avec ces musiciens-là, il faut être très concentré sur la musique. Si, pendant que tu joues, tu te dis que le type devant toi a joué avec toutes les légendes du jazz, tu es vite à côté de la plaque. Des fois, ce n’est pas facile. Ça peut te prendre à n’importe quel moment dans le concert. Un flash, et on se voit en train de jouer avec... C’est très dangereux! Musicalement, ça swingue, ça marche terrible. C’est un plaisir fantastique. Mais, dès que tu n’es pas dedans, ça se voit tout de suite. Dans le jazz, faire le job, ce n’est pas être capable de tenir le tempo. Il y a plus que ça, il faut être dans le bon état d’esprit. Je me rappelle très bien d’une des premières fois où j’ai joué en trio avec Alain Jean-Marie. J’ai entendu qu’il jouait aussi en fonction de ce que je jouais. C’était un choc, parce qu’au début de sa vie de musicien, on se dit qu’il faut faire ce qu’il faut pour que ça marche. Et on se rend compte qu’il y a vraiment un échange, qu’on est tous responsables de l’ensemble. L’improvisation, c’est très fragile.

Quand rencontres-tu Barney Wilen?

En 1989 ou 1990, je rencontre le guitariste Philippe Petit. On joue avec le contrebassiste Olivier Rivaud. On fait quelques gigs en trio. C’était sympa’. C’était l’époque  du retour de Barney, de La Note bleue (l'album de Barney Wilen, Ida Records 010, enregistré en 1987). Philippe Petit voit Barney, lui parle de son trio, qu’il devrait l’accompagner. Puis, il y a un gig au Sunside, peut-être deux soirs. J’étais encore assez vert. (Rires) Bon, ça se passe bien. Un an ou deux après, Barney m’appelle pour jouer avec lui à Périgueux, avec Alain Jean-Marie et Riccardo Del Fra. C’était l’une des premières fois où je me retrouvais sur une grande scène. L’acoustique ne fonctionnait pas du tout comm dans les petits clubs où je jouais. J’ai senti que j’étais un peu vert au niveau du contexte sonore, comment gérer un retour sur scène, etc. Après, je n’ai pas entendu parler de Barney pendant un moment. En 1994, j’ai intégré son groupe avec Laurent de Wilde et Gilles Naturel.

Comment s’était passée la session d’enregistrement pour l’album Passione en 1995?

C’était pour le label japonais Venus, avec Alain Jean-Marie, Gilles Naturel et Enrico Rava. C’était incroyable! On allait au studio sans savoir ce qu’on allait jouer. On a tout fait sur place pendant trois jours. Un matin, j’arrive; Barney était déjà là. Il me demande si je connais «Bella Ciao», me dit qu’on pourrait peut-être l’enregistrer en duo. Je pose ma veste, on enregistre. Quand les autres arrivent, on était déjà en train de mixer le morceau. (Rires) Puis, Barney décide d’enregistrer une biguine qui s’appelle «Begonia». J’ai de la chance, je connais le morceau! J’avais vu Alain le jouer avec son trio au Petit Opportun, et j’avais regardé comment Serge Marne s’y était pris.

Quel personnage était Barney Wilen?

C’était un bonhomme très spécial. Il parlait peu. Ça se passait directement sur la musique. Il était dans son monde. Sur scène, il était très sensible. On a fait un concert à Marciac qui a été filmé. Il voulait que tous les morceaux s’enchaînent, et que les gens n’applaudissent pas. On a répété pour bien faire les enchaînements. (Rires) Le répertoire tournait autour des standards. Barney cherchait toujours le chant. Il était très désinhibé par rapport au style. Lui qui avait baigné dans le bop, qui était parti en Afrique, etc., là, stylistiquement, il était libéré. Il était dans l’instant.

Vous avez beaucoup joué ensemble?

De façon ponctuelle. On n’a pas fait de tournées.

Philippe Soirat, George Cables, Carlos Barretto, Portugal, 1995 © photo X by courtesy of Philippe Soirat
Philippe Soirat, George Cables, Carlos Barretto, Portugal, 1995 © photo X by courtesy of Philippe Soirat

La rencontre avec le contrebassiste Carlos Barretto a été importante pour toi.

