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Laïka Fatien

Come a Little Closer




Le parcours de Laïka Fatien n’est pas simple mais trouve sa logique dans une forte personnalité, sûre de ses choix artistiques et de son expression. Si l’influence de Carmen McRae, Sarah Vaughan, Billie Holiday, Abbey Lincoln ou Shirley Horn est perceptible, son univers reste très personnel. Elle s’est pourtant fait connaître dans un contexte bien éloigné, au sein du big band de Claude Bolling. Elle travaille alors aussi avec le groupe Sixun. Capable de reprendre Joe Henderson, Mingus, Monk aussi bien que Björk ou Stevie Wonder, Laïka s’approprie les univers pour construire le sien propre. Comme actrice, elle joua notamment dans A Drum Is a Woman sous la direction de Jérôme Savary à Chaillot.
Elle s’entoure de musiciens dotés de fortes personnalités et a ainsi travaillé avec Darryl Hall (b), Robert Glasper (p), David El-Malek (ts), Greg Hutchinson (dm), Oliver Lake (as), Chris Thomas (b), Leon Parker (dm), Pierre-Alain Goualch (p), Médéric Collignon (tp), Antonio Hart (as), Rufus Reid (b)…
Sur son dernier disque, Come a Little Closer, elle est accompagnée par Roy Hargrove (flh), Ambrose Akinmusire (tp), Graham Haynes (cnt) et par un quatuor arrangé par Gil Goldstein. Les climats qui en résultent sont d’un intimisme tendu : dans un registre sobre mais intense, la musique de Laïka possède l’évidence de la sincérité.

Propos recueillis par Jean Szlamowicz
Photos © Jacky Lepage



© Jazz Hot n°663, printemps 2013

Jazz Hot : Pouvez-vous rappeler votre parcours ?

Laïka : Tout est parti d’une démo, Infans, qui n’est jamais sortie mais qui a été très appréciée. Gilles Pétard, qui me connaissait de chez Claude Bolling, m’a alors enregistrée avec Look at Me Now en 1998. Depuis, j’ai vécu à Madrid sans perdre mes liens avec la scène française. En 2004, j’ai enregistré Misery avec le producteur Yann Martin et j’ai eu des débuts de discussion avec Meshell Ndegeocello. J’ai rencontré Abbey Lincoln et le producteur Jean-Philippe Allard en allant la voir à l’issue d’un concert à Enghien. Tout cela a abouti finalement à l’enregistrement de Nebula.

Quel est au juste votre univers musical ?

Je ne sais pas ce que je fais — je fais ce que j’aime ; je fais ce qui me fait du bien. Joe  Henderson, Wayne Shorter, c’est ma musique, plus que les chanteuses à strictement parler. Les chanteuses que j’écoute son aujourd’hui décédées et je ne peux de toute manière pas faire ce qu’elle faisaient… J’ai écouté Shirley Horn, Abbey Lincoln, Chris Connor, Carmen McRae, Jeanne Lee.

Vous avez pourtant enregistré un album évoquant Billie…

J’ai cherché la Billie qui est en moi. Je devais la jouer au théâtre mais je n’ai finalement pas pu. C’était trop noir, trop tragique pour moi. En fait, ce que j’enregistre est le reflet de ce que je vis. Je fonctionne avec ce genre d’urgence : au bout d’un moment, j’ai besoin de faire un enregistrement. Pour Come a Little Closer, cela a nécessité neufs mois de travail, de compositions ; je l’ai réellement porté en moi et l’enregistrement au mois d’août à New York fut un véritable accouchement.

Vous avez une constance dans l’expression, comment se construisent vos univers ?

C’est une mise en forme naturelle. J’ai délégué les arrangements à Gil Goldstein. Nous avons beaucoup parlé, de la vie, de l’amour… Je n’ai pas donné de directives, je lui ai juste expliqué ce que j’imaginais et il a tout compris. J’ai spécifié les instruments que je préférais ne pas avoir. Je lui ai envoyé les textes et nous nous sommes raconté nos vies. C’est tout. Je suis arrivée en studio et j’ai découvert la musique qu’il avait écrite dans le studio.

Come a Little Closer est une histoire personnelle…

C’est l’évocation de deux hommes que j’ai aimés. L’album s’est construit autour de trois trompettes, sans batteur.

Comment concevez-vous votre rôle de leader ?
J’amène une histoire. Je fais ensuite confiance, que ce soit à Gil Goldstein sur ce disque ou à Meshell Ndegeocello sur Nebula, pour créer l’habillage qui mette en valeur cette histoire. C’est comme un bébé que je leur apporte et ils l’habillent sur mesure. Ils savent ce que je veux et je le découvre dans leur écriture.

Comment concevez-vous le chant ?

Tout dépend de l’état dans lequel je suis. Sur Nebula, j’étais dans une recherche totale. Là, je sais ce que je recherchais : entre les deux albums les réponses me sont apparues. Je chante parce que j’en ai besoin. Quand je serai totalement heureuse, je ne chanterai peut-être plus.

Avez-vous une idée des développements de votre musique ?

Non. Je verrai ce que la vie m’apportera. Ma musique dépend de cela. Si je devais aller en studio demain, je ne saurais pas quoi y faire. J’attends une nécessité, un événement, quelque chose à exprimer et à transformer en art. Je ne peux pas faire une production qui soit mécanique.



Discographie sélective
2012. Come a Little Closer, Universal.
2011. Nebula, Universal.
2008. Misery, Blujazz.
2004. Look at Me Now, Body And Soul.