On jouait souvent ensemble, on s’entendait bien. On allait régulièrement à Lisbonne pour jouer au Hot Club. C’est là-bas que j’ai travaillé avec des musiciens comme George Cables, John Stubblefield. La première fois que j’ai joué avec Lee Konitz, c’était à Lisbonne. Là aussi, c’est une rencontre avec l’histoire du jazz. Et ça te met en face de ce que tu entends et de ce que tu n’entends pas. La question n’est plus de jouer des thèmes, mais de faire de la musique directement. Avec Lee, ça peut aller dans n’importe quelle direction. Il est toujours partant. J’enregistrais le concert tous les soirs puis je passais la nuit à le réécouter. C’était toujours très émouvant, parce que son chant me touche énormément. Le poids des notes des musiciens qui ont autant d’années de musique derrière eux, on l’entend immédiatement. Quand on joue avec eux, c’est une sensation incroyable. C’est difficile à exprimer avec des mots.

Tu sembles particulièrement sensible à la musique de Lee Konitz, Lenny Popkin, Phil Woods, Alain Jean-Marie.

Oui, il y a des connexions mystérieuses entre les personnalités musicales. J’ai aussi été touché par la musique de Steve Grossman qui n’a pas le même style. L’intérêt de jouer avec ces musiciens-là n’est pas leur dernier projet. Ils ne sont pas là pour vendre quelque chose. Ce qu’ils jouent, c’est la réflexion sur la musique qu’ils ont menée durant toute leur vie. Lenny Popkin, par exemple, il n’y a pas deux personnes qui jouent comme lui. Tous ces musiciens-là se sont débarrassés de ce qui entoure le thème. Avec eux, on est au plus profond du jazz. C’est l’improvisation au plus haut niveau. Pour le sideman, la question, c’est vraiment: qu’est-ce que tu entends? La pensée musicale, c’est entendre quoi jouer. Avec eux, on est vraiment là-dessus. Ce qui est incroyable avec Lenny, c’est ce qu’il est capable d’imaginer. Il n’a pas de freins, aucune barrière. Il joue ce qu’il entend vraiment. J’adore son trio avec Carol Tristano. Ça ne rentre peut-être pas dans les cases, mais ça swingue super.

Quel est ton rapport au blues?

Le blues est très important dans le jazz. On peut trouver des connexions avec cette musique qui ne sont pas formelles, mais spirituelles. Pour moi, le concert est un rituel. C’est aussi spirituel que la poésie. Techniquement, on peut dire que le jazz, c’est l’improvisation individuelle et collective. Le jazz, c’est une manière de vivre. Et ce n’est pas attaché à un style en particulier. C’est une science de l’instinct.

Tu remplaçais Willie Jones III lors du dernier concert de Cedar Walton à Paris, en juillet 2013. Quel souvenir gardes-tu de cette soirée?

Cedar Walton jouait trois soirs au Duc des Lombards. Willie Jones III a dû avoir un empêchement, parce qu’il y a eu trois batteurs différents... Mourad Benhammou, Jeff Boudreaux et moi. Avant de jouer, je parle à David Williams pour savoir ce qu’on va jouer, etc. Puis, je vois Cedar Walton. Il était très affaibli physiquement mais il était impassible. Il avait une dignité. Sur scène, le son qu’il avait était impressionnant. La musique était sa vie. Il a joué jusqu’au bout. C’était une grande leçon.

Quel souvenir gardes-tu du concert enregistré avec Ted Curson?

Ted était un mec très sympa’. Je l’avais croisé quelques années auparavant. Je n’avais pas beaucoup de connexions avec les musiciens free de sa génération...

Tu as fait partie pendant un moment du quintet de Jef Sicard (Nicolas Genest, Sébastien Llado, François Méchali).

Un jour, Jef m’a appelé. (Rires) A partir du moment où il m’appelle, il m’invite à entrer dans son univers. Moi, a priori, je n’aurais peut-être pas pensé faire l’affaire. Mais s’il y a pensé, allons voir! Je suis curieux de toutes les expériences. Il se trouve que Jef venait de sortir un disque. Je suis arrivé dans un quintet qui avait un répertoire. C’était une musique assez ouverte mais structurée, pas uniquement free. C’était entre les deux styles. Un univers un peu décalé. Jouer sans filet, j’en ai l’expérience. Ça ne me fait pas peur. Et jouer du free avec des musiciens qui connaissent bien leur instrument, qui ont de la matière, ça, c’est intéressant, et c’est difficile.

Combien de temps as-tu joué avec ce quintet?

Un an ou deux.

Au fil des années, tu as fait de grandes tournées en Europe de l’Est, en Afrique, en Asie. Quand es-tu allé en Afrique pour la première fois?

C’était avec les frères Belmondo. On est parti six semaines. C’était très fort, très dépaysant. On a demandé à ce qu’il y ait toujours une première partie avec des musiciens africains, pour qu’on puisse échanger ensemble. Ce qui est frappant pour un musicien de jazz qui va en Afrique, c’est de voir à quel point le jazz est absent en Afrique. C’est assez étonnant.

Tu y es retourné vingt ans plus tard avec la formation de Samy Thiébault.

Oui, dans d’autres pays. Là aussi, on a rencontré des musiciens fantastiques, en Mauritanie, au Gabon, etc. Le Cameroun, c’était passionnant! Mais bon, on n’y resté que quelques jours. Je n’aurais pas la prétention de dire que j’ai compris le pays et encore moins ce continent.

Les tournées en Asie s’étaient passées comment?

Les premières fois, c’était avec Laurent de Wilde et Ira Coleman. Ira jouait à cette époque-là avec Tony Williams. Son timing était magnifique! Quel musicien! Ce qui était intéressant de voir au Viêt Nam, à Singapour, etc., c’est que le jazz peut toucher tout le monde à partir du moment où on fait des choses qui ont du sens pour soi. La dimension spirituelle est présente.

Et l’Amérique latine avec Alain Jean-Marie?

Et Gilles Naturel. On y était allés en trio. Je me souviens des publics de Buenos Aires, de Córdoba, qui avaient une chaleur! Les Argentins ont adoré la musique d’Alain. C’est aussi la partie de l’Amérique du Sud qui est très européenne.

Philippe Soirat, Toshiko Akiyoshi, Gilles Naturel © Mathieu Perez
Philippe Soirat, Toshiko Akiyoshi, Gilles Naturel © Mathieu Perez

Comment a évolué ta relation musicale avec ton vieux complice Gilles Naturel?

Gilles est un ami très proche. On a une relation très profonde. On a beaucoup de sensibilités communes. On se retrouve régulièrement depuis très longtemps.

Nous avons beaucoup parlé des grandes pointures du jazz avec qui tu as joué. Mais tu travailles énormément avec d’excellents musiciens à la renommée plus modeste.

Oui, et ça n’empêche pas de partager avec eux de grands moments de musique. Par exemple, j’ai beaucoup joué avec Laurent Fickelson. Quand on joue, il y a une connexion qui se fait entre nous. C’est très particulier. Si je suis toujours aussi motivé aujourd’hui, c’est que, tous les soirs, je suis curieux de voir ce qui va se passer. Si, ponctuellement, je me retrouve avec un grand nom du jazz, et que ça marche, c’est parce que je joue cinq soirs par semaine avec les musiciens de la scène française, qui ne sont pas forcément français d’ailleurs. C’est ce régime d’expériences vécues qui me nourrit. Tous les musiciens avec qui j’ai joué, quel que soit leur niveau, m’ont permis d’avancer, de développer mon vocabulaire. Le travail à la maison est permanent, bien sûr, mais l’expérience quotidienne du collectif, de cette capacité à développer son point de vue personnel, c’est essentiel.

La scène parisienne a une longue histoire…

Si j’ai eu la chance de jouer avec des grands noms du jazz, c’est parce que j’ai trouvé ici une scène active qui m’a permis de jouer tous les soirs et pendant des années. Je suis venu jusqu’à Paris pour ça. Alain Jean-Marie est venu de Guadeloupe pour ça. On peut être fier de faire partie d’une scène qui fait de la bonne musique. Le jazz est américain, c’est clair; le jazz français, ça ne veut rien dire. Il y a du jazz en France, oui. La communauté de musiciens qui fait partie de cette histoire du jazz à Paris est très forte. Il faut remercier ceux qui ont construit ça, tous les anciens qui ont servi cette musique, qui lui ont consacré leur vie. Il y a une tradition du jazz à Paris. C’est important de ne pas l’oublier et de ne pas oublier sa valeur.

Avec quelles formations joues-tu en ce moment de façon régulière?

Michele Hendricks, Sara Lazarus, Hervé Sellin, Jacques Vidal, Laurent Fickelson, Emmanuel Borghi, Ramona Horvath, Ronald Baker…

Tu fais partie de ceux qui vont souvent écouter les autres musiciens en concert.

Le jazz, c’est le live. C’est un plaisir. Pour le musicien, au niveau des infos, c’est mille fois plus riche que n’importe quel enregistrement. Pour comprendre le son d’un batteur, par exemple, il n’y a que le direct. Le disque donne une idée, mais il y a un intermédiaire, la prise de son, le mixage, etc. Ceux qui ont vu Roy Haynes, Tony Williams, Art Taylor, Billy Higgins le savent. On peut avoir l’impression de les connaître parce qu’on a leurs disques. Quand ils jouent devant toi, tu as des infos que tu n’avais pas. C’est au concert que ça se passe.

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CONTACT: www.philippesoirat.com

DISCOGRAPHIE
Leader
CD 2014. You Know I Care, PJU Records 015
CD 2018. Lines and Spaces, PJU Records (sortie janvier 2019)

Sideman
CD 1992. Pierre-Yves Sorin, Parfums de contrebasse, Djaz Records 704-2
CD 1994. Jacky Samson, Hommage à Charles Saudrais, Paradox 001
CD 1995. Yannick Rieu, What Is The Color of Love?, Flash Rose 4570
CD 1995. Barney Wilen, Passione, Venus Records 79304
CD 1995. George Cables, Alone Together, GR 110
CD 1996. Carlos Barretto, Going Up, A Records 73059
CD 1997. François Théberge, Asteur, Lazer Production 591 532
CD 1998. Bob Sands, Jump Start, Fresh Sounds New Talent 042
CD 1999. Laurent Fickelson, Under The Sixth, Seventh Records A XXVII
CD 1999. Belmondo Quintet, Infinity, Shai 515-2
CD 1999. Yannick Rieu, Little Zab, Effendi Records ‎007
CD 2000. Laurent Fickelson, Secret Mood, Shai 531-2
CD 2000. Belmondo Quintet, Live au Plana, Plana Prod
CD 2001. Laurent Coq Quartet, Versatile, Cristal Records 45605-2
CD 2001. Laurence Allison, Thelonious & Bud Together Again, Cristal Records ‎45606.2
CD 2001. Yannick Rieu, Little Zab 2, Effendi Records 021
CD 2002. Ricky Ford, Songs For My Mother, Jazz Friends Productions 007
CD 2002. Cyrille Bugnon, Sketch in Blue
CD 2002. Jean-Christophe Béney, Cassiopée Effendi Records ‎029
CD 2003. Belmondo, Hymne au soleil, B.Flat Recordings 30519
CD 2003. Sonia Cat-Berro, Keep In Touch, Charlotte Productions ‎205
CD 2004. Gordon Beck, Not the Last Waltz, Art of Life Records ‎1008-2
CD 2004. Daniel Thouin, Mile End St-Viateur, La Factrie 4603
CD 2004. Daniel Thouin, Mile End Waverly, La Factrie ‎4602
CD 2004. Christophe Dal Sasso Big Band, Ouverture, Nocturne 351
CD 2005. Laurent Courthaliac, The Scarlet Street, Nocturne ‎368
CD 2005. Yannick Rieu, I is Memory, Effendi Records 055
CD 2005. Gordon Beck, Seven Steps to Heaven, Art of Life Records ‎1018-2
CD 2006. Stéphane Spira, First Page, Bee Jazz 012
CD 2006. Cédric Caillaud, June 26, Aphrodite Records 106004
CD 2007. The Olding/Kannaste Four, Reinventing The Wheel, El Dingo 01
CD 2007. Ted Curson, Live at the Sunside, Blue Marge 1009
CD 2007. Voice Messengers, Lumières d’automne, Black & Blue 694.2
CD 2007. Gilles Naturel, Belleville, Cristal Records 0714
CD 2008. Yannick Rieu, Saint-Gervais, Justin Time 8536-2
CD 2008. Nicolas Dary, I'll Never Be The Same, Djaz Records 576-2
CD 2009. Philomène Irawaddy, Sun Side Songs Cine Nomine 01
CD 2009. Hiroshi Murayama, Ballad of Lyrics, Daiki Musica 02
CD 2009. Cédric Caillaud, Emma’s Groove, Aphrodite Records 106017
CD 2009. Lenny Popkin, Live at Inntöne Festival, PAO Records 11160
CD 2010. Gaël Horellou, Segment, Petit Label ‎022
CD 2010. Barry Harris, Live in Rennes, Plus Loin Music ‎4526
CD 2010. Tricia Evy, Beginning, Plus Loin Music
CD 2010. Daiki Yasukagawa Trios, Daiki Musica 08
CD 2011. Barend Middelhoff, Lucky Man, Aphrodite Records 106020
CD 2011. Tina Provenzano & The Hiroshi Murayama Trio Jazzin 
CD 2011. Christelle Pereira-Dado Moroni, The Maestro(s), Dzess Music 02
CD 2011. Gaël Horellou, Live!, DTC Records 009
CD 2012. Xavier Richardeau, Back To The Present, Safety Records 201201
CD 2012. Hiroshi Murayama, First Dragon, Intégral Jazz 221-249
CD 2012. Michael Cheret, Manaverem, autoproduit
CD 2013. Samy Thiébault, Clear Fire, Gaya Music Production
CD 2013. Nicolas Dary, L'autre rive, Gaya Music Production 001
CD 2013. Nicolas Rageau, La complainte de la Tour Eiffel, 101 Paris 001
CD 2014. Dal Sasso/Belmondo Big Band, A Love Supreme, Jazz&People 814001
CD 2014. Himiko Paganotti, Jazz Songs, OFF 023
CD 2015. Samy Thiébault, A Feast of Friends, Gaya Music Production ‎005
CD 2015. Radiosax, Chansons et sons d’anches, Juste une Trace 406470284757
CD 2015. Sarah Thorpe, Never Leave Me, Spirit of Jazz Productions/Elabeth 001
CD 2015. Michel Legrand, Michel Legrand & ses amis, Smart
CD 2015. Raymond H. A. Carter, Around Erroll Garner, Continuo Jazz 777802
CD 2016. Philomène Irawaddy, Cinderella's Notice Label Ouest 304 039.2
CD 2016. Samy Thiébault, Rebirth, Gaya Music Production 030
CD 2017. Hervé Sellin, Always Too Soon, Cristal Records 259
CD 2017. Ramona Horvath, Lotus Blossom, Black & Blue 858-2
CD 2018. Emmanuel Borghi, Secret Beauty, Assai Records ‎07


VIDEOS
1994. Lou Donaldson, «Laura», Genève 
Lou Donaldson (as), Horace Parlan (b), Wayne Dockery (b), Philippe Soirat (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=lNnpk50vfhU

1995. Barney Wilen, «Bella Chao»
Barney Wilen (ts), Philippe Soirat (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=Z-Yd2qba4Cc

1995. Barney Wilen, «Begonia»

Barney Wilen (ts), Alain Jean-Marie (p), Gilles Naturel (b), Philippe Soirat (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=_3MCk3fb5j4

1996. Carlos Barretto, «A pedra»
Carlos Barretto (b), Alberto Bover (p), Perico Sambeat (as), Philippe Soirat (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=4ot7wSvc-Yc

2014. Philippe Soirat, «You Know I Care»
Philippe Soirat (dm), David Prez (ts), Vincent Bourgeyx (p), Yoni Zelnik (b)
https://www.youtube.com/watch?v=J0d2BgzbLbg

2014. Philippe Soirat, «Dear Jean»
Philippe Soirat (dm)
h
ttps://www.youtube.com/watch?v=EE5k7fmF_0A

2017. Hervé Sellin, «Lennie's Pennies»
Hervé Sellin (p), Pierrick Pédron (as), Thomas Bramerie (b), Philippe Soirat (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=WQBTO4YGPHc&list=PLSwnN1hF9cmELtKq7JL-Hz74MRjDfxf0H

2018. Emmanuel Borghi, «La Danse de Milo»
Emmanuel Borghi (p), Jean-Philippe Viret (b), Philippe Soirat (dm)
https://www.youtube.com/watch?v=ozK59nCK650&list=PLmCbrgh-13uwmAAguez0rjmINOIpFiqu_&index=8

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